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03 juillet 2015

Stanislas Petrosky : interview pour Ravensbrück mon amour

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L’Atelier Mosésu est une maison d’édition qui lance des collections. La première, la série L’embaumeur, dont je vous avais déjà parlé ici. Aujourd’hui, elle lance la collection 39-45 « Le roman noir au service de l’Histoire ». Ravensbrück mon amour est l’un des trois livres de cette formidable série. Je n’ai pas lu les autres, mais celui-ci m’a pris aux tripes. L’auteur, Stanislas Petrosky, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les descriptions insoutenables (basées sur des faits réels) de la vie dans un camp de concentration choquent/heurtent le lecteur que je suis. Difficile de ressortir indemne de ce roman qui participe au devoir de mémoire.

Le 7 mai dernier, l’auteur est venu à l’agence… je voulais voir qui se cachait derrière Stanislas Petrosky (même si je le savais déjà un peu).

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor4e de couverture :

Gunther, jeune artiste allemand enrôlé de force au moment de la construction du camp de Ravensbrück, en devient l’illustrateur officiel, obligé de mettre son talent de dessinateur au service des autorités nazies.

Rien n’échappe au crayon affûté du jeune homme : l’horreur des camps, les expériences médicales, les kommandos, les mœurs des officiers, la vie, la mort.

Dans ce roman noir, Stanislas Petrosky pénètre au cœur de Ravensbrück et en décrit implacablement chaque recoin, afin de ne jamais oublier.

L’auteur :

Né en 1975 sur les bords du lac Sevan, en Arménie. Stanislas Petrosky quitte son pays à l’âge de dix-sept ans pour rejoindre la France. Il glissera dans une délinquance de plus en plus dure et connaîtra de nombreux démêlés avec la justice.

C’est lors de ses séjours à l’abri du soleil qu’il se découvrira une passion pour l’écriture, sombre de préférence, en commençant par les nouvelles. Ravensbrück mon amour est son premier roman.

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandorL’interview :

Qui est tu ?

Je suis auteur. Ravensbrück mon amour est mon premier roman. Jusqu’alors, je n’avais écrit que des nouvelles. J’ai travaillé pour Camion Blanc, une maison d’édition consacré à la musique (rock de préférence, voire metal). Tous les ans, j’écris une nouvelle pour eux. Et pour d’autres éditeurs d’ailleurs. Je travaille plus sur le court, parce que je préfère ça. Je me sens plus à l’aise.

Tu as commencé à écrire très jeune, je crois.

Oui. A l’âge de 14 ans. Jusqu’à l’âge de 30 ans, j’estimais que ma production littéraire n’était pas bonne. J’étais très mauvais en orthographe, en grammaire et en conjugaison. Au fur et à mesure, à force de lire, j’ai écrit un peu mieux. J’ai aussi croisé des gens qui m’ont donné des bases et de nombreux conseils. Au contact d’auteurs, j’ai appris qu’on n’écrit pas un livre en une seule fois. On peut écrire un roman au moins dix fois pour qu’il soit au minimum convenable.

Ravensbrück mon amour est ton premier roman. Tu n’as pas choisi un sujet léger.

Quand j’étais gamin, comme beaucoup de gens de notre époque, j’ai été bercé par Au nom de tous les miens de Martin Gray, j’ai vu la série Holocauste à la télévision, mon grand-père (qui n’est pas juif), a fait un court séjour au camp. Il m’a beaucoup raconté ce qu’il a vécu. Et puis, j’ai lu les douze livre sur la déportation qu’a signée le journaliste Christian Bernadac. Quand je vois ce qu’il se passe dans le monde actuellement, je pense qu’il est bon de faire une piqure de rappel. Le 30 avril dernier, cela a fait 70 ans que ces atrocités ont été commises. C’était hier.

Le teaser du livre.

Tu racontes l’histoire de Gunther, un jeune garçon enrôlé de force.stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor

Il faut rappeler que tous les gens dans les camps n’étaient pas nazis. Certains étaient même opposés au régime, comme Gunther. Une des plus belles critiques que j’ai reçus est celle de Patrice Dard. De Gunther, il dit : « c’est un simple salaud ordinaire, comme nous tous ». Il lui manque le courage. Il ne peut pas se rebeller, comme d’autres kapos. Il essaie de faire preuve d’humanité envers ces femmes, mais ce n’était pas évident.  Si on découvrait qu’un kapo (personne qui était chargée d'encadrer les prisonniers dans les camps de concentration nazis) aidait quelqu’un, il était puni sévèrement. Tous n’étaient pas des salauds. Mais certains étaient choisis parmi les prisonniers de droit commun les plus violents, ainsi, ils étaient sûrs qu’ils allaient pouvoir faire respecter l’ordre.

Il y a une scène atroce ou un kapo reçoit de la schlague (châtiment disciplinaire autrefois en usage dans les armées allemandes et autrichiennes, et qui consistait en coups de baguette) parce qu’il a fait montre de compassion.

Les kapos n’avaient pas le droit au moindre écart de compassion et ils ne devaient avoir aucune humanité. Quand on discute avec d’anciens déportés, hommes ou femmes, quel que soit le camp, ils disent bien que dès la montée dans un train, la déshumanisation commençait. Pas de toilette, pas de bouffe, pas d’intimité, de plus, ils étaient dans des wagons à bestiaux.

J’ai l’impression que tout a été dit sur les camps dans les livres. Mais personne n’a jamais pris l’angle que tu as choisi.

J’en ai lu beaucoup parce que j’ai une passion pour la Seconde Guerre Mondiale. Je voulais faire quelque chose de différent. Une immersion. Je rentre dans la peau d’une personne et je raconte l’histoire à la première personne. Je trouve ce procédé très efficace pour emmener le lecteur.

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Illustration extraite du livre.

Gunther est illustrateur. C’est ce qui le sauve pendant ses cinq ans de captivité, de la construction du camp à la libération.

Découvrir un camp de concentration par les yeux d’un artiste, c’est quelque chose d’inédit. C’est une manière de témoigner.

Le médecin du camp dissèque des prisonniers, parfois même vivants.

Malheureusement, la médecine a avancé avec ce précédé. Il y a eu de nombreuses vies sauvées grâce à ses horreurs. Par exemple, la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande) perdait beaucoup de soldats lors des batailles aériennes au-dessus de l’océan. Ils mourraient de froid. On a donc fait des tas de tests dans les camps de concentration avec des prisonniers juifs. On les plongeait dans l’eau glacée et on a essayé de les réchauffer par tous les moyens. Avec de l’eau bouillante, et même en les entourant de femmes nues, pour te dire jusqu’où allait la folie. Un jour, ils ont réussi à comprendre que si on maintenait juste la tête hors de l’eau, l’hypothermie était beaucoup moins rapide. Le gilet de sauvetage qui est utilisé partout dans le monde aujourd’hui est malheureusement une invention des camps de concentration. Les nazis se sont dit qu’ils avaient la meilleure expérimentation possible : la chair humaine et des êtres humains vivants. Ils ont stérilisés des gamines de huit ans, ils ont fait des essais de greffes osseuses… et je t’en passe !

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Illustration extraite du livre. 

Oui, dans le livre, tu ne nous épargnes rien. Tu ne t’es jamais dit que tu allais trop loin ?

Non. J’ai fait attention à ne jamais tomber dans le gore. Simplement, je me suis basé sur des témoignages racontés dans des livres ou dans les revues comme Historia ou Historama. Il y a dedans les rapports des procès racontés minute par minute. On a la description de tout ce qui a été fait. C’est l’horreur absolu. Ces pourritures, de vrais sadiques, considéraient les prisonniers comme des sous-races. Ils les considéraient plus comme des animaux que comme des humains.

Gunther tombe amoureux d’une prisonnière. Tu as placé de l’amour dans un camp de la mort finalement.

Il y a eu des gens qui ont vécu de vraies histoires d’amour. La plupart du temps, elles finissaient mal. Quand on s’en apercevait, on les tuait. Et les histoires d’amour n’étaient pas forcément comme on les conçoit nous aujourd’hui. Il n’y avait pas forcément de sexe, car il y avait une baisse énorme de la libido. Les lieux ne s’apprêtaient pas à cela. C’était surtout des sentiments très forts entre deux personnes.

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Plus de 60 000 femmes sont mortes dans ces camps. Celles qui sont revenues sont restées longtemps totalement traumatisées.

Elles ne pesaient que trente kilos et ont été martyrisées. Elles ont subi des châtiments corporels ignobles et ont subi des expérimentations sur leur corps. Il est impossible de s’en remettre sans séquelle et rapidement.

T’es-tu demandé ce que tu aurais fait à la place de Gunther ?

Je pense que j’aurais fait comme lui, mais bon, on ne peut jamais savoir.

Je n’ai lu que des bonnes critiques sur le livre.

J’avais peur. C’est mon premier livre, donc, je n’étais pas sûr de remplir ma mission : écrire un bon livre. Les réactions lues m’ont un peu rassuré.

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Pendant l'interview...

A la base, tu es un passionné du roman noir.

Parce que c’est le roman sociétal par excellence. Il doit dénoncer et dire des choses importantes sur la société. Les livres que j’apprécie le plus, ce sont ceux qui me font réfléchir et qui me mettent une claque. Donc, avec Ravensbrück mon amour, je voulais essayer d’en mettre une à mes lecteurs. Nous, quadragénaire, nous avons un devoir de mémoire à exécuter.

Que peut-on écrire après un tel livre ?

Le prochain livre sera sur le deuil. A la première personne, je me mets dans la peau d’une femme qui perd son compagnon, mais qui ne retrouve pas son corps. Elle va donc sombrer dans la folie. Ensuite, j’écrirai un autre livre sur les camps. Je vais travailler sur un personnage qui me fascine énormément : la chienne de Buchenwald, Ilse Koch. Elle a été l’épouse d’un employé de banque délinquant de droit commun qui deviendra général SS et commandant de Buchenwald. Elle a commis les pires atrocités. Cette rousse aux yeux verts envoyait à la mort quiconque avait le malheur de croiser son regard. C’était vraiment une sadique complète. C’est le livre de Michel Onfray, La passion de la méchanceté sur un prétendu divin marquis, qui m’a donné envie de faire des recherches sur elle. Ensuite, j’écrirai aussi sur la gestapo.

Tu vas sortir aussi un livre écrit à quatre mains avec l’auteure Christelle Mercier.

Oui, c’est une histoire d’amour entre un SS et une résistante. La Deuxième Guerre Mondiale est une période très prolifique entre héroïsme et sadisme…

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Après l'interview, le 7 mai 2015.  

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