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19 août 2015

Sollex : interview pour Chansons en roue libre.

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Romain Lefrançois, alias Sollex fait de la chanson en roue libre, un mélange séduisant de mélodies accrocheuses et de textes drôles et piquants. Il s’inscrit dans la lignée de Bénabar, Thomas Fersen (mandorisé là) ou Bobby Lapointe.

Il aime raconter des histoires, jouer avec les mots, camper des personnages hauts en couleur, embarquer les spectateurs dans son univers espiègle et décalé.

Le 24 juin dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café parisien.

Biographie officielle (très largement écourtée):sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

«Un adulte c’est un enfant qui a mal tourné.» Franquin.

Interprétées en solo, duo ou en trio, les chansons de Sollex interpellent l’enfant caché derrière la carapace de chaque adulte et ouvrent une parenthèse baroque, énergique et colorée vers un univers original.

En 2008, Romain sort des sentiers battus de l’open space où il travaille pour démarrer le projet SOLLEX. En souvenir d’un grand-père qui se rendait à l’usine de Bobigny en Solex et d’un père héritier du vélomoteur familial pour arpenter les rues de Paris, Romain reprend le flambeau 30 ans plus tard, mais lui rajoute deux « ailes » : deux ailes synonymes de liberté et d’évasion musicale.

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorL’album :

Chansons en roue libre… est le premier album de Sollex. L’univers frais, espiègle, acide, grinçant et parfois déjanté de Romain qui s’adresse à des auditeurs de 4 à 104 ans appréciant la chanson dans ce qu’elle a de plus simple : des histoires, des émotions et de la fantaisie. Dans ce millefeuille musical, chaque chanson est une tranche de vie qui interpelle les grands comme les petits. Les textes qui dansent sur des rythmes variés, abordent la nostalgie, les rêves de gosses et les regrets d’adultes, l’amour, l’amitié, la mélancolie, la vie de bureau, la mer et les supers héros ! 

Dans cet album vous trouverez des sons et des bruits authentiques et insolites comme une « guitare baryton » (guitare désaccordée de 3 tons) en lieu et place d’une basse, une casserole, une sonnerie de four, un extrait de BFM dans la salle de bain de Laurent, des « frottements » sur un vieux jean de Romain pour imiter le bruit du train, plusieurs réveils matin et même le public du Trabendo lors du passage remarqué de Sollex entre les groupes Métal du Fallenfest… Vous découvrirez également la douce voix de Juliette Brousset sur « Coquillage et Nutella » et les diaboliques congas de Guilherme Alves sur « Batman ».

Chansons en roue libre… fixe pour l’éternité un ensemble de chansons qui ont leur propre histoire et leur origine autobiographique.

Ses chansons sont et.

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sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorInterview :

Tu as 34 ans. Tu chantes depuis combien de temps ?

J’ai commencé le piano à huit ans au conservatoire pour une raison bien précise. A la base, je voulais être danseur, avec et comme ma sœur. Mais la prof de danse m’a dit qu’elle ne prenait pas les garçons. Comme je suis très proche de ma sœur, j’ai voulu faire du piano dans le secret espoir de l’accompagner un jour. Pendant mes études de commerce, j’ai arrêté le piano pour me mettre à la guitare. C’est à ce moment que je me suis mis à chanter et à m’intéresser à la chanson.

Dans ta jeunesse, tes parents en écoutaient.

Oui, ça allait de Brassens à Barbara en passant par les deux Elvis, Presley et Costello. C’est marrant que l’on parle de ça, parce que j’ai en projet de faire des covers de gens qui m’ont marqué dans ma jeunesse. Des gens comme Vian, Higelin, Souchon. Je ne vais pas reprendre du Brassens, parce que, même si ça m’a marqué, ce n’est pas dans mon écriture, ni dans mon univers.

Je crois savoir que Bénabar a été un élément déclencheur…

A l’époque, on l’entendait beaucoup, ainsi que –M-. J’ai eu comme un déclic en entendant les chansons réalistes et humoristiques de Bénabar. Je me suis un peu reconnu en lui. J’ai donc voulu écrire des histoires et les mettre en musique. J’ai commencé en écrivant des chansons très délirantes sur des champignons ou des slips par exemple… enfin, tout ce qui me passait par la tête. Là, aujourd’hui, j’ai réussi à catalyser mes histoires. Je suis un peu plus « raisonnable ». Et encore, je n’en suis pas si sûr.

C’est vrai que la comparaison avec Bénabar n’est pas exagérée.

J’ai le même second degré. Je prends souvent les choses graves à la dérision. Avec la petite pointe d’humour et la spontanéité du texte, tout passe. Je ne suis jamais dans la boutade pour la boutade, il faut que cela me vienne naturellement.

Clip de "Coquillage et Nutella".

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorQu’est ce qui a fait qu’un jour, tu as décidé de faire chanteur comme métier ?

Avant de m’essayer à cette profession un peu casse-gueule, je faisais des études de commerce. J’étais destiné à faire du marketing. En travaillant dans ce monde-là, je me suis aperçu que je passais la moitié de mon temps à écrire des chansons. Chaque réflexion dans les openspaces me donnaient envie d’écrire une chanson sur le thème abordé. Je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer ainsi. Il fallait que je fasse un choix. Mon entourage m’a incité à me lancer.

Alors, on se lance comment ?

On lâche le guidon et on y va. Je suis allé chanter dans les bars avec je ne sais quel tour de chant pas très cohérent. Comme je n’avais pas assez de chansons au départ, je faisais pas mal de reprises. J’essayais de comprendre comment les choses fonctionnaient. La première chose que j’ai faite professionnellement, c’est d’envoyer une démo pour Le Printemps de Bourges. C’était l’occasion de réaliser ma première maquette avec des chansons que je ne joue quasiment plus. Du coup, je me suis servi de cette maquette pour trouver des dates. Et voilà !

Ton truc, c’est la scène.

Les gens me le disent à chaque fois. Mes chansons et moi, nous prenons toute notre dimension sur une scène. On me croise, je ne paie pas de mine. Je suis un peu gringalet et j’ai la gueule du premier de la classe. Sur scène, je me sens vraiment moi.

J’adore ce genre de contraste chez les artistes.sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

Je me transforme et je pars complètement en vrille.

Ce nom, Sollex, ce n’est pas hyper sexy !

Au départ, quand j’ai envoyé ma première maquette, je ne voulais pas le faire sous mon nom, Romain Lefrançois. Je voulais un nom d’artiste et Sollex est sorti tout seul. En réfléchissant sur le pourquoi du comment, je me suis souvenu que mon grand-père me parlait beaucoup du solex qu’il avait et que mon père lui aussi en avait hérité d’un. J’ai repris inconsciemment un truc familial, ce n’est pas plus compliqué que cela.

Avoir un pseudo permet de faire le distinguo entre sa vie normale et sa vie d’artiste ?

C’est un métier où l’on devient un peu schizophrène. Dans la vie civile, il y a forcément, par l’éducation, des barrières à ne pas franchir. On ne peut pas tout faire et dire. La scène, par contre, est un espace de liberté infini. Je pense même que pour préserver cette folie qu’on a sur scène, il faut savoir se contenir dans la vie pour pouvoir exploser devant le public. Si j’étais dans la vie comme je suis sur scène, complètement barré, ce serait fatiguant pour les autres.

"Yes, we can", extrait du live au festival "En attendant le jour J" à l'Espace Christian Dente. Son et images ACP Manufacture Chanson.

Ton album démarre de manière « chanson française traditionnelle », mais très vite, musicalement et textuellement, tu nous surprends.

Se surprendre soi-même et surprendre le public permet de ne pas s’ennuyer. Il y a quinze chansons et on aurait pu en avoir dix-neuf, mais pour une meilleure cohésion de l’album, on a fait le choix d’en retirer. Que ce soit sur l’album ou sur scène, j’aime faire des plages qui soient cohérentes, puis faire des contre-pieds. Il n’y a rien de pire que de ne pas être surpris à un concert. L’autoroute endort, les chemins de traverses stimulent. Dernièrement, j’ai regardé un concert de Brel, le maître de l’interprétation et du live, et j’ai remarqué qu’il utilisait tout le temps des contre-pieds. Il passait de chansons rigolotes à une chanson qui te mettait une énorme claque. Le contraste est primordial pour toucher les gens et ne pas les perdre en route.

L’humour et l’ironie que tu as sur scène, l’as-tu dans la vie ?

Oui. C’est beaucoup pour supporter la vie. Si on n’a pas d’humour, si on n’a aucun recul sur soi ou sur ce qu’il se passe autour, ça devient un peu difficile. L’humour, c’est aussi la capacité à savoir ne rien faire, se poser, prendre du recul et savoir s’ennuyer.

J’adore la chanson « Batman ». A la fin, il casse tout dans le studio.

C’est mon passage préféré sur le disque. Batman, le seul superhéros qui n’a aucun super pouvoir. Oui, mais il a beaucoup d’argent. Il s’achète de supers bagnoles et du super matos et il se débrouille avec tout ça. Cela dit, il se bat bien. Mais sa relation avec Robin est louche (rire).

Dans « Mamie », une chanson très drôle et tendre à la fois, ta mamie te fait danser sur de la tektonik. Est-ce bien raisonnable ?

Mon grand-père a fini ses jours dans une maison de retraite, j’étais vraiment à son chevet quand il est parti. J’ai trouvé ces lieux-là tristes et déprimants. Les vieux sont suivis, il y a un cadre, ne sont donc pas abandonnés, mais quand même. L’endroit est un peu glauque. Mais dans la chanson dont tu parles, je leur rends hommage d’une certaine façon. Je positive la vieillesse. J’aime les personnes âgées et cette chanson n’est pas faite pour se moquer d’eux, au contraire. J’ai voulu qu’elle leur donne de l’espoir.

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Que pense ta famille de ce que tu fais ?

Tout le monde me soutient, même si parfois, ils sont inquiets. Ils voient que je me démène et  constatent aussi que j’ai le feu sacré, la passion absolue pour ce métier. Pour la petite histoire, quand j’ai choisi de me lancer dedans, au bout d’un an, ma mère m’appelle pour savoir si j’avais fini mon année sabbatique. Elle n’avait pas compris que c’était sérieux. En vrai, si je ne crée pas, que ce soit de la chanson, du dessin ou d’autres choses, je suis malheureux. Je crois qu’aujourd’hui, mes parents ont compris que j’étais un artiste. Que je suis né comme ça. Etre artiste, c’est une façon d’être et beaucoup de travail.

Et que pensent-ils de l’album ?

Par rapport à d’où je suis parti, les premières maquettes qu’ils ont entendu, ils sont rassurés. Je leur ai fait écouter le disque complètement terminé. Ils ont été surpris et conquis du chemin accompli. Ils ont hâte de voir la suite.

Ils t’ont vu sur scène ?

Oui. Ils viennent le plus souvent possible. Quand ils me voient en concert, ils ne me reconnaissent pas. Ma sœur et mes parents ont l’impression de voir un autre frère, un autre fils. Ils voient Sollex et non Romain. Ils font la différence.

Il y a un peu de Thomas Fersen et d’Oldelaf (mandorisé ici) en toi, non ?

Tu viens de citer deux artistes que j’aime beaucoup. J’apprécie le compliment à sa juste valeur.

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Quels sont les jeunes d’aujourd’hui dont tu as remarqué le travail ?

J’aime bien un jeune artiste qui s’appelle Guillaume Farley. Il a une voix et des textes fantastiques. Je le trouve épatant. Il y a aussi le trio Orlando, dont je trouve le travail intéressant. J’aime leur univers, leur folie et leur professionnalisme sur scène. Ils en jettent immédiatement. Ils sont impressionnants. Sinon, j’écoute aussi beaucoup Karpatt que j’ai découvert quand j’ai commencé à écrire des chansons. Leur premier album, A l’ombre du ficus, est une pépite.

Chez les plus anciens, hormis, Brel, Brassens, Barbara ?

J’aime Dick Annegarn et Pierre Vassiliu. Le Gainsbourg du début aussi. Le côté acide du « Poinçonneur des Lilas » par exemple. Il y a un second degré au vitriol que j’apprécie beaucoup. Mais mon papa spirituel, celui qui a bercé mon enfance, c’est Jacques Higelin. Je me suis beaucoup penché sur son travail. C’est vraiment un artiste complet. Il a cette générosité sur scène que j’espère donner aussi un jour. Je tente déjà.

Tu travailles sur un prochain EP ? 

Oui. On va sur une énergie un peu plus rock et j’essaie d’aller toujours plus loin dans le second degré.

Tes chansons sont parfois autobiographiques ?

Oui, mais souvent très déguisées.

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Michel Kemper, sur le site de Nos Enchanteurs a dit de toi, de mémoire, que « tu ne faisais pas de la chanson engagée, mais engageante ». C’est une jolie formule qui te correspond parfaitement.

Oui. J’adore. Je penche plus du côté de Vian que de Zebda. Quelle subtilité quand Bris Vian écrit « Le déserteur ». Textes et mélodies magnifiques. L’ensemble est très élégant. La classe absolue.

Toi aussi, tu dis des choses. Sur l’enfance, la vieillesse, la société, le monde du travail, par exemple.

Si les gens veulent bien écouter les choses. Parfois, ils s’arrêtent au premier degré et si on s’arrête au premier degré on passe à côté de ce qu’est vraiment Sollex.

Es-tu confiant pour ton avenir musical ?

Je suis un pessimiste optimiste. Quand je vois le monde, je suis pessimiste et en même temps, j’ai une force de vie qui me rend optimiste, sinon, je ne ferais pas ce que je fais. Je suis confiant en mon avenir à partir du moment où on travaille, on réfléchit, on prend un peu de recul et on ne fonce pas tête baissée. Je ne veux pas m’enfermer et regarder mon nombril. Je veux m’ouvrir de plus en plus. Ce qui me donne confiance, aussi, c’est que je suis soutenu par ma femme et par mes deux petits enfants… et ça, c’est précieux. Mon petit garçon de cinq ans veut écrire des chansons avec moi. Ça me donne la niaque. 

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorAprès l'interview, le 24 juin 2015, sur la terrasse d'un café parisien.

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