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02 juillet 2015

Presque Oui : interview pour De toute évidence

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorPresque Oui, c'est Thibaud Defever, « chanteur tendrement persuasif et guitariste vituose », associé à d'autres musiciens. Je ne le connaissais que de réputation. Bonne, voire très bonne. C’est Marie-Françoise Balavoine qui m’a vivement incité à aller le voir sur scène au plus vite. Ce que j’ai fait à L’Européen, le 26 mai dernier. J’ai adoré. Sensible et fort. Doux et cruel. Léger et grave. Lumineux et profond. Presque Oui, c’est le paradoxe. Mais le paradoxe, on aime ça. On se fait happer du début à la fin par l’intensité qu’il dégage, par la justesse des mots et par la magnificence des accompagnements.

Et donc, le lendemain, cet artiste authentique est venu à l’agence. Pour une conversation de très belle tenue.

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorBiographie officielle :

Entre surfer sur l'écume de la fantaisie et explorer les profondeurs de l'âme humaine, entre la tradition et la modernité, Thibaud Defever, « capitaine » de Presque Oui n'a pas choisi son camp. Ce qui le place hors de toutes les castes de la chanson française.
Il fait presque figure de fauteur de trouble, oscillant entre humour et gravité, premier degré d'intimité qui bouleverse et second degré dont l'acuité précise fait se gondoler les esprits fins. Ambiguïté assumée. Une part d'ombre et de lumière.

Presque Oui vient de sortir son 4e album, De toute évidence.

La voix et la guitare se soutiennent, se croisent et s'entremêlent, chantent parfois sur le même fil... Sur un fil délicat mais solide tendu par la batterie de Benjamin Vairon et la contrebasse de Xuan Lindenmeyer.
Ce trio-là sait jouer l'énergie avec subtilité et offre un terrain musical de rêve aux nouvelles chansons : des mirages récurrents, des anges bienveillants, des disparitions inexpliquées, des ombres chinoises qui partent en vrille... Les mélodies sont fortes, ciselées et l'on se surprend à presque danser sur ces chansons d'absence, de silence, de renouveau.

Jamais jusque-là Presque Oui n'avait réussi cet équilibre parfait entre la fraîcheur des musiques et la manière d'envelopper les mots. C'est désormais chose faite. On croyait connaître Presque Oui.
De toute évidence, on n'a pas fini de le découvrir.

(A lire, le "live report" du concert de Presque Oui à L'Européen le 26 mai 2015, par David Desreumaux pour son site musical consacré à la chanson française de qualité, Hexagone.

Et la critique de l'album De toute évidence par François Bellart pour le site Nos Enchanteurs.)

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(Photo : David Desreumaux du site Hexagone)

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorInterview :

Comment as-tu vécu le concert d’hier soir ?

C’était une formule nouvelle pour moi. Nous étions en trio, avec batterie et contrebasse. C’est marrant parce que j’ai beaucoup joué en voix/guitare ou en voix/violoncelle/guitare. Dans ces cas-là, le ressort dramatique du spectacle repose plus sur la façon dont on s’adresse aux gens, la façon dont on agence les chansons. Hier, j’ai ressenti une sensation inédite. J’ai pu chanter des chansons mélancoliques, mais avec un jeu rythmique derrière. Je  trouve ça assez confortable. J’ai l’impression d’être dans une Cadillac, mais que je ne maîtrise pas encore bien. C’était vraiment le premier concert avec cette formule. On sortait de résidence.

Tu as des chansons très graves, voire très dures et puis, tu désamorces par la parole entre deux chansons. Tu es très second degré…

Ce côté-là m’échappe presque. J’essaie de rester dans le premier degré, mais je n’y parviens pas. Je suis incapable de raconter pourquoi j’ai écrit telle chanson en expliquant la réalité. Je ressens le besoin de broder.

Ton public me semble bienveillant.

C’est flippant, du coup. Parce que tu as peur de décevoir. Hier, il y avait mes potes, ma mère… ce n’est pas aisé de chanter devant des membres de ta famille. Ils t’ont connu en short, en train de te casser la gueule puis avec du mercurochrome sur les genoux, Ils t’ont lavé.... C’est très bizarre l’image intime quand on veut renvoyer une image spectaculaire dans un spectacle. Les proches qui sont en face de toi te connaissent parfaitement. Je ne peux pas les duper. C’est comme si cela te privait d’avoir des ailes fantasmatiques qui te permettent d’être quelqu’un d’autre. Finalement, c’est plus facile pour moi de chanter devant des personnes que je ne connais pas du tout.

A chaque album de Presque Oui, il y a une formation différente. Le premier album était en duo avec Marie-Hélène Picard. La maladie l’ayant emporté, il a fallu continuer. Seul.

Dans le deuxième album qui suit la mort de Marie-Hélène, il y a pas mal de chansons que j’ai écrites pour moi. Sur scène, il a fallu que je masculinise certaines chansons.

Clip de "Tout me parle de toi", extrait de l'album De toute évidence.

Tu écris avec Isabelle Haas depuis toujours…

On a commencé à écrire à deux, il y a une vingtaine d’année. Avec Presque Oui, on ne faisait que des reprises, nous étions donc en quête de compos. Isabelle, qui faisait partie de l’association Presque Oui et encadrait le projet, a dit « moi, j’ai des histoires ». On est donc partie des contes et des nouvelles qu’elle avait écrites pour les transformer en chansons. Au fur et à mesure, le temps, les épreuves et tout ce que nous avons vécu ensemble aidant, on a pu se permettre d’aller dans des chansons beaucoup plus intimes à deux. Au début on écrivait tout à deux. Les départs d’idée était plus dues à Isabelle et au fur et à mesure, je suis devenu musicien professionnel et j’ai eu plus de temps pour me plonger dans l’écriture. Depuis, Isabelle a pris une place de regard extérieur sur le texte. Mais c’est un regard primordial pour moi. Parfois, je lui présente une chanson et quand on ressort de la séance, elle est complètement transformée, c’est pour ça que j’estime qu’elle est coauteure.

Tes textes m’ont surpris par leur poésie et parfois, par leur douleur et leur intensité.

Dans mes précédents albums, il y avait des chansons rigolotes, un peu sketchisantes. Mais un jour, je n’ai plus eu envie d’endosser des rôles, d’être dans des personnages. Sur scène, c’est amusant, mais à enregistrer sur disque, je trouve ça terriblement chiant. Pour ce nouvel album, j’avais envie qu’il soit uniquement mélodique, poétique… et j’espère qu’au final, il n’est pas trop plombant. Le fait d’avoir une batterie, d’avoir une section rythmique, c’est une politesse énergétique par rapport au désespoir et à la tristesse.

"Un baiser", extrait de l'album De toute évidence, en concert à L'Européen à Paris, le 26 mai 2015 (captation signée David Desreumaux pour le site Hexagone)

As-tu l’impression d’être reconnu à ta juste valeur ?

La reconnaissance, elle est venue en 2008. J’avais fait un concours à Montauban que j’avais gagné avec Manu Galure. Après ça, on a eu 80 dates dans l’année. C’est énorme pour des artistes comme nous.

Artistiquement, tu as été influencé par qui ?

Il y a deux artistes très importants pour moi. Dick Annegarn pour le fait de trimbaler tout un monde en guitare/voix avec une virtuosité et une orchestration guitaristique. Et Gilbert Lafaille pour la douceur dans la voix, pour la façon de chanter doucement, un peu inspiré des brésiliens. Moi, je n’arrive pas à chanter fort. Il m’arrive d’envoyer le bois, mais rarement. Mon naturel est de chanter doucement.

Est-ce que ce nouveau disque t’a apporté une notoriété supplémentaire ? J’ai l’impression que beaucoup de médias en parlent.

J’ai la sensation d’avoir un public différent de mes albums précédents. Je pense même que des gens m’ont lâché. Je trouve bien de ne pas répondre à ce que l’on attend de soi. Tu sais, j’évolue parce que je découvre d’autres artistes. J’ai entendu quelqu’un comme Bertrand Belin. Je le trouve culotté et il me donne envie d’aller dans d’autres directions, de faire des chansons en demi-teinte, en clair-obscur. Avec De toute évidence, je me suis fait le plaisir d’enregistrer un album que j’aurais envie d’écouter. J’ai voulu plaire à l’auditeur que je suis. Je pense désormais qu’il faut se laisser choisir par une forme d’écriture et pas vouloir à tout prix transformer l’écriture pour qu’elle aille vers quelqu’un… quitte à avoir un public confidentiel.

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Derrière la porte, pendant l'entretien.

Il faut faire ce que l’on est ?

Oui, c’est tout à fait ça. J’ai écouté Vianney. Au départ, j’ai trouvé l’album vachement sucré, après, j’ai regardé sur internet des extraits où il chante en guitare voix, notamment aux Victoires de la Musique. Et finalement, je me suis dit qu’on s’en foutait que ce soit sucré. Ce qu’il fait tient tout seul et lui correspond et il y a quand même de la profondeur. A 23 ans, c’est impressionnant. Je crève d’envie de le voir sur scène. Il est magnétique. Moi longtemps, je me suis excusé d’être là et longtemps je me suis posé la question de ma légitimité.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je ne sais pas exactement. Ce que je sais, c’est qu’à l’âge de 7 ans, ma mère a sorti une guitare du grenier. Elle me l’a donné. J’ai commencé à faire n’importe quoi avec, mais ça a été un coup de foudre. Très vite, on m’a appris quelques accords, j’ai commencé à chanter en yaourt et ça ne m’a jamais quitté. Après, j’ai fait le conservatoire, de la guitare classique, mais je suis revenu à la chanson très rapidement. Si je veux être totalement honnête, à l’adolescence, la guitare et la chanson m’ont permis d’avoir une reconnaissance par rapport aux amis. J’étais timide, je n’arrivais pas trop à m’exprimer. La guitare m’a permis d’exister en société, tout en me permettant de me cacher. Aujourd’hui encore.

Penses-tu que tes chansons peuvent aider d’autres personnes qui ont vécu des choses aussi intenses que toi ?

Je crois que l’on ressent une grande satisfaction et une grande vibration quand on parle de quelque chose qui va éventuellement servir de catharsis à d’autres personnes. J’ai envie d’être honnête par rapport à la complexité de ce que je vis. Je mets tout sur la table et se reconnait qui voudra se reconnaître.

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Le 27 mai 2015, après l'interview...

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