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30 juin 2015

Stéphanie Hochet : interview pour Un roman anglais

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(Photo : Simone Perolari pour Le Monde)

La romancière, essayiste et journaliste culturelle Stéphanie Hochet est l’une des auteures majeures françaises du XXIe siècle. De livre en livre, elle construit une œuvre impressionnante et singulière. Je l’ai déjà mandorisé trois fois, c’est dire l’intérêt soutenu que je lui porte. Dans son nouveau roman, Un roman anglais, elle nous livre un texte magnifique qui nous plonge au sein d'une famille de la bourgeoisie anglaise du début du XXe siècle. Entre son mari et son enfant, Anna semble être une femme comblée, pourtant ce beau vernis se craquèle le jour où George met les pieds dans sa belle demeure pour s'occuper de son fils Jack .C’est un très beau portrait de femme.

Je précise que lors de sa venue à l'agence, le 11 mai dernier, nous n’avons pas évoqué le livre d’Amélie Nothomb, Pétronille (sorti l’année dernière), dont elle est l’héroïne. Nous avons convenu qu’elle avait déjà tout dit sur la question (et bien dit) sur le site Salon Littéraire. Nous n’aimons pas les bis repetita.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandor4e de couverture :

1917, quelque part dans la campagne anglaise. Anna Whig, bourgeoise lettrée, mère d’un petit garçon de deux ans, Jack, persuade son mari Edward d’embaucher par courrier pour sa garde d’enfant une certaine George (comme George Eliot, pense-t-elle). Le jour où elle va chercher George à la gare, elle découvre qu’il s’agit d’un homme. Celui-ci va faire preuve d’un réel instinct maternel à l’égard de l’enfant, et finira pas susciter la jalousie d’Edward, qui pressent l’amour naissant entre George et Anna.
Dans ce roman à la fois pudique et tourmenté, Stéphanie Hochet traite avec beaucoup de finesse le thème de l’ambiguïté sexuelle, avec son lot de non-dits et de paradoxes, dans ce cadre post-victorien qui rappelle tant Virginia Woolf, tout en restituant le climat d’inquiets atermoiements qui régnait en Angleterre lors de cette période troublée.

L’auteure :

Écrivain. 10 romans, un essai (Éloge du chat). Prix Lilas 2009 pour Combat de l'amour et de la faim, Fayard. Prix Thyde Monnier de la SGDL 2010 pour La distribution des lumières, Flammarion. Dernier livre en date : Un roman anglais, Rivages 2015. Chroniqueuse au Jeudi du Luxembourg.

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En compagnie de la grande Virginia Woolf dans le magazine Elle du 6 juin 2015.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandorInterview :

J’ai lu que ce roman était inspiré de la vie de Virginia Woolf.

L'héroïne vient du même milieu, elle est née à la même époque que Virginia Woolf et mon "support littéraire" a été le premier tome du journal de Woolf, mais elle est un personnage à part entière. Elle se nomme Anne Whig, a un enfant de deux ans (ce qui n'était pas le cas de la romancière anglaise) et elle est traductrice, pas créatrice. La fiction nécessitait que je m'éloigne d'un traitement biographique. Ce livre est surtout un hommage à la littérature anglaise dans laquelle j’ai été baignée quand j’ai fait mes études et ensuite, quand je suis partie en Grande-Bretagne pour enseigner.

1917, l’ambiance à Londres, dans la campagne anglaise… La façon de vivre, ce qu’il s’est passé socialement, la vie des domestiques…  comment as-tu été informée de tout ceci ?

D'abord en relisant la littérature de l'époque (Joyce, Lawrence, etc.) et plus spécifiquement, comme je le disais, le premier tome du Journal de Virginia Woolf qui raconte la vie quotidienne de ce genre de familles. Ces familles bourgeoises qui avaient la possibilité de partir s’isoler loin des bombardements en 1917 ont vécu dans une sorte de huis-clos. J’ai reconstitué ça. Woolf est là par son ombre. Vivianne Forrester a écrit une biographie très intéressante. Sa grande théorie, c’est que Woolf rêvait d’avoir un enfant. Bon, on sait qu’elle n’en a pas eu, mais on ne sait pas quelle mère, elle aurait été. Mon héroïne Anna est différente, mais le point de départ, c’est que sa vie est avant tout son enfant. L’amour qu’elle a pour lui est violent au point de faire naître chez elle des élans destructeurs.

Elle aime son enfant, mais elle l’aime mal. On peut dire cela ?stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandor

C'est un amour absolu, mais il est traversé de pulsions destructrices. C’est comme quelque chose que l’on ne pourrait contenir. Sans doute ne sait-elle pas y faire, même si ce fils est tout pour elle. La source du livre c’est « qui va me mettre à l’abri de moi ».

George est l’élément perturbateur du couple.

Il est l’élément étranger qui vient fissurer un huis clos qui ne fonctionne peut-être pas très bien, mais qui fonctionne avec des codes. Ce sont les codes de la société victorienne qui sont encore présents.

Le père, Edouard, est horloger et pas très fantaisiste.

C’est le notable qui a fait ce qu’on attendait de lui. Il a une situation, il apporte l’argent au foyer, cela le rend orgueilleux. Il bénéficie du statut du pater familias. C’est l’homme du régime ancien.

Il ne veut pas évoluer, alors que nous sommes dans un moment où les femmes commencent à vouloir changer de statut.

Anna est d’abord observatrice de ce qu’il se passe à l’extérieur. La guerre n’est pas finie. On ne rencontre quasiment plus de jeunes hommes, par contre elle voit que des jeunes femmes travaillent. Elle lit dans les journaux des articles sur celles qu'on décrit comme des espèces de folles qu’on appelle « les suffragettes ». Les manifestations pour le droit de vote des femmes l'interrogent. Elle se pose des questions sur elle, ses choix motivés par son milieu, sur cette société et sur la gangue qui fige sa vie et l'étouffe.

Ton héroïne est-elle une femme frustrée.

Un peu.  Mais elle va quand même fissurer cette espèce de structure complètement figée autour d’elle. Ce qui est intéressant, c’est le moment où ça craque.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandorPeut-on dire qu’Anna et George ont une relation ambiguë ?

Ce que je trouve intéressant, c’est cet amour qui n’est même pas dit.La finalité de l’amour n’est pas forcément de se retrouver dans un lit. En littérature, ça a été tellement fait que ça devient une convention et les conventions m’énervent.

Tu racontes la guerre vu par quelqu’un qui ne la fait pas. A un moment, elle écrit une lettre à un ministre pour qu’il lui donne des nouvelles de son cousin parti sur le front. C’est un passage très drôle, je trouve.

Anna n’hésite pas à s’adresser à lui comme si il était en face d’elle. Elle exige même qu’il retrouve au moins le corps s’il est mort. Pour les gens qui étaient loin du front, le fait de ne pas avoir de nouvelles et de ne pas retrouver le corps de quelqu’un, c’était quelque chose d’atroce. Il était impossible de faire son deuil. La guerre a été perçue et décrite sur le front depuis la première Guerre Mondiale par les écrivains de l’époque, mais aussi aujourd’hui, comme le Goncourt d’il y a deux ans, Pierre Lemaitre pour « Au revoir là-haut ». Par contre on a très peu évoqué la guerre loin du front. La guerre loin du front, c’est aussi la guerre. Ce sont les privations de charbon, de nourriture. Ce sont les liens avec les domestiques qui changent forcément. Il faut s’organiser autrement. Ce sont aussi les familles qui ont chacune un parent envoyé sur le front avec cette tension extrême, cette angoisse et l’imagination qui prend le dessus. La guerre loin du front, c’est vivre la guerre par transfert. Ils imaginaient ce que l’autre vivait dans les tranchées. 

Tu as enquêté sur cette période ?

Je connais tout ceci par immersion familiale. J’ai un père totalement obsédé par la Première Guerre Mondiale. Je suis allée avec lui à Verdun. Il y a des endroits ou plus rien ne repoussent, c’est la désolation totale, on se croirait sur une autre planète. On a du mal à imaginer qu’à ce moment-là de l’histoire, on a inventé toutes les formes de destructions que l’on retrouve aujourd’hui, toutes les formes d’armes  qui pouvaient détruire un être humain.

Tu as fait des études de littérature anglaise, il y a beaucoup de référence à elle dans ton roman.

J’ai toujours pensé sans oser vraiment le dire, qu’être une romancière anglaise, il n’y a pas plus classe (rires). Par exemple, j’évoque Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Ce livre est celui que j’aurais aimé écrire. Contrairement à ce que pensent la plupart des gens qui l’ont lu (ou pas), Les Hauts du Hurlevent n’est pas du tout une histoire d’amour. C’est une histoire de vengeance et une histoire d’enfer. A partir du moment où l'auteur décrit le fonctionnement d'un monde diabolique et complexe, ça m’intéresse. Je pense que ça parle de certaines familles infernales.

Mais, je trouve que ton écriture est stylistiquement britannique. stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandor

J’ai surtout l’impression de jouer avec les codes du roman anglais. D’où le titre d’ailleurs, Un roman anglais.

A la force de jouer avec, ils y sont.

Il ne faut pas que ce soit juste des codes pour des codes, il faut que, profondément, ce soit incarné.

As-tu eu du mal à écrire ce livre ?

Ça a été extrêmement difficile.  J’ai mis deux ans. Il y avait une première mouture qui a été terminée au bout de dix mois. Je l’ai entièrement reprise parce que je me suis aperçue qu’elle avait des faiblesses et qu’elle n’était pas telle que j’aurais voulu la construire.

Il y a eu beaucoup de remises en question ?

Oui, beaucoup. Notamment sur la manière d’agencer le livre. Il a été compliqué de mettre à l’écrit ce chassé-croisé entre la petite et la grande histoire.

Tu portais ce roman en toi depuis longtemps ?

Rien n’arrive vraiment par hasard. Ce livre a mis longtemps à mûrir. A partir du moment où j’ai pris la décision d’écrire sur cette géographie et cette temporalité, l’immersion est devenue délicieuse… mais difficile. Pour écrire un roman qui se passe dans un autre pays et dans une autre époque, il faut tout de même tenter de se sentir chez soi. Il faut se sentir en terrain familier. Il faut avoir bien digérer les références, la littérature de cette époque pour que ça ne sente pas l’huile de coude.

Comment as-tu trouvé le ton d’Anna ?

Je l’ai trouvé quand j’ai eu une idée de quel personnage elle était, de son environnement et de ses proches.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandorL’histoire est très forte et universelle.

L’histoire que je raconte, on peut l’imaginer à notre époque. Le rôle maternel et paternel, il est toujours d’actualité. Le père nul et incapable, le jeune homme qui a une capacité particulière pour s’occuper des enfants et la mère partagée entre deux pulsions, c’est éternel et actuel.

Quelle est la plus grande différence entre Virginia Woolf et Anna ?

C’est que Virginia était soutenu par son mari Leonard, avec qui ils ont formé le noyau du cercle d'intellectuels connu sous le nom de Bloomsbury Group. Il l’a toujours encouragé à écrire dès le début. Il ne voyait même quasiment qu’un écrivain en elle. Il voyait à peine en elle une femme.

Je sais que c’est un livre qui te tient particulièrement à cœur.

Oui, d’autant que je me rends compte qu’aucun des personnages ne me ressemble. En tout cas, ça me fait plaisir d’avoir écrit un livre qui est un beau portrait de femme. C’est le genre de femme que je pourrais observer en l’admirant. Elle n’a rien en commun avec moi, et en même temps, j’admire ce qu’elle est capable de faire. Je n’ai aucun point commun avec elle, et je l’admire encore plus pour ça.

Est-ce un livre féministe ?

Je me méfie des messages. J’ai du mal à accoler le terme «féministe » au livre. Ce qui est important, c’est que ce soit l’histoire d’une femme qui, soudain, prend conscience de ce qu’il se passe autour d’elle et décide de s’émanciper. Elle ne s’accroche pas à des théories, par contre, je pense qu’elle a beaucoup de respect pour les femmes et qu’elle écoute ce qu’elles ont à dire. C’est donc le début d’une prise de conscience féministe.

Tu as terminé ce livre il y a presque un an, donc je suppose que tu es déjà en train d’écrire un autre livre. 

Oui, j’ai commencé quelque chose qui, comme d’habitude, n’a rien à voir avec le précédent livre. Mais je ne t’en dirais pas plus. Tu me connais, je te fais le coup à chaque fois que tu me reçois…

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Après l'interview le 11 mai 2015.

(Merci à Stanislas Kalimerov pour les deux portraits de Stéphanie Hochet inclus dans l'interview et à Stéphanie Joly pour la photo prise lors de la présentation d'Un roman anglais à la Terrasse de Gutenberg le 21 mai 2015).

23 juin 2015

Collectif Métissé: interview pour Rendez-vous au soleil

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Allez, c'est les vacances! Ne bavassons pas sur l'intérêt de la musique festive estivale. Ce n'est pas du tout ce que j'aime, mais je ne fais pas partie du public visé non plus. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté de l’été 2015), j'ai interviewé le leader de cette formation haute en couleur.

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Clip officiel de "Rendez-vous au soleil".

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21 juin 2015

Bilan du Salon du Livre de Provins 2015

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f.jpgLes 11 et 12 avril dernier, j'ai animé pour la 6e fois consécutive, le Salon du livre de Provins. Ici la première (avec l'invitée d'honneur Simone Veil), là, la deuxième (avec l'invité d’honneur Michel Drucker), enfin la troisième (avec les invités d'honneur Albert Jacquard et Pierre Bellemare), la quatrième (avec les invités d’honneur, Patrick Poivre d’Arvor et Stéphane Bourgouin) et la cinquième (avec les invités d’honneur, Michel Field et le très regretté Cabu).

Habituellement, je passe de table en table pour interviewer une centaine d'auteurs en deux jours...

Je le répétais chaque année:

"Le contact avec des auteurs rencontrés sur l’instant et dont il faut tenter de tirer des informations essentielles, quasiment à la chaîne, rentrer dans des univers différents en faisant semblant de connaître l’œuvre des personnes interrogées, en les mettant en avant, en tentant de comprendre leur fonctionnement, c’est un loisir auquel je m’adonne avec un plaisir fou. Même si, je le sais parfaitement superficiel (je n’abhorre rien de plus que d’interroger un écrivain sans avoir lu son livre). Mais ce que j’apprécie, dans ce cas de figure, c’est la performance. L’exercice de style. Le combat. Ce n’est pas désagréable, juste exténuant à l'issue du deuxième jour."

Mais cette année, David Sottiez (de l’association Encres Vives) m’a proposé une nouvelle formule. Organiser et animer des cafés littéraires d’une demi-heure chacun pendant les deux jours. Ainsi fut fait…  et j’ai beaucoup aimé. A récidiver, donc.

Je remercie ici Jean-Pierre Mangin qui a shooté à tout va pendant ce week-end et m’a suivi dans (quasiment) toutes mes pérégrinations « interviewgatives ».

Pour les photos, merci aussi à Luc Doyelle, Cicéron Angledroit et Sophie Adriansen… à qui j’ai allégrement volé des clichés sur leurs pages Facebook respectives. Qu’ils en soient remerciés (et qu’ils ne m’intentent pas de procès).

Évidemment, je tiens aussi à exprimer toute ma gratitude à l'ensemble de l'association Encres Vives qui me fint confiance depuis six ans. Je suis très sensible à cette fidélité sans failles.

Premier jour : 11 avril 2015.

Marion Game (la fameuse Huguette dans la série d'M6, Scènes de ménages). Une fois de plus, nous constatons que les personnalités du petit écran signent beaucoup plus que de vrais écrivains. C'est anormal et désolant, mais c'est comme ça. Ce qui est plaisant, c'est que, souvent, ces "auteurs" savent bien qu'ils n'ont pas une grande légitimité à être là. La sympathique comédienne me l'a confié, en tout cas.

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Allez, viens là mon Huguette!

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Ce que j'aime dans ce salon, c'est qu'il y a souvent foule.

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Premier café littéraire : Kaoutar Harchi pour A l’origine notre père obscur (Actes Sud). (Mandorisées là, deux fois). J'ai beaucoup d'admiration pour cette auteure de talent.

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Une publicité discrète s'est glissée sur cette photo. Sachez la retrouver!

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Le maire de Provins, Christian Jacob avec Jean-Patrick Sottiez, l'un des éminents membres de l’association organisatrice de ce salon, Encres Vives.

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Le maire avec "le prêtre des loubards", le père Guy Gilbert.

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Quelques questions au père Guy Gilbert. Le micro, je vous garantis qu'il ne faut pas le lâcher, sinon, impossible d'en placer une... :) Je l'ai beaucoup "pratiqué" à la fin des années 90, quand je travaillais à Radio Notre Dame.

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Non père, tu me laisses le micro!

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Deuxième café littéraire : Wilfried N’Sondé pour Berlinoise (Actes Sud). Je ne l'avais jamais rencontré. Passionné et passionnant!

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Sophie Jomain.

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Sophie Adriansen (mandorisées maintes fois).

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Domitille de Pressensé, la "maman" d'Émilie, une série que toutes les filles ont connu dans leur jeunesse.

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Le chanteur Merlot était présent pour un spectacle destiné au jeune public : Au fond de la classe.

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Troisième café littéraire : Pauline Dreyfus pour Ce sont des choses qui arrivent (Grasset).

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Comme presque chaque année, Geronimo Stilton vient à Provins...

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Et il a toujours beaucoup de monde devant son stand.

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Et chaque année, photo traditionnelle avec l'animateur.

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Et photo traditionnelle avec Sophie Adriansen...

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La parrain du salon du livre de Provins de cette année, Yann Queféllec, lui aussi est venu papoter avec la gentille souris.

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Interview de Yann Queffélec (un des premiers mandorisés... en 2006, quand je cachais encore mon visage).

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Queffélec sur le départ... Ici avec Jean-Patrick Sottiez.

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Jean-Patrick Sottiez, de l’association organisatrice de ce salon, Encres Vives.

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Quatrième café littéraire : Carmen Bramly pour Hard de vivre (JC Lattès).

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Au rayon polar, Claire Favan et Christelle Mercier.

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Puisque nous sommes au rayon polar, restons-y. Nous nous sommes adonnés à quelques selfies plus ou moins réussies. En haut, de gauche à droite : Stanislas Petrosky, Alain Claret et David Moitet. En bas, de gauche à droite : Sandra Martineau (mandorisée là) Christelle Mercier, Claire Favan, Mandor et Johann Etienne.

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Les mêmes, avec en plus, en haut à gauche, Maxime Gillio.

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Toujours les mêmes, dans une autre configuration, avec en plus, Gaëlle Perrin (mandorisée là).

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2e jour : 12 avril 2015.

Gaëlle Perrin montre du doigt (pas bien!) Patrice Dard. Le fils de Frédéric Dard a repris l’œuvre de son père, San Antonio.

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Entre les livres de son père et les siens... une œuvre colossale.

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Je n'ai jamais lu un San Antonio de ma vie. Ce qui, visiblement, ne semble pas heurter Patrice Dard.

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Frédéric Dard était là aussi, hein, c'est sûr... la lumière qui descend du ciel, toussa, toussa.

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(Merci à Christelle Mercier pour cette série de photos Dardiennes.)

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L'écrivain Maxime Gillio (vice-président de l'Association des Amis de San Antonio) a animé un débat avec Patrice Dard.

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Interview de Maxime Gillio...

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Cinquième café littéraire : Bertrand Guillot pour Sous les couvertures (Rue Fromentin). (Quelques mandorisations de cet auteur de talent.)

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Interview à la cool, quoi!

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Petite pause avec Sandra Reinflet, Sophie Adriansen, Carole Zalberg et Bertrand Guillot.

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Ciceron Angledroit.

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Sixième café littéraire : Carole Zalberg pour Feu pour feu (Actes Sud). (Elle aussi a été mandorisée maintes fois).

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Mélisa Godet.

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François Alquier by Sophie Adriansen. Joie de vivre et compagnie.

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Luc-Michel Fouassier (mandorisé à tout va).

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Sophie Adriansen.

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Septième et dernier café littéraire : Claire Fercak pour Histoires naturelles de l’oubli (Verticales).

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19 juin 2015

Grégoire Delacourt : interview pour Les quatre saisons de l'été

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Voici la troisième mandorisation de l’écrivain Grégoire Delacourt (lire la première, la seconde et là, un café littéraire avec lui). Bref, j’aime beaucoup l’auteur (qui a rejoint depuis quelques années le petit cercle des écrivains français de best-sellers. Rappelons que son roman, La liste de nos envies, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et qu’il a été adapté au théâtre et au cinéma)… mais j’aime aussi l’homme. Comme avec Guillaume Musso, Tatiana de Rosnay, Bernard Werber ou Jean-Christophe Grangé, malgré son succès international, je continue à entretenir des liens normaux et cordiaux avec lui.

Grégoire Delacourt reste encore celui dont je me sens le plus proche. Je ne sais pas pourquoi. La même sensibilité sans doute. Une vision de la vie, de l’amour, de la mort, pas si éloignée…

Pour la sortie de son nouveau roman, Les quatre saisons de l'été, je l’ai donc interviewé une nouvelle fois pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de l'été 2015).

Ensuite, il y aura un bonus… plus personnel.

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Daniel Balavoine : "Aimer est plus fort que d'être aimé".

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Francis Cabrel : "Hors saison".

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Après l'interview, le 12 mai 2015, dans un bar PMU de la Plaine Saint-Denis.

Grégoire Delacourt aime la prétendue.JPGBonus (sous forme de petite histoire d’amitié et de coïncidence) :

En lisant ce nouveau  livre de Grégoire Delacourt, je n’en revenais pas. Il y évoquait (notamment) le langage des fleurs. Moi qui faisait tout pour que l’on connaisse l’excellent livre de mes amis d’enfance, Franck Caldéron et Hervé de Moras (d’enfance, d’enfance… genre nous nous sommes connus morpions de 7 ans et plus jamais séparés depuis. Enfin si, mais pas toujours et jamais totalement). Bref, ce livre s’appelle La prétendue innocence des fleurs (j’en ai parlé là) et l’intrigue à un (très)  gros rapport avec le langage des fleurs (c’est le moins que l’on puisse dire). J’ai pris ça comme un signe, simplet que je suis. Je me suis dit : « Tiens, si tu apportais le livre pour l’offrir à ton ami Grégoire ! ». Sans but particulier. Parce que j’ai toujours aimé connecter les gens que j’aime.

Ainsi fut fait.

Après l'interview pour le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan, en off, je lui explique l’histoire.

Grégoire Delacourt et moi, je crois que nous ne sommes pas aux antipodes. Il adore ce genre de coïncidence et je pense que les histoires d’amitié le touchent.

« Ça tombe bien », me dit-il, « je repars à Nice tout à l’heure et je n’ai rien à lire dans l’avion. Je le lis et je te dis ce que j’en pense. Si je n’aime pas, je serai sincère…»

Et puis, nous nous sommes quittés.

Et deux jours plus tard, Grégoire m’envoie un mail pour m’annoncer qu’il avait beaucoup aimé. Et (encore) deux jours plus tard, je découvre ce qu’il en a dit sur son blog :

« Alors bien sûr, lorsque François Alquier (excellent journaliste doublé d’un vrai chouette type) l’a Fleurs2.jpglu*, il a aussitôt établi un lien avec mes Quatre Saisons de l’été, à cause du langage des fleurs. Il m’en a donc fait une : il m’a offert ce premier roman, écrit à quatre mains par Franck Calderon et Hervé de Moras. La Prétendue innocence des fleurs (quel beau titre) est, comme un bouquet multicolore, multi savoureux, tout à la fois un chant d’amour pourpre, un thriller vénéneux, une intrigue judiciaire à épines, une histoire d’amitié rugueuse, un chemin de rédemption à l’odeur de glycines, un concerto enivrant, une course au trésor où le trésor serait la vérité, et un pardon douloureux qui porte le jaune d’une rose. L’ensemble -a priori hétéroclite- offre une composition d’une rare virtuosité, qui laisse dans son sillon le parfum d’un très, très bon bouquin. »

*La Prétendue innocence des fleurs, de Calderon et de Moras, éditions Scrinéo. En librairie depuis le 7 mai 2015.

Merci Grégoire. Vraiment merci !

18 juin 2015

Henri Lœvenbruck : interview pour Nous rêvions juste de liberté

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« La claque inattendue, sauvage, magistrale.
Ode à l'amitié, belle, pure, de celles qui transcendent, qui submergent, jusqu'à l'aveuglement parfois. Poème lyrique et furieux sur l'insoumission et le nomadisme. Etre affranchi de toute contrainte et ne plus faire qu'un avec le vent. Se gorger de liberté sans rien attendre en retour. Ne rien devoir à personne si ce n'est ses frères de route et surtout rester fidèle à cet adage biblique transmis entre initiés, LH&R: loyauté, honneur et respect. »

henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersJ’ai lu ce témoignage d’un lecteur sur le site Babélio. Je retranscris sans en changer une ligne parce que c’est tout à fait ça et c’est bien écrit.

Le nouveau Henri Lœvenbruck est un très grand livre. Que ceux que l'univers des bécanes et des bikers rebuteraient restent tout de même avec nous. Ce roman initiatique, souvent duraille, est à lire absolument. "Les aventures de ces gamins idéalistes et un peu paumés sont avant tout un hymne humaniste et splendide à la loyauté, à l'amitié, et bien sûr à la liberté", dixit une autre lectrice de Babelio, Laurence.

Pour cette troisième mandorisation, sans aucune langue de bois, ce n’est pas son genre (lire la première là et la seconde ici), l’auteur est de nouveau venu (en Harley Davidson) à l’agence. C’était le 5 mai dernier.

4e de couverture : henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikers

« Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.
Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Lœvenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

L’auteur :

Henri Lœvenbruck est un auteur de romans de fiction et de fantasy. Il est également musicien auteur-compositeur-interprète. Sa trilogie de La Moïra (publiée entre 2001 et 2003) a été un succès avec 300 000 exemplaires vendus. Il est membre de la Ligue de l'imaginaire, collectif d'auteurs dont Maxime Chattam, Bernard Werber et Franck Tilliez font partie.  

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henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersInterview :

Pourquoi n’y a-t-il aucune date et lieu précis dans ton roman ?

Parce que c’est un roman tellement personnel que je voulais le dépersonnaliser, l’universaliser et faire en sorte que tout le monde puisse se l’approprier. J’ai visiblement bien fait parce qu’il y a des gens de tous les milieux qui se sont reconnus dedans.

Ils ne se sont pas reconnus dans les actes commis par tes héros, quand même ?

Non, juste dans la fraternité, l’amitié, la frustration, la trahison…

Tu viens de me dire que c’est un roman très personnel. Mais tu ne racontes pas ta vie ?

A 80%, mais de manière super transposée. J’ai vraiment été dans une bande avec laquelle nous avons traversé le meilleur et le pire et avec laquelle nous avons monté un projet ensemble. Dans le livre, j’ai dit que c’était un bar, mais dans la vraie vie, c’était une autre affaire. Et cela s’est fini en catastrophe humaine. Freddy existe, Oscar est vraiment mort, Alex existe aussi et c’est un enculé…Je pense que les gens qui me connaissent ne lisent pas ce livre de la même manière que ceux qui ne me connaissent pas. Ils doivent même être un peu gênés.

Tu es issu d’un petit village un peu craignos comme celui que tu décris, avec des parents disons… très particuliers ?

Pas du tout. Moi, j’ai vécu dans le 12e arrondissement de Paris et j’ai eu une enfance normale… enfin, un peu élevé au martinet de papa. Je suis parti de chez mes parents à 15 ans pour vivre dans un petit taudis qui était à 500 mètres de chez mes parents, je l’ai transposé en roulotte dans le livre. Tout est imagé dans ce roman.

Nous rêvions juste de liberté est différent de ce que tu as l’habitude de nous proposer. henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersC’est ton livre le plus important ?

C’est en tout cas le livre dans lequel je me suis permis le plus de choses. Il est inattendu dans ma carrière par rapport à mes autres bouquins. J’ai vécu des trucs démentiels depuis sa sortie. Un jour un type de 40 balais et venu me voir, presque en larmes, en me disant : « Merci parce que votre livre raconte l’histoire de mon père. Il était comme votre héros, Hugo, dit Bohem. Je l’ai perdu quand j’avais 13 ans, il n’a donc jamais pu me raconter sa vie. Il y a un plein de trucs qu’il n’a jamais pu me dire et j’ai l’impression qu’il me les disait dans votre livre. »

Votre héros, Bohem, est le type le plus fidèle, honnête et droit de la Terre.

Il a le défaut de ne pas connaître en lui la trahison et donc, il a du mal à l’appréhender.

Je m’attendais à lire un road movie. Or, ce roman est bien plus que cela. Il est très dur et très très émouvant. J’ai versé deux trois fois ma larmichette.

Je me suis souvent interdit d’écrire des choses trop dures ou de faire des fins trop tristes. Là, je me suis lâché.

henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersTe sens-tu mieux après avoir écrit ce livre ?

Je vais être super honnête. Je l’ai écrit pour ça. Ça faisait six ans que je voulais l’écrire et j’ai toujours reculé l’échéance. Putain, j’ai l’impression d’être chez le psy avec toi ! Bref, c’est une histoire qui me fait cauchemarder une fois par semaine. Je suis un peu déçu parce que je pensais vraiment que j’irais mieux immédiatement, mais en fait non. Pas encore. La catharsis à laquelle je croyais en écrivant le bouquin n’a pas encore fonctionné.

Pourquoi as-tu, comme Bohem, ce besoin intense de te barrer dès que tu arrives quelque part ?

J’ai toujours envie de partir. J’ai des enfants que j’aime par-dessus tout, mais sinon, je serais à Paris, une semaine tous les deux mois, pas plus. Le reste du temps, je serais sur les routes. C’est une maladie, il faudrait que je consulte. Si je suis dans une soirée, au bout de deux heures, j’ai envie de me barrer. Au restau, je suis tout le temps le premier à vouloir partir.

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Pendant l'interview...

Quand tu pars sur la route, tu pars rarement seul. Tu emmènes des potes.henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikers

Bohem dit à la fin du livre : « J’aime bien être seul, mais je n’aime pas être seul à être seul ». Ca résume tout.

Tu racontes la philosophie des bikers. D’ailleurs, tu en es un.

J’aime leur authenticité. C’est un milieu qui est très inspiré des sociétés initiatiques traditionnelles comme le compagnonnage ou la Franc-Maçonnerie. Tu as des grades dans les clubs, l’équivalent d’apprenti, compagnon ou maître. Tu sais, j’adore les loups. J’ai écrit six romans sur les loups. Pour moi, les bikers, ce sont des loups. Ils sont parfois violents, mais c’est le côté sauvage que je trouve magnifique.

Est-ce que certains bikers lisent ton livre ?

Oui, beaucoup. Ce qui leur plait, c’est qu’il n’est pas écrit par un non biker qui décide de faire un roman sur ce sujet en se disant que ce sera sympa. C’est quelqu’un de leur milieu qui l’a écrit. Ils savent que je ne triche pas. De plus, je leur donne un peu la parole. Je donne une image réaliste de la vie des clubs de bikers et c’est très rare dans les romans.

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Quand Henri Loevenbruck arrive à l'agence, c'est en Harley, quoi!

henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersCe livre prône la liberté. Te sens-tu libre, toi ?

Non, mais personne ne l’est réellement. Par contre je me bats pour l’être le plus possible au quotidien et c’est un combat perpétuel. On oublie le prix de la liberté et l’importance de la liberté… des gens sont morts pour elle, du coup, on devrait peut-être la chérir davantage. A ce propos, j’ai donné les dernières corrections de mon livre à mon éditeur au début du mois de janvier. Quelques jours plus tard, il y avait l’attentat de Charlie Hebdo. Comme tu le sais, je suis très proche de Sigolène (Sigolène Vinson, voir précédente mandorisation), et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon livre et à son titre au moment où elle a vécu ça. Cette jeune femme a eu une Kalachnikov posé sur la tempe au nom de la liberté. Ce n’est rien d’autre que ça. La liberté de pouvoir dessiner le prophète de manière caricaturale dans un magazine. Le 7 janvier 2015, il y en a qui sont morts pour ça et nous on l’oublie dans notre quotidien.

Je sais que tu es sur ton prochain roman. Il parle de quoi ?

Je raconte l’histoire d’un homme qui a existé et qui a vécu un truc de malade. Un agent de la DGSE qui était agent clandestin pendant quatre ans. Il était payé par l’état français pour buter des gens à travers la planète, mais de manière complètement clandestine. Ca fait presque un an que je l’interviewe régulièrement. Ca donnera une biographie romancée qui, je pense, ne laissera personne indifférent.  

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Après l'interview, le 5 mai 2015.

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15 juin 2015

Sigolène Vinson : interview pour Le caillou

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Une jeune femme qui rêve d’être un caillou. Il n’y avait que Sigolène Vinson pour oser entreprendre un tel livre. Elle a pourtant réussi une fable solaire sur le vieillissement, la création et la solitude. Une réussite littéraire très originale. Une écriture exceptionnelle et un sujet captivant. L’héroïne (dont on ignore le nom) retourne sur les traces du passé d'un vieux voisin décédé. Un retour aux sources en Corse apportera l'apaisement moral et physique dans la vie monotone de cette femme.

Pour tout dire, Sigolène Vinson est une personne que j’aime beaucoup. Je l’ai rencontré la première fois pour la mandorisation de son livre J’ai déserté le pays de mon enfance (elle est aussi présente dans cette mandorisation un peu spéciale). Et puis nous sommes devenus amis. On a souvent refait le monde.

Mais, le monde qu’on refait, visiblement, on ne le refait pas toujours très bien.

Son monde a elle s’est écroulé. Et nous, on a eu peur. Sacrément.

Sigolène Vinson fait partie des rescapés du massacre de Charlie Hebdo. Elle était au cœur de la tragédie. Et aujourd’hui, elle tente de s’en remettre.

Elle fait comme elle peut.

En tout cas, parler de son roman sans faire allusion au lien de l’auteure avec ce lâche et ignoble attentat aurait été d’une hypocrisie sans nom.

Parce que tout est lié.

Et parce que ce 7 janvier 2015 fait partie de l’histoire… et fait surtout partie de son histoire.

Le 18 mai dernier, quand Sigolène est venue à l’agence, c’est la première fois que je la revoyais sourire. Elle me semblait redevenir ce qu’elle était avant « les évènements ». Mais, je sais bien que ce n’était qu’une illusion. Que rien ne sera jamais comme avant pour elle. Je sais aussi qu’elle est forte et qu’elle se bat jour après jour. Je suis heureux que son « Caillou » soit si bien accueilli. Et que l’on puisse parler de nouveau littérature. Avec légèreté et passion.

sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorLa 4e de couverture :

Le Caillou, c’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.

« Avant de raccrocher, je lui confie que j’ai dans l’idée de partir quelques jours en Corse. Je l’entends renifler et pleurer. Pour elle, c’est le premier signe de vie que je donne depuis bien longtemps. Le dernier qu’elle a perçu, c’est le cri que j’ai poussé en venant au monde. Elle oublie qu’enfant, je riais tout le temps et embrassais le bonheur commun. Ce n’est que plus tard que j’ai eu des vues nouvelles, d’abord celle d’un désert sous ma fenêtre, et depuis peu, celle du large. »

L’auteure :

Sigolène Vinson est née en 1974. Elle est journaliste à Charlie Hebdo et à Causette. Elle est également l'auteur d'une autofiction (J’ai déserté le pays de l’enfance, Plon, 2011) et de plusieurs polars écrits à quatre mains avec Philippe Kleinman.

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sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorInterview :

L’idée de vouloir écrire un livre sur une jeune femme qui veut devenir un caillou t’es venue comment ?

J’aime beaucoup les cailloux et j’ai vécu dans des pays où il y en a beaucoup. Dans J’ai déserté le pays de l’enfance, il y avait déjà un caillou dans le coffre des bagnoles pour éviter qu’une bouteille de gaz n’explose. J’ai vécu en Corse et je passais mon temps assise sur un caillou. Il y a deux ans, je me suis inscrite à l’école du Louvre en auditeur libre. J’ai fait de l’histoire de l’art. Même si ce que je préférais était la peinture, j’ai aussi fait de la sculpture. Un jour, la prof nous présente Le gisant de Catherine de Médicis. Je décris cette sculpture dans mon livre. Elle est à la fois assez terrifiante et troublante. Bref, on donne au caillou la forme humaine, je me suis donc demandée pourquoi on n’essayait pas l’inverse. Ce n’est pas une idée nouvelle. Dans Les visiteurs du soir de Marcel Carné, à la fin, des personnes deviennent des statuts. Dans le livre, L’âge de pierre, de Paul Guimard, un homme désire devenir granit. Je pense aussi à la fin des Travailleurs de la mer de Victor Hugo quand Gilliatt va s’asseoir dans un siège naturel creusé dans le roc du rivage, la « Chaise Gild-Holm-'Ur », et se laisse submerger par la mer tout en regardant s'éloigner le navire. L’idée n’est donc pas nouvelle, mais je voulais me l’approprier à ma façon.

Les personnages de ton roman sont inspirés de gens que tu as croisé ?

Oui. Mais j’ai forcé le trait de chacun. Normalement, personne ne devrait se reconnaitre (rire).

Ton roman est difficile à expliquer. Il est tellement plein de surprises et de rebondissements, qu’on est obligé de rester à la surface pour ne rien déflorer.

Oui, le roman est très structuré, mais j’écris simplement, je recherche l’économie de moyen.

L’héroïne te ressemble.

Pourtant, ce n’est pas moi. D’ailleurs, je ne la décris jamais. Récemment, ma mère, qui a lu ce livre et qui a été très touchée, m’appelle et me demande pourquoi je la fait mourir avant mon père. Je suis obligée de lui expliquer que ce n’est qu’un roman et qu’il ne s’agit pas d’elle. Parce que je marque « je », elle pense que c’est moi.

Je reconnais quand même un peu de toi dans la façon d’être, de penser et de voir le monde.

Oui, bien sûr, nous ne sommes pas aux antipodes l’une de l’autre. La narratrice est très proche de moi. Et je te concède que la vieillesse dont je nappe mon héroïne est celle que je m’imagine. En espérant devenir vieille… J’ai toujours pensé que je ne serai jamais vieille. En commençant à écrire ce livre, il y a deux ans, je me suis dit que je m’offrais une vieillesse que peut-être je n’aurai pas.

Pourquoi ton héroïne n’a-t-elle pas d’identité ?

Peut-être que c’est parce qu’elle n’existe pas. Peut-être que c’est vraiment un caillou sur la mer. Il y a dans ce livre plusieurs réalités… mais laquelle est la bonne ? S’il y en a une bonne…

Dans cette fable, il y a à la fois de la violence, de la douceur et une belle dose d’humour.

En vrai, je voulais faire rire, mais je savais bien que quelques passages étaient tristes. Je suis comme ça, drôle et triste à la fois.

Quelles sont tes références en matière de rire dans la littérature.

San Antonio et Romain Gary. Oui, Romain Gary me fait pas mal rire.

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Dans le Lire de ce mois-ci.

Ton héroïne dit : « quand j’ai besoin d’un bouc émissaire, je me regarde dans la glace et je le trouve ». C’est de l’autoflagellation.

J’aime bien me faire du mal (rires). A une époque, je me complaisais là-dedans. Plus aujourd’hui (silence).

A cause de ce que tu as vécu le 7 janvier ?

Bien sûr. Depuis, je vois la vie autrement. Je suis triste perpétuellement, mais j’imagine que je suis contente d’être en vie. Pour l’instant, je marche un peu décalée. Ça s’appelle une dissociation mentale et c’est quelque chose contre laquelle je ne peux  rien faire. Je marche en dehors du monde. J’ai l’impression d’être à côté de vous tous, en fait.

Et être encore en vie t’a donné envie de vivre des choses incroyables ?

Je pensais que c’est ce qui allait se passer en moi, mais finalement, tu reprends un quotidien… Avant, j’étais déjà quelqu’un de très peu énervée, mais aujourd’hui, je le suis encore moins. Je peux être en colère contre les choses politiques, humanistes etc… mais pas contre les choses du quotidien. Plus rien ne m’énerve.

Y-a-t-il une hiérarchie dans la douleur ?

J’ai appris que non. Chacun, avec son histoire personnelle à une douleur, il n’y a aucune hiérarchie. A Charlie, il y a eu ceux qui ont vu les choses, ceux qui étaient en bas… la douleur est similaire. Tu sais, mes amis continuent à me raconter leur petits tracas et je les écoute avec intérêt. Jamais, je ne vais leur dire d’arrêter parce que moi, j’ai vu dix corps d’amis par terre. Bon, j’arrête un peu, je vais chialer là.

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Sigolène Vinson entourée de ses amis Honoré, Cabu et Charb...

Pardon, je m’étais promis de ne pas aller vers ce terrain-là. En tout cas, ce livre, si tu l’avais entamé récemment, tu ne l’aurais pas écrit de la même façon, non ?

Je suis sûr que si. Le personnage voulait devenir un caillou pour ne plus avoir mal. Là, ce que je me garde de faire tellement j’ai mal, c’est de ne pas devenir un caillou… parce qu’on peut très vite devenir insensible à tout ce qui nous entoure.

Tu écris beaucoup en ce moment ?

Non, l’imaginaire est en berne. Les médecins m’ont dit que c’était normal après ce qu'il m’est arrivé. Mes idées sont bloquées, je n’arrive pas à divaguer trop. Je vais me contenter pour le moment de reprendre des choses que j’avais écrites avant et je vais les retravailler. J’écris encore des articles pour Charlie et désormais pour Causette. Tout ce qui est factuel, je peux le faire, mais c’est tout. Quand j’essaie de faire divaguer mon esprit, il me ramène toujours au même truc. Toujours.

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Pendant l'interview.

Parlons de la Corse, un des « héros » de ton livre.

J’y ai vécu quatre ans. Mon ex-compagnon était corse. J’ai fait beaucoup de boulots saisonniers là-bas. Il y a deux ans encore, j’étais dans une caravane pendant six mois.

Tu te moques un peu des corses, mais avec une telle tendresse que personne ne pourra s’offusquer.

J’aime terriblement la Corse. J’y ai beaucoup d’amis. C’est vrai que la rive sud d’Ajaccio est assez particulière. Il y a une solidarité familiale et amicale qui est forte, et en même temps, il y a une espèce de pudeur. Les gens parlent beaucoup, mais n’expriment pas l’émotion, leur intimité et les sentiments. Là, c’est bloqué.

Leur rapport à la mort est très particulier.

Je l’ai rendu un peu philosophique dans le livre. Il y a deux ans, tous les jours dans Corse Matin, la une était sur un assassinat. Dans mon roman, j’en ai fait un truc récurrent, un peu drôle, un peu caricatural... J’ai tiré ça vers une philosophie de vie qui est de mourir. Par solidarité, ils s’entretuent, parce que c’est mieux de mourir. Moi, personnellement, je n’ai pas envie de mourir…

Ton héroïne est libre. On aimerait tous faire comme elle.

Moi aussi.

Mais tu es souvent partie seule quelque part dans un pays lointain.

C’est vrai. Mais, je ne l’ai sans doute pas assez fait. Aujourd’hui, je vis par procuration à travers ce que j’écris.

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Après l'interview...

Ton livre est très bien accueilli.

Je suis surprise, mais mon éditeur semblait y croire. Habituellement, il édite de la littérature ardue. Je lui ai envoyé parce que nos amis communs, Erwan Lahrer et Bertrand Guillot, qui avaient lu le livre L’ancêtre de Juan José Saer, me l'avaient conseillé. J’ai trouvé cette maison très intéressante et j’ai envoyé mon texte assez rapidement. Je n’y croyais pas trop, car je pensais que mon écriture était trop simple pour que cela passe. Finalement, l’éditeur, Frédéric Martin, a été emballé par le texte. Il a trouvé Le caillou plein d’amour et très généreux. Il a fait le pari de m’éditer.

sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorQuel sera ton prochain livre ?

Il va s’appeler Courir après les ombres et sortira, à priori, le 18 août chez Plon. Il sera très différent du Caillou, mais pas si différent… Il y aura de nombreuses solitudes qui s’entrecroiseront. Ce sera aussi une fable.

Depuis cet attentant du 7 janvier, tu es très connue. Les journalistes doivent s’intéresser à toi… mais pas uniquement pour ton actualité littéraire.

Je suis encore beaucoup contactée pour parler de l’attentat parce qu’il y a des docs qui se préparent sur le sujet à l’occasion du premier anniversaire. Mais j’ai remarqué que beaucoup de journalistes littéraires qui ont lu mon livre ne savaient pas qui j’étais.

Ça me paraît curieux qu’on ne sache pas qui tu es, parce que lorsqu’on tape ton nom sur Google…

En ce moment, je t’assure que j’aimerais bien m’appeler autrement que Sigolène Vinson.

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Après l'interview, le 18 mai 2015, j'ai raccompagné Sigolène à sa Harley Davidson (une passion absolue).

10 juin 2015

Jean-Baptiste Bullet : interview pour sa chanson #JeSuisCharlie

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(Photo : Franck Scuotto)

jean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandorC'est en regardant le journal télévisé du 20 heures, le mercredi 7 janvier au soir, après l'attentat au journal satirique Charlie Hebdo qui a coûté la vie à 12 personnes, que Jean-Baptiste Bullet (à gauche, photo de Manuel Tondon) a pris son crayon pour jeter sur un papier ses rimes et sa colère. Tout est sorti comme ça, du cœur au stylo. Des mots simples, parfois crus, faciles à retenir, qui taclent directement les terroristes.

Guitare à la main, Jean-Baptiste Bullet, artiste jusqu'alors inconnu, décide de partager ses idées par le biais d'une chanson. Il  y chante sa révolte et témoigne son indignation, puis la diffuse sur sa page Facebook. Succès fulgurant : le lendemain même heure, elle affiche 6,8 millions de vues !

La fameuse vidéo : #JeSuisCharlie

Très vite, ce jeune tarbais âgé de 25 ans (qui a fait des études notariales) est devenu la coqueluchejean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandor des médias. Sa composition fait le tour des continents, traduite en anglais, en russe et même en chinois. Interviewé partout, le jeune homme a chanté sur le plateau du Grand 8 et lors de la grande soirée d'hommage à Charlie Hebdo, à la Maison de la radio, au côté de Patrick Bruel, d'Alain Souchon, ou encore de Grand Corps Malade, également auteur d'un texte de circonstance contre l'obscurantisme et la barbarie. Une véritable consécration pour cet anonyme devenu du jour au lendemain l'un des hérauts/héros de ce grand mouvement citoyen qui s'est levé face à l'inacceptable.

Profitant du tremplin de Tarbes, le Pic d’Or, dont je suis l’un des membres du jury, j’ai rencontré Jean-Baptiste Bullet. Un jeune homme extrêmement sympathique et simple que j’ai pu côtoyer pendant trois jours. Avant de quitter la ville, je lui ai proposé de le mandoriser. Je voulais savoir ce qu’il se passait dans la tête d’un type qui acquiert une notoriété planétaire en moins de 24 heures… « Pas de problème ! Viens chez moi quand tu veux et on fait ça tranquillement ! ». Voilà, sans formalité et avec un sens de l’accueil inégalable, j’ai passé une heure chez lui le 22 mai dernier. Et si je ne suis pas resté plus, c’est bien parce qu’il avait trois chats qui tournaient autour de moi (et que je suis allergique aux poils des félidés).

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Interview (au vin blanc) :

Quand tu as-vu ce qu’il s’est passé dans la rédac de Charlie Hebdo, tu as immédiatement réagi ?

Disons que j’ai suivi à partir de midi ce qu’il s’est passé heure par heure ce 7 janvier et ça m’a mis une grosse boule au ventre.  Je ne me sentais pas bien du tout. J’ai pas mal discuté par mail et au téléphone avec des amis de Paris. Ils me racontaient qu’ils ne comprenaient rien, mais qu’il y avait un climat de terreur.  C’est à 18 heures que j’ai eu le déclic. Quand j’ai vu le policier qui s’est fait descendre alors qu’il était à terre. Ca tournait en boucle à la télé et dans les réseaux sociaux comme si c’était normal. Moi, j’étais choqué. Ce sont des images que nous sommes habitués à voir, mais dans les films. Là, cela se passait il y a quelques minutes, chez nous, à Paris. J’ai été profondément choqué. Je voyais que tout le monde écrivait sur cet événement sur Facebook et Twitter. Je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je ne savais pas vraiment quoi. J’ai regardé le JT et pendant le JT, j’ai pris une feuille, celle que je t’ai montré tout à l’heure et que tu as photographié, et j’ai commencé a noté des phrases bout à bout.

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La feuille sur laquelle Jean-Baptiste Bullet a écrit son texte...

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Un peu plus tard dans la soirée, tu as mis tes paroles au clair ?

Oui, j’avais deux-trois accords que je commençais à faire tourner et je lisais mon texte pour chercher une mélodie et un rythme. A un moment, il y a une phrase de la chanson  qui m’a fait arrêter net. Je me suis dit que je connaissais. Après quelques minutes de réflexions, j’avais compris que je jouais  inconsciemment « Hexagone » de Renaud. Je suis un très grand fan de Renaud, c’est mon artiste français préféré, mais c’est une chanson que je n’avais pas dans mon répertoire habituel. Je suis donc allé vérifier les accords et je n’ai pu que constater qu’effectivement, je chantais la même chanson avec un autre texte.

(Photo à gauche: Manuel Tondon)

 Cela dit, pour coller un texte à une chanson existante et connue, ce n’est pas une mince affaire.

C’était inconscient. Je ne sais pas si des forces supérieures étaient avec moi, mais encore aujourd’hui, je me pose la question. J’ai balancé ma chanson avec ce que je me souvenais d’ « Hexagone » et je trouvais que ça collait. De toute façon, je n’avais aucune prétention avec cette chanson. Le soir même, j’ai voulu m’enregistrer et me filmer avec mon téléphone, mais il n’y avait plus de place sur mon mobile. J’ai décidé d’aller me coucher avec la perspective de le faire le lendemain avec ma webcam.

Ce que tu as fait en te réveillant.

Oui, j’avais la gueule dans le pâté avec ma voix grave du matin. J’ai pris mon texte et  j’ai essayé de l’apprendre. J’y suis parvenu et j’ai fait trois prises. Au bout de la troisième, comme j’avais la rage, j’ai décidé de la poster tout en me disant que l’on ne comprenait rien à ce que je chantais. J’ai donc mis des sous-titres pour être sûr que mon message allait passer.

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Ensuite, tu as posté ta vidéo sur ta page Facebook JB Bullet qui était suivie par 500 personnes, tu es parti manger tranquillos, puis tu es allé à ton cours de musique à 14h, c’est ça ?

Oui et pendant que je suis à ce cours, mon téléphone ne cesse de sonner et vibrer. Je sors de là et je constate que c’est l’explosion totale. Une fois rentré, avant d’assister à une manifestation à Tarbes pour Charlie Hebdo à 16h30, je constate que ma vidéo fait 200 000 vues et que j’ai 2000 messages.

Quels étaient les messages qui revenaient le plus fréquemment ?

C’était : « peux-tu mettre cette chanson sur YouTube parce qu’on aimerait la partager ailleurs que sur Facebook ». Rapidement, un type l’avait partagé sur Facebook et faisait croire que JB Bullet, c’était lui. Déjà, des trucs tordus arrivaient. Bref, je mets la vidéo sur YouTube et je pars à la manif. Quand je reviens de la manif trois heures après, je ne comprends rien à ce qu’il se passe. Je me retrouve avec des milliers de messages. Naïvement, j’essaie de répondre à tout le monde, mais je me suis très vite retrouvé dépassé. A 23 heures, il y avait 9 millions de vues. Ce soir-là, j’ai reçu des appels de partout. Deux médias québécois, un journal belge et Fun radio qui me demandaient de passer en direct dans leur émission.  J’étais avec mon pote Kevin. Il me tenait mon téléphone et je leur jouais une partie de la chanson. La soirée se passe et je décrète que je n’en peux plus.

Oui,  tu as besoin de souffler… et je suppose que tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Je pars à L’Etal 36 boire un canon. Quelqu’un me demande de prendre ma guitare et de chanter la chanson. J’obtempère, puis je vais me coucher. Je ne te cache pas que j’ai un peu de mal à m’endormir. Je tremblais, je n’étais pas bien du tout. Je me suis même posé la question de tout supprimer. J’avais conscience que tout ceci était en train de me dépasser. Certes, c’est mon rêve de gosse d’être artiste, mais pas comme ça. Soudain, j’étais connu à cause d’une tragédie…

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Que s’est-il passé le lendemain ?

Je retourne à L’Etal 36 avec mon petit ordi portable et je tente de répondre à tous mes mails. Là, j’ai un membre du groupe O’Positif, un groupe local qui m’avait recruté pour être  chanteur avec eux, qui me dit qu’un type de France 5 le harcèle pour que je sois sur le plateau d’Anne-Sophie Lapix. Il est 11h30 du matin. Je rappelle ce type qui me dit que l’équipe de l’émission aimerait m’avoir sur le plateau juste avec ma guitare, ce même jour à 18h. Ok ! Je regarde les horaires des avions. Rien à Tarbes, ni à Pau, ni à Biarritz. Bon ben Toulouse alors. Je ne me rase pas, ne me change pas. Je fais une heure trente de bagnole, une heure trente d’avion et à Paris, ils m’attendent en taxi moto.

Quand tu arrives à Paris, tu ressens quoi ?

J’ai l’impression d’être dans une ville en état de guerre. Je voyais des gens qui hurlaient dans la rue et des camions de police par milliers dans la rue. Ça se passait pendant la prise d’otage et rien n’était réglé. Ma chanson, je l’ai faite par rapport à ce qu’il s’était passé la veille à Charlie Hebdo, mais là, on était en pleine tuerie de l’Hyper Cacher. Moi, j’en étais à me dire que si un mec me reconnaissait, il pouvait me descendre tranquillement. Après, je me disais que si je me faisais buter, j’aurais au moins dit ce que je pensais au fond de moi. C’était complètement surréaliste.

JB Bullet dans un numéro spécial du Grand 8 sur Direct 8.

Après France 5, il y a eu D8.

Je me retrouve au milieu de personnalité comme Julien Clerc, Claude Guéant, Audrey Pulvar, Arthur H…  et personne ne m’a reconnu. On me prenait pour un technicien. La chaine m’avait passé un T Shirt « Je suis Charlie ». On m’avait mis un peu à l’écart dans les loges. Je ne voulais pas du tout m’imposer, alors je restais dans mon coin. La production de l’émission est venue me voir pour me demander de faire une version raccourcie de ma chanson. Je me retrouve à chanter ma chanson après Julien Clerc.

Il vient te voir, je crois.

Oui, il me dit que Renaud doit être très fier. Je lui réponds que je n’en sais rien.  J’ai soudain peur qu’il soit déçu ou en colère. Il y a des histoires de droits auxquels je n’avais pas songé.  Même aujourd’hui, je ne sais pas s’il a apprécié cette chanson, je n’ai jamais eu de réaction de sa part.

As-tu essayé d’analyser rétrospectivement ce succès ?

Récemment, quand j’étais aux States, j’ai enfin pu souffler et essayer de comprendre ce qu’il s’était passé. Je pense que c’était à Renaud d’écrire cette chanson. Je ne comprends pas pourquoi c’est moi qui aie collé ces mots à sa chanson. Je ne réalise pas encore tout ce qu’il s’est passé.

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Après l’émission sur D8, tu reviens illico à Tarbes.

Oui, direct, c’est taxi-moto, avion, voiture. J’arrive à deux heures du matin à Tarbes. Je me demande ce qu’il m’est arrivé. J’essaie de m’endormir, sans succès et dès le lendemain, rebelote, on me demande d’aller à la soirée de France 2 consacrée à Charlie Hebdo. Je vois Nagui, un type que je regardais à la télé et dont j’étais  fan quand j’étais petit.  Là, je me retrouve avec Souchon, Bruel, Tryo, Grand Corps Malade, Biolay… nous étions tous ensemble dans une minuscule loge et moi je ne disais rien, j’étais trop gêné.

Tout le monde savait qui tu étais ?

Au fur et à mesure, ils se sont tous dit qui j’étais. Le plus impressionnant, c’est quand Bruel est arrivé. Il était dans l’embrasure de la porte, moi j’étais assis à côté de Souchon. Ce dernier me tape sur le genou et il dit à Bruel que je suis le jeune qui a fait une chanson sur Charlie Hebdo. Bruel me regarde avec de grands yeux. Il me dit : « Oui, c’est toi. Hier j’avais quinze personnes qui mangeaient chez moi, je leur ai montré ta vidéo sur le Smartphone. » Ensuite, il arrête un mec qui passait, en l’occurrence Laurent Chapeau, le directeur général de Sony Music, et lui dit de s’intéresser à moi parce que j’irai loin. Ensuite, il me passe son numéro en me disant que ce serait bien que l’on fasse des choses ensemble. Moi, je me demande toujours ce qu’il m’arrive.

Ensuite, tu patientes péniblement je crois.

On me fait passer en fin de soirée, je n’en pouvais plus. Je n’avais d’ailleurs plus de voix. Tout le monde avait des musiciens, j’étais le seul à chanter simplement avec ma guitare. Après ma prestation, je suis revenu à Tarbes et j’ai repris ma vie exactement telle qu’elle était avant.

JB Bullet lors de l'émission spéciale sur France 2, "Je suis Charlie".

Dans les rues de Tarbes, j’imagine que les gens ont un peu changé avec toi.

C’est marrant, j’ai l’impression qu’il y a comme une sorte de microcosme à Tarbes qui fait que pas grand-chose n’a changé. Après, j’ai essayé de rester le plus moi-même possible. Avant, je faisais le couillon, maintenant, j’essaie de rester le plus discret possible. 

Les premiers jours, tu as été placé sous protection policière.

Oui, madame la préfète des Hautes-Pyrénées m’a convoqué pour me signifier cela. Elle m’a félicité pour ma chanson, mais m’a dit qu’il fallait prendre des mesures. Pendant deux semaines, à chaque fois que je voyais un comportement suspect, que je constatais quoi que ce soit ou que je me déplaçais pour une interview quelque part, il y avait un mec à chaque entrée. Les premiers jours, deux policiers me suivaient partout. Je suis tombé sur des personnes adorables.

Aujourd’hui, sur tes deux vidéos de ta chanson, tu avoisines les 17 millions de vues. T’es tu dis que tu te mettais toi-même en danger ? Parce que ce tu chantes n’est pas anodin.

C’est ma famille qui a eu peur pour moi. Moi, je me suis dit : « Maintenant tu as fait ça, ce que as dit a été de A à Z ce que tu pensais. Donc, si tu fais descendre, tu te fais descendre pour tes idées et tu auras fait un petit quelque chose dans ta vie. » Nous avons beaucoup d’ancêtres qui sont morts pour défendre nos valeurs, alors pourquoi pas moi ? Comme il faut bien mourir un jour, je me suis dit que si quelqu’un voulait me descendre, il le fera et point barre.

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As-tu reçu des lettres de menaces sur Facebook ou ailleurs ?

Non quasiment pas. J’ai reçu deux messages litigieux, mais c’était deux dessins de terroristes avec une kalachnikov. Les gens ne sont pas fous, si on veut me tuer, on ne va pas m’envoyer un message avant.

Et aujourd’hui, considères-tu que tu ne crains plus rien ?

Oui et non. Mine de rien, tous ces trucs sont très organisés. Les types qui ont attaqué Charlie Hebdo ont attendu plusieurs années après les caricatures. Donc, s’ils veulent une nouvelle petite actu dans quelques temps, on ne sait jamais… Après, au final, la parole forte de ma chanson c’est « tu salis ta religion ». Je n’assimile pas l’acte de ceux qui ont fait parler d’eux durant ces deux journées à de la religion. Une religion montre des chemins de vie, c’est tout. Mais bon, je dois assumer ce que je chante dans cette chanson, « je n’ai pas peur de toi l'extrémiste ». J’ai reçu beaucoup de messages de personnes de confession musulmane pour me remercier.

Y a-t-il un moment qui t’as le plus retourné ?

Oui, quand je me suis retrouvé sur D8 devant la maman de ce jeune militaire, musulman, qui s’est fait descendre par Mohammed Merah à Montauban. A la fin de l’émission, elle m’a pris dans ses bras en me remerciant pour ce que j’avais fait. Là, j’avais les larmes aux yeux.

Il s’est passé quelques mois depuis tout ça. Tu t’en remets ?

Je ne comprends toujours pas. Par exemple, hier soir, je me suis retrouvé en première partie de Thomas Fersen pour les 30 ans du Pic d’Or. Je ne me sens pas hyper légitime. Je sais que c’est parce que j’ai eu cette popularité soudaine. J’ai juste six mois d’expérience de chanteur, j’ai bien conscience que je n’ai pas le niveau. Et quand je vois ce que les demi-finalistes et les finalistes du Pic d’Or ont produit aujourd’hui, je me sens con. Je me retrouve totalement surévalué et je sais très bien qu’il faut que je bosse encore à fond. Tout reste à faire.

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Pendant l'interview.

As-tu conscience que toute ta vie, tu seras l’homme qui a fait la chanson de Charlie Hebdo ?

Je ne m’en rends pas compte. Tu me le dis comme ça, mais je n’y ai jamais pensé.

Dans la mémoire collective ça restera. Il y a eu le drame. Il y a eu la chanson. Il y a eu la marche…

C’est très difficile d’avoir le moindre recul parce que, mise à part les plateaux télés qui se sont enchainés très vite, je vis à Tarbes et je vois tout ça de Tarbes. Je suis dans mon monde. Et mon monde n’est pas le monde.

Tu fais quoi aujourd’hui ?

Il faut que je bosse beaucoup pour espérer me lancer officiellement dans la musique. Je vais chanter tout l’été dans la rue avec un pote. On a quelques spots sur la Côte d’Azur.

Je peux te souhaiter quoi pour l’avenir ?

Ce serait de continuer sur cette lancée, continuer à réaliser ce rêve de gamin. Ce serait aussi d’arriver à progresser artistiquement. D’entendre une de mes chansons à la radio, pas Charlie, une nouvelle qui ne serait pas associée à un événement dramatique. J’aimerais faire ressentir de l’émotion aux gens. Tu peux me souhaiter d’être heureux dans la vie, d’être fier de ce que je fais et de pouvoir vivre de mes chansons. Je souhaiterais aussi continuer à rencontrer les gens. J’aime le contact avec de nouvelles personnes et échanger.

Note de Mandor : pour en savoir plus sur le projet de musical de Jean-Baptiste Bullet, voici sa page KissKissBankBank... je suivrai l'évolution de ce garçon de très près (et je vous tiendrai informé ici-même).

Son site officiel.

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Après l'interview, le 22 mai 2015, dans la pièce où JB Bullet a enregistré sa vidéo.

08 juin 2015

HK & Les Saltimbanks : interview pour "Rallumeur d'étoiles" et débat sur la chanson engagée

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HK, c’est 20 ans d'écriture et de musique, du bas des tours HLM de son quartier jusqu'aux scènes des plus grands festivals ; 20 ans de combats contre toutes formes de préjugés, d'étiquettes et d'à priori. 20 années qui, espère-t-il, en appelle 20 autres. Sur les routes, avec son groupe, les Saltimbanks.

Cela étant dit, je déteste la chanson engagée, surtout à ce point… je ne m’en suis jamais caché. Cela fait plusieurs fois que l’on me proposait de rencontrer Hadadi Kaddour, dit HK, mais je n’avais pas trouvé en moi une très forte motivation pour le faire. J’avais de gros à priori (alors que lui lutte contre). Quand j’ai reçu le dernier disque d'HK & Les Saltimbanks, Rallumeurs d’étoiles, je l’ai écouté… et je l’ai trouvé intéressant, bien ficelé et assez diversifié. Franchement, je me suis surpris à bien aimer. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas négligeable qu’une rencontre ait lieu entre un journaliste un peu buté sur la question de l’engagement dans les chansons et un chanteur qui est l’un des chantres de cette chanson « révolutionnaire ».

La rencontre s’est donc déroulée à l’agence le 22 avril dernier. (Il n’y a eu aucun blessé. Nous étions entre gens de bonnes compagnies.)

hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorBiographie officielle :

« Mon grand-père était un poilu de la première guerre mondiale. Ma mère et mon père, des immigrés algériens ayant fait le grand voyage : des montagnes de Kabylie jusqu'aux pavés roubaisiens. Et moi... je suis un saltimbanque ». Ainsi se définit HK, né en 1976, dans un quartier populaire de Roubaix. Fils de marchands de fruits et légumes, il a, très jeune, fréquenté les marchés pour aider « le paternel » : tablier bleu, casquette et numéro de claquettes pour amuser la clientèle. Sa première scène, en quelque sorte !

À l'âge de 15 ans, HK est frappé de plein fouet par la révolution hip hop. Il monte son premier groupe Juste Cause, avec lequel il fera véritablement ses premières armes, puis Piece of salam, avec qui il écumera toutes les scènes de la région lilloise. En 2005, il forme avec son acolyte Said un groupe au format « révolutionnaire » : M.A.P, le Ministère des Affaires Populaires. C’est du Hip-hop avec un accordéon, un violon et une farouche volonté de porter l’identité d'une région ouvrière et métissée, modeste mais chaleureuse.Ils seront « Révélation du printemps de Bourges » en 2006. Leur premier album "Debout là-D'dans" sortira dans la foulée. Un deuxième album voit le jour en 2008 « Les bronzés font du ch'ti »

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En 2009, HK, qui a des envies de colorer sa musique de chanson, de musiques du monde, et de reggae, se lance en solo Enfin, pas vraiment ! Il forme le groupe HK et les Saltimbanks avec des musiciens virtuoses et taillés pour la scène. Deux albums naîtront : Tout d'abord, en 2011, Citoyen du Monde sur lequel figure l'emblématique « On lâche rien », chanson reprise dans les hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandormanifestations ainsi qu'au cinéma dans La vie d'Adèle. Puis, en 2012, Les Temps Modernes, incluant un autre titre phare du groupe : "Indignez-vous" en hommage à Stéphane Hessel (voir photo à gauche). Entre 2009 et 20014, le groupe enchaine les tournées partout en France et en Europe, allant même se produire par deux fois aux États-Unis et au Québec.

Parallèlement, HK sort en 2012 son premier roman, aux accents auto-biographiques, J'écris donc j'existe. Il en publiera un second, Neapolis. S’ensuit l'album Les Déserteurs en 2014, hommage à la chanson française et à la musique châabi.

L’album:
Aujourd’hui sort le 3ème opus de HK et les Saltimbanks, Rallumeurs d'étoiles, dont le titre esthk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandor inspiré d'un vers d’Apollinaire : « Il est grand temps de rallumer les étoiles », une référence à une époque sombre, propices aux obscurantismes de toute forme entre fanatismes et xénophobies.

Cet album se conçoit à la fois comme un hommage et une utopie. Une ode à tous les « rallumeurs » d'étoiles anonymes qui, chaque jour, à leur petite échelle, par un geste, un engagement, une parole, une création, entretiennent une lueur. Des chansons pour aujourd'hui et pour demain, comme « Rallumeurs d' étoiles » dont le refrain est chanté par les enfants du groupe, « Dounia », en duo avecle chanteur malien Aboubacar Kouyaté ou encore « Para cuando la vida ? » dans lequel HK se joint au chanteur chilien Leon Pena Casanova pour interroger nos sociétés « déshumanisantes ». Des chansons d'amour aussi comme « Si un jour je tombe » et « Je te dis non ».

Amour, musique, voyage... alors, adieu HK le chanteur engagé ? Certainement pas ! Mais un engagement résolument poétique, artistique et créatif : « sans haine, sans armes et sans violence ».

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hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorInterview :

As-tu toujours chanté pour faire bouger les opinions ?

J’ai été nourri à ça. Quand j’étais enfant, mes grands frères et mes grandes sœurs écoutaient Bob Marley pour certains d’entre eux, la musique afro américaine pour d’autres et du folk protest song comme Dylan ou Springsteen. J’ai un peu été conditionné dans la chanson qui dit des choses. Dans ma façon d’écrire, j’ai toujours ce besoin de raconter une histoire ancrée dans une certaine forme de réalité, raconter des choses que j’ai pu vivre, voir, ressentir. Quand je suis touché par quelque chose, il faut que cela devienne une chanson.

Tu veux bousculer ceux qui t’écoutent ?

Je suis un enfant de Coluche. On ne les voit plus beaucoup ces gens qui font bouger les choses, on ne leur donne plus d’audience. Je me pose souvent la question. Verrait-on Coluche aujourd’hui à la télé ? Est-ce qu’il aurait pu dire les mêmes choses qu’avant ? Ne serait-il pas trop dérangeant ? Ne serait-il pas trop décalé de cette époque ? On ne peut pas savoir parce qu’il n’y a plus de gens comme lui à la télé.

Le nouveau clip d'HK & Les Saltimbanks : Para Cuando La Vida? (C'est pour quand la vie?) avec la participation de Leon Peña Casanova. Extrait de l'album Rallumeurs d'étoiles.

Pour revenir à la chanson engagée comme la tienne, ce qui me gêne, c’est le côté « donneur de leçon ».

Je ne sais pas dans quelle mesure on peut estimer que je donne des leçons ou pas. Je ne réfléchis pas comme ça et je n’ai jamais réfléchi ainsi. L’angle de mes chansons est simple : je raconte ce qui m’a touché, ému ou indigné. Alors, c’est vrai, j’ai grandi à Roubaix, la ville la plus pauvre de France. J’ai vu les quartiers touchés par l’extrême précarité, la toxicomanie, les SDF, les lascars en bas des tours HLM, les cités ghettos… tout ça fait partie de mon quotidien. Quand j’ai commencé à écrire, c’était naturel de raconter ce que je voyais. Quand tu racontes tout ça, tu creuses et tu finis pour toucher à des maux de société. Sur notre premier album, Citoyen du monde,  je chantais une chanson qui s’appelle « Ta récompense ». C’est l’histoire d’un migrant qui estime ne pas avoir le choix, qui est en train de mourir là où il est né et qui n’a rien à perdre. Il n’a tellement rien à perdre qu’il prend des risques inconsidérés pour venir en France ou dans un pays accueillant. Les journalistes me demandaient déjà si cette chanson n’était pas un peu moraliste ou démago. Ça m’énerve un peu, parce que ce sont des choses qui existent. Je ne suis pour rien si elles existent. On a le droit de choisir de voir le monde tel qu’il peut être, d’accepter des visions, des témoignages que l’on peut transmettre par le biais de l’art.

Pour toi, l’art sert à ça ?

L’art sert à chatouiller, à interpeller, à questionner, à déranger. Quand on me dit que mes chansons dérangent, je vais te dire franchement, je suis content. A côté de ça, juste avant la sortie de ce nouvel album, j’ai participé à un album de chanson française avec des chansons de Brel, Brassens etc… Moi, j’ai chanté « La chanson des deux amants » de Brel. J’aime ça aussi, mais il y a plein de gens qui savent mieux que moi écrire et interpréter ce genre de chanson. Moi, je fais autre chose et autre chose, c’est ce que certains étiquettent comme de la chanson engagée.

"On lâche rien" (décembre 2010)

C’est le bon terme. Tu ne peux pas dire le contraire. Tu as quand même une chanson qu’on entend dans toutes les manifs, « On lâche rien ».

J’assume et je revendique cette chanson. Et je suis content de la retrouver dans la rue parce que j’ai toujours dit que ma musique venait de la rue. C’est donc dans la rue qu’elle a raisonné et qu’elle s’est propagée, pas par les ondes hertziennes. Mais tu sais, on a fait plein d’autres choses. Dans notre premier album, il y a une chanson qui s’intitule « Sur un air d’accordéon ». On reprend dans le refrain, une vieille chanson de Lucienne Delyle. C’est une chanson très poétique, mais les journalistes ne mettent pas assez en valeur ce genre de chanson. On ne nous accorde pas le droit d’écrire des choses belles et jolies.

Tu es trop étiqueté, c’est pour ça.

Ce n’est pas mon problème. Ça m’arrange peut-être de penser ça, mais aujourd’hui, dans notre société, nous avons un problème avec les gens qui disent les choses. Pour Télérama, j’ai débattu sur ce sujet avec Philippe Torreton. L’idée n’est pas de dire qu’on est obligé d’être d’accord, mais si ce ne sont pas les artistes qui vont revendiquer ou parler de la société, qui va le faire ? Qui peut jouer ce rôle de poil à gratter ?

"Sur la même longueur d'ondes" extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Moi, je trouve Torreton trop radical. Il prétend que les artistes doivent impérativement dénoncer les affres de la société. Il dit aussi que si un artiste ne revendique pas, ce n’est pas vraiment un artiste…

S’il dit réellement ce que tu me rapportes, je ne suis pas d’accord. En tout cas, à moi, il ne m’a pas dit ça. Brel a toujours refusé d’avoir des engagements dans ce qu’il chantait, il a pourtant écrit les plus belles chansons françaises. A côté de ça, il y a Brassens que j’adore aussi, qui disait « je suis tellement anarchiste que quand je vois des gendarmes, je traverse dans les clous pour qu’ils ne me fassent pas chier ».

Tu as vu le débat entre Brassens et Ferrat sur l’engagement ?

J’allais t’en parler. J’adore autant l’un que l’autre. Je vis un truc étrange quand je regarde ce débat, parce que je me revendique de l’un et de l’autre. Ferrat défend sa vision d’artiste contestataire au premier degré en disant et en faisant les choses. Il assume ce côté-là. Brassens, lui, dit que la chanson peut changer les choses, mais jamais au premier degré. « Gare aux gorille » est une chanson très dure contre la peine de mort. « Au marché de Brive-la-Gaillarde », c’est carrément une chanson gendarmicide. Il est allé sur des terrains sur lesquels je ne m’aventurerais même pas. D’abord parce que je n’ai pas le génie de Brassens.

Georges Brassens - Jean Ferrat: dialogue sur l'engagement (mars 1969).

Tu disais il y a quelques années : « la démocratie, c’est le pouvoir au peuple ».

La république, c’est le bien commun. Aujourd’hui, ce sont les intérêts privés, les lobbies qui font la loi. Pour être président, il faut faire allégeance aux grandes puissances de l’argent ou industrielles. On m’a dit que remettre en cause le système faisait le jeu de l’extrême droite. Mais c’est tout le contraire. Pourquoi le FN monte ? Parce que ses membres se sont érigés chantres de l’antisystème. Le monde est formidable, il n’y a rien à changer ? Avec le temps et la patience, tout s’arrangera, c’est ça ? C’est le fait de dire que tout va bien et qu’il n’y a rien à changer qui a fait le lit de l’extrême droite. Il y a des problèmes, mais il n’y a que ce parti qui le dit.  On fait quoi alors ? On se tait ? C’est le sujet de notre discussion, je n’ai pas de réponse à ça. On a notre petit engagement par la musique, d’autres le font autrement, chacun dans sa sphère pour faire bouger et évoluer les choses dans le bon sens.

Il n’empêche que quand je recevais tes albums, j’ai toujours été agacé par le nombre importants de chansons engagées. Cela me crispait à un point. Dans « Rallumeurs d’étoiles », enfin tu te diversifies ! Es-tu plus apaisé aujourd’hui ?

Peut-être. J’ai 38 ans désormais, je suis papa de deux enfants… quelque part, ça doit m’adoucir. Ce nouveau disque est une réponse à nos albums précédents. J’ai toujours eu des albums concept. Dans le premier, Citoyen du monde, je me suis présenté. Je suis un chti, fils d’immigré algérien, en même temps, je suis né à 500 mètres de la frontière belge. J’étais un peu perdu dans les notions de nationalisme. J’étais quoi ? Algérien, Français… et à 500 mètres près, j’aurais pu trouver des raisons d’être fier d’être belge. Ce qui compte et ce qui importe, ce sont les valeurs qui nous animent. C’est ça qui nous permet de nous positionner en toutes circonstances.

Et dans le deuxième, Les temps modernes ?

Je faisais le constat amer d’une société déshumanisante. Et donc, le troisième, Rallumeurs d’étoiles », c’est une réponse à ce constat amer. Je n’ai surtout pas envie d’être enfermé dans une sorte de nihilisme en disant que c’est la merde et qu’on ne croit plus en rien. Nous croyons en ces gens qui, autour de nous, par un acte, une parole, un engagement, nous remplissent le cœur et nous éclairent. Je voulais rendre hommage à tous ces gens qu’on ne voit pas à la télé et qui font beaucoup pour les autres. Parfois, ce que je raconte peut paraître con et banal à dire, mais en même temps, je trouve ça tellement vrai et vital. Je dis qu’il faut souffler un peu et regarder le monde. Dans une des dernières chansons, on reprend trois vers d’un poème de Pablo Neruda qui dit « ne te laisse pas mourir lentement, n’oublie jamais d’être heureux, vis maintenant ! »

Est-ce que HK & les Saltimbanks est un groupe positif ?

En parlant de nous, une journaliste de La Voix du Nord a titré « Une révolte joyeuse et en mouvement ». C’est une belle définition de ce que nous voulons proposer. Nous luttons contre des choses qui nous indignent et pour des valeurs qui nous animent. Le rapport à l’autre, une société un peu plus humaine, fraternelle et solidaire, une société moins dans la course et l’individualisme.

"A nous de jouer maintenant", extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Aimerais-tu faire de la politique ? Parce que s’exprimer en chanson ne fait ni avancer, ni changer le monde.

Tu es fou ! Je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Ça veut dire quoi ce que tu racontes? Qu’en tant que musicien, je ne dois m’occuper de rien ? Je ne dois pas être engagé ? Quand je te disais que j’ai écouté Bob Marley, Dylan et Springsteen, je sais ce que ça m’a apporté. Ça m’a construit. Si les chansons ne font pas changer les choses, ça fait changer les gens. Je suis peut-être mégalo, mais la chose que je regrette dans mon parcours aujourd’hui, c’est de ne pas avoir d’audience suffisante pour pouvoir faire changer les choses de manière plus décisives. Nous sommes dans une époque qui appelle à des changements radicaux et un questionnement. Doit-on poursuivre sur cette société du matérialisme, de l’individualisme, de la réussite sociale individuelle, du temps de cerveau disponible… une société ou le cynisme est absolu ? Ou alors, est-ce que l’on s’arrête et on se pose des questions ? Chacun d’entre nous devons nous responsabiliser individuellement. On doit se demander « qu’est-ce que je dois faire moi ? ».

Balavoine, un temps, avait envisagé de se diriger vers la politique. Bon, très vite, il a compris que ce n’était pas pour lui.

Tu t’imagines à côté de quoi on serait passé musicalement et textuellement ? Il a écrit des chansons sublimes, il a dit des choses importantes dans les émissions où il était invité. On a besoin de gens qui soient à cette place-là. L’artiste a un rôle à jouer. Il ne faut pas non plus se prendre pour qui nous ne sommes pas, mais il faut donner un peu de soi et de sa pensée pour faire bouger les consciences. Je continuerai toujours dans cette voie-là.

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Pendant l'interview le 22 avril 2015, à l'agence.

03 juin 2015

Marina Kaye : interview pour Fearless

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marina kaye,fearless,homeless,sia,lindsay sterling,interview,mandor,espace culturel leclercMarina Kaye est sans nul doute l’artiste du moment. Du haut de ses 17 printemps, la chanteuse est devenue un véritable phénomène. Son tube « Homeless », figurant sur son premier album « Fearless » (parmi les meilleures ventes de disques du moment), tourne en boucle. Avec ce disque, elle en a surpris plus d’un, non seulement pour ses beaux textes et sa voix hors du commun mais surtout pour la noirceur qu’elle laisse transparaître au travers de sa musique. Des chansons qui racontent sa vie : "Je suis quelqu'un qui travaille ses sentiments, ses écrits et son vécu de manière assez sombre en général. Parce que j'ai vécu des choses assez marquantes psychologiquement. Donc j'avais besoin de me libérer de tout ça, de ces poids. C'était important pour moi de ne pas y aller avec une langue de bois. C'est pour ça que mon album s'appelle "Fearless" d'ailleurs. Je voulais vraiment y aller en disant les choses clairement et en n'ayant pas peur de livrer avec ma voix et mes textes ce que j'avais pu ressentir pendant ces 17 ans qui ont été assez compliqués." Elle n’ira pas plus loin.

Le 12 mai dernier, j'ai rencontré Marina Kaye chez Universal pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juin 2015). Elle m’a paru une jeune femme la tête bien sur les épaules et lucide sur ce qui lui arrive. Mure et pas dupe. C’est plaisant.

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Clip de "Homeless".

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Et pour finir, le nouveau clip (feat la violoniste Lindsey Stirling), "Sounds Like Heaven".

Lindsey Stirling qui, soit dit en passant, était passée nous voir à l'agence il y a un an...

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02 juin 2015

Théophile Ardy :interview pour Mon petit coin de paradis

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11178377_1439760043000779_517607473724056196_n.jpgAlain Pilot, l’animateur de l’excellente émission d’RFI, La bande passante, dit de Théophile Ardy : C'est une belle découverte, comme il en arrive parfois au détour d'un chemin... Théophile Ardy, ce nom vous est peut-être étranger, pourtant c'est un auteur à fleur de peau, qui sait nous faire transpirer ses émotions dans des élans de rock purs et durs, transporté par des textes percutants et écorchés, un artiste-artisan planant qui ne demande qu'à être découvert ! 

Il a raison Alain Pilot. Cet artiste qui a quinze ans de carrière professionnelle, quatre albums et des projets à revendre est d’un sacré haut niveau.

L’homme à un ton engagé, une voix un peu éraillée et pleine d’inflexions, des textes pas toujours très joyeux. Ses chansons sont des analyses de la société sur des mélodies légères, dynamiques et efficaces. Au programme, beaucoup de désillusions et quelques lueurs. C’est beau.

J’ai rencontré Théophile Ardy lors de ma seconde mandorisation de Romain Lateltin. Ils sont arrivés ensemble à l’agence. J’avais entendu parler de lui, mais je n’avais jamais écouté son œuvre. Je l’ai découvert quelques jours plus tard. Et j’ai beaucoup aimé.

Comme il vient de sortir son nouvel album, Mon petit coin de paradis, il y a quelques jours, je lui ai demandé de repasser à l’agence, mais cette fois-ci seul. C’est ce qu’il a fait le 22 avril dernier.

Biographie officielle :3760151854200_600.jpg

« Nourris aux rimes tendres et universelles d'Alain Souchon (mandorisé là), marqué au fer rouge de l'époque, il joue avec les clichés du bonheur et en extrait l'essence, dans l'instant, au cœur des autres. »

Auteur-compositeur-interprète né à Lyon, Théophile Ardy commence à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie, le pays de son enfance. De retour en France, il écrit ses premières chansons à l’âge de 15 ans et choisi un pseudonyme empruntant aux racines supposés de son nom de famille des références qui lui sont chères : variété française, poésie, spiritualité. Il entame ainsi un long cheminement musical et humain dont ce 4e album est le fruit.

Au travers d’une expérience de vie le menant d’un sentiment d’ultra moderne solitude à celui d’indépendance, Théophile Ardy témoigne de la fin d’un monde. Le sourie en coin, le goût des autres en ciment, il chante une vibrante métaphore de l’humanité.

DSC00266.JPGInterview :

Tu as commencé à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie. Que faisais-tu là-bas ?

Mon père était homme d’affaire, ingénieur. On est parti avec toute la famille dans ce pays, un peu à l’aventure, pour que mon père puisse monter une boite. J’avais six ans et j’étais dans une mission française dans laquelle il y avait une chorale. J’ai commencé la musique en chantant du Brassens dans un chœur d’enfants.

A 15 ans, tu t’es mis à écrire des poèmes.

Il se trouve que j’avais des facilités littéraires. Je voyais de la reconnaissance dans les yeux de mes parents quand j’écrivais. L’attrait pour les textes est d’ailleurs venu des yeux brillants de mes parents quand ils lisaient ce que j’écrivais. Mon père se demandait d’où venaient ce « talent » et cette passion pour les mots.

Tu racontais quoi ?

Il y avait déjà un vernis d’observation de la société. Nous parlions beaucoup en famille, cela m’inspirait des textes.

"Aux quatre vents", enregistré dans le Backstage en 2015.

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Pendant l'interview (1).

Avant de sortir ton premier disque, tu as fait quoi ?

J’ai fait quelques erreurs (rires). Un an après avoir démarré sur les scènes lyonnaises, je me suis retrouvé au Transbordeur de Lyon, en tête d’affiche. Je suis allé un peu trop vite. J’ai fait un concert intéressant, les gens présents ont beaucoup apprécié, mais il n’y avait pas grand monde dans la salle. Donc, dans ma région, je me suis un peu brûlé les ailes. Tout le monde m’avait prévenu de ne pas faire ça… et tout le monde avait raison. Je me suis forgé une réputation de petit artiste prétentieux. Cela dit j’avais fait trente cafés concerts avant le Transbordeur. J’étais confiant parce que six mois avant j’avais rempli Le Chaos, une salle de 600 places. J’ai donc constaté que de 600 à 2000, il y avait un monde. Tu ne remplis pas une salle comme cela !

Aujourd’hui, tu es devenu ton propre producteur avec Romain Lateltin. Elle est bien cette association de deux artistes.

Oui, nous nous entendons très bien. On va chercher les gens où ils sont. Nous faisons des concerts à domicile ou dans les médiathèques par exemple. On joue devant des petits comités, on vend nos disques, on fait des rencontres « vivantes » qu’on entretient ensuite par mail… on tente de convaincre les gens, les uns après les autres. On a remplacé la quantité par la qualité.

Théophile Ardy en live (extraits). Une grande voix et un sens inné de la mélodie.

Ce que j’aime dans ton disque, c’est que dès la première écoute, on retient la mélodie. J’ai l’impression qu’il est truffé de tubes potentiels.

Je viens de la scène, alors, je pense à la scène. Sur ce disque coréalisé avec Christian Morfin, j’ai fait un vrai travail de studio et c’est un vrai effort pour moi. Je sais que si j’ai un bon refrain, les gens vont être immédiatement avec moi et peut-être même chanter. Une chanson, j’aime bien qu’elle permette d’être en communion avec le public.

« Le goût des autres » est une chanson sur la tolérance que l’on devrait avoir les uns envers les autres.

Le minimum, pour moi, c’est la tolérance. Au mieux, c’est la curiosité et le top, c’est le goût. Se tolérer, c’est vivre à côté des uns et des autres. Moi, je suis comme tout le monde, j’aime bien rester dans mon coin, mais les concerts à domicile m’ont obligé à aller vers les autres, et finalement, j’ai pris conscience à quel point cela fait partie des moments où je suis le plus heureux.

"Majorité silencieuse", enregistré dans le Backstage en avril 2015.

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Pendant l'interview (2).

Il y a deux chansons qui se suivent « La majorité silencieuse » et « Aux quatre vents ». Dans la seconde, tu dis le contraire de la première. Ce sont deux personnages différents, l’un est désabusé, l’autre fait une déclaration d’amour à la vie.

Ces deux personnages me ressemblent beaucoup. J’ai deux visions de la vie. Une positive et une négative. D’un côté, je trouve absurde la vie et de l’autre, j’ai plein d’espoir pour l’avenir. Dans « La majorité silencieuse » je demande aux gens de sortir de l’isolement. Il ne faut pas rester trop dans sa bulle. « Aux quatre vents », c’est la bulle de vie.

Aimes-tu que des personnes s’approprient tes chansons ?

Bien sûr. Quand je ressens une émotion et que j’arrive à la transmettre et à la partager avec quelqu’un, je me dis que j’ai réussi ce que je voulais. Ce sont des moments magiques. Si quelqu’un a ressenti une émotion qui n’est pas celle que j’ai voulu transmettre, c’est encore plus magique. Je perds le contrôle et j’aime ça.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Je suis de nature cartésienne, ce métier me permet d’explorer mes zones d’ombre. Je fais de la chanson parce que j’explore l’émotion. Quand l’émotion est partagée avec le public, alors là, c’est encore plus puissant.

Quel est ton prochain projet musical ?

Un nouveau projet en duo avec Romain Lateltin. En tout, 10 titres. Des chansons avec des beats electro.

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Après l'interview, le 22 avril dernier.