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01 juillet 2015

Johann Etienne : interview pour La Colonie

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Johann Etienne est un brillant auteur de thrillers. Il est encore méconnu, mais de grands éditeurs seraient bien inspirés d’aller jeter un coup d’œil sur ses ouvrages. Ils risqueraient de découvrir un Thilliez ou un Chattam en puissance. Dans son quatrième roman, La Colonie, il nous emmène au Chili sur la trace d’une colonie énigmatique. Cette histoire est tirée d’une histoire vraie qu’on lui a relatée. Je n’ai pu lâcher le livre sans en connaître l’issue. Addictif et jubilatoire.

Le 6 mai 2015, Johann Etienne est venu de Troyes spécialement pour cette interview (qu’il en soit remercié). Nous nous sommes installés dans un bar situé en face de l’agence. Je me suis aperçu que c’était la première fois que je conversais avec lui en tête à tête. En effet, nos chemins se sont croisés dans des salons du livre de nombreuses fois (notamment à Provins), mais jamais, nous n’avions pris le temps de nous poser et de discuter… C’est donc ce que nous avons fait.

johann etienne,la colonie,interview,mandor4e de couverture :

À l’ombre de la cordillère des Andes, la bête immonde a survécu… Samuel Atlan possédait la capacité de se souvenir de tout. Un cas rare d’hypermnésie, selon les médecins. Une mémoire sans faille, à l’exception d’une seule : Samuel ne se rappelait rien de ce qui précédait le jour où on l’avait trouvé, à l’âge de sept ans, errant au bord d’une route. Quand son passé refait surface de la plus singulière des façons, il se retrouve confronté aux versants les plus sombres de la science nazie, traquant sans le savoir, entre Paris et les plaines du Sud chilien, l’un des pires monstres qu’ait engendré l’Histoire…

L’auteur :

Né en 1975 à Troyes, dans l'Aube, Johann Étienne écrit depuis l'âge de seize ans. Passionné d’Histoire et d’actualité, il se sert des réalités qui nous entourent pour élaborer intrigues et personnages au profit de romans de fiction policière. Il est l’auteur de deux précédents thrillers, Le Théorème de Roarchack et Prophétie, et d’un roman court intitulé Le Plan, tous trois parus chez Ex æquo. La Colonie est son quatrième roman.

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johann etienne,la colonie,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à écrire vers 1’âge de 15 ans, c’est ça ?

J’ai découvert un jour une machine à écrire, dans le grenier de mes parents. Elle devait être là avant que nous arrivions. L’instrument à éveillé ma curiosité et j’ai commencé à travailler dessus. Bon, il faut dire que je lisais beaucoup, alors l’idée d’écrire moi-même me tenaillait depuis un moment. J’ai commencé à taper dessus un début d’histoire en pensant que ça allait faire deux pages. En fait, j’ai écrit un premier roman de 300 pages. Je l’ai fini en cinq ans. C’était un roman d’aventure inspiré de mes lectures de l’époque, Jules Verne et Robert Louis Stevenson, des auteurs de cette trempe-là. Ça se passait au 19e siècle, en Afrique et en Égypte.

Tu avais besoin de sortir de ton quotidien ainsi ?

Oui, complètement. L’écriture m’a embarqué, voire aspiré.

Tu l’as encore ce premier roman ?

Oui, je l’ai gardé. Peut-être qu’un jour, je le ressortirai pour effectuer un gros travail dessus afin de le publier. On ne sait jamais.

Tu es passionné d’histoire, ça se sent dans tes livres.

C’est ma formation initiale. J’ai une maîtrise d’histoire ancienne et un DEA d’égyptologie. Quand j’écris un livre, j’avance vite dans mes recherches grâce à la formation que j’ai reçue à la Fac.

Tous tes romans partent d’un fait historique réel. johann etienne,la colonie,interview,mandor

Un événement d’actualité ou historique m’inspire une histoire en lien avec cet évènement. Dans La Colonie, je parle d’une vraie colonie. J’ai découverts son existence en 2004 en écoutant une émission de radio. Jacques Pradel recevait Frédéric Ploquin (voir photo à droite, mais là, c'était à l'occasion de la sortie d'une autre enquête) et Maria Poblete qui ont écrit La Colonie du docteur Schaefer. L’histoire était complètement folle et faisait froid dans le dos. J’ai donc lu cette enquête. J’ai laissé passer des années, puis j’ai relu le livre et j’ai fini par trouver une bonne intrigue pour évoquer ce fait historique, pas si éloigné dans le temps que cela. Je n’ai pas eu grand-chose à inventé par rapport à la réalité, c’est tellement énorme. A peu près tout ce que je raconte sur cette colonie est authentique.

Tu enquêtes beaucoup une fois que tu te lances dans ce genre de projet ?

J’utilise beaucoup Internet. Par exemple pour en savoir plus sur le Chili, je suis allé sur des blogs de voyageurs. Il y a beaucoup d’infos, beaucoup d’images et même des sons sur les vidéos. Ça m’aide à percevoir l’ambiance générale des lieux que je décris. Le sud du Chili, c’est très particulier, très verdoyant. Ça ressemble à l’Allemagne et à la Bavière, c’est vraiment surprenant.

Un de tes personnages, Samuel Atlan, est hypermnésique. Dans ce livre, tu développes beaucoup le thème de la mémoire.

Ce personnage se souvient de tout, sauf ce qu’il s’est passé avant sa septième année. Etre hypermnésique doit être très désagréable. On se souvient de tout et même les mauvaises nouvelles. On garde tout en soi. Il sort très peu pour ne pas emmagasiner des informations. Il est donc solitaire.

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Comment travailles-tu un texte ?

Quand je commence à écrire, j’ai le début et la fin. Et j’ai quelques scènes clés que je vais incorporer dans l’histoire. Pour le reste, je me laisse guider par les personnages et l’intrigue.

Tu te laisses dépasser par tes personnages, parfois ?

Bien sûr. Toujours d’ailleurs. C’est assez surprenant mais des personnages me poussent à écrire d’autres scènes ou à aller vers des territoires qui n’étaient pas prévus, voire anticiper des réactions qui ne leur conviennent pas par rapport à ce que j’avais imaginé au départ. Il y a une petite part de magie quand on écrit.

Tu as besoin de t’amuser pour écrire ?

Oui. Il y a beaucoup de travail en amont, mais l’écriture est un amusement. C’est même jubilatoire quand on s’approche de l’intrigue, que l’on sait que l’ensemble se tient et que l’on est cohérent. Ce n’est pas toujours évident, parce qu’on est le moins bon juge de ce que l’on fait.

De livre en livre, as-tu l’impression de t’améliorer ?

Oui, parce que j’écoute beaucoup ce que me disent les autres, notamment une amie avec laquelle je travaille pour les corrections. Elle ne me corrige pas uniquement l’orthographe et la grammaire, elle fait un vrai travail de correctrice. Elle est très exigeante. A chaque livre, je chasse mes mauvaises habitudes littéraires. J’essaie d’être de plus en plus limpide et d’aller plus à l’essentiel.

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Tu travailles dans l’éducation nationale. Tu es prof d’histoire géo au collège. Tes collègues et tes élèves connaissent-ils ta double vie ?

Dans le collège où j’étais précédemment, oui. Je n’en parlais pas, mais ils l’ont su. Ça m’a donné l’occasion d’intervenir dans des classes de 4e pour expliquer le métier d’écrivain. Sur deux classes, j’ai eu deux types de questions différents. Une classe qui s’intéressait vraiment à la construction du livre. Ils me posaient des questions du type « comment on trouve le nom des personnages ? » ou « comment on construit l’intrigue ? ». Et l’autre classe qui était fascinée par tout autre chose. « Combien on gagne quand on est écrivain ? », « Qu’est-ce que vous faites encore ici puisque vous écrivez des livres ? » Pour eux, être écrivain était synonyme de gains d’argent et de richesse.

Delerm, Pennac, Musso étaient aussi profs. Ils le sont restés longtemps, même après le succès.

Jean-Philippe Blondel aussi. Mais lui continue cette activité et tient absolument à rester prof.

Tu aimerais vivre de ta plume et ne faire que cela, je suppose ? Pardonne-moi cette question idiote.

De plus en plus. Au départ, je n’imaginais pas vraiment, mais aujourd’hui, envisager d’en vivre est dans un coin de ma tête.

As-tu déjà des fidèles lecteurs ?

Ça fait très vantard de répondre par l’affirmative, mais j’ai de plus en plus de lecteurs qui me disent attendre avec impatience le prochain. Ça me surprend toujours de savoir que des personnes me suivent depuis le premier livre.

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Johann Étienne et Franck Thilliez.

Tu écris tous les jours ?

Pratiquement. C’est rare les journées où je n’écris pas. J’ai un surplus d’imagination en moi qu’il faut que j’évacue régulièrement. Je n’ai jamais eu le syndrome de la page blanche.

Qui est ton premier lecteur ou ta première lectrice ?

C’est ma meilleure amie qui est aussi une grande lectrice dans tous les genres. Dès le départ elle m’a dit que ce que j’écrivais valait parfois beaucoup mieux que ce qu’elle pouvait lire ailleurs, dans les grandes maisons d’édition. Ça m’encourage évidemment énormément. Je lui fais lire systématiquement mes premières pages et elle me dit rapidement si je suis sur la bonne voie.

Concrètement, ça t’apporte quoi d’écrire ?

Comme je te le disais au début de l’interview, c’est surtout une façon de m’évader du quotidien. D’ailleurs, j’ai le même plaisir à écrire qu’à lire.

johann etienne,la colonie,interview,mandorJe crois que Grangé est à l’origine de ta passion pour le thriller.

Oui, quand j’ai lu Le vol des cigognes, ça m’a foutu une claque. Le style, l’écriture, l’intrigue, j’ai eu un véritable choc. Grangé (voir photo à gauche) est l’un des auteurs que j’aimerais vraiment rencontrer. Avant lui, je trouvais que le polar était un genre assez poussiéreux. Sa façon d’écrire est vraiment très moderne et contemporaine. Les Simenon et les San Antonio me paraissaient un peu dépassés et désuets. Aujourd’hui, j’ai constaté qu’il y avait pléthore d’écrivains de polar aussi bons que Jean-Christophe Grangé.

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Après l'interview, le 6 mai 2015.

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