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08 juin 2015

HK & Les Saltimbanks : interview pour "Rallumeur d'étoiles" et débat sur la chanson engagée

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HK, c’est 20 ans d'écriture et de musique, du bas des tours HLM de son quartier jusqu'aux scènes des plus grands festivals ; 20 ans de combats contre toutes formes de préjugés, d'étiquettes et d'à priori. 20 années qui, espère-t-il, en appelle 20 autres. Sur les routes, avec son groupe, les Saltimbanks.

Cela étant dit, je déteste la chanson engagée, surtout à ce point… je ne m’en suis jamais caché. Cela fait plusieurs fois que l’on me proposait de rencontrer Hadadi Kaddour, dit HK, mais je n’avais pas trouvé en moi une très forte motivation pour le faire. J’avais de gros à priori (alors que lui lutte contre). Quand j’ai reçu le dernier disque d'HK & Les Saltimbanks, Rallumeurs d’étoiles, je l’ai écouté… et je l’ai trouvé intéressant, bien ficelé et assez diversifié. Franchement, je me suis surpris à bien aimer. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas négligeable qu’une rencontre ait lieu entre un journaliste un peu buté sur la question de l’engagement dans les chansons et un chanteur qui est l’un des chantres de cette chanson « révolutionnaire ».

La rencontre s’est donc déroulée à l’agence le 22 avril dernier. (Il n’y a eu aucun blessé. Nous étions entre gens de bonnes compagnies.)

hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorBiographie officielle :

« Mon grand-père était un poilu de la première guerre mondiale. Ma mère et mon père, des immigrés algériens ayant fait le grand voyage : des montagnes de Kabylie jusqu'aux pavés roubaisiens. Et moi... je suis un saltimbanque ». Ainsi se définit HK, né en 1976, dans un quartier populaire de Roubaix. Fils de marchands de fruits et légumes, il a, très jeune, fréquenté les marchés pour aider « le paternel » : tablier bleu, casquette et numéro de claquettes pour amuser la clientèle. Sa première scène, en quelque sorte !

À l'âge de 15 ans, HK est frappé de plein fouet par la révolution hip hop. Il monte son premier groupe Juste Cause, avec lequel il fera véritablement ses premières armes, puis Piece of salam, avec qui il écumera toutes les scènes de la région lilloise. En 2005, il forme avec son acolyte Said un groupe au format « révolutionnaire » : M.A.P, le Ministère des Affaires Populaires. C’est du Hip-hop avec un accordéon, un violon et une farouche volonté de porter l’identité d'une région ouvrière et métissée, modeste mais chaleureuse.Ils seront « Révélation du printemps de Bourges » en 2006. Leur premier album "Debout là-D'dans" sortira dans la foulée. Un deuxième album voit le jour en 2008 « Les bronzés font du ch'ti »

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En 2009, HK, qui a des envies de colorer sa musique de chanson, de musiques du monde, et de reggae, se lance en solo Enfin, pas vraiment ! Il forme le groupe HK et les Saltimbanks avec des musiciens virtuoses et taillés pour la scène. Deux albums naîtront : Tout d'abord, en 2011, Citoyen du Monde sur lequel figure l'emblématique « On lâche rien », chanson reprise dans les hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandormanifestations ainsi qu'au cinéma dans La vie d'Adèle. Puis, en 2012, Les Temps Modernes, incluant un autre titre phare du groupe : "Indignez-vous" en hommage à Stéphane Hessel (voir photo à gauche). Entre 2009 et 20014, le groupe enchaine les tournées partout en France et en Europe, allant même se produire par deux fois aux États-Unis et au Québec.

Parallèlement, HK sort en 2012 son premier roman, aux accents auto-biographiques, J'écris donc j'existe. Il en publiera un second, Neapolis. S’ensuit l'album Les Déserteurs en 2014, hommage à la chanson française et à la musique châabi.

L’album:
Aujourd’hui sort le 3ème opus de HK et les Saltimbanks, Rallumeurs d'étoiles, dont le titre esthk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandor inspiré d'un vers d’Apollinaire : « Il est grand temps de rallumer les étoiles », une référence à une époque sombre, propices aux obscurantismes de toute forme entre fanatismes et xénophobies.

Cet album se conçoit à la fois comme un hommage et une utopie. Une ode à tous les « rallumeurs » d'étoiles anonymes qui, chaque jour, à leur petite échelle, par un geste, un engagement, une parole, une création, entretiennent une lueur. Des chansons pour aujourd'hui et pour demain, comme « Rallumeurs d' étoiles » dont le refrain est chanté par les enfants du groupe, « Dounia », en duo avecle chanteur malien Aboubacar Kouyaté ou encore « Para cuando la vida ? » dans lequel HK se joint au chanteur chilien Leon Pena Casanova pour interroger nos sociétés « déshumanisantes ». Des chansons d'amour aussi comme « Si un jour je tombe » et « Je te dis non ».

Amour, musique, voyage... alors, adieu HK le chanteur engagé ? Certainement pas ! Mais un engagement résolument poétique, artistique et créatif : « sans haine, sans armes et sans violence ».

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hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorInterview :

As-tu toujours chanté pour faire bouger les opinions ?

J’ai été nourri à ça. Quand j’étais enfant, mes grands frères et mes grandes sœurs écoutaient Bob Marley pour certains d’entre eux, la musique afro américaine pour d’autres et du folk protest song comme Dylan ou Springsteen. J’ai un peu été conditionné dans la chanson qui dit des choses. Dans ma façon d’écrire, j’ai toujours ce besoin de raconter une histoire ancrée dans une certaine forme de réalité, raconter des choses que j’ai pu vivre, voir, ressentir. Quand je suis touché par quelque chose, il faut que cela devienne une chanson.

Tu veux bousculer ceux qui t’écoutent ?

Je suis un enfant de Coluche. On ne les voit plus beaucoup ces gens qui font bouger les choses, on ne leur donne plus d’audience. Je me pose souvent la question. Verrait-on Coluche aujourd’hui à la télé ? Est-ce qu’il aurait pu dire les mêmes choses qu’avant ? Ne serait-il pas trop dérangeant ? Ne serait-il pas trop décalé de cette époque ? On ne peut pas savoir parce qu’il n’y a plus de gens comme lui à la télé.

Le nouveau clip d'HK & Les Saltimbanks : Para Cuando La Vida? (C'est pour quand la vie?) avec la participation de Leon Peña Casanova. Extrait de l'album Rallumeurs d'étoiles.

Pour revenir à la chanson engagée comme la tienne, ce qui me gêne, c’est le côté « donneur de leçon ».

Je ne sais pas dans quelle mesure on peut estimer que je donne des leçons ou pas. Je ne réfléchis pas comme ça et je n’ai jamais réfléchi ainsi. L’angle de mes chansons est simple : je raconte ce qui m’a touché, ému ou indigné. Alors, c’est vrai, j’ai grandi à Roubaix, la ville la plus pauvre de France. J’ai vu les quartiers touchés par l’extrême précarité, la toxicomanie, les SDF, les lascars en bas des tours HLM, les cités ghettos… tout ça fait partie de mon quotidien. Quand j’ai commencé à écrire, c’était naturel de raconter ce que je voyais. Quand tu racontes tout ça, tu creuses et tu finis pour toucher à des maux de société. Sur notre premier album, Citoyen du monde,  je chantais une chanson qui s’appelle « Ta récompense ». C’est l’histoire d’un migrant qui estime ne pas avoir le choix, qui est en train de mourir là où il est né et qui n’a rien à perdre. Il n’a tellement rien à perdre qu’il prend des risques inconsidérés pour venir en France ou dans un pays accueillant. Les journalistes me demandaient déjà si cette chanson n’était pas un peu moraliste ou démago. Ça m’énerve un peu, parce que ce sont des choses qui existent. Je ne suis pour rien si elles existent. On a le droit de choisir de voir le monde tel qu’il peut être, d’accepter des visions, des témoignages que l’on peut transmettre par le biais de l’art.

Pour toi, l’art sert à ça ?

L’art sert à chatouiller, à interpeller, à questionner, à déranger. Quand on me dit que mes chansons dérangent, je vais te dire franchement, je suis content. A côté de ça, juste avant la sortie de ce nouvel album, j’ai participé à un album de chanson française avec des chansons de Brel, Brassens etc… Moi, j’ai chanté « La chanson des deux amants » de Brel. J’aime ça aussi, mais il y a plein de gens qui savent mieux que moi écrire et interpréter ce genre de chanson. Moi, je fais autre chose et autre chose, c’est ce que certains étiquettent comme de la chanson engagée.

"On lâche rien" (décembre 2010)

C’est le bon terme. Tu ne peux pas dire le contraire. Tu as quand même une chanson qu’on entend dans toutes les manifs, « On lâche rien ».

J’assume et je revendique cette chanson. Et je suis content de la retrouver dans la rue parce que j’ai toujours dit que ma musique venait de la rue. C’est donc dans la rue qu’elle a raisonné et qu’elle s’est propagée, pas par les ondes hertziennes. Mais tu sais, on a fait plein d’autres choses. Dans notre premier album, il y a une chanson qui s’intitule « Sur un air d’accordéon ». On reprend dans le refrain, une vieille chanson de Lucienne Delyle. C’est une chanson très poétique, mais les journalistes ne mettent pas assez en valeur ce genre de chanson. On ne nous accorde pas le droit d’écrire des choses belles et jolies.

Tu es trop étiqueté, c’est pour ça.

Ce n’est pas mon problème. Ça m’arrange peut-être de penser ça, mais aujourd’hui, dans notre société, nous avons un problème avec les gens qui disent les choses. Pour Télérama, j’ai débattu sur ce sujet avec Philippe Torreton. L’idée n’est pas de dire qu’on est obligé d’être d’accord, mais si ce ne sont pas les artistes qui vont revendiquer ou parler de la société, qui va le faire ? Qui peut jouer ce rôle de poil à gratter ?

"Sur la même longueur d'ondes" extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Moi, je trouve Torreton trop radical. Il prétend que les artistes doivent impérativement dénoncer les affres de la société. Il dit aussi que si un artiste ne revendique pas, ce n’est pas vraiment un artiste…

S’il dit réellement ce que tu me rapportes, je ne suis pas d’accord. En tout cas, à moi, il ne m’a pas dit ça. Brel a toujours refusé d’avoir des engagements dans ce qu’il chantait, il a pourtant écrit les plus belles chansons françaises. A côté de ça, il y a Brassens que j’adore aussi, qui disait « je suis tellement anarchiste que quand je vois des gendarmes, je traverse dans les clous pour qu’ils ne me fassent pas chier ».

Tu as vu le débat entre Brassens et Ferrat sur l’engagement ?

J’allais t’en parler. J’adore autant l’un que l’autre. Je vis un truc étrange quand je regarde ce débat, parce que je me revendique de l’un et de l’autre. Ferrat défend sa vision d’artiste contestataire au premier degré en disant et en faisant les choses. Il assume ce côté-là. Brassens, lui, dit que la chanson peut changer les choses, mais jamais au premier degré. « Gare aux gorille » est une chanson très dure contre la peine de mort. « Au marché de Brive-la-Gaillarde », c’est carrément une chanson gendarmicide. Il est allé sur des terrains sur lesquels je ne m’aventurerais même pas. D’abord parce que je n’ai pas le génie de Brassens.

Georges Brassens - Jean Ferrat: dialogue sur l'engagement (mars 1969).

Tu disais il y a quelques années : « la démocratie, c’est le pouvoir au peuple ».

La république, c’est le bien commun. Aujourd’hui, ce sont les intérêts privés, les lobbies qui font la loi. Pour être président, il faut faire allégeance aux grandes puissances de l’argent ou industrielles. On m’a dit que remettre en cause le système faisait le jeu de l’extrême droite. Mais c’est tout le contraire. Pourquoi le FN monte ? Parce que ses membres se sont érigés chantres de l’antisystème. Le monde est formidable, il n’y a rien à changer ? Avec le temps et la patience, tout s’arrangera, c’est ça ? C’est le fait de dire que tout va bien et qu’il n’y a rien à changer qui a fait le lit de l’extrême droite. Il y a des problèmes, mais il n’y a que ce parti qui le dit.  On fait quoi alors ? On se tait ? C’est le sujet de notre discussion, je n’ai pas de réponse à ça. On a notre petit engagement par la musique, d’autres le font autrement, chacun dans sa sphère pour faire bouger et évoluer les choses dans le bon sens.

Il n’empêche que quand je recevais tes albums, j’ai toujours été agacé par le nombre importants de chansons engagées. Cela me crispait à un point. Dans « Rallumeurs d’étoiles », enfin tu te diversifies ! Es-tu plus apaisé aujourd’hui ?

Peut-être. J’ai 38 ans désormais, je suis papa de deux enfants… quelque part, ça doit m’adoucir. Ce nouveau disque est une réponse à nos albums précédents. J’ai toujours eu des albums concept. Dans le premier, Citoyen du monde, je me suis présenté. Je suis un chti, fils d’immigré algérien, en même temps, je suis né à 500 mètres de la frontière belge. J’étais un peu perdu dans les notions de nationalisme. J’étais quoi ? Algérien, Français… et à 500 mètres près, j’aurais pu trouver des raisons d’être fier d’être belge. Ce qui compte et ce qui importe, ce sont les valeurs qui nous animent. C’est ça qui nous permet de nous positionner en toutes circonstances.

Et dans le deuxième, Les temps modernes ?

Je faisais le constat amer d’une société déshumanisante. Et donc, le troisième, Rallumeurs d’étoiles », c’est une réponse à ce constat amer. Je n’ai surtout pas envie d’être enfermé dans une sorte de nihilisme en disant que c’est la merde et qu’on ne croit plus en rien. Nous croyons en ces gens qui, autour de nous, par un acte, une parole, un engagement, nous remplissent le cœur et nous éclairent. Je voulais rendre hommage à tous ces gens qu’on ne voit pas à la télé et qui font beaucoup pour les autres. Parfois, ce que je raconte peut paraître con et banal à dire, mais en même temps, je trouve ça tellement vrai et vital. Je dis qu’il faut souffler un peu et regarder le monde. Dans une des dernières chansons, on reprend trois vers d’un poème de Pablo Neruda qui dit « ne te laisse pas mourir lentement, n’oublie jamais d’être heureux, vis maintenant ! »

Est-ce que HK & les Saltimbanks est un groupe positif ?

En parlant de nous, une journaliste de La Voix du Nord a titré « Une révolte joyeuse et en mouvement ». C’est une belle définition de ce que nous voulons proposer. Nous luttons contre des choses qui nous indignent et pour des valeurs qui nous animent. Le rapport à l’autre, une société un peu plus humaine, fraternelle et solidaire, une société moins dans la course et l’individualisme.

"A nous de jouer maintenant", extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Aimerais-tu faire de la politique ? Parce que s’exprimer en chanson ne fait ni avancer, ni changer le monde.

Tu es fou ! Je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Ça veut dire quoi ce que tu racontes? Qu’en tant que musicien, je ne dois m’occuper de rien ? Je ne dois pas être engagé ? Quand je te disais que j’ai écouté Bob Marley, Dylan et Springsteen, je sais ce que ça m’a apporté. Ça m’a construit. Si les chansons ne font pas changer les choses, ça fait changer les gens. Je suis peut-être mégalo, mais la chose que je regrette dans mon parcours aujourd’hui, c’est de ne pas avoir d’audience suffisante pour pouvoir faire changer les choses de manière plus décisives. Nous sommes dans une époque qui appelle à des changements radicaux et un questionnement. Doit-on poursuivre sur cette société du matérialisme, de l’individualisme, de la réussite sociale individuelle, du temps de cerveau disponible… une société ou le cynisme est absolu ? Ou alors, est-ce que l’on s’arrête et on se pose des questions ? Chacun d’entre nous devons nous responsabiliser individuellement. On doit se demander « qu’est-ce que je dois faire moi ? ».

Balavoine, un temps, avait envisagé de se diriger vers la politique. Bon, très vite, il a compris que ce n’était pas pour lui.

Tu t’imagines à côté de quoi on serait passé musicalement et textuellement ? Il a écrit des chansons sublimes, il a dit des choses importantes dans les émissions où il était invité. On a besoin de gens qui soient à cette place-là. L’artiste a un rôle à jouer. Il ne faut pas non plus se prendre pour qui nous ne sommes pas, mais il faut donner un peu de soi et de sa pensée pour faire bouger les consciences. Je continuerai toujours dans cette voie-là.

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Pendant l'interview le 22 avril 2015, à l'agence.

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