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26 juillet 2015

Festival Pause Guitare 2015 : Bilan, interviews, photos...

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11025754_871154502907370_5292257525349163247_n.jpgPause Guitare a fêté cette année sa 19e édition, à Albi. C'est le premier évènement du Tarn et certainement un des festivals les plus fédérateurs dans le grand sud (ici, vous pourrez lire les valeurs de Pause Guitare). C'est un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. La ville se retrouve aux couleurs du festival, le temps d'une semaine.

J'ai connu ce festival grâce à son président, Alain Navarro, que je fréquente quatre jours par an Serge Beyer Longueurs d'Ondes.jpgdepuis quatre ans. Nous sommes tous les deux membres du jury du Pic d'Or (tremplin de chanson française basé à Tarbes) et c'est ainsi que j'ai appris à connaître l'homme qu'il est. Gentil, généreux, passionné et certainement le type le plus intègre que je connaisse. Chaque année, il nous invite à son festival. J'ai décliné deux ans et "obtempéré" depuis l'année dernière. Et que je ne le regrette pas! Artistes nationaux et internationaux de qualité incontestable, accueil comme j'en ai rarement vu, organisation sans faille, passion et positivisme à tous les coins. Impressionnant!

Cette année, je vous raconte "mon" Pause Guitare". Ce que j'ai vu, ceux que j'ai interviewé... le tout enrichi de photos (merci les photographes du festival) et d'interviews filmées (merci Thierry Cadet de Horscène)

Une petite rétrospective en images avant de commencer, afin que vous voyez ce que vous avez loupé... et une bonne façon, aussi, de vous mettre dans l'ambiance.

Le festival a commencé la veille (jeudi 9 juillet) avec Moriarty, Angus & Julia Stone, Status Quo et Charlie Winston (rien que ça!)... mais comme, je n'étais pas là, je ne peux pas vous en parler.

Je préfère évoquer ce que j'ai vu de mes yeux vus. Ainsi, pour moi, tout commence le vendredi 10 juillet.

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Autant vous le dire, c'est la soirée qui a affiché complet depuis des mois. La soirée "variété". Commençons avec les Fréro Delavega. Je vais être très franc. C'est exactement ce que je n'aime pas dans la variété. Des textes insipides (ce qui est incompréhensible quand on sait que les deux amis ont bénéficié du talent d'auteurs tels que Ben Mazué, Barcella, Tété) et des musiques trop simplistes (j'en connais qui dirait que les mélodies sont là!). Je n'aime pas. Mais je dois reconnaitre que le public a été très enthousiaste et qu'ils ont fait le boulot (leurs musiciens sont excellents). Si ça ne m'a pas touché, le public l'a été.

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Par contre, les Fréro Delavega, ne vous prenez pas pour ce que vous n'êtes pas encore. Ce comportement est inqualifiable, surtout quand on débute... ce genre de lapin ne passe pas inaperçu (ni du public, ni de la presse locale). Les fans n'aiment pas qu'on ne le respecte pas, voire que l'on se foute de leur gueule. (J'ai déjà du mal quand Bob Dylan ne joue pas le jeu, alors les Fréro Delavega...).

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Ensuite, il y a eu Soprano. Très honorable prestation. Ambiance de folie. Je ne suis pas dans la cible visée, mais je reconnais au garçon un talent textuel non dénué d'intérêt. La musique me touche moins. (En plus, il est fan de Balavoine, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je sais, l'objectivité se niche là où elle veut.)

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Du monde, quand même...

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Ah! Yannick Noah (mandorisés parfois, un truc qui s'est passé entre lui et moi en 1997 et deux interviews plus "normales")... Autant il m'agace dans ses prises de positions politiques, autant je l'aime bien quand je suis en face de lui. Nous nous sommes toujours bien entendus dans le cadre d'une rencontre professionnelle. Mais bon, ses chansons frisent souvent la démagogie (ça me fait suer de l'avouer puisque c'est la bande à Goldman qui écrit pour lui). Bref, ce soir-là, une heure de tubes. Donc, une heure de public en délire. Là aussi, je peux dire que Noah a fait ce qu'il fallait pour que le public suive. Très belle énergie et très belle performance!

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Et soudain Calogero. J'aime bien cet artiste, depuis longtemps. Je l'ai interviewé très souvent et ce depuis ses débuts avec son premier groupe, les Charts. Il fait de la variété haut de gamme. Belles chansons, belle voix, belle mélodie. Une carrière truffée de tubes que l'on a d'ailleurs pu entendre ce soir-là. Le public a beaucoup apprécié. Peut-être aurait-il pu/dû plus communiquer avec lui?

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Le lendemain, j'assiste à L'Athanor, dès 16h, au tremplin "Découverte Chanson". Le jury est composé de professionnels du spectacle, mais aussi du grand public, sensibilisé aux enjeux de la scène française actuelle. 5 artistes ou groupe issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L'ordre de passage est fait par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite: les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l'issue de ces délibérations, chaque jury délivre sa propre récompense: une date de concert de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du midi et 1000 euros fourni par La Poste pour le vote du public.

Voici les artistes de cette année:

Monsieur Martin: "Un monsieur tout-le-monde que l’on croise chaque jour, sans jamais lui porter attention. Monsieur Martin n’est personne mais peut-être n’importe qui. Dans cet album concept, chaque titre est l’épisode d’une histoire et où l’ensemble constitue le film d’une vie. Celle de Monsieur Martin. Homme ordinaire le jour. Tueur en série la nuit. Le tout bercé par des musiques lancinantes et une écriture volontairement tranchante, sans concession. Avec ce projet aux multiples facettes, Monsieur Martin veut amener le public à découvrir toute l'étendue créative et esthétique que le Hip Hop propose." Cet artiste est intéressant, mais clivant... et pas encore tout à fait abouti. 

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Willows:  "Willows (Geneviève Toupin) est née du désir de sa créatrice de se rapprocher de ses racines franco-manitobaines, anglophones et Métis. Depuis la sortie de son premier album en 2009, elle apporte un vent de fraîcheur musicale qui a fait voyager ses chansons au Canada, aux États-Unis et en Europe, remportant plusieurs prix, dont le Western Canadian Music Award pour l’album francophone de l'année." Jolies chansons, jolie voix, mais un air de déjà entendu de multiples fois. 

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K! est le projet de Karina Duhamel. "Auteur, Chanteuse et bidouilleuse de sons et de mélodies. Autodidacte, Karina a, au démarrage du projet, ressenti la nécessité de s’entourer de musiciens, de machines, pour donner corps à des univers délirants et décalés. Après quatre années d’existence ponctuées de récompenses et de  reconnaissances professionnelles Karina affirme aujourd’hui sa singularité de chanteuse-conteuse de rêves." Je l'aime beaucoup. Elle a participé au Pic d'Or il y a un an. J'avais adoré. Elle a participé au Prix Georges Moustaki cette année, malgré les problèmes techniques, elle avait assuré. Bref, je suis très amateur de son travail. Et sa prestation à L'Athanor fut tout simplement une merveille de bizarrerie et de drôlerie. Elle a remporté une prestation sur une scène pour la prochaine édition du festival Pause Guitare.

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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L'occasion de l'interviewer sur un banc public (Georges B, si tu nous lis)..

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Interview de K :

Ce genre d’après-midi où plusieurs artistes se produisent et où l’un deux va remporter un prix, tu estimes que c’est un combat ?

Pas du tout. Ce n’est pas une lutte. Pour tout te dire, je ne savais même pas que c’était un concours. Je viens de l’apprendre. Moi, je suis venu pour la rencontre et du partage. En fait, les premières rencontres se sont faites ce matin, au petit déjeuner, avec Barbara Weldens et Denis K.

Une demi-heure, ça suffit pour montrer son univers ?

Non, c’est une catastrophe. 25 minutes, c’est affreux, en fait (rires). Habituellement, nous travaillons sur des formats de 50 minutes. C'est hyper frustrant.

La difficulté principale est donc de décider quelle chanson enlever ?

Exactement.  Il faut trouver une cohérence dans son set. Ne pas faire trop de titres du même genre. Il faut à la fois donner un éventail de ce que l’on fait et ne pas être trop éclectique pour ne pas dérouter ceux qui nous découvrent. Je ne veux pas qu’ils se disent « mais qu’est-ce qu’elle fait ? Ça part dans tous les sens, nous sommes perdus ! » Il faut parvenir à recréer un mini fil rouge.

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Tu regardes les autres artistes ?

Oui. Là, je sors de Barbara Weldens. La claque. Je me suis dit qu’il y avait plein de choses de bien et ça m’enrichit encore plus. Avec Barbara, c’était une vraie rencontre. On va se revoir après Pause Guitare, c’est sûr.

Barbara Weldens et toi, vous êtes un peu les deux foldingues de ce tremplin, voire de la chanson francophone. Je vous trouve plein de points communs.

Nous avons toutes les deux un truc un peu démentiel, un peu sombre. Comme moi, elle a un regard un peu drôle sur la vie… et un peu grinçant.

Tu as déjà un EP 6 titres. Tu évolues vers quoi aujourd’hui?

Le concert est en train d’évoluer vers un spectacle. J’avais très envie d’y inclure du décor et une mise en scène. Je défends l’idée qu’il faut rêver et faire rêver. Sinon, le disque est en préparation et devrait sortir en septembre 2016.

Je crois savoir que tu vas faire quelques résidences.

A partir du mois de septembre prochain, nous allons effectivement en faire sur Lille et Paris. Ensuite, présentation du spectacle en fin d’année avec des nouvelles et des anciennes chansons, arrangées pour que je choppe les gens et que je les emmène en voyage avec moi.

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Denis K : "En 1976, Charles Aznavour chantait « mes amis, mes amours, mes emmerdes ». Presque quarante ans plus tard, c’est au tour de Denis K d’évoquer « nos vies, nos bordels ». Chez Denis, les accords résonnent avec les corps, les notes roulent comme les doigts sur le dos et l’amour est tout sauf un jeu où l’on gagne à tous les cou(p)s." Personnellement, j'ai apprécié ses chansons, mais il lui manque de l'assurance et un peu d'énergie supplémentaire. Disons qu'il est sur la bonne voie, mais qu'il n'est pas encore certain de prendre le bon chemin. Il hésite. Il faudrait qu'il assume.

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La gagnante du tremplin "Découverte Chanson" s'appelle Barbara Weldens (prix du public et prix des pros). Elle a tout raflé. Et pourtant, pour moi, une parfaite inconnue.

"Foutraque, folle, langoureuse, tendre, drôle, impertinente, délirante, déjantée, emportée… elle ne cesse de passer d’un registre à l’autre, de jouer de sa voix et de son corps. Son piano se fait tour à tour tendre et violent, mélodieux ou discordant, grinçant ou drolatique."

J’avoue avoir été impressionné par le talent vocal de la demoiselle. Carrément époustouflant ! Je regrette juste le sujet de ces chansons. Il serait souhaitable qu’il soit plus universel. Que le choix des thèmes qu’elle évoque touche plus de monde. Mais, elle déboule dans le milieu de la chanson française, laissons-lui le temps de s’installer.

Voilà, ce qu’en dit Michel Gallas pour le site Hexagone.Athanor_BarbaraWeldens02_LilianGinet.jpg

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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Interview de Barbara Weldens :

Vous avez gagné le tremplin, alors que vous détestez ce genre de concours. Pourquoi êtes-vous venue alors ?

Parce que j’ai fait confiance à ma manageuse, Dany Lapointe. C’est une femme « entourante ». Cela fait plusieurs fois qu’elle me met sur la bonne voie. Ce tremplin me semble fait pour donner à chacun sa chance et pas pour casser les artistes. Chacun à ses talents et chacun repart avec sa dose de reconnaissance.

Vous avez rencontré K et je crois savoir que cela s’est bien passé.

Je trouve que ce qu’elle fait est énorme. Je suis contente qu’elle puisse revenir l’année prochaine ici en concert véritable, comme moi. Je ne sais pas encore ce qui nous relie, mais nous sommes reliées, c’est sûr.

Moi, je ne vous connaissais pas du tout, j’avoue que vous m’avez bluffé.

Je viens d’arriver sur le marché, donc c’est tout à fait normal (rires).

La question idiote : vous êtes heureuse d’avoir gagné ce tremplin ?     

Ce n’est pas d’être la préférée qui fait plaisir, c’est la reconnaissance. Aujourd’hui, je me dis que mon travail a été reconnu. Ça ne m’est jamais arrivé officiellement.

Que pensez-vous de l’accueil de Pause Guitare ?

Nous sommes reçus comme des stars. Je n’ai pas l’habitude de ça et j’avoue que ça me touche au plus haut point. Tout est prévu pour que l’on se sente bien. Tout est très bien organisé. Les régisseurs sont juste des petits génies.

Vous n’avez pas encore de disque, je crois.

J’ai juste un EP. Pour le moment, on peaufine ce que l’on veut donner sur scène. L’enregistrement est prévu pour l’année prochaine.

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(Après l'interview, K! nous a rejoint pour la photo classe, à ne pas confondre avec la photo de classe).

Ici, Barbara Weldens, Denis K et K réunis pour la photo finale.

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Alain Navarro, Président du festival Pause Guitare, reçoit Dominique Janin à Albi, et évoque les difficultés financières rencontrées par cette dernière avec le festival Alors... chante ! dont elle est la nouvelle Présidente.(Vidéo réalisée par Horscène.)
http://www.alorschante.com

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Interview de Dominique Janin:

Vous allez reprendre le festival Alors Chante qu’on annonçait mort…

Il n’est pas mort en effet. Il y a eu beaucoup de changements. Nous sommes en redressement judiciaire renouvelable. Il y a six mois d’observation. J’ai repris la présidence car il est hors de question que l’histoire s’arrête. Nous travaillons avec la société Abacaba. Du coup notre association à la fois bénévole et associative se déroule très bien. Nous, on se garde ce qui est découverte. C’est notre tasse de thé, notre ADN. Nous avons un concert de soutien le 12 septembre à Castelsarrasin. Nous déménageons car nous nous sommes fait virés de Montauban. Plus de subvention, plus rien… nous étions trop engagés, je pense.

C’est un travail phénoménal qui vous attend !

Il est déjà entamé depuis le mois de janvier. Il a fallu refaire tous les dossiers. On a continué a travailler sur les écoutes « découvertes ». Je suis contente, parce qu’il y a Barbara Weldens qui est là. Elle fait partie de nos découvertes 2015.

Personnellement, quel lien avez-vous avec Pause Guitare ?

Un énorme lien affectif et depuis très longtemps. Avec Alain Navarro, nous sommes de vieux routards, des gens très proches et très respectueux l’un de l’autre. Il est toujours à mes côtés dans mes moments d’interrogations, de doutes… et de doutes cruels aussi. Alain est toujours là. C’est un homme extraordinaire.

J’ai vu une larmichette quand il vous a présenté sur scène pour annoncer que vous repreniez le bateau « Alors Chante » qui coulait.

Je crois qu’il ne faut pas trop me brancher là-dessus, parce que je sens que je repars. C’est un des paris les plus importants de ma vie professionnelle.

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Le soir, à Pratgraussals, le premier artiste est un bluesman norvégien, Bjorn Berge. Il maîtrise à la perfection sa guitare à 12 cordes. L'artiste, à la cool, assis sur une chaise, a plaqué sa guitare sur des standards du blues ou des titres originaux. Il a électrifié l'auditoire.

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Place à Étienne Daho. Le roi de la pop française était dans une forme éblouissante. Il a aligné ses succès les uns après les autres, laissant place parfois à une chanson tirée de son album le plus récent, Les Chansons de l'innocence retrouvée. Les gens de ma génération replonge dans les meilleures années de leur vie. Les années 80-90 sont marquées par les chansons de Daho et toutes les retrouver a été un régal. Le public a bien suivi le maître de l'electro pop "made in France".

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Daho avec ses musiciens (avant son concert).

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Daho avec pas ses musiciens (après le concert)

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Asaf Avidan, j'étais très curieux de le voir sur scène. Le ravissement total  Sa voix presque surnaturelle file les frissons. Je pensais assister à un concert plan plan, j'ai vu un show énergique entre blues, rock, jazz, pop... La classe absolue.

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Avec Frah, leader de Shaka Ponk, juste avant de monter sur scène. (Photo : Robert Doisneau, comme chacun peut s'en douter.)

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Quelques secondes avant le top départ scénique. Le calme avant la tempête.

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La tempête est immédiate. Un show son et lumière de toute beauté et diablement efficace. J'émets quelques bémols sur leur musique. A la base, ce n'est déjà pas ma tasse de thé, mais on a l'impression d'entendre le même morceau pendant une heure. Cela dit, je n'ai pas boudé mon plaisir visuel et les spectateurs ont pris leur pied. Plein les yeux, plein les oreilles, Shaka Ponk excelle en la matière. Quelle énergie!

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Le dernier jour arrive (malheureusement).

Retour à L’Athanor. Pour l’après-midi Scène talent.

Jesers, je le suis depuis le début de sa carrière. Je l’ai mandorisé là en 2011 et il a participé au Pic d’Or 2013 et a remporté deux prix, le Pic d’Argent et le prix du public. Nous nous sommes donc croisés souvent. Auteur interprète de la nouvelle scène française, c’est un amoureux des mots et de leurs sens. « Citoyen et conteur aux racines métissées, son univers musical est une rencontre entre plusieurs cultures, un voyage en chanson world emprunte de poésie urbaine. Avec son opus «J’aimerais qu’on sème», il nous invite à bord d’un nuancier coloré et positif dans lequel il aborde ses racines, de la France à L’Afrique, du Cap Vert au Sénégal, pour tracer des horizons tous liés aux événements de notre monde et où l’importance des mots illuminent les rimes ». Il est le vainqueur du tremplin "Découverte Chanson" Pause Guitare 2014. Cela m’a fait plaisir de le revoir ici.

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Je dois vous avouer que Jesers m’a tiré des larmes pendant l’interprétation de ses chansons. Ses textes sont si sublimes. Ils prennent aux tripes sans ostentation (je ne sais pas comment il fait, mais il est très fort)… et comme je suis fier, je tentais de faire en sorte que ça ne se voit pas. (Oh ! J’ai une poussière dans l’œil !) Je pensais être le seul à tenter à retenir mes larmes. Après enquête poussée (je suis journaliste d’investigation) auprès de mon entourage, il se trouve que nous étions nombreux dans ce cas.

Quand soudain, il dit en me regardant : « Je vais maintenant faire mon dernier titre. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de le dédier à François ». Salaud ! Putain, moi, je suis un petit être sensible. J’ai écouté le texte. Il m’a tellement parlé que le ruisseau qui attendait de sortir a fini par sortir. Un geyser. Merci Jesers.

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Après "l'effort", le réconfort de la rencontre avec le public.

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Interview de Jesers : 

Comment as-tu vécu ton Pause Guitare ?

Nous sommes là depuis mercredi. Je vais voir plein de concerts. J’ai dit à mes deux amis et musiciens, Marc et Philippe, qu’il fallait faire nos prestations le mieux possible. Tout le monde se donne à fond, nous devons en faire de même.  

Je viens de voir ta prestation. J’ai l’habitude d’assister à tes concerts, mais c’est la première fois que je te vois avec un batteur.

Nous avons fait en sorte que la batterie ne parasite pas le texte. Nous avons cherché le bon dosage et je pense que nous l’avons trouvé. La batterie ne peut pas rentrer sur tous mes textes. Nous avions une écoute à deux et nous souhaitons que l’écoute soit similaire à trois. Philippe a fait et continue à faire des efforts dans ce sens… et il y parvient brillamment. 

Aujourd’hui, le public a été très chaleureux. Nous avons été nombreux à être très émus. Moi, perso, des larmes ont coulé, sans savoir pourquoi.

J’ai vu beaucoup d’émotion et ça m’a touché aussi. L’émotion, le public ne peut pas l’avoir seul. C’est qu’il se passe quelque chose sur scène. Ça peut paraître bizarre, mais moi aussi, je suis parfois bien pris par ce que je dis.

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Tu vois les réactions des gens quand tu es sur scène ?

Oui, j’ai vu la tienne par exemple. Je t’ai regardé parce que tu étais bien en face de moi. J’ai vu ton émotion. Je ne te savais pas si sensible… et c’est ça qui m’a donné envie de te dédicacer ma dernière chanson. Le texte t’allait parfaitement.

C’est la première fois qu’un artiste me regarde dans les yeux lors d’un concert et qu’il me dédie une chanson. Et une putain de belle chanson. Là, je t’avoue, j’ai craqué.

J’ai vu (sourire).

Qu’elle est ta relation avec Pause Guitare ?

C’est une relation très intense. Avec Alain Navarro, avec le public d’ici, les bénévoles… il y a vraiment une belle relation. Mon batteur, Philippe, vient pour la première fois et il m’a dit « mais qu’est-ce qu’on vous aime ici ! »

Vous avez eu le droit à une standing ovation.

Oui. On n’en revient pas. J’avais l’impression que c’était notre anniversaire aujourd’hui.

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Après Jesers, place à Nevché. J’adore. « Avec « Monde Nouveau Monde Ancien », son premier album sorti en 2009, puis « Le soleil brille pour tout le monde ? », une mise en musique de textes inédits et militants de Prévert en 2011, Frédéric Nevchehirlian, désormais appelé « Nevché », a tracé une route sinueuse et singulière entre rock, slam et chanson.
Un nom compliqué, un genre indéfinissable, une démarche de développement artisanale et militante, ce capétien de français n’avait pas tous les atouts pour vivre de sa musique dans le contexte que nous connaissons depuis une décennie. » Son dernier album Rétroviseur est un pur joyau. J’étais content de le voir sur scène… et de l’interviewer.

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(Photo : LongueurDondes.com)

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Interview de Nevche:

A la fin de ton concert, tu as rendu un vibrant hommage au boss de Pause Guitare, Alain Navarro.

Je fais rarement ce genre de chose. Comme il y a un climat de tension dans le monde de la culture, des choses pas toujours positives, je voulais dire dans un micro, devant témoins, qu’il y a des gens qui sont fidèles, qui prennent le temps, qui nous laissent nous tromper. Ils nous permettent de revenir, de nous installer dans la durée. La vie, ce n’est pas qu’un coup. C’est dans la durée, ça s’étale. Il m’a accueilli avec mes différentes formations et ensuite en solo. Il m’a toujours suivi avec une fidélité désarçonnante.

Un jour, il t’a mis en première partie de Dick Annegarn.

Il a eu l’élégance de nous mettre au contact d’un grand monsieur de la parole et de la chanson. Il fait en sorte que l’on se rencontre ou pas. Il ne fait pas l’entremetteur, il laisse exister les choses. Depuis, avec Dick, nous n’avons cessé de nous croiser et de nous recroiser. Alain Navarro initie les choses dans la discrétion. De par ma culture arménienne, je suis sensible à cela. Les arméniens sont en retrait. Ils n’aiment pas dire les choses. Je ne veux rien ajouter. Je viens de dire sur scène que je l’aimais profondément, que c’était quelqu’un d’important. J’aime dit qu’il était un phare pour moi. Je ne voulais pas être impudique, mais politiquement, je trouvais qu’il était important que les gens sachent que ce genre d’homme existe. Ils sont rares.

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Je viens d’être témoin d’une conversation entre toi et Jesers. Tu l’as félicité et a été touché.

J’ai beaucoup apprécié sa douceur et sa tendresse. C’est une valeur politique, aujourd’hui, pour moi. Je n’aime pas tous les styles de musique, je ne suis pas sensible à tout, mais j’aime voir la beauté où elle se trouve. Je suis une tête chercheuse de beauté. J’aime aller vers le beau des gens. On est tous des connards, des incompétents. On a tous nos travers… mais ce qui me plait, c’est la beauté des gens. Serge, Jesers, geyser de beauté, geyser de simplicité. Il a une force de douceur et d’empathie.

Dans ton concert, il y a beaucoup de tendresse, mais aussi beaucoup de folie. Il faut trouver le bon équilibre pour que le public puisse s’y retrouver?

En fait, je ne me pose pas la question de la réception du public, je me pose la question de mon équilibre intérieur. Si je me sens équilibré intérieurement, mélange de délicatesse extrême et d’énergie extrême, tout se passe bien. Je livre au public, avec honnêteté, mon grand écart.

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Là encore, j’étais très impatient de voir Karimouche sur scène. J’en ai toujours entendu le plus grand bien et son deuxième album reçu il y a deux mois, Action, m’avait beaucoup plu. « Son premier album, Emballage d’origine, avait été une révélation en 2010 et, depuis, elle s’est abonnée à la scène : chanteuse, rappeuse, comédienne. Une musique inspirée d’Afrique du Nord, de la chanson française et de la culture urbaine, de la France métissée et de l’insolent talent d’une personne hors norme.Voix forte et sereine, rimes franches et intimes, elle fait résonner ses nouvelles chansons comme un grand tournoiement à la fois assassin et tendre. » Son show d’une heure était très convaincant. Drôle, beau, émouvant. (Et de sacrés musiciens derrière elle).

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Interview (express) de Karimouche:

Tu aimes ce genre de configuration. Trois artistes présentant leur répertoire en une heure ?

Oui, j’aime cela. Les co-plateaux sont très vivants. On rencontre plein de gens et surtout, on découvre d’autres artistes. C’est enrichissant. Cet après-midi, j’ai découvert Jesers qui m’a impressionné et je connaissais Nevché que je respecte beaucoup.

Tu viens de sortir un nouvel album… tu as joué quelques morceau qui y figurent.

 

Quand tu fais une heure, le choix des chansons est complexe à faire. Je fais tout mon répertoire, mais en accélérant le tempo (rire). 

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Connaissais-tu Pause Guitare ?

Je connaissais de nom et de réputation, mais je n’y avais jamais participé. Je suis donc très heureuse et très flattée d’avoir joué ici. Le festival est génial, les bénévoles sont supers. Toutes l’équipe technique est très agréable et efficace. Ce n’est pas partout que cela se passe ainsi. Ici, il y a quelque chose de différent. Quelque chose de positif. C’est un bonheur de venir jouer ici.

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Et le soir à Pratgraussals... Hindi Zahra. Pour je ne sais plus quelle raison, je n'ai pas été attentif à son concert. J'ai entendu au loin ces chansons soul-folk-jazz où affleurent ses origines sud-marocaines.

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Enfin, Cali débarque. La big claque. Je ne l’avais plus vu en concert depuis longtemps, (même si je le mandorise parfois, voir et ). Il me semble qu’il est le chanteur français le plus performant sur scène. Un concert insensé où l’on sent l’amour qu’à l’artiste pour son public et sa joie incommensurable d’être sur scène. Énergique, positif, joueur.

Quel plaisir de le voir chanter ses succès (mais pas que), courir dans tous les sens, aller dans la foule sans « garde du corps », faire monter les photographes et jouer avec eux, appeler une jeune femme pour qu’un bénévole de Pause Guitare fasse sa demande en mariage… Il transmet son enthousiasme d’être là et nous, on l’admire pour cela. Et on est impressionné. 

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Celle-là, elle est de moi. C'est donc, évidemment, la photo la plus belle. (Hein?)

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Avec Dieu le père, Alain Navarro.

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Et pour conclure Pause Guitare cru 2015, une photo de Bob Dylan. (Si, il est là, au fond, quelque part...) Reste chez toi Bob. Si tu ne veux plus te montrer, dire bonjour, respecter ton public, donner un peu de toi, faire plaisir aux gens qui donnent de l'argent pour venir te voir. Je pourrais dire "I was here"... mais je n'ai pas vu grand chose... (Bon dieu, en plus, il est passé après Cali. Le jour et la nuit. Le meilleur et le moins bon (je parle scéniquement, bien sûr). 

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Et un grand merci à Alain Navarro, adulé de tous (voir la photo du journal des bénévoles, ci-dessous) et grand ordonnateur de ce festival.

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Pour terminer, voici une interview du maestro de l'organisation par Thierry Cadet pour Horscène. Alain Navarro dresse un premier bilan de Pause Guitare version 2015 qui a rassemblé près de 48 000 festivaliers. Et surtout, vous verrez toute l'humanité que dégage cet homme. Que j'aime.

A lire ici, un article de La Dépêche sur le bilan très complet de cette année.

Merci à toute l'équipe d'Arpèges et Trémolos, tous les bénévoles (en particulier Tristan Leouek, notre ange gardien et Christelle Canaby qu'on a dérangé pour un oui ou pour un non et qui gardait toujours le sourire), les photographes (ultra talentueux) de Pause Guitare (sans qui cette chronique n'aurait aucune raison d'être.)

Richard : www.richardstorchi.net

Jean Luc : 500px.com/Jean-LucClercq-Roques

Mary : www.mrscustomspics.com

Melanie : www.memaile.fr

Lilian : www.lilianginet.com

Jean : www.facebook.com/chasseur.delumiere.9

Damien : eyelivephoto.com

MC : marioncadillac.fr

Fabien : fabien.espinasse@gmail.com

(Et merci aussi à Serge Beyer : LongueurDondes.com, dont voici l'excellent compte rendu du Festival.)

 

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16 juillet 2015

Quentin Mouron : interview pour Trois gouttes de sang et un nuage de coke

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quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorQuentin Mouron est, au minimum, l’auteur suisse qui monte en flèche. Je vais jusqu’à prétendre qu’il est l’un des révélations de la littérature francophone de ces deux dernières années. Il débarque en France avec un brillant thriller qui n’en est pas tout à fait un (« un antipolar déjanté » écrit le Huffington Post). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son quatrième roman (édité par la maison d’édition française La Grande Ourse).

« A 25 ans, cet auteur pressé a déjà tout d'un écrivain: un monde clairement défini, une aisance à jongler avec les personnages, une maîtrise de son imaginaire... ainsi qu'un style. Et quel style! Qu'il s'agisse d'introspection, de digression ou de suspense, les mots claquent, les verbes galopent, et les chapitres défilent. Quentin Mouron a l'art de la formule » écrit encore le Huffington Post (lire intégralité de l’article ici).

Je le suis depuis son premier livre et je l’ai même déjà mandorisé pour son second. Pour être tout à fait franc (je ne cache rien ici), je le vois même quand il passe à Paris en coup de vent, juste pour parler/déjeuner/picoler (sans micro à proximité, pour le plaisir, quoi !) Je pense que, tout doucement, nous devenons amis.

Le 11 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous chez un ami pour une seconde mandorisation (au Chardonnet).

4e de couverture :

Watertown. Banlieue de Boston, novembre 2013. Un retraité sans histoire est retrouvé dans son quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorpick-up sauvagement assassiné. L’enquête est confiée au shérif McCarthy, pugnace, humaniste, déterminé. Au même moment, Franck, jeune détective dandy, décadent et cocaïnomane, double sombre du shérif, mène l’enquête en parallèle, parcourant la ville en quête de sensations nouvelles.

Un mafieux de renom, un jeune musicien ambitieux, un romancier vulgaire, des flics besogneux ainsi que tous les autres, les « largués », les « paumés » sont mis en scène et embrasent cette fresque sans concession d’une Amérique hantée par la crise des subprimes.

À mi-chemin entre le roman social et le thriller, Trois gouttes de sang et un nuage de coke, roman au ton vif et au style léché, laisse le lecteur sans voix. 

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorL’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier suisse et canadien, naît en 1989 à Lausanne. 

Très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2014). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son premier roman publié en France. Mouron est aussi chroniqueur pour plusieurs journaux suisses et à TV BeCurious.

Quentin Mouron, 25 ans, est déjà largement reconnu en Suisse où ses trois précédents romans ont obtenu une presse importante et élogieuse. 

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(Photo : Patrick Gilliéron)

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorInterview :

C’est ton premier « thriller », avec de gros guillemets, peut-on dire que ce quatrième roman est à part des trois précédents ?

Pas tant que ça. J’y trouve pas mal de résonnances avec les autres. Il y a vraiment une unité. Pas dans le genre, mais dans les thèmes abordés. La question du masque que nous portons tous, travaille vraiment le personnage principal, Franck, et ça le hante toute la durée du récit.

L’alcool et la drogue sont aussi très présents dans tous tes livres.

Oui, finalement, il y a de nombreux rapports. Mais je vois ce que tu voulais dire dans ta première question. Ce livre est un polar et il est peut-être plus accessible que mes trois premiers romans. C’est celui qui se lit le plus facilement et qui est le plus « mainstream ». Oh ! Quel vilain mot !

En écrivant ce livre, tu as choisi d’être plus abordable ou ça s’est fait naturellement ?

C’était naturel. Je n’avais même pas l’intention précise d’écrire un polar. J’avais des idées de personnages, de scènes, de situations, de dialogues aussi. L’armature du polar est venue bien après. Le côté « page turner » s’est imposé au fur et à mesure. Quand on décide qu’il y a une intrigue, on décide de mettre du suspens. On ne va pas quand même pas emmerder le lecteur.

C’est un livre que tu as beaucoup travaillé et retravaillé ?

Oui, ça m’a pris un an et demi. C’est un travail de longue haleine, contrairement à mes habitudes.

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Quentin Mouron le 11 juin 2015.

Je sais que parfois, tu te laisses déborder par tes personnages.

C’est presque de la chimie. C’est assez empirique et expérimental. On met des personnages, on leur crée une psychologie, une psychologie qui peut être contradictoire ou boiteuse. C’est le cas de Franck et c’est tout à fait volontaire. Ensuite, on regarde comment le personnage réagit. Contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’arrive pas à faire suffisamment de projections pour avoir un plan militairement établi. Je suis donc dans l’organique.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi en écrivant ce polar ?

Je n’avais pas l’habitude de faire durer un livre sur plusieurs jours, je n’avais pas l’habitude de créer une intrigue avec un suivi rigoureux. J’ai eu une exigence de crédibilité qui n’a pas été simple pour moi. Il y a des réflexions sur la nécessité, sur le hasard, sur la probabilité. Mon intrigue n’est pas gratuite, elle a du sens.

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Tu aimes bien les barges !

Tous mes personnages le sont un peu, mais, nous tous, nous le sommes aussi. Chacun à ses fêlures. Franck est un personnage fou, dans le sens littéraire du terme. Il est contradictoire, il part dans tous les sens, il est cocaïnomane, donc un peu schizophrène, mais c’est aussi ce qui ajoute à son charme et son épaisseur.

Tu fais le contraire des autres auteurs. Tu as commencé par des romans, disons un peu complexes, moins « grand public », aujourd’hui tu tentes d’être abordable par tous les lecteurs.

Oui, mais j’étais content de pouvoir reprendre certaines réflexions qui avaient déjà été posées sous d’autres formes, dans d’autres romans. Je pense que j’ai donné une épaisseur à « l’abordable », comme tu dis. Je voulais un mélange de matière dense et de suspens.

Un écrivain écrit pour être lu, tu t’en rends peut-être un peu plus compte aujourd’hui ?

Oui, tu as entièrement raison. On peut lire ce roman de plusieurs manières. Un amateur de polar ne devrait pas être déçu, il peut lire juste pour l’intrigue. Mais quelqu’un d’un peu exigeant pourra aussi être intéressé par ce qu’il se cache derrière. Il suffit de gratter. Il y a plusieurs niveaux de lecture.

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En France, quand on parle de « page turner », on parle de Marc Lévy ou Guillaume Musso.

Oui, mais moi, personnellement, je n’ai pas envie de tourner leurs pages (rire). L’autre jour, quelqu’un me dit « il faut absolument que tu lises Millemium, c’est génial ! ». J’ai lu le premier tome et je l’ai trouvé pas mal. Par contre, j’ai trouvé le deuxième emmerdant. Chiant à mourir même ! Au bout de 400 pages, je me disais : « Même Balzac va plus vite ! »

Tu as raison de parler de ça, parce que dans tes livres, il n’y a aucune fioriture. Tout à des raisons d’être écrit.  

J’ai envie que ça commence tout de suite, qu’il y ait de l’action, des personnages actifs immédiatement, d’avoir des paroles qui raisonnent un peu en nous, d’avoir quelque chose qui soit un peu épais.

Le lecteur ne peut pas se reconnaitre dans tes personnages dits « extrêmes » !

La grande perversion du livre et du personnage de Franck, c’est qu’ils sont aussi détestables qu’attachants. J’ai voulu que le lecteur soit proche de Franck, qu’il fasse sienne certaines de ses réflexions et que, paradoxalement, il reste un type assez dégueulasse.

A te lire, chacun est pourri quelque part et personne n’échappe à la règle.

Je le crois sincèrement dans la vraie vie. Bon, dans mon nouveau livre, il y a juste le shérif qui est un type bien, quant aux autres…

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Moins d'une semaine après sa sortie, "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" est cinquième des ventes en Suisse, toutes catégories confondues.

En Suisse, ton livre est très bien accueilli.

Les ventes sont très bonnes. J’espère que ça se propagera en France, au Québec et en Belgique. Mais j’ai eu aussi quelques critiques négatives.

Tu récoltes ce que tu sèmes. Tu es un provocateur, jeune de surcroit. Tu énerves.

Oui, il y a un peu de ça. Mais généralement, mon nouveau livre est bien accueilli, autant par les libraires que par les journalistes. Je suis hyper bien distribué. Et puis, victoire, j’ai vu mon livre dans la librairie d’une gare. Je fais donc désormais de la littérature de gare.

Comment prends-tu les critiques ?

Quelles soient positives ou négatives, je les accueille avec une certaine distance. Mais, je ne te dit pas que ça ne me fait pas plaisir quand elles sont bonnes et enthousiastes. Ca flatte l’ego et ça encourage.

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Novembre 2014, passage éclair de Quentin Mouron à Paris. Il est venu voir sa nouvelle éditrice française... et nous avons déjeuné ensemble avant son retour en Suisse.

Trois gouttes de sang et un nuage de coke est sorti dans une maison française pour la première fois.

C’est une maison exigeante et qualitative. C’est l’éditeur suisse de mes trois premiers livres, Olivier Morattel, qui m’a aidé. Il a estimé que c’était difficile de faire de la promo pour moi en France et il trouvait dommage que mon quatrième livre, que je lui avais fait lire, ne se contente que de la Suisse. Il a été d’une élégance rare, car c’est lui qui m’a proposé de trouver une maison en France.

Paulina Nourissier-Muhlstein, la directrice éditoriale de La Grande Ourse, a été la première à vous répondre.

Oui, et elle était très enthousiaste. J’ai vite senti qu’elle avait bien compris le livre. Elle a compris le projet, le discours et le propos. Je suis venu la voir à Paris en novembre dernier et on a fait affaire. On a ensuite retouché le texte ensemble. Tout s’est fait avec elle, Olivier et moi, en bonne intelligence. C’est le début d’une nouvelle et belle aventure.

Depuis que je te connais, quelle progression dans ta carrière !

Le truc le plus important, c’est que je commence à pouvoir discrètement vivre de ma plume. Entre les livres et les chroniques, je commence à m’en sortir.

A la télé et dans la presse, tu tapes sur tout ce qui bouge et surtout quand c’est politique.

Je fais trois chroniques à la télé par semaine sur TV BeCurious. Je ne fais pas que beugler sur les politiques, je sais aussi être doux, parler littérature ou d’autres choses. J’ai vraiment carte blanche et c’est confortable. On ne me censure jamais. A la rentrée, je vais aussi animer une émission littéraire sur cette chaîne. Ça va décaper.

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Pendant l'interview...

Tu n’as pas peur que l’on te voit trop ?

En tout cas, je sais que ça énerve. Ça se voit et ça se sent que j’agace dans le milieu littéraire lausannois et genevois. Ça m’amuse beaucoup cette réputation de trublion prétentieux. Je m’en fous d’énerver les gens, ils m’énervent aussi parfois et ne s’excusent pas de m’énerver.

Ça te met à part.

Tant mieux, je ne veux pas faire partie d’une bande. J’ai de bons contacts avec pas mal d’écrivains et de journalistes suisses, mais je ne cultive pas mes relations et ne participent pas aux règlements de compte entre les uns et les autres.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Sur un texte qui va me prendre plusieurs années je pense. C’est un roman picaresque. Un truc complètement fou. Le narrateur qui est plus ou moins moi, est dans une Audi A4 et traverse le pays… il se passe des choses très marrantes. Ça tient de Don Quichotte et je me moque de la gueule d’un peu de tout. Ça se veut acide et drôle. Sinon, j’ai commencé un livre qui reste dans le thème de Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Je reprends certains personnages de manière détournée. J’ai aussi envie de reprendre certains thèmes et en amener d’autres. Il faut que chaque livre que je propose soit meilleur que le précédent.

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Après l'interview, le 11 juin 2015.

08 juillet 2015

Dimoné : interview pour Bien Hommé - Mal Femmé

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(Photo : Guillaume Bonnefont)

Je me demande parfois pourquoi untel ou untel n’a pas la visibilité médiatique qu’il mérite. Dans le cas de Dimoné (15 ans de présence dans le paysage musical hexagonal), j’espère que cela ne va pas tarder. Une richesse textuelle comme la sienne est rare. On dit de lui que c’est un « être utopique et exigeant, rêveur lucide et facétieux logique ». Bien Hommé - Mal Femmé, son dernier album, devrait convaincre tout le monde.

Je suis allé le voir à la Boule Noire, le 31 mars dernier. Le choc. La claque.

Le type m’a impressionné. Un rockeur charismatique comme on en fait plus. « Les mots rebondissent à force d'allitérations, de formules désossées ou de phrases à tiroirs. » La musique (guitares tranchantes) transcende l’auditoire. L'homme chante autant qu'il parle, explose les contraintes formelles et utilise de drôles d'instruments (toy piano, bouzouki irlandais, percu de lutrin, onde à bulle...) pour créer ses mélodies d’une efficacité redoutable. Impressionnant et magistral.

Le 2 juin dernier, le montpelliérain d’adoption est passé à Paris. Une visite à l’agence s’imposait. Et c’était bien. Des réponses inhabituelles, entre poésie, allégorie et métaphore…

dimoné,bien hommé,mal femméArgumentaire de l’album :

Bien hommé mal femmé nous invite dans sa chevauchée sur un territoire des genres et de l’intime. Onze chansons audacieuses. Ces cavalières réelles ou fantasmées par Dimoné le bien nommé, sont, elles-mêmes, l’allégorie batailleuse de ses tourments convertis en rêverie, en souhaits ou en formule de sorcier blanc. On y désire et on y extrapole l’insupportable solitude, on s’accompagne dans les origines, et on s’aventure orgueilleusement dans son univers où l’ombre peut s’avérer lumineuse. Après l’écoute de cet album on sait que le sentiment est minéral et le sensible une odeur. Indissociable compagnon de scène de Dimoné depuis les débuts, Jean-Christophe Sirven a réalisé cet album.

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. A rebours des chroniques du quotidien, son écriture affûtée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

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 (Photo du haut et celle de l'ouverture d'interview : Flavie Girbal du site Hexagone)

dimoné,bien hommé,mal femméInterview :

Pour bien connaître ton travail, il faut te voir sur scène ?

C’est tout à fait la réalité. La naissance de ce monde intérieur que sont la compo, la création et les tourments, tout cela n’a de sens parce qu’il y a un public. La rencontre se fait plus sur scène que sur disque.

Certains font des chansons pour exorciser leurs tourments intérieurs.

Moi, c’est aussi beaucoup pour en vivre. Je commence par cet axe-là qui est le moins glamour de tous. Par cette idée d’en vivre, je me dois d’être encore plus vivant. Je ne vais pas faire la manche sur scène. Je vais même chercher à voir si on a envie que je vive. C’est la vie, la mort. Le pouce en l’air ou en bas. On me like ou on me délike.

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(Le 9 juin 2015, au Théâtre de la Mer à Sète... une semaine après l'interview)

Tu es dans cet état d’esprit à chaque fois que tu montes sur scène ?

Oui. La scène est un endroit hostile. Ce n’est pas cool. Ce n’est pas comme ce canapé où je suis assis. Il y a bagarre.

C’est un match de boxe ?

C’est ça. C’est une zone où il y a des snipers un peu partout. Même si je me dis que mon public est bienveillant, je me dois de faire attention. Je suis dans le viseur de tous. C’est une manière de me mettre en éveil.

Clip de "Un homme libre" extrait l'album Bien Hommé - Mal Femmé

Tu as commencé ta carrière à Montpellier en 1986 et tu as fait un nombre considérable de concerts depuis. Tu ne te laisses jamais gagner par l’habitude ?

Je pense qu’il y a plein de choses que je faisais de manière animale et instinctive. Avec prudence. A une certaine époque, quand j’ai commencé à chanter,  je me trouvais très gendre idéal. Avant, je me planquais derrière des chanteurs qui se cognaient le boulot à ma place. J’ai cheminé vers ce poste de calendre de bagnole pour arriver à représenter son intériorité, ses états d’âme et ses fragilités.

De qui parles-tu ?

Du personnage. Oui, il fallait que je crée un personnage. Disons même qu’il est apparu.

Comment est-il apparu ?

Comme personnellement, je me refuse de formuler trop de choses, parce que j’ai peur de les tuer en les disant, je me suis dit qu’il fallait qu’il y ait une personne munie de plus d’audace que moi. Il fallait que je lui donne la possibilité de rencontrer plus de gens, d’être infréquentable, d’avoir une part féminine énorme et d’être ingérable. Il faut que je laisse à ce personnage, cette liberté-là.

A ce double ?

Oui, à ce double. Toi qui es gémeaux comme moi, tu comprends ce que je te dis. Cette histoire de dualité que l’on raconte sur notre signe astrologique m’arrange bien. Tout à coup, il y a cet individu  qui s’accapare de moi.

Il est comment?

Je l’identifie un peu plus qu’avant. Il peut être plus sympathique que naguère. J’accepte un peu plus sa part de lumière.

En fait, tu te planques derrière lui.

(Ironique) Tu crois ? Je me planque surtout derrière ma moustache. Ce personnage que j’incarne sur scène est aujourd’hui un mélange de tendresse et de folie. Pendant une fenêtre d’une heure et quart sur scène, je peux mieux purger cette histoire de l’existence, ce gros théâtre de nos vies.

"Soiñons nos rêves", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé, en concert à Montpellier au Rockstore le 21 novembre 2014.  

Là, nous faisons une interview. Aimes-tu parler de toi et de ton œuvre ?

C’est intéressant que tu me poses cette question-là. Hier, je me faisais cette réflexion. C’est sympa que l’on sache ce que je fais. Me raconter est une action, pas uniquement une thérapie. On passe beaucoup de temps à parler de soi. Ton boulot est de récupérer et glaner des infos, nous sommes des prairies d’artistes pour gagner ta vie, et pour gagner la mienne, il faut que la raconte. Quand je monte à Paris, je sais que ce n’est pas pour visiter la Tour Eiffel. La question est : comment être exciter à  dire les choses.

Cet album est, je crois, ton disque majeur. Celui qui t’a révélé à un public nettement plus large qu’auparavant.

Je ne suis pas quelqu’un de fondamentalement ultra confiant en moi. C’est pour ça que j’ai demandé à ce fameux Dimoné de prendre ma place. L’environnement et le côté sacré des choses ont fait qu’il s’est passé des évènements qui ne se sont jamais tenus sur mes précédents disques.

Lesquels par exemple ?

L’accompagnement par FIP ou le coup de cœur de l’académie Charles Cros 2015. J’ai l’impression que je suis un perdreau de l’année, alors que bon.

Tu as près de 15 ans de carrière et on ne te récompense qu’aujourd’hui. Ça te fait quoi ?

Ça m’amuse, mais personne ne me dois rien et ça fait très plaisir. Pour me protéger, je me dis toujours que la soirée ne sera pas bonne, mais là, si on me dit que mon disque est bien, je tente de savourer. J’ai 48 ans et je vis de ce métier depuis peu. Ca calme mes éventuels ardeurs.

Clip de "Venise", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé.

Comment vis-tu la dépossession de tes chansons ? Quand elles sont terminées et enregistrées, elles ne t’appartiennent plus, non ?

C’est le but d’une chanson et ça me protège moi. Ça me permet de disparaitre. Le moi, moi, moi constamment, ce n’est pas le but. Etre sur le chemin, être un vecteur, c’est noble. Cette idée-là m’intéresse. Parfois, mes chansons sont nébuleuses et dans le réveil, c’est là où il est plus facile de se les approprier.

Parlons de tes mots. J’adore leur son.

Je suis un indien. Je suis sûr que le son d’un mot est dans le sens. Le son d’un mot m’intéresse si ça devient un matériau. Je creuse dans leur sonorité, ça va forcément générer du jeu.

Tu mets longtemps à écrire un texte ?

Les mots arrivent sur une page. A partir du moment où cela a du sens, ils vont faire des familles. Mais mon travail est très intuitif. Je ne suis pas un thésard.

Et que l’on décortique tes textes, ça te gonfle ?

Au contraire, je crois que ça me flatte. J’y passe du temps, c’est long.

 Clip de "Encore une année" extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé

As-tu des doutes dans ton travail ?

Oui, sur la forme. J’ai peur de rater le sens de l’instant.

Parfois, as-tu eu envie de baisser les bras ?

Je suis dans la rêverie, et le pire ennemi de la rêverie, c’est l’amertume et l’aigreur. Que te reste-t-il si dans ce que tu te permets de rêver, c’est pourri ?

Tu as deux enfants de 18 et 21 ans. Que pensent-ils du travail de leur père ?

J’ai un fils qui fait du hip hop et une fille qui est dans les arts plastique parce que ça leur plait. Avec moi, je pense qu’ils sont sensibilisés à l’art. Ils sont venus me voir plein de fois en concert, ça les intéresse.

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(Pendant l'interview)

Fais-tu ce métier pour fuir la vraie vie ?

Mais carrément. Pour enfin être irresponsable. Je passe mon temps à trouver des solutions pour être irresponsable. C’est un énorme boulot et une sacrée chance. Je pense que j’existe dans la fuite.

Tu te trouves toujours cohérent ?

Oui, dans le côté sinueux. La frontalité est ennuyeuse et je n’ai rien à dire de fondamental. J’ai juste à rendre savoureux les méandres.

Quel est le message principal que tu veux faire passer ?

Pilotons vers nos rêves avec autorité alors que tout est rempli d’incertains, d’incertitudes et d’oxymores.

Tu ne ferais pas de chansons juste pour toi ?

C’est certain. C’est l’idée de l’insupportable solitude.

Tu rêves de quoi dans ce métier ?

Etre peinard, mais que ça se sache.

Tu envisages ce métier comme une mission ?

Oui, mais une mission à la Bob Denard, le mercenaire. Toujours dans le combat.

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 Après l'interview, le 2 juin 2015.

Bonus : Un excellent moyen métrage sur Dimoné.

Dimoné, Démon du Clapas (26mn). Réalisation, images, son & montage: Olivier Arnal.

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06 juillet 2015

Armèle Malavallon : interview pour Soleil Noir

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Armèle Malavallon est la lauréate du Prix VSD Polar 2015 avec son premier roman Soleil noir. Elle nous emmène à Montpellier, sous la canicule (ce qui rejoint notre réalité du moment). Elle nous permet de suivre une enquête rondement menée par un commandant de police pas piqué des hannetons, à propos de personnes dont une partie du corps est retrouvée en cendres. Ce livre est un véritable page-turner, de surcroit très bien écrit. Si elle continue sur ce chemin-là, Armèle Malavallon a de fortes chances de faire partie de la liste des auteurs de polar qui comptent en France. Pour ne rien vous cacher, j’ai connu (virtuellement) l’auteure il y a deux ans de cela puisque j’ai participé au recueil collectif Les aventures du concierge masqué (voir la mandorisation là). C’est elle qui avait la lourde tâche de gérer les auteurs (très nombreux), de corriger, voire de faire retravailler la copie de quelques-uns, tout cela avec diplomatie et efficacité. A ce moment-là, je ne me doutais pas qu’elle écrivait un roman (j’apprécie les gens qui ne parlent pas, mais qui font).

Le 9 mai dernier, un samedi très ensoleillé, j’ai donné rendez-vous à Armèle Malavallon (de passage éclair à Paris) en terrasse d’un bar parisien.

armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandor4e de couverture :

Montpellier, mois de juillet, sous un soleil de plomb. Le corps d'une paisible retraitée, ou plutôt ce qu'il en reste, est découvert un dimanche matin dans son salon. Un petit tas de cendres et deux jambes intactes semblant miraculeusement rescapées d'un brasier infernal. L'hypothèse d'un phénomène de combustion humaine spontanée est aussitôt évoquée, plongeant les policiers chargés de l'enquête, dans une profonde perplexité. Un deuxième corps va les lancer sur la piste du Seraphim, l'ange de feu ou bien le Diable en personne ? Ce livre a reçu le Prix VSD 2015. Le président du jury était Franck Thilliez.

L’auteure :

Armèle Malavallon est vétérinaire. Elle a frayé avec les maladies infectieuses et la vaccinologie en Provence, les cochons et les poulets au Vietnam et les chimpanzés au Congo. Entres autres. Elle a surtout exercé en entreprise, dans un laboratoire pharmaceutique et pour une firme spécialisée dans la nutrition animale. Elle est aussi chroniqueuse littéraire dans une émission culturelle sur Radio Clapas à Montpellier. Soleil Noir est son premier roman.

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armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorInterview :

Tu es vétérinaire, mais dans la recherche.

Non, pas vraiment.

Ça commence bien !

C’est un peu compliqué en fait. Dans ma carrière, j’ai très vite bifurqué vers l’industrie pharmaceutique vétérinaire. J’étais spécialisée dans les vaccins et les maladies infectieuses. Je travaillais avec les vétérinaires qui étaient sur le terrain et qui avaient des questions à poser sur les maladies infectieuses. J’étais responsable d’un laboratoire spécialisé dans ce domaine. Après, j’ai travaillé au Vietnam, dans la nutrition animale. Je me suis encore plus éloignée de la pratique vétérinaire classique. Aujourd’hui, j’ai complètement arrêté cette activité. Je ne me consacre plus qu’à l’écriture et à la radio.

Pour gagner sa vie, l’écriture, ce n’est pas un peu risqué ?

Je n’en suis pas à un point où je pense que je peux gagner ma vie avec l’écriture et donc, je décide d’arrêter de travailler. Il y a des gens qui font ça, ils s’en mordent les doigts très vite. Même si ça marche au début, au bout d’un an ou deux, ils se rendent compte que l’écriture ne nourrit pas son homme. Je suis très réaliste sur ce sujet. J’ai arrêté de travailler pour des raisons personnelles. J’ai eu du temps devant moi. J’en ai profité pour écrire tranquillement ce roman.

Tu n’as pas fait que ça !

Non, j’ai collaboré avec les eXquisMen sur le livre Les aventures du concierge masqué. Entre temps, j’ai passé ma thèse vétérinaire et j’ai travaillé dans différents domaines.

Comment as-tu rencontré les trois eXquisMen, David Boidin, Maxime Gillio et Benjamin Berdeaux ?

Je vais essayer de faire court. J’ai participé au polar interactif qui a été lancé par Michel Field sur armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorTF1 pour Au Field de la nuit, sous la houlette d’Ingrid Desjours. Il y a eu une émission avec tous les écrivains qui ont participé à ce livre, Connexions. Ce jour-là, j’ai rencontré une des auteurs de ce roman qui m’a parlé de son mari, Hervé Jourdain. Elle m’a dit qu’il avait participé à L’exquise nouvelle, saison 1. Via Facebook, j’ai entendu dire que la saison 2 arrivait. J’ai fait œuvre de candidature. J’ai été retenue comme auteure. Je me suis très bien entendue avec David Boidin. Nous nous sommes rendu compte que nous habitions à 500 mètres à vol d’oiseau. Du coup, sur la saison 2 (dont les fonds sont revenus à l’association Les p’tits courageux, que tu connais bien), j’étais assez active. Nous sommes devenus copains et il m’a proposé d’être l’une des organisatrices de la saison 3, saison à laquelle tu as participé.

Mais cette occupation ne voulait pas dire que tu étais capable d’écrire un roman.

J’avais déjà écrit un roman qui n’a jamais été publié, à mon retour du Vietnam. Il était fortement inspiré de mon vécu là-bas pendant 3 ans et demi. J’étais partie dans ce pays en tant que jeune expatriée. A Saïgon, il y a pas mal de jeunes vétos français. J’ai réinventé et romancé chaque personnage et ce que j’ai vécu.

Teaser du livre.

Soleil noir est donc ta première vraie fiction. Tu es amatrice de polar, ça se sent.

Je suis une grande lectrice. J’aime autant la littérature blanche que la noire. J’ai lu tous les Fred Vargas, Patricia Cornwell et plein d’autres, mais je ne m’étais jamais imaginée faire du polar.

armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorEt pourtant…

C’est Connexions qui m’a donné envie de me lancer. On était huit à écrire ce livre sous la direction d’Ingrid Desjours. Dans un polar, il faut maintenir une intrigue, un suspens, créer des rebondissements, que la cohérence soit là, et j’ai adoré cette gymnastique… ça doit être mon côté scientifique. Ça ne veut pas dire que je vais m’enfermer dans ce style littéraire.

Les gens ne te demandent pas la suite ?

Si, justement. Je réfléchis très fortement à la question. Comme je n’avais pas confiance en moi quant à la sortie du livre et ce qui allait arriver ensuite, je suis partie sur un autre roman, noir, lui aussi. Je n’allais pas écrire la suite d’un livre dont je ne savais pas s’il allait intéresser quelqu’un.

De quoi parle ce roman ?

C’est l’histoire d’une journaliste qui est impliquée malgré elle dans une enquête. Mais, je ne veux pas en dire trop.

Dans Soleil noir, ton commandant de police homosexuel, Popeye, est très attachant.

Il est très viril, très masculin, costaud et tout le monde le craint. Il cache son homosexualité à tout le monde, sauf à son jeune adjoint, Placido, qu’il met dans la confidence un soir de beuverie. C’est la première fois qu’il s’ouvre à quelqu’un de son boulot.

Parfois, tu suggères plus que tu ne surlignes. Tu laisses des indices pour que l’on armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorcomprenne par nous-mêmes.

Je n’aime pas prendre le lecteur pour un imbécile. En littérature, j’aime bien quand l’auteur laisse agir notre imaginaire. Je ne rentre jamais dans des descriptions trop poussées. J’effleure les choses pour laisser le lecteur garder sa part à lui.

Cette histoire de combustion humaine spontanée, c’est parti comment ?

C’est quelque chose qui me fascine. Je suis une scientifique rigoureuse, très rationnelle, qui s’attache aux faits et rien qu’aux faits. Et en même temps, j’ai une partie de moi qui est très ouverte aux phénomènes paranormaux ou simplement inexpliqués par la science. Des physiciens, des chimistes, des experts de toutes sortes, se sont penchés sur les phénomènes de combustions spontanées et n’ont pas trouvé la solution. Du coup, ça m’a intéressée. Je me suis beaucoup documentée là-dessus.

Mais, toi, à la fin du roman, tu donnes une solution.

Je donne la solution qu’ont trouvée les experts du FBI et quelques scientifiques pour expliquer  un certain nombre de cas qui étaient d’origine criminelle ou accidentelle. Cela ne permet pas de résoudre tous les cas de combustion humaine spontanée. 

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A Radio Clapas.

armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorQuelle est la plus grande difficulté quand on écrit un polar ? La crédibilité ?

C’est ça. C’est toujours un peu compliqué quand on laisse aussi la porte ouverte au surnaturel. Tout ce que j’ai raconté dans ce livre est vrai et très documenté. A priori, il n’y a pas d’erreurs scientifiques, ni sur les procédures judiciaires. J’ai essayé d’être réaliste au maximum.

Et le rythme, tu l’as trouvé tout de suite ?

J’ai beaucoup travaillé dessus. Il ne faut pas endormir le lecteur, garder un rythme soutenu, faire en sorte que les phrases soient rapides, et ne pas se regarder écrire. Il faut aller à l’essentiel sans en faire trop. Ça ne veut pas dire qu’il faut négliger le style…

Tu es critique littéraire sur Radio Clapas à Montpellier. Te voilà de l’autre côté de la barrière…

Je préfère dire que je chronique les livres que j’ai aimés. J’essaie toujours d’être bienveillante vis-à-vis des auteurs parce que je sais à quel point c’est difficile d’écrire. Quant à moi, j’ai bénéficié de critiques plutôt élogieuses, donc je suis contente et un peu rassurée.

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 Armèle Malavallon et Franck Thilliez (président du jury), lors de la remise du Prix VSD 2015.

Parlons du Prix VSD 2015, décerné uniquement à un auteur de la maison d’édition Les Nouveaux Auteurs.

Ce prix est décerné sur manuscrit et le livre du lauréat est publié par Les Nouveaux Auteurs. C'est le concept même du prix. Tous les lauréats deviennent de fait des auteurs de cette maison d'édition. C'est le résultat et non la cause. Je suis très lucide sur Les Nouveaux Auteurs et sur ce prix. Je sais l’image que ce prix et cette maison projettent. Il y a quand même Laurent Guillaume et Claire Favan qui ont reçu ce prix, ce ne sont pas n’importe qui ! Quand on m’en parle, je réponds toujours que c’est un jury de lecteurs. Ils mettent des notes et remplissent des fiches de lecture et ça me parait quand même important. Plus qu’un jury de professionnels.

Ça t’a fait quoi d’être la première de ta classe ?

(Rires). Ça m’a fait un immense plaisir… et ça m’encourage pour la suite de mes tribulations littéraires. 

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Après l'interview, le 9 mai 2015.

05 juillet 2015

Jules & Jo : interview pour Pouvoir aux roux

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jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorAu début, ils étaient deux, Matthias Billard, Julie Legait. Le contrebassiste Alex Aymi les a rejoints. Ils forment le groupe Jules & Jo.

Très inspirés et très drôles, ils jouent un mélange de swing, jazz, reggae, funk, cumbia, hip-hop… j’en passe et des meilleurs. Je les ai découverts cette année au Prix Georges Moustaki 2015. Toute la salle, membres du jury inclus, leur a fait un rare triomphe. Ils ont reçu ce soir-là, le prix du jury et c’était amplement mérité. Quelques jours plus tard, je suis allé les voir au Limonaire. Et je n’ai pas arrêté de rire de la soirée. Parfois, il y a des chansons moins humoristiques qui rappellent que ce sont de vrais poètes et qu’ils dominent parfaitement leur art. Je me demande pourquoi la France les boude un peu. Des textes décapants, recherchés, parfois osés ou à la limite de l’absurde. On ne fait pas mieux pour se divertir et écouter des chansons qui touchent. « La beauté et le tragique se font sans cesse du pied » ai-je lu quelque part. Pas faux.

Guilhem Valayé, le chanteur de 3 minutes sur mer en parle magnifiquement : « La chanson française de cabaret est bien vivante, rien à voir avec la nostalgie du « c’était mieux avant » et de la « chanson à papa ». Ils sont singuliers cinglés et magnifiques. »

J’ai donc reçu ces trois cinglés magnifiques, Matthias Billard, Julie Legait et Alex Aymi (qui ne s’est pas exprimé), le 15 mai dernier, à l’agence pour une mandorisation plus profonde que drôle.

Biographie officielle :

Les Jules & Jo osent tout.Abordant les thèmes les plus saugrenus, triturant les mots avec insolencejules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandor et délectation, ces trois énergumènes étonnent et détonnent dans le paysage de la chanson francophone. Mêlant les sonorités chaudes de l’accordéon diatonique à celles de la guitare électrique, du charango, des voix, des percussions, et de la contrebasse, ils vous emmènent loin et vous malmènent sans répit. Lauréats du Prix du Public Georges Moustaki 2015, du Prix du Public de la Médaille d’Or de la Chanson 2013 (Suisse), du concours Le Mans Cité Chanson 2012, de la Biennale de la Chanson Française 2010, et du tremplin Vive la Reprise 2009, Jules & Jo vous embarquent dans un spectacle musical insolite et pimenté.

Leur 2ème album Pouvoir aux Roux est sorti en France en avril 2015.

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jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorInterview :

Comment a débuté Jules & Jo ?

Julie Legait : On a fait les Ateliers chanson à Bruxelles. C’est une école de chanson et d’interprétation. On était dans la même promo. Dans la classe, on a fait un duo, Paroles Paroles. Matthias était Alain Delon et moi Dalida. On a tout de suite compris que nous étions faits pour travailler ensemble. Nous nous sommes tout de suite bien entendu et compris. Un mois et demi plus tard, on a fait un concours à Paris, le tremplin Vive la reprise. On est arrivé en final. Trois mois après, on nous a proposé de faire un concert d’une heure et demi. On a bossé comme des fous pour créer 20 chansons. C’était de la folie pure, mais c’était le début de l’aventure.

La reprise inédite de "Paroles, paroles"en 2012.

Vous êtes tout de suite allés dans la direction de chansons surréalistes, corrosives et drôles ?

Matthias Billard : Mes chansons « radicales » sont assez récentes. Au départ, j’écrivais des chansons plus contrastées. Elles étaient plus personnelles et profondes, mais il y avait déjà fortement l’identité que nous avons aujourd’hui.

Il faut être un peu « timbré » pour écrire des chansons comme vous les écrivez Matthias ?

Matthias : Oui, je le suis certainement. Mais généralement, je trouve que dans la chanson, l’humour manque cruellement. Aller dans ce créneau-là m’intéressait beaucoup. Il faut que ce que j’écrive me surprenne et me fasse sourire, sinon, j’estime que ça n’a aucun intérêt.

Clip de "Pouvoir aux roux".

Il y a des gens qui font de la chanson « drôle » comme Oldelaf par exemple, mais votre jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorvaleur ajoutée, c’est le style. Drôlerie et poésie n’ont pas toujours fait bon ménage. Là, oui.

Matthias : Avant tout, j’ai la volonté de chercher des thèmes qui n’ont jamais été traités. Et comment faire pour parler de la pédophilie ou du caca sans ajouter de poésie et de romantisme ? J’essaie d’être drôle et élégant.

Comment savez-vous qu’une chanson est réussie ?

Matthias : C’est très simple. Je les teste sur Julie et Alex. S’ils rient, c’est que c’est bon, sinon, c’est que c’est loupé et qu’il faut que je me remette au travail.

Julie : Souvent, quand j’écoute pour la première fois une de ses nouvelles chansons, je me dis que, vraiment, ce type est barge. Cela dit, nous aussi on est barge.

Oui, je l’ai remarqué hier soir au Limonaire. Vous avez tous les trois des sortes de folies différentes, mais qui se complètent parfaitement.

Matthias : Je crois que nous sommes tous fous. Toi, moi, le voisin… je crois qu’on n’a tous une folie intérieure et qu’on ne développe pas assez notre clown. On a tous besoin d’excentricité.

Oui et vos chansons font du bien en ce moment !

Julie : Il y a une telle morosité ambiante… Le monde est difficile, alors, aller voir un spectacle ou on se marre un peu, il ne faut pas s’en priver. Avec nous, je pense que les gens retrouvent une simplicité et un second degré qui fait du bien.

(Quelques photos et une vidéo du Prix Georges Moustaki 2015. Thierry Cadet (cocréateur du Prix) et moi avons interviewé Matthias Billard à l'issue de sa prestation. Jules & Jo a remporté le prix du public.)

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(Photo Marylène Eytier-aubonclic.com)

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(Photo Marylène Eytier-aubonclic.com)

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(Photo : David Desreumaux-Hexagone)

 "Le roi de l'étang", lors du Prix Georges Moustaki 2015 (capté par David Desreumaux-Hexagone).

jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorY a-t-il parfois des gens gênés par vos textes, parce que vous allez loin quand même ?

Julie : On a déjà eu des gens qui sont partis pendant « Jean-Patrick », la chanson sur le pédophile. On fait une introduction rigolote histoire de faire passer la pilule… et le plus souvent, elle passe. Celle-là, on ne l’a pas assumé tout de suite (rires).

Vos concerts laissent-ils de la place à l’improvisation ?

Julie : On essaie d’interagir immédiatement quand il y a des réactions spontanées des gens dans la salle.

Matthias : Nous tenons à nous laisser une marge d’improvisation. On ne se force pas à rester dans un cadre très précis. Les transitions sont écrites, mais rien n’est figé. Nous ne supportons pas cela.

Vous vous métamorphosez sur scène, c’est stupéfiant !

Julie : Nous ne sommes pas dans un rôle qu’on essaie d’interpréter. Ce que je suis dans Jules & Jo, c’est une partie de moi. C’est ce que je ne peux pas forcément être et faire en société. On fait plus un travail de clown que de comédiens. On va chercher des parties de soi pour les extérioriser différemment.

Matthias : J’ai fait énormément de théâtre quand j’étais enfant. Je voulais vraiment devenir comédien. Vers 20 ans, j’ai eu une espèce de nausée. J’en avais marre de jouer des rôles. Dans notre spectacle, je n’ai pas l’impression de jouer un rôle. Comme le dit Julie, nous ne jouons pas des personnages.

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C’est une forme de thérapie alors ?jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandor

Matthias : Complètement. Il n’y a pas meilleur mot.

Julie : C’est parfois un peu limite. J’ai eu des périodes où j’étais un peu plus angoissée et je me rendais compte que le seul moment de liberté intense où je pouvais vraiment me sentir légère, c’était sur scène.

Vous êtes un groupe qu’il faut voir sur scène. Excusez-moi de vous le dire, mais votre disque paraît fade à côté de l’explosion que vous nous montrez en concert.

Matthias : On en a conscience. Mais, on ne sait pas retranscrire ce qu’il se passe sur scène sur disque. C’est impossible, je crois.

Je ne comprends pas votre manque de notoriété en France…

Matthias : Je crois que nous sommes difficiles à caser. Les gens du métier, les journalistes et les programmateurs, se demandent « dans quoi on les met ? ».

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Trouvez-vous ce métier difficile ?

Julie : On a six prix plutôt honorables et malgré cela, ça ne bouge pas. Je ne comprends pas pourquoi. Disons que ça bouge, mais très doucement. Nous, on s’amuse toujours autant, on aime toujours être sur scène et travailler ensemble. On continue avec enthousiasme, mais on se pose des questions…

Vous faites tout vous-même puisque vous vous autoproduisez.

Matthias : Je m’occupe de tout le côté administratif et ça prend beaucoup de temps sur la création. L’inspiration, ça se travaille et ça se provoque… il faut avoir le temps. Mais, bon, j’y parviens.  

Parfois, il est question d’objets dans le spectacle : « La chaise de jardin » et « Le bouton ».

Matthias : C’est marrant que tu me dises cela. Je suis sur un nouveau tripe lié aux objets. J’aimerais faire un spectacle et un disque concept avec uniquement des chansons sur des objets. A part les deux que tu viens de citer, j’en ai déjà une autre qui s’appelle « Cochonnet ». C’est un peu mon dada en ce moment et ma contrainte.

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Pendant l'interview...

03 juillet 2015

Stanislas Petrosky : interview pour Ravensbrück mon amour

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L’Atelier Mosésu est une maison d’édition qui lance des collections. La première, la série L’embaumeur, dont je vous avais déjà parlé ici. Aujourd’hui, elle lance la collection 39-45 « Le roman noir au service de l’Histoire ». Ravensbrück mon amour est l’un des trois livres de cette formidable série. Je n’ai pas lu les autres, mais celui-ci m’a pris aux tripes. L’auteur, Stanislas Petrosky, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les descriptions insoutenables (basées sur des faits réels) de la vie dans un camp de concentration choquent/heurtent le lecteur que je suis. Difficile de ressortir indemne de ce roman qui participe au devoir de mémoire.

Le 7 mai dernier, l’auteur est venu à l’agence… je voulais voir qui se cachait derrière Stanislas Petrosky (même si je le savais déjà un peu).

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor4e de couverture :

Gunther, jeune artiste allemand enrôlé de force au moment de la construction du camp de Ravensbrück, en devient l’illustrateur officiel, obligé de mettre son talent de dessinateur au service des autorités nazies.

Rien n’échappe au crayon affûté du jeune homme : l’horreur des camps, les expériences médicales, les kommandos, les mœurs des officiers, la vie, la mort.

Dans ce roman noir, Stanislas Petrosky pénètre au cœur de Ravensbrück et en décrit implacablement chaque recoin, afin de ne jamais oublier.

L’auteur :

Né en 1975 sur les bords du lac Sevan, en Arménie. Stanislas Petrosky quitte son pays à l’âge de dix-sept ans pour rejoindre la France. Il glissera dans une délinquance de plus en plus dure et connaîtra de nombreux démêlés avec la justice.

C’est lors de ses séjours à l’abri du soleil qu’il se découvrira une passion pour l’écriture, sombre de préférence, en commençant par les nouvelles. Ravensbrück mon amour est son premier roman.

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandorL’interview :

Qui est tu ?

Je suis auteur. Ravensbrück mon amour est mon premier roman. Jusqu’alors, je n’avais écrit que des nouvelles. J’ai travaillé pour Camion Blanc, une maison d’édition consacré à la musique (rock de préférence, voire metal). Tous les ans, j’écris une nouvelle pour eux. Et pour d’autres éditeurs d’ailleurs. Je travaille plus sur le court, parce que je préfère ça. Je me sens plus à l’aise.

Tu as commencé à écrire très jeune, je crois.

Oui. A l’âge de 14 ans. Jusqu’à l’âge de 30 ans, j’estimais que ma production littéraire n’était pas bonne. J’étais très mauvais en orthographe, en grammaire et en conjugaison. Au fur et à mesure, à force de lire, j’ai écrit un peu mieux. J’ai aussi croisé des gens qui m’ont donné des bases et de nombreux conseils. Au contact d’auteurs, j’ai appris qu’on n’écrit pas un livre en une seule fois. On peut écrire un roman au moins dix fois pour qu’il soit au minimum convenable.

Ravensbrück mon amour est ton premier roman. Tu n’as pas choisi un sujet léger.

Quand j’étais gamin, comme beaucoup de gens de notre époque, j’ai été bercé par Au nom de tous les miens de Martin Gray, j’ai vu la série Holocauste à la télévision, mon grand-père (qui n’est pas juif), a fait un court séjour au camp. Il m’a beaucoup raconté ce qu’il a vécu. Et puis, j’ai lu les douze livre sur la déportation qu’a signée le journaliste Christian Bernadac. Quand je vois ce qu’il se passe dans le monde actuellement, je pense qu’il est bon de faire une piqure de rappel. Le 30 avril dernier, cela a fait 70 ans que ces atrocités ont été commises. C’était hier.

Le teaser du livre.

Tu racontes l’histoire de Gunther, un jeune garçon enrôlé de force.stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor

Il faut rappeler que tous les gens dans les camps n’étaient pas nazis. Certains étaient même opposés au régime, comme Gunther. Une des plus belles critiques que j’ai reçus est celle de Patrice Dard. De Gunther, il dit : « c’est un simple salaud ordinaire, comme nous tous ». Il lui manque le courage. Il ne peut pas se rebeller, comme d’autres kapos. Il essaie de faire preuve d’humanité envers ces femmes, mais ce n’était pas évident.  Si on découvrait qu’un kapo (personne qui était chargée d'encadrer les prisonniers dans les camps de concentration nazis) aidait quelqu’un, il était puni sévèrement. Tous n’étaient pas des salauds. Mais certains étaient choisis parmi les prisonniers de droit commun les plus violents, ainsi, ils étaient sûrs qu’ils allaient pouvoir faire respecter l’ordre.

Il y a une scène atroce ou un kapo reçoit de la schlague (châtiment disciplinaire autrefois en usage dans les armées allemandes et autrichiennes, et qui consistait en coups de baguette) parce qu’il a fait montre de compassion.

Les kapos n’avaient pas le droit au moindre écart de compassion et ils ne devaient avoir aucune humanité. Quand on discute avec d’anciens déportés, hommes ou femmes, quel que soit le camp, ils disent bien que dès la montée dans un train, la déshumanisation commençait. Pas de toilette, pas de bouffe, pas d’intimité, de plus, ils étaient dans des wagons à bestiaux.

J’ai l’impression que tout a été dit sur les camps dans les livres. Mais personne n’a jamais pris l’angle que tu as choisi.

J’en ai lu beaucoup parce que j’ai une passion pour la Seconde Guerre Mondiale. Je voulais faire quelque chose de différent. Une immersion. Je rentre dans la peau d’une personne et je raconte l’histoire à la première personne. Je trouve ce procédé très efficace pour emmener le lecteur.

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Illustration extraite du livre.

Gunther est illustrateur. C’est ce qui le sauve pendant ses cinq ans de captivité, de la construction du camp à la libération.

Découvrir un camp de concentration par les yeux d’un artiste, c’est quelque chose d’inédit. C’est une manière de témoigner.

Le médecin du camp dissèque des prisonniers, parfois même vivants.

Malheureusement, la médecine a avancé avec ce précédé. Il y a eu de nombreuses vies sauvées grâce à ses horreurs. Par exemple, la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande) perdait beaucoup de soldats lors des batailles aériennes au-dessus de l’océan. Ils mourraient de froid. On a donc fait des tas de tests dans les camps de concentration avec des prisonniers juifs. On les plongeait dans l’eau glacée et on a essayé de les réchauffer par tous les moyens. Avec de l’eau bouillante, et même en les entourant de femmes nues, pour te dire jusqu’où allait la folie. Un jour, ils ont réussi à comprendre que si on maintenait juste la tête hors de l’eau, l’hypothermie était beaucoup moins rapide. Le gilet de sauvetage qui est utilisé partout dans le monde aujourd’hui est malheureusement une invention des camps de concentration. Les nazis se sont dit qu’ils avaient la meilleure expérimentation possible : la chair humaine et des êtres humains vivants. Ils ont stérilisés des gamines de huit ans, ils ont fait des essais de greffes osseuses… et je t’en passe !

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Illustration extraite du livre. 

Oui, dans le livre, tu ne nous épargnes rien. Tu ne t’es jamais dit que tu allais trop loin ?

Non. J’ai fait attention à ne jamais tomber dans le gore. Simplement, je me suis basé sur des témoignages racontés dans des livres ou dans les revues comme Historia ou Historama. Il y a dedans les rapports des procès racontés minute par minute. On a la description de tout ce qui a été fait. C’est l’horreur absolu. Ces pourritures, de vrais sadiques, considéraient les prisonniers comme des sous-races. Ils les considéraient plus comme des animaux que comme des humains.

Gunther tombe amoureux d’une prisonnière. Tu as placé de l’amour dans un camp de la mort finalement.

Il y a eu des gens qui ont vécu de vraies histoires d’amour. La plupart du temps, elles finissaient mal. Quand on s’en apercevait, on les tuait. Et les histoires d’amour n’étaient pas forcément comme on les conçoit nous aujourd’hui. Il n’y avait pas forcément de sexe, car il y avait une baisse énorme de la libido. Les lieux ne s’apprêtaient pas à cela. C’était surtout des sentiments très forts entre deux personnes.

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Plus de 60 000 femmes sont mortes dans ces camps. Celles qui sont revenues sont restées longtemps totalement traumatisées.

Elles ne pesaient que trente kilos et ont été martyrisées. Elles ont subi des châtiments corporels ignobles et ont subi des expérimentations sur leur corps. Il est impossible de s’en remettre sans séquelle et rapidement.

T’es-tu demandé ce que tu aurais fait à la place de Gunther ?

Je pense que j’aurais fait comme lui, mais bon, on ne peut jamais savoir.

Je n’ai lu que des bonnes critiques sur le livre.

J’avais peur. C’est mon premier livre, donc, je n’étais pas sûr de remplir ma mission : écrire un bon livre. Les réactions lues m’ont un peu rassuré.

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Pendant l'interview...

A la base, tu es un passionné du roman noir.

Parce que c’est le roman sociétal par excellence. Il doit dénoncer et dire des choses importantes sur la société. Les livres que j’apprécie le plus, ce sont ceux qui me font réfléchir et qui me mettent une claque. Donc, avec Ravensbrück mon amour, je voulais essayer d’en mettre une à mes lecteurs. Nous, quadragénaire, nous avons un devoir de mémoire à exécuter.

Que peut-on écrire après un tel livre ?

Le prochain livre sera sur le deuil. A la première personne, je me mets dans la peau d’une femme qui perd son compagnon, mais qui ne retrouve pas son corps. Elle va donc sombrer dans la folie. Ensuite, j’écrirai un autre livre sur les camps. Je vais travailler sur un personnage qui me fascine énormément : la chienne de Buchenwald, Ilse Koch. Elle a été l’épouse d’un employé de banque délinquant de droit commun qui deviendra général SS et commandant de Buchenwald. Elle a commis les pires atrocités. Cette rousse aux yeux verts envoyait à la mort quiconque avait le malheur de croiser son regard. C’était vraiment une sadique complète. C’est le livre de Michel Onfray, La passion de la méchanceté sur un prétendu divin marquis, qui m’a donné envie de faire des recherches sur elle. Ensuite, j’écrirai aussi sur la gestapo.

Tu vas sortir aussi un livre écrit à quatre mains avec l’auteure Christelle Mercier.

Oui, c’est une histoire d’amour entre un SS et une résistante. La Deuxième Guerre Mondiale est une période très prolifique entre héroïsme et sadisme…

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Après l'interview, le 7 mai 2015.  

02 juillet 2015

Presque Oui : interview pour De toute évidence

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorPresque Oui, c'est Thibaud Defever, « chanteur tendrement persuasif et guitariste vituose », associé à d'autres musiciens. Je ne le connaissais que de réputation. Bonne, voire très bonne. C’est Marie-Françoise Balavoine qui m’a vivement incité à aller le voir sur scène au plus vite. Ce que j’ai fait à L’Européen, le 26 mai dernier. J’ai adoré. Sensible et fort. Doux et cruel. Léger et grave. Lumineux et profond. Presque Oui, c’est le paradoxe. Mais le paradoxe, on aime ça. On se fait happer du début à la fin par l’intensité qu’il dégage, par la justesse des mots et par la magnificence des accompagnements.

Et donc, le lendemain, cet artiste authentique est venu à l’agence. Pour une conversation de très belle tenue.

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorBiographie officielle :

Entre surfer sur l'écume de la fantaisie et explorer les profondeurs de l'âme humaine, entre la tradition et la modernité, Thibaud Defever, « capitaine » de Presque Oui n'a pas choisi son camp. Ce qui le place hors de toutes les castes de la chanson française.
Il fait presque figure de fauteur de trouble, oscillant entre humour et gravité, premier degré d'intimité qui bouleverse et second degré dont l'acuité précise fait se gondoler les esprits fins. Ambiguïté assumée. Une part d'ombre et de lumière.

Presque Oui vient de sortir son 4e album, De toute évidence.

La voix et la guitare se soutiennent, se croisent et s'entremêlent, chantent parfois sur le même fil... Sur un fil délicat mais solide tendu par la batterie de Benjamin Vairon et la contrebasse de Xuan Lindenmeyer.
Ce trio-là sait jouer l'énergie avec subtilité et offre un terrain musical de rêve aux nouvelles chansons : des mirages récurrents, des anges bienveillants, des disparitions inexpliquées, des ombres chinoises qui partent en vrille... Les mélodies sont fortes, ciselées et l'on se surprend à presque danser sur ces chansons d'absence, de silence, de renouveau.

Jamais jusque-là Presque Oui n'avait réussi cet équilibre parfait entre la fraîcheur des musiques et la manière d'envelopper les mots. C'est désormais chose faite. On croyait connaître Presque Oui.
De toute évidence, on n'a pas fini de le découvrir.

(A lire, le "live report" du concert de Presque Oui à L'Européen le 26 mai 2015, par David Desreumaux pour son site musical consacré à la chanson française de qualité, Hexagone.

Et la critique de l'album De toute évidence par François Bellart pour le site Nos Enchanteurs.)

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(Photo : David Desreumaux du site Hexagone)

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorInterview :

Comment as-tu vécu le concert d’hier soir ?

C’était une formule nouvelle pour moi. Nous étions en trio, avec batterie et contrebasse. C’est marrant parce que j’ai beaucoup joué en voix/guitare ou en voix/violoncelle/guitare. Dans ces cas-là, le ressort dramatique du spectacle repose plus sur la façon dont on s’adresse aux gens, la façon dont on agence les chansons. Hier, j’ai ressenti une sensation inédite. J’ai pu chanter des chansons mélancoliques, mais avec un jeu rythmique derrière. Je  trouve ça assez confortable. J’ai l’impression d’être dans une Cadillac, mais que je ne maîtrise pas encore bien. C’était vraiment le premier concert avec cette formule. On sortait de résidence.

Tu as des chansons très graves, voire très dures et puis, tu désamorces par la parole entre deux chansons. Tu es très second degré…

Ce côté-là m’échappe presque. J’essaie de rester dans le premier degré, mais je n’y parviens pas. Je suis incapable de raconter pourquoi j’ai écrit telle chanson en expliquant la réalité. Je ressens le besoin de broder.

Ton public me semble bienveillant.

C’est flippant, du coup. Parce que tu as peur de décevoir. Hier, il y avait mes potes, ma mère… ce n’est pas aisé de chanter devant des membres de ta famille. Ils t’ont connu en short, en train de te casser la gueule puis avec du mercurochrome sur les genoux, Ils t’ont lavé.... C’est très bizarre l’image intime quand on veut renvoyer une image spectaculaire dans un spectacle. Les proches qui sont en face de toi te connaissent parfaitement. Je ne peux pas les duper. C’est comme si cela te privait d’avoir des ailes fantasmatiques qui te permettent d’être quelqu’un d’autre. Finalement, c’est plus facile pour moi de chanter devant des personnes que je ne connais pas du tout.

A chaque album de Presque Oui, il y a une formation différente. Le premier album était en duo avec Marie-Hélène Picard. La maladie l’ayant emporté, il a fallu continuer. Seul.

Dans le deuxième album qui suit la mort de Marie-Hélène, il y a pas mal de chansons que j’ai écrites pour moi. Sur scène, il a fallu que je masculinise certaines chansons.

Clip de "Tout me parle de toi", extrait de l'album De toute évidence.

Tu écris avec Isabelle Haas depuis toujours…

On a commencé à écrire à deux, il y a une vingtaine d’année. Avec Presque Oui, on ne faisait que des reprises, nous étions donc en quête de compos. Isabelle, qui faisait partie de l’association Presque Oui et encadrait le projet, a dit « moi, j’ai des histoires ». On est donc partie des contes et des nouvelles qu’elle avait écrites pour les transformer en chansons. Au fur et à mesure, le temps, les épreuves et tout ce que nous avons vécu ensemble aidant, on a pu se permettre d’aller dans des chansons beaucoup plus intimes à deux. Au début on écrivait tout à deux. Les départs d’idée était plus dues à Isabelle et au fur et à mesure, je suis devenu musicien professionnel et j’ai eu plus de temps pour me plonger dans l’écriture. Depuis, Isabelle a pris une place de regard extérieur sur le texte. Mais c’est un regard primordial pour moi. Parfois, je lui présente une chanson et quand on ressort de la séance, elle est complètement transformée, c’est pour ça que j’estime qu’elle est coauteure.

Tes textes m’ont surpris par leur poésie et parfois, par leur douleur et leur intensité.

Dans mes précédents albums, il y avait des chansons rigolotes, un peu sketchisantes. Mais un jour, je n’ai plus eu envie d’endosser des rôles, d’être dans des personnages. Sur scène, c’est amusant, mais à enregistrer sur disque, je trouve ça terriblement chiant. Pour ce nouvel album, j’avais envie qu’il soit uniquement mélodique, poétique… et j’espère qu’au final, il n’est pas trop plombant. Le fait d’avoir une batterie, d’avoir une section rythmique, c’est une politesse énergétique par rapport au désespoir et à la tristesse.

"Un baiser", extrait de l'album De toute évidence, en concert à L'Européen à Paris, le 26 mai 2015 (captation signée David Desreumaux pour le site Hexagone)

As-tu l’impression d’être reconnu à ta juste valeur ?

La reconnaissance, elle est venue en 2008. J’avais fait un concours à Montauban que j’avais gagné avec Manu Galure. Après ça, on a eu 80 dates dans l’année. C’est énorme pour des artistes comme nous.

Artistiquement, tu as été influencé par qui ?

Il y a deux artistes très importants pour moi. Dick Annegarn pour le fait de trimbaler tout un monde en guitare/voix avec une virtuosité et une orchestration guitaristique. Et Gilbert Lafaille pour la douceur dans la voix, pour la façon de chanter doucement, un peu inspiré des brésiliens. Moi, je n’arrive pas à chanter fort. Il m’arrive d’envoyer le bois, mais rarement. Mon naturel est de chanter doucement.

Est-ce que ce nouveau disque t’a apporté une notoriété supplémentaire ? J’ai l’impression que beaucoup de médias en parlent.

J’ai la sensation d’avoir un public différent de mes albums précédents. Je pense même que des gens m’ont lâché. Je trouve bien de ne pas répondre à ce que l’on attend de soi. Tu sais, j’évolue parce que je découvre d’autres artistes. J’ai entendu quelqu’un comme Bertrand Belin. Je le trouve culotté et il me donne envie d’aller dans d’autres directions, de faire des chansons en demi-teinte, en clair-obscur. Avec De toute évidence, je me suis fait le plaisir d’enregistrer un album que j’aurais envie d’écouter. J’ai voulu plaire à l’auditeur que je suis. Je pense désormais qu’il faut se laisser choisir par une forme d’écriture et pas vouloir à tout prix transformer l’écriture pour qu’elle aille vers quelqu’un… quitte à avoir un public confidentiel.

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Derrière la porte, pendant l'entretien.

Il faut faire ce que l’on est ?

Oui, c’est tout à fait ça. J’ai écouté Vianney. Au départ, j’ai trouvé l’album vachement sucré, après, j’ai regardé sur internet des extraits où il chante en guitare voix, notamment aux Victoires de la Musique. Et finalement, je me suis dit qu’on s’en foutait que ce soit sucré. Ce qu’il fait tient tout seul et lui correspond et il y a quand même de la profondeur. A 23 ans, c’est impressionnant. Je crève d’envie de le voir sur scène. Il est magnétique. Moi longtemps, je me suis excusé d’être là et longtemps je me suis posé la question de ma légitimité.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je ne sais pas exactement. Ce que je sais, c’est qu’à l’âge de 7 ans, ma mère a sorti une guitare du grenier. Elle me l’a donné. J’ai commencé à faire n’importe quoi avec, mais ça a été un coup de foudre. Très vite, on m’a appris quelques accords, j’ai commencé à chanter en yaourt et ça ne m’a jamais quitté. Après, j’ai fait le conservatoire, de la guitare classique, mais je suis revenu à la chanson très rapidement. Si je veux être totalement honnête, à l’adolescence, la guitare et la chanson m’ont permis d’avoir une reconnaissance par rapport aux amis. J’étais timide, je n’arrivais pas trop à m’exprimer. La guitare m’a permis d’exister en société, tout en me permettant de me cacher. Aujourd’hui encore.

Penses-tu que tes chansons peuvent aider d’autres personnes qui ont vécu des choses aussi intenses que toi ?

Je crois que l’on ressent une grande satisfaction et une grande vibration quand on parle de quelque chose qui va éventuellement servir de catharsis à d’autres personnes. J’ai envie d’être honnête par rapport à la complexité de ce que je vis. Je mets tout sur la table et se reconnait qui voudra se reconnaître.

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Le 27 mai 2015, après l'interview...

01 juillet 2015

Johann Etienne : interview pour La Colonie

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Johann Etienne est un brillant auteur de thrillers. Il est encore méconnu, mais de grands éditeurs seraient bien inspirés d’aller jeter un coup d’œil sur ses ouvrages. Ils risqueraient de découvrir un Thilliez ou un Chattam en puissance. Dans son quatrième roman, La Colonie, il nous emmène au Chili sur la trace d’une colonie énigmatique. Cette histoire est tirée d’une histoire vraie qu’on lui a relatée. Je n’ai pu lâcher le livre sans en connaître l’issue. Addictif et jubilatoire.

Le 6 mai 2015, Johann Etienne est venu de Troyes spécialement pour cette interview (qu’il en soit remercié). Nous nous sommes installés dans un bar situé en face de l’agence. Je me suis aperçu que c’était la première fois que je conversais avec lui en tête à tête. En effet, nos chemins se sont croisés dans des salons du livre de nombreuses fois (notamment à Provins), mais jamais, nous n’avions pris le temps de nous poser et de discuter… C’est donc ce que nous avons fait.

johann etienne,la colonie,interview,mandor4e de couverture :

À l’ombre de la cordillère des Andes, la bête immonde a survécu… Samuel Atlan possédait la capacité de se souvenir de tout. Un cas rare d’hypermnésie, selon les médecins. Une mémoire sans faille, à l’exception d’une seule : Samuel ne se rappelait rien de ce qui précédait le jour où on l’avait trouvé, à l’âge de sept ans, errant au bord d’une route. Quand son passé refait surface de la plus singulière des façons, il se retrouve confronté aux versants les plus sombres de la science nazie, traquant sans le savoir, entre Paris et les plaines du Sud chilien, l’un des pires monstres qu’ait engendré l’Histoire…

L’auteur :

Né en 1975 à Troyes, dans l'Aube, Johann Étienne écrit depuis l'âge de seize ans. Passionné d’Histoire et d’actualité, il se sert des réalités qui nous entourent pour élaborer intrigues et personnages au profit de romans de fiction policière. Il est l’auteur de deux précédents thrillers, Le Théorème de Roarchack et Prophétie, et d’un roman court intitulé Le Plan, tous trois parus chez Ex æquo. La Colonie est son quatrième roman.

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johann etienne,la colonie,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à écrire vers 1’âge de 15 ans, c’est ça ?

J’ai découvert un jour une machine à écrire, dans le grenier de mes parents. Elle devait être là avant que nous arrivions. L’instrument à éveillé ma curiosité et j’ai commencé à travailler dessus. Bon, il faut dire que je lisais beaucoup, alors l’idée d’écrire moi-même me tenaillait depuis un moment. J’ai commencé à taper dessus un début d’histoire en pensant que ça allait faire deux pages. En fait, j’ai écrit un premier roman de 300 pages. Je l’ai fini en cinq ans. C’était un roman d’aventure inspiré de mes lectures de l’époque, Jules Verne et Robert Louis Stevenson, des auteurs de cette trempe-là. Ça se passait au 19e siècle, en Afrique et en Égypte.

Tu avais besoin de sortir de ton quotidien ainsi ?

Oui, complètement. L’écriture m’a embarqué, voire aspiré.

Tu l’as encore ce premier roman ?

Oui, je l’ai gardé. Peut-être qu’un jour, je le ressortirai pour effectuer un gros travail dessus afin de le publier. On ne sait jamais.

Tu es passionné d’histoire, ça se sent dans tes livres.

C’est ma formation initiale. J’ai une maîtrise d’histoire ancienne et un DEA d’égyptologie. Quand j’écris un livre, j’avance vite dans mes recherches grâce à la formation que j’ai reçue à la Fac.

Tous tes romans partent d’un fait historique réel. johann etienne,la colonie,interview,mandor

Un événement d’actualité ou historique m’inspire une histoire en lien avec cet évènement. Dans La Colonie, je parle d’une vraie colonie. J’ai découverts son existence en 2004 en écoutant une émission de radio. Jacques Pradel recevait Frédéric Ploquin (voir photo à droite, mais là, c'était à l'occasion de la sortie d'une autre enquête) et Maria Poblete qui ont écrit La Colonie du docteur Schaefer. L’histoire était complètement folle et faisait froid dans le dos. J’ai donc lu cette enquête. J’ai laissé passer des années, puis j’ai relu le livre et j’ai fini par trouver une bonne intrigue pour évoquer ce fait historique, pas si éloigné dans le temps que cela. Je n’ai pas eu grand-chose à inventé par rapport à la réalité, c’est tellement énorme. A peu près tout ce que je raconte sur cette colonie est authentique.

Tu enquêtes beaucoup une fois que tu te lances dans ce genre de projet ?

J’utilise beaucoup Internet. Par exemple pour en savoir plus sur le Chili, je suis allé sur des blogs de voyageurs. Il y a beaucoup d’infos, beaucoup d’images et même des sons sur les vidéos. Ça m’aide à percevoir l’ambiance générale des lieux que je décris. Le sud du Chili, c’est très particulier, très verdoyant. Ça ressemble à l’Allemagne et à la Bavière, c’est vraiment surprenant.

Un de tes personnages, Samuel Atlan, est hypermnésique. Dans ce livre, tu développes beaucoup le thème de la mémoire.

Ce personnage se souvient de tout, sauf ce qu’il s’est passé avant sa septième année. Etre hypermnésique doit être très désagréable. On se souvient de tout et même les mauvaises nouvelles. On garde tout en soi. Il sort très peu pour ne pas emmagasiner des informations. Il est donc solitaire.

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Comment travailles-tu un texte ?

Quand je commence à écrire, j’ai le début et la fin. Et j’ai quelques scènes clés que je vais incorporer dans l’histoire. Pour le reste, je me laisse guider par les personnages et l’intrigue.

Tu te laisses dépasser par tes personnages, parfois ?

Bien sûr. Toujours d’ailleurs. C’est assez surprenant mais des personnages me poussent à écrire d’autres scènes ou à aller vers des territoires qui n’étaient pas prévus, voire anticiper des réactions qui ne leur conviennent pas par rapport à ce que j’avais imaginé au départ. Il y a une petite part de magie quand on écrit.

Tu as besoin de t’amuser pour écrire ?

Oui. Il y a beaucoup de travail en amont, mais l’écriture est un amusement. C’est même jubilatoire quand on s’approche de l’intrigue, que l’on sait que l’ensemble se tient et que l’on est cohérent. Ce n’est pas toujours évident, parce qu’on est le moins bon juge de ce que l’on fait.

De livre en livre, as-tu l’impression de t’améliorer ?

Oui, parce que j’écoute beaucoup ce que me disent les autres, notamment une amie avec laquelle je travaille pour les corrections. Elle ne me corrige pas uniquement l’orthographe et la grammaire, elle fait un vrai travail de correctrice. Elle est très exigeante. A chaque livre, je chasse mes mauvaises habitudes littéraires. J’essaie d’être de plus en plus limpide et d’aller plus à l’essentiel.

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Tu travailles dans l’éducation nationale. Tu es prof d’histoire géo au collège. Tes collègues et tes élèves connaissent-ils ta double vie ?

Dans le collège où j’étais précédemment, oui. Je n’en parlais pas, mais ils l’ont su. Ça m’a donné l’occasion d’intervenir dans des classes de 4e pour expliquer le métier d’écrivain. Sur deux classes, j’ai eu deux types de questions différents. Une classe qui s’intéressait vraiment à la construction du livre. Ils me posaient des questions du type « comment on trouve le nom des personnages ? » ou « comment on construit l’intrigue ? ». Et l’autre classe qui était fascinée par tout autre chose. « Combien on gagne quand on est écrivain ? », « Qu’est-ce que vous faites encore ici puisque vous écrivez des livres ? » Pour eux, être écrivain était synonyme de gains d’argent et de richesse.

Delerm, Pennac, Musso étaient aussi profs. Ils le sont restés longtemps, même après le succès.

Jean-Philippe Blondel aussi. Mais lui continue cette activité et tient absolument à rester prof.

Tu aimerais vivre de ta plume et ne faire que cela, je suppose ? Pardonne-moi cette question idiote.

De plus en plus. Au départ, je n’imaginais pas vraiment, mais aujourd’hui, envisager d’en vivre est dans un coin de ma tête.

As-tu déjà des fidèles lecteurs ?

Ça fait très vantard de répondre par l’affirmative, mais j’ai de plus en plus de lecteurs qui me disent attendre avec impatience le prochain. Ça me surprend toujours de savoir que des personnes me suivent depuis le premier livre.

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Johann Étienne et Franck Thilliez.

Tu écris tous les jours ?

Pratiquement. C’est rare les journées où je n’écris pas. J’ai un surplus d’imagination en moi qu’il faut que j’évacue régulièrement. Je n’ai jamais eu le syndrome de la page blanche.

Qui est ton premier lecteur ou ta première lectrice ?

C’est ma meilleure amie qui est aussi une grande lectrice dans tous les genres. Dès le départ elle m’a dit que ce que j’écrivais valait parfois beaucoup mieux que ce qu’elle pouvait lire ailleurs, dans les grandes maisons d’édition. Ça m’encourage évidemment énormément. Je lui fais lire systématiquement mes premières pages et elle me dit rapidement si je suis sur la bonne voie.

Concrètement, ça t’apporte quoi d’écrire ?

Comme je te le disais au début de l’interview, c’est surtout une façon de m’évader du quotidien. D’ailleurs, j’ai le même plaisir à écrire qu’à lire.

johann etienne,la colonie,interview,mandorJe crois que Grangé est à l’origine de ta passion pour le thriller.

Oui, quand j’ai lu Le vol des cigognes, ça m’a foutu une claque. Le style, l’écriture, l’intrigue, j’ai eu un véritable choc. Grangé (voir photo à gauche) est l’un des auteurs que j’aimerais vraiment rencontrer. Avant lui, je trouvais que le polar était un genre assez poussiéreux. Sa façon d’écrire est vraiment très moderne et contemporaine. Les Simenon et les San Antonio me paraissaient un peu dépassés et désuets. Aujourd’hui, j’ai constaté qu’il y avait pléthore d’écrivains de polar aussi bons que Jean-Christophe Grangé.

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Après l'interview, le 6 mai 2015.