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08 juillet 2015

Dimoné : interview pour Bien Hommé - Mal Femmé

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(Photo : Guillaume Bonnefont)

Je me demande parfois pourquoi untel ou untel n’a pas la visibilité médiatique qu’il mérite. Dans le cas de Dimoné (15 ans de présence dans le paysage musical hexagonal), j’espère que cela ne va pas tarder. Une richesse textuelle comme la sienne est rare. On dit de lui que c’est un « être utopique et exigeant, rêveur lucide et facétieux logique ». Bien Hommé - Mal Femmé, son dernier album, devrait convaincre tout le monde.

Je suis allé le voir à la Boule Noire, le 31 mars dernier. Le choc. La claque.

Le type m’a impressionné. Un rockeur charismatique comme on en fait plus. « Les mots rebondissent à force d'allitérations, de formules désossées ou de phrases à tiroirs. » La musique (guitares tranchantes) transcende l’auditoire. L'homme chante autant qu'il parle, explose les contraintes formelles et utilise de drôles d'instruments (toy piano, bouzouki irlandais, percu de lutrin, onde à bulle...) pour créer ses mélodies d’une efficacité redoutable. Impressionnant et magistral.

Le 2 juin dernier, le montpelliérain d’adoption est passé à Paris. Une visite à l’agence s’imposait. Et c’était bien. Des réponses inhabituelles, entre poésie, allégorie et métaphore…

dimoné,bien hommé,mal femméArgumentaire de l’album :

Bien hommé mal femmé nous invite dans sa chevauchée sur un territoire des genres et de l’intime. Onze chansons audacieuses. Ces cavalières réelles ou fantasmées par Dimoné le bien nommé, sont, elles-mêmes, l’allégorie batailleuse de ses tourments convertis en rêverie, en souhaits ou en formule de sorcier blanc. On y désire et on y extrapole l’insupportable solitude, on s’accompagne dans les origines, et on s’aventure orgueilleusement dans son univers où l’ombre peut s’avérer lumineuse. Après l’écoute de cet album on sait que le sentiment est minéral et le sensible une odeur. Indissociable compagnon de scène de Dimoné depuis les débuts, Jean-Christophe Sirven a réalisé cet album.

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. A rebours des chroniques du quotidien, son écriture affûtée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

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 (Photo du haut et celle de l'ouverture d'interview : Flavie Girbal du site Hexagone)

dimoné,bien hommé,mal femméInterview :

Pour bien connaître ton travail, il faut te voir sur scène ?

C’est tout à fait la réalité. La naissance de ce monde intérieur que sont la compo, la création et les tourments, tout cela n’a de sens parce qu’il y a un public. La rencontre se fait plus sur scène que sur disque.

Certains font des chansons pour exorciser leurs tourments intérieurs.

Moi, c’est aussi beaucoup pour en vivre. Je commence par cet axe-là qui est le moins glamour de tous. Par cette idée d’en vivre, je me dois d’être encore plus vivant. Je ne vais pas faire la manche sur scène. Je vais même chercher à voir si on a envie que je vive. C’est la vie, la mort. Le pouce en l’air ou en bas. On me like ou on me délike.

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(Le 9 juin 2015, au Théâtre de la Mer à Sète... une semaine après l'interview)

Tu es dans cet état d’esprit à chaque fois que tu montes sur scène ?

Oui. La scène est un endroit hostile. Ce n’est pas cool. Ce n’est pas comme ce canapé où je suis assis. Il y a bagarre.

C’est un match de boxe ?

C’est ça. C’est une zone où il y a des snipers un peu partout. Même si je me dis que mon public est bienveillant, je me dois de faire attention. Je suis dans le viseur de tous. C’est une manière de me mettre en éveil.

Clip de "Un homme libre" extrait l'album Bien Hommé - Mal Femmé

Tu as commencé ta carrière à Montpellier en 1986 et tu as fait un nombre considérable de concerts depuis. Tu ne te laisses jamais gagner par l’habitude ?

Je pense qu’il y a plein de choses que je faisais de manière animale et instinctive. Avec prudence. A une certaine époque, quand j’ai commencé à chanter,  je me trouvais très gendre idéal. Avant, je me planquais derrière des chanteurs qui se cognaient le boulot à ma place. J’ai cheminé vers ce poste de calendre de bagnole pour arriver à représenter son intériorité, ses états d’âme et ses fragilités.

De qui parles-tu ?

Du personnage. Oui, il fallait que je crée un personnage. Disons même qu’il est apparu.

Comment est-il apparu ?

Comme personnellement, je me refuse de formuler trop de choses, parce que j’ai peur de les tuer en les disant, je me suis dit qu’il fallait qu’il y ait une personne munie de plus d’audace que moi. Il fallait que je lui donne la possibilité de rencontrer plus de gens, d’être infréquentable, d’avoir une part féminine énorme et d’être ingérable. Il faut que je laisse à ce personnage, cette liberté-là.

A ce double ?

Oui, à ce double. Toi qui es gémeaux comme moi, tu comprends ce que je te dis. Cette histoire de dualité que l’on raconte sur notre signe astrologique m’arrange bien. Tout à coup, il y a cet individu  qui s’accapare de moi.

Il est comment?

Je l’identifie un peu plus qu’avant. Il peut être plus sympathique que naguère. J’accepte un peu plus sa part de lumière.

En fait, tu te planques derrière lui.

(Ironique) Tu crois ? Je me planque surtout derrière ma moustache. Ce personnage que j’incarne sur scène est aujourd’hui un mélange de tendresse et de folie. Pendant une fenêtre d’une heure et quart sur scène, je peux mieux purger cette histoire de l’existence, ce gros théâtre de nos vies.

"Soiñons nos rêves", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé, en concert à Montpellier au Rockstore le 21 novembre 2014.  

Là, nous faisons une interview. Aimes-tu parler de toi et de ton œuvre ?

C’est intéressant que tu me poses cette question-là. Hier, je me faisais cette réflexion. C’est sympa que l’on sache ce que je fais. Me raconter est une action, pas uniquement une thérapie. On passe beaucoup de temps à parler de soi. Ton boulot est de récupérer et glaner des infos, nous sommes des prairies d’artistes pour gagner ta vie, et pour gagner la mienne, il faut que la raconte. Quand je monte à Paris, je sais que ce n’est pas pour visiter la Tour Eiffel. La question est : comment être exciter à  dire les choses.

Cet album est, je crois, ton disque majeur. Celui qui t’a révélé à un public nettement plus large qu’auparavant.

Je ne suis pas quelqu’un de fondamentalement ultra confiant en moi. C’est pour ça que j’ai demandé à ce fameux Dimoné de prendre ma place. L’environnement et le côté sacré des choses ont fait qu’il s’est passé des évènements qui ne se sont jamais tenus sur mes précédents disques.

Lesquels par exemple ?

L’accompagnement par FIP ou le coup de cœur de l’académie Charles Cros 2015. J’ai l’impression que je suis un perdreau de l’année, alors que bon.

Tu as près de 15 ans de carrière et on ne te récompense qu’aujourd’hui. Ça te fait quoi ?

Ça m’amuse, mais personne ne me dois rien et ça fait très plaisir. Pour me protéger, je me dis toujours que la soirée ne sera pas bonne, mais là, si on me dit que mon disque est bien, je tente de savourer. J’ai 48 ans et je vis de ce métier depuis peu. Ca calme mes éventuels ardeurs.

Clip de "Venise", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé.

Comment vis-tu la dépossession de tes chansons ? Quand elles sont terminées et enregistrées, elles ne t’appartiennent plus, non ?

C’est le but d’une chanson et ça me protège moi. Ça me permet de disparaitre. Le moi, moi, moi constamment, ce n’est pas le but. Etre sur le chemin, être un vecteur, c’est noble. Cette idée-là m’intéresse. Parfois, mes chansons sont nébuleuses et dans le réveil, c’est là où il est plus facile de se les approprier.

Parlons de tes mots. J’adore leur son.

Je suis un indien. Je suis sûr que le son d’un mot est dans le sens. Le son d’un mot m’intéresse si ça devient un matériau. Je creuse dans leur sonorité, ça va forcément générer du jeu.

Tu mets longtemps à écrire un texte ?

Les mots arrivent sur une page. A partir du moment où cela a du sens, ils vont faire des familles. Mais mon travail est très intuitif. Je ne suis pas un thésard.

Et que l’on décortique tes textes, ça te gonfle ?

Au contraire, je crois que ça me flatte. J’y passe du temps, c’est long.

 Clip de "Encore une année" extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé

As-tu des doutes dans ton travail ?

Oui, sur la forme. J’ai peur de rater le sens de l’instant.

Parfois, as-tu eu envie de baisser les bras ?

Je suis dans la rêverie, et le pire ennemi de la rêverie, c’est l’amertume et l’aigreur. Que te reste-t-il si dans ce que tu te permets de rêver, c’est pourri ?

Tu as deux enfants de 18 et 21 ans. Que pensent-ils du travail de leur père ?

J’ai un fils qui fait du hip hop et une fille qui est dans les arts plastique parce que ça leur plait. Avec moi, je pense qu’ils sont sensibilisés à l’art. Ils sont venus me voir plein de fois en concert, ça les intéresse.

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(Pendant l'interview)

Fais-tu ce métier pour fuir la vraie vie ?

Mais carrément. Pour enfin être irresponsable. Je passe mon temps à trouver des solutions pour être irresponsable. C’est un énorme boulot et une sacrée chance. Je pense que j’existe dans la fuite.

Tu te trouves toujours cohérent ?

Oui, dans le côté sinueux. La frontalité est ennuyeuse et je n’ai rien à dire de fondamental. J’ai juste à rendre savoureux les méandres.

Quel est le message principal que tu veux faire passer ?

Pilotons vers nos rêves avec autorité alors que tout est rempli d’incertains, d’incertitudes et d’oxymores.

Tu ne ferais pas de chansons juste pour toi ?

C’est certain. C’est l’idée de l’insupportable solitude.

Tu rêves de quoi dans ce métier ?

Etre peinard, mais que ça se sache.

Tu envisages ce métier comme une mission ?

Oui, mais une mission à la Bob Denard, le mercenaire. Toujours dans le combat.

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 Après l'interview, le 2 juin 2015.

Bonus : Un excellent moyen métrage sur Dimoné.

Dimoné, Démon du Clapas (26mn). Réalisation, images, son & montage: Olivier Arnal.

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