Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Dimoné : interview pour Bien Hommé - Mal Femmé | Page d'accueil | Festival Pause Guitare 2015 : Bilan, interviews, photos... »

16 juillet 2015

Quentin Mouron : interview pour Trois gouttes de sang et un nuage de coke

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorQuentin Mouron est, au minimum, l’auteur suisse qui monte en flèche. Je vais jusqu’à prétendre qu’il est l’un des révélations de la littérature francophone de ces deux dernières années. Il débarque en France avec un brillant thriller qui n’en est pas tout à fait un (« un antipolar déjanté » écrit le Huffington Post). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son quatrième roman (édité par la maison d’édition française La Grande Ourse).

« A 25 ans, cet auteur pressé a déjà tout d'un écrivain: un monde clairement défini, une aisance à jongler avec les personnages, une maîtrise de son imaginaire... ainsi qu'un style. Et quel style! Qu'il s'agisse d'introspection, de digression ou de suspense, les mots claquent, les verbes galopent, et les chapitres défilent. Quentin Mouron a l'art de la formule » écrit encore le Huffington Post (lire intégralité de l’article ici).

Je le suis depuis son premier livre et je l’ai même déjà mandorisé pour son second. Pour être tout à fait franc (je ne cache rien ici), je le vois même quand il passe à Paris en coup de vent, juste pour parler/déjeuner/picoler (sans micro à proximité, pour le plaisir, quoi !) Je pense que, tout doucement, nous devenons amis.

Le 11 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous chez un ami pour une seconde mandorisation (au Chardonnet).

4e de couverture :

Watertown. Banlieue de Boston, novembre 2013. Un retraité sans histoire est retrouvé dans son quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorpick-up sauvagement assassiné. L’enquête est confiée au shérif McCarthy, pugnace, humaniste, déterminé. Au même moment, Franck, jeune détective dandy, décadent et cocaïnomane, double sombre du shérif, mène l’enquête en parallèle, parcourant la ville en quête de sensations nouvelles.

Un mafieux de renom, un jeune musicien ambitieux, un romancier vulgaire, des flics besogneux ainsi que tous les autres, les « largués », les « paumés » sont mis en scène et embrasent cette fresque sans concession d’une Amérique hantée par la crise des subprimes.

À mi-chemin entre le roman social et le thriller, Trois gouttes de sang et un nuage de coke, roman au ton vif et au style léché, laisse le lecteur sans voix. 

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorL’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier suisse et canadien, naît en 1989 à Lausanne. 

Très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2014). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son premier roman publié en France. Mouron est aussi chroniqueur pour plusieurs journaux suisses et à TV BeCurious.

Quentin Mouron, 25 ans, est déjà largement reconnu en Suisse où ses trois précédents romans ont obtenu une presse importante et élogieuse. 

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

(Photo : Patrick Gilliéron)

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorInterview :

C’est ton premier « thriller », avec de gros guillemets, peut-on dire que ce quatrième roman est à part des trois précédents ?

Pas tant que ça. J’y trouve pas mal de résonnances avec les autres. Il y a vraiment une unité. Pas dans le genre, mais dans les thèmes abordés. La question du masque que nous portons tous, travaille vraiment le personnage principal, Franck, et ça le hante toute la durée du récit.

L’alcool et la drogue sont aussi très présents dans tous tes livres.

Oui, finalement, il y a de nombreux rapports. Mais je vois ce que tu voulais dire dans ta première question. Ce livre est un polar et il est peut-être plus accessible que mes trois premiers romans. C’est celui qui se lit le plus facilement et qui est le plus « mainstream ». Oh ! Quel vilain mot !

En écrivant ce livre, tu as choisi d’être plus abordable ou ça s’est fait naturellement ?

C’était naturel. Je n’avais même pas l’intention précise d’écrire un polar. J’avais des idées de personnages, de scènes, de situations, de dialogues aussi. L’armature du polar est venue bien après. Le côté « page turner » s’est imposé au fur et à mesure. Quand on décide qu’il y a une intrigue, on décide de mettre du suspens. On ne va pas quand même pas emmerder le lecteur.

C’est un livre que tu as beaucoup travaillé et retravaillé ?

Oui, ça m’a pris un an et demi. C’est un travail de longue haleine, contrairement à mes habitudes.

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

Quentin Mouron le 11 juin 2015.

Je sais que parfois, tu te laisses déborder par tes personnages.

C’est presque de la chimie. C’est assez empirique et expérimental. On met des personnages, on leur crée une psychologie, une psychologie qui peut être contradictoire ou boiteuse. C’est le cas de Franck et c’est tout à fait volontaire. Ensuite, on regarde comment le personnage réagit. Contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’arrive pas à faire suffisamment de projections pour avoir un plan militairement établi. Je suis donc dans l’organique.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi en écrivant ce polar ?

Je n’avais pas l’habitude de faire durer un livre sur plusieurs jours, je n’avais pas l’habitude de créer une intrigue avec un suivi rigoureux. J’ai eu une exigence de crédibilité qui n’a pas été simple pour moi. Il y a des réflexions sur la nécessité, sur le hasard, sur la probabilité. Mon intrigue n’est pas gratuite, elle a du sens.

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

Tu aimes bien les barges !

Tous mes personnages le sont un peu, mais, nous tous, nous le sommes aussi. Chacun à ses fêlures. Franck est un personnage fou, dans le sens littéraire du terme. Il est contradictoire, il part dans tous les sens, il est cocaïnomane, donc un peu schizophrène, mais c’est aussi ce qui ajoute à son charme et son épaisseur.

Tu fais le contraire des autres auteurs. Tu as commencé par des romans, disons un peu complexes, moins « grand public », aujourd’hui tu tentes d’être abordable par tous les lecteurs.

Oui, mais j’étais content de pouvoir reprendre certaines réflexions qui avaient déjà été posées sous d’autres formes, dans d’autres romans. Je pense que j’ai donné une épaisseur à « l’abordable », comme tu dis. Je voulais un mélange de matière dense et de suspens.

Un écrivain écrit pour être lu, tu t’en rends peut-être un peu plus compte aujourd’hui ?

Oui, tu as entièrement raison. On peut lire ce roman de plusieurs manières. Un amateur de polar ne devrait pas être déçu, il peut lire juste pour l’intrigue. Mais quelqu’un d’un peu exigeant pourra aussi être intéressé par ce qu’il se cache derrière. Il suffit de gratter. Il y a plusieurs niveaux de lecture.

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

En France, quand on parle de « page turner », on parle de Marc Lévy ou Guillaume Musso.

Oui, mais moi, personnellement, je n’ai pas envie de tourner leurs pages (rire). L’autre jour, quelqu’un me dit « il faut absolument que tu lises Millemium, c’est génial ! ». J’ai lu le premier tome et je l’ai trouvé pas mal. Par contre, j’ai trouvé le deuxième emmerdant. Chiant à mourir même ! Au bout de 400 pages, je me disais : « Même Balzac va plus vite ! »

Tu as raison de parler de ça, parce que dans tes livres, il n’y a aucune fioriture. Tout à des raisons d’être écrit.  

J’ai envie que ça commence tout de suite, qu’il y ait de l’action, des personnages actifs immédiatement, d’avoir des paroles qui raisonnent un peu en nous, d’avoir quelque chose qui soit un peu épais.

Le lecteur ne peut pas se reconnaitre dans tes personnages dits « extrêmes » !

La grande perversion du livre et du personnage de Franck, c’est qu’ils sont aussi détestables qu’attachants. J’ai voulu que le lecteur soit proche de Franck, qu’il fasse sienne certaines de ses réflexions et que, paradoxalement, il reste un type assez dégueulasse.

A te lire, chacun est pourri quelque part et personne n’échappe à la règle.

Je le crois sincèrement dans la vraie vie. Bon, dans mon nouveau livre, il y a juste le shérif qui est un type bien, quant aux autres…

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

Moins d'une semaine après sa sortie, "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" est cinquième des ventes en Suisse, toutes catégories confondues.

En Suisse, ton livre est très bien accueilli.

Les ventes sont très bonnes. J’espère que ça se propagera en France, au Québec et en Belgique. Mais j’ai eu aussi quelques critiques négatives.

Tu récoltes ce que tu sèmes. Tu es un provocateur, jeune de surcroit. Tu énerves.

Oui, il y a un peu de ça. Mais généralement, mon nouveau livre est bien accueilli, autant par les libraires que par les journalistes. Je suis hyper bien distribué. Et puis, victoire, j’ai vu mon livre dans la librairie d’une gare. Je fais donc désormais de la littérature de gare.

Comment prends-tu les critiques ?

Quelles soient positives ou négatives, je les accueille avec une certaine distance. Mais, je ne te dit pas que ça ne me fait pas plaisir quand elles sont bonnes et enthousiastes. Ca flatte l’ego et ça encourage.

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

Novembre 2014, passage éclair de Quentin Mouron à Paris. Il est venu voir sa nouvelle éditrice française... et nous avons déjeuné ensemble avant son retour en Suisse.

Trois gouttes de sang et un nuage de coke est sorti dans une maison française pour la première fois.

C’est une maison exigeante et qualitative. C’est l’éditeur suisse de mes trois premiers livres, Olivier Morattel, qui m’a aidé. Il a estimé que c’était difficile de faire de la promo pour moi en France et il trouvait dommage que mon quatrième livre, que je lui avais fait lire, ne se contente que de la Suisse. Il a été d’une élégance rare, car c’est lui qui m’a proposé de trouver une maison en France.

Paulina Nourissier-Muhlstein, la directrice éditoriale de La Grande Ourse, a été la première à vous répondre.

Oui, et elle était très enthousiaste. J’ai vite senti qu’elle avait bien compris le livre. Elle a compris le projet, le discours et le propos. Je suis venu la voir à Paris en novembre dernier et on a fait affaire. On a ensuite retouché le texte ensemble. Tout s’est fait avec elle, Olivier et moi, en bonne intelligence. C’est le début d’une nouvelle et belle aventure.

Depuis que je te connais, quelle progression dans ta carrière !

Le truc le plus important, c’est que je commence à pouvoir discrètement vivre de ma plume. Entre les livres et les chroniques, je commence à m’en sortir.

A la télé et dans la presse, tu tapes sur tout ce qui bouge et surtout quand c’est politique.

Je fais trois chroniques à la télé par semaine sur TV BeCurious. Je ne fais pas que beugler sur les politiques, je sais aussi être doux, parler littérature ou d’autres choses. J’ai vraiment carte blanche et c’est confortable. On ne me censure jamais. A la rentrée, je vais aussi animer une émission littéraire sur cette chaîne. Ça va décaper.

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

Pendant l'interview...

Tu n’as pas peur que l’on te voit trop ?

En tout cas, je sais que ça énerve. Ça se voit et ça se sent que j’agace dans le milieu littéraire lausannois et genevois. Ça m’amuse beaucoup cette réputation de trublion prétentieux. Je m’en fous d’énerver les gens, ils m’énervent aussi parfois et ne s’excusent pas de m’énerver.

Ça te met à part.

Tant mieux, je ne veux pas faire partie d’une bande. J’ai de bons contacts avec pas mal d’écrivains et de journalistes suisses, mais je ne cultive pas mes relations et ne participent pas aux règlements de compte entre les uns et les autres.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Sur un texte qui va me prendre plusieurs années je pense. C’est un roman picaresque. Un truc complètement fou. Le narrateur qui est plus ou moins moi, est dans une Audi A4 et traverse le pays… il se passe des choses très marrantes. Ça tient de Don Quichotte et je me moque de la gueule d’un peu de tout. Ça se veut acide et drôle. Sinon, j’ai commencé un livre qui reste dans le thème de Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Je reprends certains personnages de manière détournée. J’ai aussi envie de reprendre certains thèmes et en amener d’autres. Il faut que chaque livre que je propose soit meilleur que le précédent.

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandor

Après l'interview, le 11 juin 2015.

Les commentaires sont fermés.