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31 mai 2015

Sophie Adriansen : interview pour Max et les poissons

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(Photo : Marc Lehmann)

Sophie Adriansen écrit beaucoup. Toutes sortes de livres. Son éclectisme force le respect. Je la mandorise parfois (là pour un joli roman, là pour une biographie, là pour un essai avec la participation de Mathieu Simonet, là pour une soirée littéraire, là enfin pour un portrait) tant je lui trouve du talent… Quand elle se met à écrire des romans (celui-ci est le second), elle sait toucher au cœur et à l’âme.

Comme l’explique le blog « La cause littéraire » au sujet de Max et les poissons, « chaque année, Sophie Adriansen célèbre son anniversaire à la même date que celle de la rafle du « Vél’d’Hiv ». Après avoir fait la connaissance d’une femme-courage qui lui a raconté son histoire, elle a ainsi donné naissance à ce magnifique ouvrage. La pureté et l’innocence de ce petit garçon, Max Geiger, prend aux tripes et arrache les larmes du lecteur. »

Pas mieux.

Tout est dit dans ces 80 pages : l’abomination de l’extermination, la rafle, les camps, les justes... mais avec une délicatesse et une poésie rare.

Max et les poissons est un très beau témoignage à la mémoire de toutes celles et ceux qui ont été emportés en ce fameux mois de juillet 1942.

Signalons enfin les magnifiques et efficaces illustrations de Tom Haugomat, qui a aussi réalisé la couverture.

Sophie Adriansen, le 22 avril dernier, est venue à l’agence pour m’expliquer les raisons qui l’ont poussé à écrire ce roman. Et plus encore…

sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorL’histoire :

Un regard d'enfant sur la rafle du Vel d'Hiv’.

Max a un poisson rouge ! C’est sa récompense : à l’école, il a reçu un prix d’excellence. Max a aussi une étoile jaune sur la poitrine. Il la trouve jolie, mais ses camarades se moquent de lui et disent qu’elle sent mauvais. Il ne comprend pas pourquoi. Comme il ne comprend pas cette histoire de « rafle » dont parlent ses parents. Ils disent qu’elle aura lieu demain, mais c’est impossible : demain, c’est son anniversaire ! Il sait déjà que sa sœur lui a fait un cadre en pâte à sel et il espère que ses parents lui offriront un second poisson…

Quelques extraits du livre :

La guerre, ça fait marcher les Allemands dans les rues et serrer fort les mains des petits sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorgarçons.

Est-ce qu'enlever un enfant sans l'autorisation de ses parents, c'est vraiment une bonne façon de le protéger ? Je n'avais pas l'air d'être vraiment en danger au milieu des immeubles en forme de U. Je n'étais pas en danger puisque j'étais avec papa, maman et Hélène.

On s'entasse. Je n'ai plus revu Daniel. Je ne sais pas ce qui se passe, mais j'ai peur. Parce que papa, maman et Hélène ont peur eux aussi. Je le sens. Et quand les grands ont peur, c'est comme une couverture toute râpée par laquelle passe le jour : ça ne protège plus de rien.

Tu es le meilleur élève de la classe. L'étoile n'y change rien. Regarde, tu n'es pas le seul à en porter une. La classe est une constellation, chacun brille à sa façon.

Est-ce qu'il y a des poissons juifs et d'autres pas juifs? Nous, on est juifs. C'est pour ça qu'on a des étoiles cousues à nos habits. Papa et maman me répètent qu'être juif, ce n'est pas avoir fait quelque chose de mal. Mais je n'arrive pas à les croire.
J'ai l'impression que ce n'est pas bien, d'être juif maintenant.

La guerre, ça commence l’été et ça empêche de faire des châteaux de sable. La guerre, ça empêche d’aller se baigner dans l’eau salée. La guerre, ça remplace les vacances à la plage par les jeux dans l’impasse avec Daniel et Bernard.

Quand on ne veut aucun mal à un enfant, on n’a pas besoin de le dire, normalement.

L’auteure :

Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs romans en littérature générale et jeunesse et de deux biographies. Elle a également cosigné des témoignages et été formée à l'écriture de scénario à la Fémis. Lectrice compulsive, elle contribue à plusieurs sites littéraires et tient depuis 2009 le Blog de lecture Sophielit.

sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorInterview :

Pourquoi as-tu choisi ce sujet ?

Je ne l’ai pas choisi, c’est lui qui s’est imposé. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec une femme qui a échappé à la rafle du Vel d’Hiv. Elle voulait écrire ses mémoires pour ses petits-enfants. Il se trouve que j’ai l’âge de ses petits-enfants et qu’elle à l’âge de mes grands-parents, une certaine complicité s’est donc nouée. Nous nous sommes racontées plein de choses. Elle m’a fait part de son témoignage et j’ai été en contact avec tout un tas de documents qu’elle a conservé. Une fois le travail avec cette femme terminé, je pense que tout cela a infusé en moi. On ne peut pas évacuer aussi facilement un sujet comme celui-ci. Je me suis retrouvée face à un morceau d’Histoire. Ses parents ont été « raflés » le 16 juillet 1942.

La voix de ce petit Max s’est imposée à toi longtemps après ?

Oui. L’histoire de Max est différente de celle de cette femme. Elle est restée à Paris après l’arrestation de ses parents et ce, pendant toute l’occupation. Elle a bénéficié de la solidarité du voisinage. Dans la réalité, aucun enfant raflé n’est revenu. Du côté de l’enfant qui parvient à être sauvé, mon livre est vraiment de la fiction. On n’a pas de cas rapporté d’exfiltration comme moi, je l’ai imaginé.

Les Justes ont existé et ont été nombreux. Tu leur rends hommage.

Oui, c’était un moyen de parler d’eux. Dans la littérature, on parle beaucoup de la rafle, des camps, mais beaucoup moins des Justes.

Tu vas dans les écoles pour parler de ce livre.

Oui. C’est amusant parce que, parfois les élèves me disent que c’est une fin triste, parfois que c’est une fin heureuse. Les enfants ont deux points de vue très différents. Je ne dirai pas pourquoi parce que ce serait dévoiler un peu trop l’issue de cette histoire.

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Le Vel d'Hiv' le 16 juillet 1042.

C’est un livre délicat et intelligent qui ne tire pas les larmes, même s’il est très émouvant. Tu as trouvé le bon dosage d’émotion, je trouve.

Ce n’est pas compliqué de faire pleurer avec un sujet comme ça. Ce n’était surtout pas le but. J’ai préféré la crédibilité. La femme dont je parlais tout à l’heure m’a raconté qu’elle a appris les choses au fur et à mesure et qu’elle ne se rendait pas toujours compte de ce qu’il se passait réellement. Moi, à partir du moment où j’ai entendu la voix de Max, j’ai considéré les choses avec son regard à lui. Il n’y avait pas de raison qu’il s’inquiète dans la mesure où ses parents tentaient de le rassurer. Il ne voit que l’avenir très proche. Comme c’est son anniversaire, il ne voit que le moment où il aura son cadeau, le lendemain, il ne se souciera que de l’endroit où il va. Rien ne lui paraît dramatique. Il ne peut pas imaginer qu’il y a des horreurs derrière. C’est un garçon qui a toujours été protégé et pour qui le monde s’arrête au bout de l’impasse. J’ai essayé de me mettre dans la peau de cet enfant de huit ans.

Comment a réagi la femme qui t’a inspiré cette histoire quand elle a lu le livre?

Elle était très contente. Ce n’était pas son histoire, donc je n’ai rien dévoilé de personnel la concernant. C’est un hommage aux « enfants de juillet », les enfants qui ont vécu cette rafle. Elle est donc ravie, car ce livre participe du devoir de mémoire. On m’a confié une histoire avec un petit h qui appartient à l’Histoire avec grand H… ma responsabilité d’écrivain était d’en faire de la fiction pour qu’on n’oublie pas.

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La rafle.

Tu es allée à Auschwitz et à Birkenau au mois de janvier dernier...

A Birkenau, il y a écrit dans toutes les langues du monde que c’est précisément en se souvenant de ce qu’il s’est passé qu’on peut espérer que ça ne se reproduise pas. Je crois profondément à ça.

Ce livre est destiné à des enfants à partir 9 ans.

Quand Nathan m’a appelé pour me dire qu’ils voulaient publier Max et les poissons, ils m’ont demandé pour quel âge je l’avais écrit. Je n’ai pas su répondre. Je ne m’étais pas posée la question. Ils l’ont fait lire à des instituteurs de différents niveaux et ce sont eux qui ont déterminé que c’était à partir de 9 ans. A 9 ans, dans le programme scolaire, on a déjà commencé à aborder la seconde guerre mondiale. Dans les faits, je suis déjà allée dans une classe de CE1, les enfants avaient donc 7 ans, ils connaissaient des choses de la seconde guerre mondiale, mais rien de la Shoah. On a quand même pu en parler. Je trouve qu’entre 7 et 10 ans, c’est bien qu’il y ait un adulte pas très loin derrière pour expliquer certaines parties du livre. Le fait que ce livre soit court, écrit gros et structuré en chapitres courts, permet que cet ouvrage soit étudié en classe. A la demande de l’éditeur, j’ai rajouté à la fin des éléments chronologiques réels. Il ne s’agissait pas de raconter de nouveau la guerre, mais d’apporter quelques éclairages sur ce qu’il s’était vraiment passé en rapport direct avec l’histoire de Max. Si ce livre peut permettre aux enfants  d’entrer dans ce sujet et de le comprendre par ce biais où l’on parle de tolérance et de solidarité, moi je suis ravie.

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Pendant l'interview...

Quelles sont le genre de questions que les enfants qui ont lu ton livre te posent?

Il y a d’abord des questions comme « c’est quoi un écrivain ? »ou « comment on fabrique un livre ? ». Mais il y a aussi des questions plus basées sur le livre en lui-même. « Pourquoi les juifs se sont laissés faire, alors qu’ils étaient plus nombreux ?», « pourquoi ils n’essaient pas de s’échapper ? », « pourquoi les enfants de l’école de Max se moquent de lui à partir du moment où il porte une étoile jaune ? », « pourquoi Max fête son anniversaire précisément le jour de la rafle ? »… Ce sont des questions qui parlent d’Histoire et qui parlent aussi des choix que je fais en tant qu’écrivain.

Tu es à nouveau en train d'écrire pour la jeunesse.

Oui, ce sera  un roman qui se passe sous l'Occupation à Paris, après la rafle, toujours par le biais du regard d’un enfant. Entre 1942 et 1945, je raconte une capitale vidée de beaucoup de juifs avec, malgré tout, des enfants et des adultes qui restent, résistent, cachent, survivent…  j’évoque aussi les problèmes d’identité et l’occupant toujours présent. Bref, je n'ai pas encore tout dit sur cette période.

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Après l'interview, le 22 avril 2015.

Bonus:

Joss, libraire à Vannes (56), dit tout le bien qu'elle pense sur ce livre essentiel...

30 mai 2015

Daguerre & Bertille : interview pour leur premier album commun

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Daguerre et Bertille chantent le couple (mais dans ce qu’il a de moins évident), sur des rythmes accrocheurs et des mélodies entraînantes. « Une dizaine de titres pour une balade dans les méandres de l’amour, du coup de foudre à l’absence, de la routine conjurée avec drôlerie au portrait du blaireau » explique le dossier de presse. En duo ou en solo, les deux voix se marient avec bonheur dans une pop délicieusement bricolée. Le duo est venu me rendre visite le 21 avril dernier. Pour Olivier Daguerre, c’était un retour à l’agence puisqu’il a déjà été mandorisé il y a trois ans, à l’occasion de la sortie de son album Mandragore. Déjà, il évoquait sa collaboration avec Bertille Fraisse

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorBiographie du duo :

Olivier Daguerre et Bertille Fraisse se sont rencontrés il y a quelques années, en studio, lors de l'enregistrement du quatrième album de Daguerre, Mandragore. A cette occasion, Bertille, multi-instrumentiste, virtuose du violon, fit aussi découvrir la singularité de sa voix. Ce fût un véritable coup de cœur pour le chanteur de Daguerre qui lui proposa de rejoindre son groupe sur scène.
La tournée terminée, Daguerre et Bertille ont joué les prolongations acoustiques, en duo, sur plusieurs dizaines de dates. Comme une évidence, l'idée de ne pas en rester là et de réaliser un projet artistique commun, venait de naître : l'album Daguerre & Bertille, pensé comme une nouvelle en 10 chapitres met en scène un homme et une femme qui se partagent plaisir, frustation, abandon et folie.
Daguerre et Bertille forment un duo sensuel aux chansons d'amour à coudre... découdre...recoudre.

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olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorInterview :

Olivier, tu m’avais déjà parlé de Bertille dans notre précédente mandorisation. Que s’est-il passé pour que vous fassiez carrément un album à deux ?

Olivier Daguerre : Dès nos séances de studio pour Mandragore, j’ai senti que notre collaboration n’allait pas s’arrêter là. Elle était déjà de tous les titres. Ses cordes m’intéressaient et je voulais une voix féminine pour trancher avec la mienne. Suite à l’enregistrement, je ne savais pas trop comment on allait faire vivre ce disque au niveau de la scène. J’ai finalement proposé à Bertille de partir en tournée avec nous. Une réelle complicité artistique s’est créée. Je trouvais très agréable de travailler avec elle. Je ne me posais pas 36 000 questions, je lui faisais une complète confiance. Elle m’a amené pas mal de choses nouvelles de par sa personnalité humaine… et aussi musicale. Il y a en elle une grâce et un contraste avec moi qui m’est devenu essentiel artistiquement.

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Bertille, je crois que tu ne connaissais pas Olivier.

Bertille Fraisse : En effet, je n’avais jamais entendu parler de lui. Mais nous nous sommes très vite entendus. Je suis musicienne, je rencontre des gens, on me propose une collaboration et j’accepte si je sens les choses. J’ai toujours travaillé à l’instinct et je ne collabore qu’avec des gens que j’apprécie. Avec Olivier, nous nous sommes rendu compte que nous étions du même bois. On se comprend bien, on se parle de ce qui nous touche… il y a une forme d’intimité fraternelle qui s’est installée rapidement entre nous.

Dans votre album, il y a des duos et des titres chantés par l’un ou par l’autre.

Olivier : J’ai écrit les chansons de ce disque sur la route pendant la tournée acoustique, mais en pensant à ce projet. Je commençais à en parler à Bertille, mais pas frontalement. Au départ, je voulais écrire comme une sorte de recueil de nouvelles sur des histoires de couples faussement légères. L’homme, la femme, le couple… chacun à ses propres histoires à interpréter.

Clip de "Des mots".

Olivier, c’est la première fois que tu confies les guitares-voix et les arrangements à quelqu’un.

Oui, ça n’a pas été sans difficulté. Mais j’avais une confiance absolue en Bertille et Julien Lebart. Ils ne sont pas de la même génération, du coup, je pense que ça donne un coup de jeune à mes chansons.

Tu as co-réalisé et arrangé le disque, Bertille. C’est une grosse pression d’avoir cette responsabilité ?

Bertille : La pression vient du fait que l’on vous fait confiance. Pour quelqu’un qui débarque un peu dans un univers qu’il ne connait pas bien, qui fait son chemin petit à petit, c’est impressionnant. Peut-être qu’Olivier a décelé en moi des capacités insoupçonnées.

Tu aimes te mettre en danger ?

Bertille : Avec Olivier, je ne suis jamais en danger. C’est toujours très bienveillant, on se parle beaucoup. Entre le moment où on a parlé du projet et le moment où il a été réalisé, ça a été des vagues d’émotion, de discussions. Pour Olivier, dans sa démarche de me confier quelque chose qu’il n’avait jamais confié à quiconque auparavant, ça a été un vrai travail.

Olivier : Il ne fallait pas que je sois là pendant qu’ils travaillaient sur les titres, sinon, ça compliquait tout. Ça n’a pas été simple, j’ai du mal à déléguer depuis toujours, mais comme on discutait beaucoup, ça a fini par me rassurer. Enfin pour être sincère, dans la théorie, arriver à déléguer, pas de problème… mais dans la pratique, c’était moins évident. Bertille m’a parfois recadré.

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A quels moments par exemple ?

Parfois, quand Olivier apparaissait lors de nos séances avec Julien, ça déséquilibrait un peu le travail que l’on faisait. Il y a une fois où je lui ai demandé si j’étais dans ma mission ou à côté de la plaque. Il fallait qu’il décide. Je suis quelqu’un d’entier. C’est oui ou non. Si on me confie une mission, je la prends à cœur. Olivier me connait, il savait à qui il avait à faire. Il m’est arrivée d’être dans la surreaction parce que je suis une hyper sensible. J’ai du caractère, j’ai du goût, j’aime le débat, j’aime la discussion. Je viens du sud de la France… on parle fort et avec les mains.

Olivier : Je venais perturber un couple qui été en train de travailler sur mes chansons, j’ai fini par m’en rendre compte. Moi, je venais plus par curiosité. Je commençais à craquer de ne pas entendre le résultat. Je reconnais qu’il ne fallait pas que je vienne. Je suis venu deux fois, ça a « fighté », je ne suis plus revenu. Après, tout s’est super bien passé.

Et puis vous parliez beaucoup, j’imagine.

Nous sommes de grands bavards. Nous parlions aussi bien de métaphysique que des choses essentielles de la vie et de nos vie personnelles. J’ai écrit pour Bertille en fonction de ce qu’elle me racontait lors de ces conversations, de ce que je savais d’elle et des personnes que nous rencontrions durant cette tournée. Autour de moi, dans mon entourage, c’était un vrai tumulte sentimental. Je crois que dans chaque titre, chacun peut retrouver un peu de soi. Que ce soit violent, bienveillant ou tragique…

Clip de "Une ombre".

Vous avez beaucoup appris en travaillant avec l’autre ?

Olivier : Oui, énormément. Et j’apprends toujours en l’a voyant travailler.

Bertille : Et inversement. Au contact de l’autre, on progresse beaucoup.

En chanson, on a tout dit sur l’amour … il te fallait trouver de nouveaux angles, Olivier ?

Olivier : Je suis le Frédéric François du punk. J’adore écrire sur l’amour parce qu’encore aujourd’hui, ça reste une des valeurs qui ne s’est pas cassée la gueule et à laquelle on peut se raccrocher. Dans un monde très compliqué et ultra individualiste, je trouve que c’est important de se raccrocher à ça. L’Amour avec un grand A est le pilier de tout.

Bertille : Tous les deux, dans la vie, l’amour est notre moteur. Individuellement, dans notre façon d’être, avec nos proches, avec nous-mêmes. Sur le fait de faire un disque de chansons d’amour, à aucun moment, il y a une volonté de réinventer quoi que ce soit. Ce qui est amusant, c’est de faire passer par nos filtres respectifs des histoires qui sont universelles. C’est agréable à faire vivre et on se sent compris par les gens qui nous écoutent.

Clip de "Dans le silence des agneaux".

Dans le clip, « Dans le silence des agneaux » vous suggérez que vous êtes ensemble. Et puis, vous interprétez un album de chansons d’amour, alors forcément, on se pose la question : sont-ils ensemble réellement ?

Olivier : C’est vrai, cette question revient sans cesse, surtout depuis la diffusion du clip en question. Bertille et moi sommes passionnés de cinéma, donc ça nous amuse de travestir la réalité. Je trouve important qu’on n’ait pas peur de nos peaux et qu’il y ait de la sensualité entre nous. On ne triche pas vraiment.

Bertille : Même si on joue. Ça nous amuse que les gens se pose la question, ça veut dire que nous sommes crédibles. On est juste très complice.

Bertille, tu es surdiplômée du conservatoire et de l’université de musicologie.

Olivier : (Rires) C’est tout l’inverse de moi.

Bertille : J’ai fait de la musique classique un long moment, j’ai grandi avec ça. A l’adolescence, j’ai découvert le hip hop, ça a été la révolution, l’explosion dans ma tête. Et puis, j’ai aimé la musique électronique, les machines, les bidouilles… et enfin, j’ai découvert le rock à 20 ans. Après mes études au conservatoire, où je restais huit heures par jour sur mon violon, j’ai passé quelques années à désapprendre.

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Pendant l'interview...

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorCe disque est plus electro que dans les précédents albums d’Olivier.

Olivier : Oui, très clairement. C’est de la pop electro. C’est un disque de chansons pop electro, pour être précis.

Bertille : Heureusement que Julien était avec moi, il nous a remis vers un chemin plus traditionnel. Moi, je suis arrivée avec mes codes complètement explosés, parce que j’en n’ai aucun, du coup, Julien qui s’y connait en chanson française a fait un peu le garde-fou. Cet album est le fruit de jolis compromis. On a discuté jusqu’à ce qu’on arrive à la bonne solution.

Allez-vous récidivez ?

Olivier : Je n’en sais rien. On a fait ce disque comme ça. Je l’ai senti et on l’a enregistré. Il est trop tôt pour savoir si on en fera un second ensemble.

Bertille : Il ne faut se leurrer. Ce projet est bien le 5e album de Daguerre. C’est un album qui est unique dans sa conception même, mais il s’inscrit vraiment dans la continuité de la carrière de Daguerre. C’est du Daguerre.

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Après l'interview, le 21 avril 2015.

28 mai 2015

Dominique A : interview pour Platine "Ce que je pense de la variété"

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11169488_1584838841787904_2623166505308741478_n.jpgUn jour, tu téléphones à ton pote attaché de presse chez Cinq7 pour lui demander une interview de Dominique A (qui vient de sortir un superbe album, Eleor) pour le magazine de la variété, Platine. Tu lui dis que tu veux lui faire parler de variété, alors que tu sais bien qu’il n’aime pas vraiment ce genre musical (c’est ce qui te paraît intéressant). Tu lui dis que Juliette, Didier Wampas, Christophe Mali (de Tryo) et Ben l’Oncle Soul ont déjà joué le jeu. L’attaché de presse, qui te connait depuis des années et qui connait aussi ta bienveillance, te dis « pourquoi pas ? » Et il te rappelle très vite pour caler une date.

Le jour J, tu viens dans la maison de disque du chanteur (que tu aimes et que tu interviewes régulièrement). Et tu fais ton boulot. Tu as en face de toi un artiste qui répond à tes questions, le plus honnêtement possible. Certes, sans prendre de gants. Il répond à la hussarde, mais toi tu es content. Tu n’aimes pas le consensuel. Mieux encore, tu aimes bien que le discours ne soit plus formaté, franchisse les lignes. Ça fait du bien. Et ça te change. Dominique A te balance des trucs un peu « hard » (avec le sourire) sur certains artistes que tu aimes beaucoup, mais tu t’en fous. Tu trouves que c’est bien qu’un chanteur s’exprime sans langue de bois, même si tu n’es pas d’accord. Tu estimes que l’opinion de l’autre n’est pas moins bonne que la tienne. Tu es tolérant. Et tu penses que les autres le sont aussi.

Ben non. Quel naïf tu fais!

Les autres, ils n’aiment pas qu’on piétine leurs idoles.

Et tu constates que tes confrères ont lu ton interview. Au moins un en tout cas. Et puis d’autres (les sites "people" les moins regardants sur la déontologie professionnelle) qui copient sur lui sans lire l’article original (,, là, là, et, par exemple). D’autres qui reprennent des extraits sortis de leur contexte. Évidemment, ça fait un peu plus mal.

Tu t’étonnes du bad buzz qui survient (le deuxième de ta carrière après celui-là). Tu ne fais pas ce métier pour ça. Tu fais ce métier pour mettre en avant les artistes, par pour les nuire.

Alors tu espères que Dominique A ne t’en voudra pas et qu’il continuera à te faire confiance. Parce que tu n’as pas envie de ne plus le rencontrer. Tu l’aimes bien Dominique A. Quoiqu’il dise, même s’il critique les chanteurs que tu aimes. La franchise est une valeur que tu apprécies (même si tu ne l’appliques pas toujours).

Voilà donc cette fameuse interview. A vous de vous faire une opinion.

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Pendant l'interview le 16 avril 2015, dans les locaux de Cinq7.

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Après l'interview...

27 mai 2015

Daniel Bélanger : quand une star québécoise vient chanter en France...

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Daniel Bélanger est un song writer  québécois que j’admire depuis son premier disque (sorti en 1992). Je ne l’ai jamais lâché tout en regrettant que la France passe à côté de cet artiste hors pair et singulier. Alors qu’il est une énorme star dans son pays, cet auteur-compositeur-interprète au charisme fabuleux, magnétique est venu nous montrer son talent les 16 et 17 avril dernier aux Trois Baudets pendant deux soirées pour le moins étincelantes. On a apprécié un artiste qui sait habiter la scène en solo, en musique comme en monologues humoristiques. Une voix extraordinaire (aux multiples possibilités), une guitare blues, des textes aussi profonds que déchirants. La claque. Non, mais la vraie claque.

A l’issue de son concert du 16 avril 2015, Daniel Bélanger s’est assis à ma table.

Deux hommes, quatre bières… une mandorisation.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorBiographie officielle (assez longue et pourtant sacrément raccourcie):

En 1992, Daniel Bélanger lance une petite bombe dans le paysage musical québécois, Les insomniaques s'amusent. Avec sa poésie débridée, ses mélodies ciselées, le premier album de Daniel Bélanger séduit rapidement un large public et extasie la critique. L'année d'après, avec une tournée depuis sacrée historique, avec des ventes qui filent allègrement vers les 175 000 exemplaires et le Félix de l'album pop-rock de l'année en poche, l'auteur-compositeur interprète occupe déjà une place toute spéciale dans le cœur des Québécois.

Pendant qu'il continue de récolter les trophées, Daniel Bélanger cogite Quatre saisons dans le désordre, qui paraît en 1996. La palette sonore s'élargit, les textes sont chaque fois bourrés d'invention. Les récompenses pleuvent et les ventes s'affolent (album certifié platine).

1998: Daniel Bélanger choisit pour un temps de voyager «Seul dans l'espace». La tournée ainsi nommée connaît un immense succès et conduit à l'enregistrement d'un album atypique, Tricycle (1999), composé d'extraits de spectacles captés à différents moments de sa carrière.

2000: Erreur d'impression (Coronet Liv), un recueil de 150 historiettes amusées, flirtant avec l'absurde, fait le bonheur de ses fans.

Avec l'album Rêver mieux, lancé en octobre 2001, le créateur s'approprie de façon ludique et inspirée les sonorités électro. Une fois de plus, le public est au rendez-vous (album certifié platine) et la moisson de prix époustouflante.

Daniel Bélanger fait aussi quelques incursions réussies dans le registre de la musique de film et en daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorsurprend plus d'un, en 2003, avec un objet d'art non identifié appelé Déflaboxe, plongée poético-musicale dans l'esprit d'un pugiliste (payé pour perdre).

L'album L'échec du matériel, paru en avril 2007, marque une nouvelle étape dans le parcours d'un artiste qui ne réapparaît jamais tout à fait là où on l'attendait. Un album ancré comme jamais dans les préoccupations et les quêtes de ses contemporains, qui va donner lieu à une tournée d'une centaine de dates avec musiciens, auxquelles s'ajoutent une quarantaine de spectacles en solo.

Paraît alors Joli chaos, en novembre 2008, une compilation étayée de quelques inédits.

De nouveau tenté par l'aventure littéraire, l'homme aux vingt-deux Félix fait un pas de côté avec Auto-stop (Les Allusifs), un «roman-chanson» racontant l'histoire d'un jeune homme de 19 ans qui traîne son mal-être sur les routes d'Europe.

Le dernier album en date de Daniel Bélanger s’intitule Chic de ville, irrésistible virée sur les routes d'une Amérique intérieure. L'album, en partie enregistré au Blackbird Studio de Nashville, Tennessee.

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daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorInterview :

En France, les amateurs de chansons francophones vous connaissent bien, votre carrière au Québec est spectaculaire, mais le grand public d’ici ne vous connait pas. Vous en êtes chagriné ?

Je ne sais pas trop comment je suis considéré en France, mais j’imagine que beaucoup ne me connaissent pas et cela m’importe peu. J’ai fait beaucoup d’effort pour accroitre ma notoriété au début de ma carrière, puis très vite, je n’ai pas insisté. Mon premier et mon deuxième album ont été distribués ici, mais n’ont pas bien marché. Ma maison de disque n’a rien fait pour me pousser à venir chez vous et moi, j’ai laissé faire les choses. Tout cela n’est pas bien grave.

D’autant que dans votre pays, ça marchait très bien.

Je n’avais donc pas le feeling d’insister ailleurs. Pendant longtemps, mon succès québécois m’a suffi parce que ça m’a beaucoup occupé. Je voulais avoir une vie « confortable ». Ne pas vivre uniquement pour la musique. J’ai eu des enfants et je souhaitais profiter au maximum de ma famille. La musique et le spectacle, c’est très intense, mais la famille aussi. Maintenant que mes deux filles sont grandes, j’ai plus de temps et du coup, plus d’idées et d’énergie pour les réaliser.

Daniel Bélanger - Sèche tes Pleurs from Audiogram on Vimeo. (J'ai découvert Daniel Bélanger avec cette chanson... j'ai adoré immédiatement).

Au Québec, vous êtes une véritable star multi-récompensée, raison pour laquelle je m’étonne que nous connaissions d’autres québécois moins « titrés » que vous. Je ne comprends pas pourquoi on connait plus Richard Desjardins que Daniel Bélanger.

Je ne suis pas très people, je ne donne pas beaucoup d’entrevues, mais il y a toujours du monde dans les salles et les gens me donnent de l’affection. J’en suis très fier. Ces derniers temps, j’ai ressenti un besoin intense d’aller voir les français, je ne sais pas trop pourquoi.

Ce soir, j’ai adoré votre show guitare-voix. C’était gigantesque, je ne sais pas comment vous faites pour transcender votre public ainsi…

On reconnait une bonne chanson, si elle est bonne en guitare-voix. Après, on peut la jouer n’importe comment, elle restera bonne. Il m’arrive de jouer aussi avec des musiciens, souvent même, mais j’adore cette formule simple et efficace. En France, je voulais que le public entende mes textes sans fioriture autour.

"La folie en quatre" en duo avec Pierre Lapointe sur Radio Canada en juillet 2014.

La jeune génération des artistes québécois vous adulent. Pierre Lapointe (mandorisé là) comme Ariane Moffat par exemple.

(Rire) Je sais, mais ça me donne un coup de vieux. Ariane, qui a été ma choriste et musicienne de nombreuses années, m’appelle son mentor. Quant à  Pierre, il m’a dit un jour qu’il prenait exemple sur moi dans la manière de faire les choses de ce métier, notamment dans la diversification. Tout comme moi, il est pluridisciplinaire et extrêmement créatif. Je suis très fier que ces artistes si talentueux se réclament un peu de moi. C’est valorisant, il ne faut pas le cacher.

Certaines de vos chansons montrent de vous un côté fortement barré quand même.

Ma culture, c’est la poésie et la technique du parolier.

La technique du parolier ?

La technique du parolier, c’est de développer un contact avec celui qui entend, alors que le poète se contente de lancer son cri. Moi j’aime les deux. Je m’amuse à sortir des sentiers battus parce que je trouve que la vie ordinaire n’est pas réjouissante et qu’elle est même contraignante. Alors, j’invente d’autres vies. Pas vraiment ordinaires et lisses.

Meddley de quelques succès de Daniel Bélanger : "Dans un Spoutnik", "Opium", "Fous n'importe où", "Rêver mieux" (une de mes chansons préférées du monsieur) et "Reste", version "Star Académie" Québécoise en 2012.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorVous cultivez le goût du mystère. Par exemple, je sais que vous n’aimez pas les interviews. Vous n’aimez pas que l’on creuse pour voir ce qu’il y a derrière vos chansons.

Il y a des façons de creuser. Creuser en trois minutes sur un plateau de télévision entre deux annonces de lessive ou creuser comme nous le faisons là, tranquillement. Je préfère la deuxième proposition. C’est très rare que l’on puisse parler de notre métier sur la longueur quand on est en entrevue. Je n’aime pas dire des généralités, je veux prendre mon temps pour développer, c’est tout. Et surtout, je donne des entrevues quand j’ai du travail à présenter et uniquement à des gens que l’on m’a recommandé.

Ce soir, j’ai vu un musicien de blues.

Parce que je le suis. Je suis content de vous l’entendre dire, parce que j’ai toujours considéré que je faisais du blues, avec une influence « chanson » très forte. Le public québécois est assez blues. C’est un peuple qui a souffert, qui est en Amérique et qui a donc des affinités avec cette musique. Il y a une nation de blues, une nation de tristesse. Nous avons des chansons traditionnelles qui sont très tristes et qui s’apparentent aux blues.

La majeure partie de vos chansons sont tristes ou graves.

Oui, c’est vrai, mais il y a toujours un angle pour essayer d’entrevoir la lumière. Au Québec, nous avons une approche de la vie qui fait que même si on a plein de soucis, la lumière finit toujours par arriver.

Entre les chansons, vous déridez l’atmosphère avec des monologues amusants.

J’aime jouer avec le public en le déridant après une chanson un peu triste. Ca désamorce et ça amorce. J’aime bien les chutes de températures.

Daniel Bélanger "Tu peux partir" from Audiogram on Vimeo.

Comment êtes-vous considéré au Québec ?daniel bélanger,trois baudets,interview,mandor

Pendant longtemps, j’ai été un chanteur que l’on classait dans « la relève ». Ça a duré très longtemps, je bossais comme un fou, j’ai rencontré beaucoup de succès, j’ai été reconnu de mes pairs… aujourd’hui, j’ai l’impression que je suis un vieux de la vieille. Nous ne sommes plus trop nombreux actifs de ma génération.

Il reste qui de votre génération ?

Il y a Jean Leloup et je ne vois trop qui d’autre. Il n’y en a vraiment pas beaucoup.

Qui vous inspire ?

Jeff Buckley par exemple. Et comme je suis le plus jeune d’une famille de cinq enfants, j’ai été influencé par la musique de mes frères. Ils écoutaient beaucoup de musique british comme Joe Cocker ou Led Zeppelin. Très rock donc. Et par ma mère et mes sœurs, de la chanson française comme Serge Reggiani ou Georges Moustaki.

C’est amusant parce que cela se ressent dans votre musique.

Je suis blues rock avec une sensibilité chanson, en effet.

Vous êtes en train de préparer un nouvel album.

J’ai déjà neuf chansons de prêtes. Je vais me mettre à travailler là-dessus sérieusement en mai-juin. Le disque devrait sortir cet automne au Québec. 

Daniel Bélanger - Étreintes from Audiogram on Vimeo.

Je sens chez vous une force et une fragilité à la fois.

C’est marrant, on ne m’a jamais dit ça. On n’a jamais osé. On me parle de ma force parce que je suis un grand gaillard, mais pas de ma fragilité. Alors, que vous avez raison, je suis comme ça, en vrai.

J’adore votre voix. Quand elle s’envole vers les aigus, je frissonne.

J’étais un fan des Rita Mitsouko. La voix de Catherine Ringer se démarquait des autres voix françaises féminines. J’aime ce genre de voix-là, celles qui poussent. Moi, j’ai appris à chanter avec un micro. Toutes les nuances de ma voix, c’est un peu un jeu avec mon micro. Bon, je vous avoue qu’aujourd’hui, il faut que je fasse avec les réalités de l’âge. Je perds des hautes, alors j’essaie d’être créatif pour compenser.

Être sur scène, est-ce un combat ?

Il faut juste s’en tenir à quelque chose de vrai. Et s’en tenir à quelque chose de vrai, c’est déjà un petit peu suspect. Avec des effets de voix, je sais que je vais chercher le public, mais j’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène, ce qui est certain, c’est que j’ai du plaisir, mais que je ne me repose pas.

Il y a eu deux « standing ovation »ce soir, j’imagine que vous n’y êtes pas insensible.

Pour moi, c’est une récompense, c’est précieux.

Daniel Bélanger "Reste" from Audiogram on Vimeo.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorPourquoi chantez-vous ?

Pour gagner ma vie (rires). Bon, pas seulement. C’est un métier très valorisant. Mon père était un autodidacte. Il a appris seul le piano et la guitare. Quand on faisait des fêtes, en fin de soirée, on demandait à mon père de jouer. Il interprétait alors de vieux classiques paillards. Des chansons un peu « sexe », un peu « scato ». Tout le monde était émerveillé et content. Il était d’une telle générosité.

C’est en voyant votre père chanter que vous avez décidé de faire ce métier ?

C’est une influence, certainement. Je n’y ai jamais pensé… au fond, oui. C’est drôle, vous pointez là quelque chose que j’ai enfoui en moi. Parfois, les interviews, ça vaut bien une séance de psy (rires).

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Le 16 avril 2015, pendant l'interview...

23 mai 2015

Lisa Angell : interview pour sa participation à l'Eurovision de la chanson

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(©Donja Pitsch)

unnamed.jpgChanteuse à la voix exceptionnelle, authentique, sincère et généreuse, Lisa Angell a été choisie par France 2 pour représenter la France à l’Eurovision 2015. Extrêmement « fière et heureuse » elle s’apprête à vivre une expérience magique.Avec N'oubliez pas, chanson écrite par Robert Goldman, et 1er single de son nouvel album, c’est un message universel, un message de paix que la chanteuse adressera à toute l'Europe ce samedi 23 mai prochain en direct de Vienne.

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la France n'a pas brillé ces dernières années à l'Eurovision Song Contest. Espérons que la tendance s’inverse en 2015.

 

J’aime bien Lisa Angell. Quand j’ai été engagé par Olivier Bas pour être l’un des journalistes deLisa-Angell-(Cover-album-BD).jpg la défunte émission CD‘Aujourd’hui, elle a été mon premier « sujet ». Et je me souviens qu’elle était toute timide. Et pour cause, c’était sa toute première interview télé (ou toute première interview tout court). « Vous serez indulgent avec moi, promis ! » m’avait-elle dit. Je n’ai pas eu besoin de l’être. Elle avait assuré comme il le fallait.

Quand « on » m’a demandé de la rencontrer pour parler de sa participation à l’Eurovision et de son nouveau disque, je n’ai pas hésité. Lisa Angell excelle dans son domaine : la variété française populaire…

Le 11 mai dernier, je suis allé à sa rencontre dans les locaux de sa nouvelle maison de disque, SonyMusic.

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(©Donja Pitsch)

Lisa-Angell---Photo-Promo-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a quatre ans pour votre premier album… et là, vous sortez le quatrième. Un album par an ! Bon rendement.

J’ai un âge où on ne peut pas se permettre de prendre son temps. Le premier disque est sorti en octobre 2011 et on en a fait un chaque année depuis. C’était une volonté de mon ancienne maison de disque qui voulait absolument me faire connaître... Est-ce que c’était bien ? Je ne sais pas. Peut-être avons-nous fait trop vite les choses...

Vous venez de le dire, vous avez changé de maison de disque…

C’est bien parce qu’elle me laisse plus d’autonomies. Elle me permet de faire la musique j’aime vraiment. Elle me fait confiance et, donc, me laisse libre de mes choix. C’est très appréciable. Je tiens à dire qu’ils m’avaient contacté bien avant de savoir que j’allais faire l’Eurovision. Il y a de la part de SonyMusic une vraie volonté de travailler ensemble.

Vous avez été longtemps dans l’ombre, comment vivez-vous ce qui vous arrive depuis quatre ans.

J’apprends mon métier de « célébrité »… ça me fait bizarre. En même temps, je suis contente de parvenir à faire ma place à un haut niveau dans ce milieu.

Pour ce nouvel album, vous avez travaillé avec Robert Goldman, Patrick Fiori, Serge Lama, Jacques Veneruso.

J’ai rencontré Patrick Fiori sur l’émission consacrée à Charles Aznavour, Hier encore. Il m’a dit que j’avais une voix de dingue et qu’il souhaitait me faire des chansons quand un projet d’album d’inédits arrivera. Quand tel fut le cas, je l’ai appelé et il m’a présenté des personnes qui travaillent avec lui régulièrement dont Jacques Veneruso, Robert Goldman et Serge Lama. J’ai reçu des chansons de toutes ces personnes. Ils ont écrit pour moi. Certaines étaient un peu trop « généralistes » et n’étaient pas ciblées par rapport à ce que je voulais faire. Tous les auteurs compositeurs et moi nous sommes donc réunis en studio, entre nous. Ce n’est pas parce que je travaillais avec des pointures que je devais dire que tout était bien. Je ne suis pas une chanteuse « artifice ». Les textes sont primordiaux pour moi. On a beaucoup parlé et j’ai expliqué ce que je souhaitais réellement. On a échangé des idées, on a passé des moments intimes et ainsi, ils m’ont mieux perçu.

Et Serge Lama aussi s’est mis à votre service ?

Oui. C’est fou parce que Serge Lama, c’est ce monsieur que je vais voir à l’âge de 7 ans au Palais des Congrès. Je l’ai vu finir un concert à genoux, habillé tout en blanc et chanter « Je suis malade ». Un choc. En sortant de son concert, j’ai dit à mes parents que je voulais faire comme ce monsieur quand je serais grande. Ils m’ont dit « c’est ça, oui, oui ! » Aujourd’hui, voilà que je travaille avec ce grand homme de la chanson française. Les fées ne se sont pas bercées sur mon berceau, mais par contre, sur mon lit, depuis quatre ans, elles y vont à fond (rires).

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(©Donja Pitsch)

Peut-on dire que ce quatrième album est finalement votre premier vrai disque ?

Très sincèrement oui. Cet album est ce que je voulais faire à la base. Je ne renie pas le premier  que j’ai fait en 2011, mais il s’est fait dans une précipitation hallucinante. Je fais en juin « Les années bonheur » de Patrick Sébastien et en août, il fallait rendre un album… on ne pouvait pas faire des miracles, c’est pour ça qu’il y avait des reprises.

Dans celui-ci, il n’y a aucune reprise. Uniquement des chansons inédites. Vous vouliez que ces nouvelles chansons parlent de vous, mais qu’elles soient universelles en même temps.

Exactement. C’est la musique que j’aime et je l’offre aux gens avec toute mon intégrité. Cet album me ressemble à 100%. J’aime toutes les chansons sans exception. Toutes racontent des sujets que j’ai vécus ou que des proches ont vécus. Il n’y a pas de « Il était une fois », il n’y a que des histoires vraies.

Sauf « N’oubliez pas ».

Oui, sauf celle-là, en effet. Comme j’ai vécu en Chine et que j’ai affronté un typhon 15, j’ai vu des horreurs. Alors, quand j’ai reçu la chanson, je n’ai pas pensé à la guerre, mais elle m’a fait sens par rapport à ce que j’avais vécu. Je savais qu’elle allait être dans mon album…

Clip officiel de "N'oubliez pas".

Comment a-t-elle été choisie pour représenter la chanson de la France à l’Eurovision ?

C’est Robert Goldman qui est allé voir Nathalie André avec ce titre, sans me le dire. A ce moment-là, ce n’était qu’une maquette.

Vous n’avez eu aucun stress, du coup, puisque vous n’étiez pas au courant de la démarche de votre auteur.

Voilà. Et je trouve cela admirable de la part de Robert. Je rentre des vacances de Noël, début janvier, et il m’appelle pour m’annoncer que c’est moi qui représente la France à l’Eurovision. Pour moi, cette nouvelle était hallucinante. C’est un vrai conte de fée.

J’imagine la pression que vous devez avoir… surtout avec les scores minables de la France lors des années précédentes.

Sincèrement, je n’ai pas pensé à ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis juste dit que mon rêve d’enfant était en train de se réaliser. En fait, tout se réalise… que se passe-t-il ? Parce que je n’ai rien attendu, quand on m’annonce que je représente la France à l’Eurovision, c’est comme si on m’annonçait que je gagnais l’Euro Millions. J’ai ressenti comme un feu d’artifice. J’avais le feu dans mon corps. Et puis, quand j’ai appelé papa qui a 87 ans pour lui annoncer la nouvelle, il n’en revenait pas. Depuis toujours, je disais à mes parents que je voulais faire l’Eurovision.

Les répétitions de Lisa Angell cette semaine à Vienne. La chanson avec la scénographie que vous verrez ce soir à la télévision lors de la cérémonie de l'Eurovision...

Lisa-Angell---Photo-Promo 2-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGVous regardiez les cérémonies à la télé ?

Je me prépare depuis petite à ce moment. Chaque année, je donne une feuille et un crayon à chaque membre de ma famille. On note les artistes. Moi, je mets une robe, je fais semblant de chanter pour représenter mon pays. A 16 ans, quand je vois Céline Dion remporter ce concours, je supplie mes parents d’envoyer une cassette à la production. Comme ils ne connaissaient personne, ils ne l’ont pas fait. Les choses arrivent quand on ne s’y attend pas.

Comment a réagi votre papa ?

Il a pleuré.

Quand je vous vois, là, j’ai l’impression que vous êtes zen.

Disons que je suis prudente. Je fais attention. J’ai cherché à me faire une place dans ce métier pendant des années et je n’y arrivais. Il y a des gens que j’ai essayé de contacter pendant des années sans y parvenir. Du coup, je me dis que l’on peut passer à côté de gens qui ont du talent pendant des années et un jour, les découvrir. Je me dis juste qu’heureusement que ce n’est pas trop tard pour moi. J’ai fait 30 ans de piano-bar et aujourd’hui, voilà ce qu’il m’arrive.

Bravo à Patrick Sébastien qui a été le premier à croire en vous. Il vous a fait passer dans ses émissions et il a même produit votre premier album.

D’autant qu’il a pris des risques. Je n’avais pas l’âge, ni le physique idéal pour lancer quelqu’un. Patrick est un vrai amoureux des artistes, il sait les reconnaître et ensuite les imposer et les défendre. Il a aidé beaucoup de gens qui n’avaient pas de profils « communs ». Dany Boon, Yves Jamait et moi par exemple.

Vous êtes encore en relation avec lui ?

Oui, bien sûr. Il est très heureux pour moi. Il trouve que je le mérite. J’ai appris que pendant deux ans, lui aussi, avait posé ma candidature pour l’Eurovision à France 3… toujours sans me le dire.

Avec vous, pour l’Eurovision, on revient à une chanson et une façon d’interpréter plus « traditionnelle ».

Oui, et je le revendique. Je suis très fière de cela.

Chanter devant 200 millions de téléspectateurs, vous le vivez bien ?

Tout à fait (gros éclat de rire). Je sais que je représente mon pays, mais en même temps, il faut que je parvienne à profiter de ce que je vais vivre. Je vais tenter de ne pas me mettre une pression terrible. Pour faire bien les choses, il faut prendre du plaisir. Je pense très sincèrement que la chanson est forte et qu’elle véhicule un message qui parle à tout le monde. Beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce titre. Je suis très fière de véhiculer ce message.

DSC00319.JPG

Après l'interview, le 11 mai 2015, chez SonyMusic.

20 mai 2015

Jérôme Attal : interview pour Aide-moi si tu peux

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(Photo : Astrid di Crollalanza)

Jérôme Attal est l’artiste le plus souvent mandorisé. Voici mon onzième entretien. Comme je le dis souvent, c'est toujours un réel plaisir d'échanger avec lui. Raffiné, cultivé, drôle, élégant… je suis très attaché à lui, mais également à son œuvre. Son écriture me touche comme aucune autre.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres,pour Le voyage près de chez moi et enfin pour Presque la mer.)

Le 14 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Aide-moi si tu peux.

jérôme attal,aide-moi si tu peux,interview,mandor,flammarionNote de l’éditeur :

Populaire, décalé, poétique : le premier polar de Jérôme Attal !

Il est toujours prêt à dégainer un bon mot comme certains brandissent leur revolver. Stéphane Caglia n'est pas un flic comme les autres. Pour échapper à la violence urbaine qui est son quotidien, il se réfugie dans les années 80 – les années de son enfance. Traqué par un tueur à la solde d'une mystérieuse secte, il va devoir enquêter sur la disparition d'une jeune fille, liée à une série de crimes. Tamara, dix-sept ans, postait sur Internet des reprises de chansons des Beatles. Là est peut-être la clé de l'énigme...
Jérôme Attal s'accapare les codes de l'intrigue policière pour signer un roman poétique, drôle, à la fois nostalgique et vivifiant, truffé de bons mots sur les relations amoureuses et de réflexions mordantes sur le monde d'aujourd'hui.

Auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de huit romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket.

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Interview :

C’est la première fois que tu vas sur le terrain du roman policier. Mais c’est un roman policier à la Jérôme Attal, c’est-à-dire pas du tout classique.

J’ai lu récemment dans Les Cahiers du Cinéma une interview d’Howard Hawks, le réalisateur du film Le Grand Sommeil. Il racontait qu’il ne s’était pas soucié de la logique et au final, ça a fait un film génial. Je ne me compare évidemment pas à lui, mais j’aime bien l’idée d’avoir écrit un policier dans lequel je sacrifie la logique des choses pour une jolie phrase. Il y a l’intrigue policière et l’intrigue dans la façon d’écrire. Cela m’amuse de m’accaparer un genre littéraire et de « l’arranger » à ma sauce. J’aime beaucoup Richard Brautigan. Il a notamment écrit Un privé à Babylone qui est un roman policier qui n’a rien à voir avec un roman policier. Ça me plaisait de marcher sur ses traces-là.

Ton flic à la quarantaine et il est complètement déphasé par rapport à son époque.

Il trouve que la société est déliquescente et il reste bloqué dans les années 80. On reste toujours bloqué dans les années de son enfance, les années où on se sent protégé. Mon flic a Corinne Charby comme sonnerie de portable…

A ce propos, ton flic n’a pas de chance en amour…

Ça m’a amusé que la seule fille qu’il rencontre et avec qui ça va être éventuellement possible, n’aime pas les années 80. Elle trouve la culture et la société de cette période horrible. Elle lui dit que ça représente  le début du Sida, la guerre Iran Irak,  le sacre de Bernard Tapie… Donc, lui, il perd tous ses moyens. Dans ce roman, il y a plein de de ressors de comédie qui me plaisaient et me permettaient de développer mon univers personnel.

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Il y a encore les Beatles dans ton livre.

Tu le sais, ils sont ma référence musicale absolue. Je les place donc dans chaque roman. Dans celui-ci, mon tueur est fan du groupe. Il chante quelques-unes de leurs chansons et les met ensuite sur Youtube. Puis, il zigouille ceux qui n’aiment pas ses prestations et qui l'expriment dans les commentaires. Il considère qu’on ne peut pas tout se permettre. Le flic également trouve qu’on ne peut pas tout se permettre dans la vie. Il a finalement un état d’esprit similaire au tueur.

Le flic, Stéphane Caglia, n’est pas tout blanc lui non plus. Il a appartenu à une espèce de secte, « les Souterrains Stellaires ».

Oui, les initiales, ça fait SS. Les Souterrains Stellaires, c’est un peu métaphorique. Ça veut dire qu’on n’arrive jamais vierge quelque part. On a toujours un wagon de casseroles que l’on traîne derrière soi et, même, qui nous poursuit. Le monde des souvenirs peut te poursuivre à la fois de manière triste et agréable, comme quand il pense à ses parents, et aussi de manière triste et agressive, comme quand les Souterrains Stellaires se rappellent à lui.

Quand j’imaginais Stéphane Caglia, je te voyais toi.

Ça veut dire que c’est un peu réussi, non ? Pour être franc, ce flic est un peu moins délicat que moi. Et il a une meilleure forme physique.

Tu aurais aimé être flic ?

Non, mais je trouve qu’il y a une analogie entre ce métier et le mien. Quelqu’un qui écrit veut intervenir. Quand quelque chose ou quelqu’un m’émeut, j’ai envie d’intervenir, mais pas physiquement, par le biais de l’écriture. Voilà, je trouve qu’il y a une similitude dans l’intervention.

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Récemment en concert... avec son livre.

Stéphane Caglia est courageux, mais il hésite souvent avant de mener une action coup de poing.

Tu as raison. Mais quand il se trouve devant quelque chose qu’il trouve indécent, qui le choc, il intervient sans se poser de question.

Sa partenaire, d’origine anglaise, Prudence Sparks, est jeune, belle, efficace… tout pour plaire, quoi !

Si je mets des filles dans mes livres, autant qu’elles soient jolies, non ?

Stéphane Caglia n’a pas une très haute opinion du monde dans lequel il vit.

Je suis comme le héros, je trouve que le monde est de plus en plus violent et que les gens deviennent déliquescents. Je trouve qu’il y a un laisser-aller comportemental. Ce que mon héros ne supporte pas, c’est vraiment l’indécence.

Tu n’as pas peur que casser les codes d’un genre littéraire agacent les lecteurs et les journalistes spécialisés?

Non, parce que j’ai des gens qui me lisent et qui semblent aimer ça. Je ne suis peut-être pas suffisamment académique pour susciter l’enthousiasme des gens qui décernent les prix littéraires. Je pense que mes livres sont trop divertissants.

Au bout de neuf romans, ce silence de la part des professionnels commence à bien faire, non ?

A partir du moment, où on me permet juste de faire le suivant, je suis déjà satisfait. C’est comme dans la chanson. Je n’ai pas la carte. A chaque fois, c’est un combat. Mais, j’y vais. Je suis assez souvent victorieux en plus.

Que te reste-t-il comme genre littéraire à explorer?

Le roman historique. Je n’y ai pas encore touché.

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Après l'interview, le 14 avril 2015.

18 mai 2015

Bilan du Prix Georges Moustaki 2015 : résultats, photos, vidéos et commentaires

prix georegs moustaki 2015,bilan,jules et jo,lise van deuq,interview

Quand on passe sa carrière professionnelle depuis près de 30 ans à défendre et mettre en avant des artistes français qui n’ont pas pignon sur rue/peu de visibilité/aucun média acquis à sa cause, on est content qu’un prix comme le Prix Georges Moustaki (à l’initiative de Matthias Vincenot et Thierry Cadet) existe.

Vraiment, grand coup de chapeau à Matthias Vincenot et Thierry Cadet qui ont imaginé ce prix et qui l'ont porté jusqu'au bout... pour la cinquième année consécutive. Il faut se lever et les applaudir à tout rompre parce qu’ils ne sont pas beaucoup aidés et ils font un travail démentiel. Citons tout de même Denis Collinot, le directeur du Festi’Val de Marne, qui permet que ce prix sans subvention depuis sa création puisse perdurer.

Il y a trois ans, j’ai accepté sans une seconde d’hésitation de faire partie du jury parce que je ne pouvais raisonnablement pas passer à côté d’un prix qui récompense l'album indé et/ou autoproduit de l'année.

Voir ici ma première participation et la seconde.

Précisons que cette année, la chanteuse Rose (mandorisée là) était la présidente du jury et que le groupe Archimède (mandorisé là) était parrain de la promotion 2015.

prix georegs moustaki 2015,bilan,jules et jo,lise van deuq,interviewDe plus, pour la troisième année consécutive, Thierry Cadet m’a proposé d’interviewer avec lui les artistes pendant les changements de plateau. Comme chaque année, on y va à l’impro (parce que lui et moi, nous nous voyons à peine une heure avant la soirée pour des raisons d’emplois du temps compliqués), avec les risques que cela comprend. Des moments de flottements peuvent survenir, mais des fulgurances aussi. Il y a eu un peu des deux ce soir-là. Le but n’est pas de gonfler les spectateurs présents dans la salle en faisant « je-connais-tout-de-toi-cher-artiste-et-je-vais-impressionner-la-galerie », nous sommes là pour faire patienter le public présent de la manière la plus divertissante et la moins chiante possible pendant les changements de plateau. C’est un exercice extrêmement difficile.

Voici un portfolio photographique (avec les vidéos des prestations scéniques)… et des commentaires fugaces, mais essentiels. Amen !

Je tiens à remercier tous les photographes à qui j'ai "volé" les photos. Notamment Marylène Eytier, dont vous pouvez découvrir le beau travail , Tristan Sébenne, dont l’œuvre photographique est visible ici, David Desreumaux qui parle de toute la chanson française sur son site, la passionnée Annie-Claire HilgaAnnaïck Forel qui présente ses merveilleux clichés et Thomas Bader.

Commençons par les deux créateurs du prix... Thierry Cadet et Matthias Vincenot.

prix georegs moustaki 2015,bilan,jules et jo,lise van deuq,interview

Les lauréats de cette année.

prix georegs moustaki 2015,bilan,jules et jo,lise van deuq,interview

A la sono.

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Les répétitions (avec Archimède).

prix georegs moustaki 2015,bilan,jules et jo,lise van deuq,interview

Souriez, vous êtes filmés!

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On vérifie l'image!

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Rencontre au sommet entre trois défenseurs de la chanson française. De gauche à droite : Michel Kemper (bientôt mandorisé) pour son site Nos Enchanteurs, David Desreumaux pour son site Hexagone et (attention la mise en abyme parfaitement égocentrique et prétentieuse) François Alquier pour son blog Les chroniques de Mandor.

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Le diable (qui ne s'habille visiblement pas en Prada) était présent. Pascal Nègre surveillait indirectement la cérémonie récompensant l'album indé et/ou autoproduit de l'année. "Paradoxal Système" chantait Voulzy...

prix georegs moustaki 2015,bilan,jules et jo,lise van deuq,interview

Quelques membres du jury, concentrés...

Au premier plan, Benjamin Petrover (I Télé), Rose (chanteuse et présidente du jury 2015) et Fred Boisnard (guitariste d'Archimède).

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Liz Van Deuq, la lauréate du Prix Georges Moustaki 2015, sous le feu de nos questions (hyper pertinentes, voire impertinentes, bien sûr).

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Les deux chansons de Liz Van Deuq.

"Au conservatoire"

"Des rides"

Quelques photos...

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Le Prix du Public a été attribué au trio Jules & Jo. Prix, à mon sens, largement mérité.

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Les deux chansons de Jules & Jo.

"Le roi de l'étang"

"Le pouvoir aux roux"

Quelques clichés de ce groupe vraiment décapant... voire provocateur. Voire poétique. Voire excellentissime. Pas reconnu à sa juste valeur.

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Interview de Cyprès, artiste d'un autre temps. Pas du XXIe siècle en tout cas. Il s'est trompé d'époque, alors, il fait ce qu'il peut. Et son "peut" et drôlement beau.

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Les deux chansons de Cyprès.

"C'est un pays".

"A jamais".

Cyprès avait le trac ce soir-là (selon ses dires), mais il n'en a rien paru.

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Quelques questions à Laurie Darmon (qui, après avoir été longtemps indépendante, poursuit désormais son chemin artistique avec le label Fontana du groupe Mercury Music Group). Elle a été mandorisée-là.

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Les deux chansons de Laurie Darmon.

"Rupture".

"Il est 6 heures du matin".

Et voyez comme elle irradie.

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Garance face à Thierry et moi. Nous la connaissons et l'apprécions tous les deux. Elle allie talent, générosité et gentillesse. Elle a été mandorisée il y a trois ans.

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Les deux chansons de Garance.

"Gare du Nord".

"Jour de poisse (je n'écrirai pas de chanson sur toi)".

Garance en live, ça donne ça! (Elle est accompagnée du brillant Tomislav, mandorisé ici et bientôt remandorisé, parce que son nouvel EP le vaut bien).

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Je connaissais peu Batiste W. Hamon. J'ai été conquis musicalement et textuellement. Et l'artiste est sympathique.

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Les deux chansons de Baptiste W.Hamon.

"Les bords de l'Yonne".

"Peut-être que nous serions heureux" (avec Alma Forrer).

A part son "look" qui ne correspond pas du tout à ce qu'il chante, son répertoire est absolument formidable. Sans pour autant renier son héritage folk/country, il écrit dans la langue de Molière comme une évidence. Jouant de sa voix frêle et éraillée, il évolue dans un registre poétique, à la mélancolie empreinte de réalisme.

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K! a reçu le Pic d'Argent l'année dernière lors du Pic d'Or, dont Thierry et moi sommes membres du jury. Donc, nous la connaissions. Une artiste aussi excentrique que géniale. Il faut la voir pour le croire. Elle est déjantée, provocatrice et très drôle. Et sait écrire de subtiles et merveilleuses chansons.

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Les deux chansons de K!

"C'que j'étais belle".

"La femme en boîte".

Magnifique K! Une chanteuse à part. Mais vraiment.

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Je me suis éclipsé pour laisser la place à Matthias Vincenot. Avec Thierry, il a interviewé les deux lauréats de l'année dernière. Robi (mandorisée là), prix du jury 2014 et Govrache (mandorisé ici), prix du public 2014.

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Ici, Thierry Cadet, les deux Archimède qui entourent Rose et Matthias Vincenot.

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Avant de révéler les noms des lauréats, Rose et Archimède ont chanté.

Deux chansons d'Archimède.

"Au marché des amandiers".

"Ça fly away".

Quelques photos de la prestation d'Archimède.

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Puis, vient le tour de Rose.

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Une chanson de Rose.

Ciao Bella.

Cette brune ne compte certainement pas pour des prunes.

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La remise du Prix du public à Jules & Jo.

La remise du Prix du jury à Liz Van Deuq.

Denis Collinot le directeur du Festi’Val de Marne, qui permet que ce prix sans subvention depuis sa création puisse perdurer.

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Quelques photos de la remise des prix.

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Prix du Public, Jules & Jo.

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Prix du Jury, Liz Van Beuq.

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Photo avec tous les finalistes.

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 Horscène présente un compte rendu de la soirée...

Liz van Deuq / Prix du Jury
Jules & Jo / Prix du Public
Prix Georges Moustaki 2015

Interview, images et montage : Thierry Cadet
©Horscene
http://www.lizvandeuq.com
http://www.julesetjo.be
http://www.prixgeorgesmoustaki.com
http://www.horscene.net

Bonus: Avant cette soirée, il y a eu deux réunions des membres du jury dans une salle de la Sorbonne afin de sélectionner les demi-finalistes.Voici quelques clichés de ces réunions...

Pour commencer, deux photos montages signées par la présidente du jury, Rose.

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En classe...

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With Jean-Pierre Pasqualini, Monsieur Télé Melody et Platine (mais aussi collègue du jury  du Pic d'Or).

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Selfie avec les deux Archimède et Thierry Cadet.

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Jean-Pierre Pasqualini, Patricia Espana et Benjamin Petrover, trois éminents membres du jury.

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Avec Stéphanie Berrebi, journaliste à FrancoFans (et amie. Surtout).

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Enfin selfie avec Matthias Vincenot et Michel Kemper (du site NosEnchanteurs).

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Pour finir, je tenais à vous montrer ce témoignage de Guilhem Valayé (Prix du Public 2013 avec 3 Minutes sur Mer et candidat de The Voice cette année) évoque le Prix Georges Moustaki lors d'un face à face réalisé par Merci Edgar (animé par Stéphanie Berrebi et Edgard) - avec aussi Tomislav (finaliste 2012). Je suis tellement d'accord avec Guillaume. Respect à vie à Matthias Vincenot et Thierry Cadet pour leur travail!

13 mai 2015

Francis Cabrel : interview pour In Extremis

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Francis Cabrel fait partie de mon panthéon personnel. Dans mon métier, c’est toujours un réel plaisir (assez jubilatoire, je dois dire) de rencontrer en tête à tête un artiste qu’on a aimé plus jeune (dont on a été « fan »).

Ce n’était pas ma première fois avec lui, certes, mais quand même… mon précédent rendez-vous avec le chanteur d’Astaffort, c’était à l’occasion de la sortie de Vise le ciel (un disque hommage appuyé à Bob Dylan dans lequel il reprenait quelques-unes de ses chansons en versions française). C’était le 10 septembre 2012 au Park Hyatt (voir là).

Pour la sortie d’In Extremis, son nouvel opus, je l’ai de nouveau rencontré. Le 18 mars dernier, Francis Cabrel m’a reçu à l’hôtel Raphael pour un long entretien. Voici le fruit de cette interview pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mai 2015). Ensuite, vous lirez le bonus mandorien (évidemment).

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francis cabrel,in extremis,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Décryptons certaines autres chansons. Dans "Les tours gratuits » vous  évoquez ces pères qui voient leurs filles, désormais grandes, s'éloigner irrémédiablement …

La maison se vide. Mes filles ainées sont parties et cela fait bizarre et c’est encore une autre vie qui commence. La vie sans les enfants, la vie avec, et de nouveau la vie sans. Heureusement, je vais toujours au manège, j’ai une troisième fille plus jeune.

« La voix du crooner » évoque la fin de la carrière d’un artiste, c’est ça ?

Oui, mais j’espère que ce n’est pas ma fin de carrière à moi (rires). Personne ne vous écoute plus, vous vous obstinez parce qu’il faut encore gagner sa vie, alors vous allez cachetonner tous les soirs dans un club. Je suis déjà rentré dans des clubs où je voyais des chanteurs ou des musiciens jouer comme ça, avec un air malheureux. C’est toujours à la fois beau et pathétique. Ces artistes avaient des ambitions et ils ont renoncé petit à petit. Ce sont des endroits où les gens n’écoutent pas beaucoup. Ils mangent, discutent, regardent parfois distraitement l’artiste. Moi, j’écoute toujours l’artiste… mais je me rends compte que je suis un peu le seul.

Vous évoquez les nombreuses années de détention de Nelson Mandela dans « Mandela, pendant ce temps ».

Je ne peux m’empêcher de penser que j’avais déjà fait deux albums à 27 ans. Pendant ce laps de temps, j’avais vécu, grandi, voyagé… tandis que pendant 27 ans, quelqu’un était resté en prison sur son lit de camp dans un tout petit espace, privé de tout. Il est sorti de là sans rancune. Ça m’a toujours impressionné. J’ai été touché aussi par sa deuxième vie et, plus généralement, par le destin de cet homme unique qui a été déifié de son vivant.

Le teaser de "Mandela, pendant ce temps".

Dans certains de vos textes, il peut y avoir des double-sens. Dans « Pays d’à côté » par exemple.

C’est marrant que vous me parliez précisément de celle-ci, car c’est certainement la moins claire de tout mon répertoire. Elle est un peu ambiguë parce que je ne sais pas si j’ai voulu dire que l’orage menace et que le danger est juste dans le pays d’à côté, donc que le prochain pays en danger est le nôtre. Je pense que j’avais aussi l’intention de dire que c’est pire ailleurs et que nous, on a le temps avant de voir la guerre arriver. C’est une chanson engagée dans deux directions, mais je ne sais pas dans quelle direction elle est engagée le plus puissamment. J’ai laissé une place à l’interprétation de chacun.

Quand on a votre carrière, on a peur que le nouvel album ne soit pas suivit par le public ?

La carrière d’un artiste tient sur l’estime des autres, donc on ne peut préjuger de rien. On arrive à les convaincre, ou pas, chanson après chanson. Rien n’est jamais gagné, il faut toujours avoir cela en tête. Pour ne pas lasser les autres, il ne faut pas que je me lasse, moi. C’est pour cela que je cherche des sujets un peu inédits, que je me creuse la tête à chercher des formules de phrase les plus précises et belles possible.

On ne se lasse pas d’écrire des chansons d’amour ?

Je n’en ai pas fait tant que ça ces dernières années. Depuis, « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai », j’avais un peu évité ce thème que j’avais, à mon sens, trop développé. J’ai un naturel romantique, amoureux et quand je suis bien immergé dans ce sentiment-là, j’arrive facilement à écrire ce genre de chanson. Pour ce nouvel album, j’ai donc réécrit une chanson d’amour, « A chaque amour que nous ferons ». « Je l’aime à mourir », j’avais 25 ans, pour celle-là j’en ai 60… j’ai voulu vérifier si on parlait de la même façon d’amour à différents âges.

Et ?

On n’en parle pas de la même manière. C’est justement cette chanson qui m’a donné le plus de mal à écrire. Six mois, en tout. Quand je suis parvenu à la terminer, j’ai estimé avoir passé le cap le plus dur. Je pouvais travailler sur un album complet.

Teaser de "A chaque amour que nous ferons".

Êtes-vous impressionné par certains jeunes qui participent à Voix du Sud ?

Depuis 20 ans, je vois passer beaucoup de talents aux Rencontres d’Astaffort. Ils m’apportent beaucoup. Je prends d’eux la passion toujours intacte. Je rencontre des gens de 25 ans qui sont passionnés, motivés et je me vois à 25 ans, passionné comme eux, du coup, ça déteint sur moi. Je rentre à la maison, ça me donne envie de faire des chansons. Je me dis que je suis dans la même compétition et la même recherche.

En avez-vous repéré qui vous intéresse plus que les autres ?

Il y en a  beaucoup qui sont intéressants. Mais il est vrai que j’en suis un de près. C’est Benoit Dorémus. Il est venu chez nous, il est revenu et là on se voit fréquemment pour travailler. C’est quelqu’un qui écrit de façon très originale, très humoristique, très pointue, très observée. Il est l’égal d’un Vincent Delerm ou d’un Thomas Fersen. Il fera d’ailleurs toutes mes premières parties lors de ma tournée de l’automne 2015.

Teaser pour "Partis pour rester".

Pour finir, parlons de la scène. Vous repartez à la rencontre de votre public l’automne prochain. Vous avez hâte de revenir ?

Bien sûr. Je tiens tout de même à préciser que je ne dis pas spontanément, « j’ai hâte de revenir ». Je vais me préparer à revenir consciencieusement en faisant les choses bien sérieusement. Je vais chanter des nouvelles chansons panachées avec mon ancien répertoire, qui du coup, va un peu reverdir.

Cela doit devenir difficile de dresser la setlist, non ?

Ce qui est sûr, c’est que je vais sortir cinq ou six chansons d’In Extremis, mais c’est vrai que c’est compliqué. Ca va peut-être finir par faire deux ou trois répertoires selon les soirées. Je vais peut-être suivre le modèle de mon maître absolu Bob Dylan qui chante tous les soirs deux répertoires. Sans prompteur… il faut quand même le faire.

Il y a des chansons de Cabrel que vous ne pouvez pas ne pas interpréter ?

Quand on fait un répertoire de tournée, d’abord, on met celles que l’on ne peut pas enlever. « Je l’aime à mourir », « Petite Marie », « La corrida », « Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai », par exemple.

Vous est-il arrivé de faire le rebelle et de décider de ne pas en chanter une ?

Une fois, je n’ai pas chanté « Je l’aime à mourir ». Une seule fois et je vous assure qu’on m’en a fait la remarque pendant des jours. C’était idiot de ma part, parce que je les chante sans que cela me pèse et je suis content de les partager. Et les gens viennent principalement pour celles-là, je ne suis pas dupe.

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Après l'interview, le 18 mars 2015, à l'hôtel Raphael.

Photo d'ouverture du bonus mandorien, réalisée quelques jours après cette interview, à l'occasion de la remise des prix du 8e Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste, le 21 avril dernier.

10 mai 2015

Nadia Coste : interview pour Le premier

Nadia Coste NB 3.jpgJ’ai interviewé récemment l’auteure jeunesse Nadia Coste pour son nouveau roman, Le Premier (pas vraiment à mettre entre toutes les mains des plus jeunes, je trouve). Je dois dire qu’il n’est pas de tout repos. Rebondissements en cascade et scènes sanglantes à profusion. Sacrément passionnant en tout cas pour qui aime les romans d'aventure rondement menés.

J’ai chroniqué ce livre pour Open Mag (le journal offert dans les Fnac de France) daté du mois d’avril 2015 et je l’ai questionné pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de mai 2015.

L’auteure :

Moyenne à l’école malgré son imagination débordante, elle délaisse les livres jusqu’à ses dix-huit ans, année où elle découvre les littératures de l’imaginaire. Le déclic se fait alors, et ses propres histoires commencent à mûrir. En 1998, elle s'autorise enfin à coucher ses histoires sur le papier.

Six ans et neuf versions plus tard, le premier volume de Fedeylins est publié chez Gründ.

Après la parution des trois tomes suivants, la tétralogie est complète. Nadia se consacre alors à d’autres univers pour les plus jeunes, dont la trilogie Les Yeux de l’Aigle à destination des lecteurs de 8 à 12 ans, publiée entre 2012 et 2013 chez Gründ.

Elle est membre de CoCyclics, un collectif de jeunes auteurs qui s’entraident pour améliorer leurs manuscrits grâce à la relecture critique, où elle sévit sous le pseudonyme NB.
Elle est également membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse.

Mon article pour Open Mag :

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Mon interview pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc :

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Une question bonus:

Vaïn doit notamment se débarrasser d’êtres maudits. Mais ces êtres maudits sont des enfants. N’avez-vous pas eu du mal à écrire ces scènes ?

Mon éditeur m’a dit qu’il ne pensait pas qu’une mère de famille pouvait écrire ce genre de scène. Dans l’écriture, le gros avantage d’aller dans l’extrême, c’est que l’auteur extériorise sa violence intérieure. Si mes enfants m’énervent, ils seront préservés de cette colère-là. Françoise Dolto disait qu’une mère normale avait envie de passer son enfant une fois par jour par la fenêtre. Ecrire permet d’évacuer ses pulsions meurtrières en toute légalité (rires).

07 mai 2015

Franck Calderon et Hervé de Moras : interview pour La prétendue innocence des fleurs

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorFranck Calderon et Hervé de Moras sont amis d’enfance et complices d’écriture depuis le collège. Et, coïncidence, ce sont aussi mes amis d’enfance. Nous nous connaissons depuis l’âge de 7 ans. Et nous étions très proches (nous le sommes d’ailleurs toujours).

Il y a trois ans, Franck m’annonce qu’il vient de finir un roman avec Hervé. Je jubile. Connaissant les deux hommes depuis toujours, je trouve qu’unir leur talent n’est pas une mauvaise idée. Franck écrit des scénarios pour des films et des téléfilms, il sait y faire pour aller droit à l’essentiel… et je connais sa foisonnante imagination. Hervé est un esprit vif avec un sens inné de la répartie. Lui aussi déborde d’imagination. De plus, il écrit superbement (il est enseignant, c’est la moindre des choses).

Quand ils m’ont fait lire la première mouture du roman, je n’en revenais pas. J’avais peur d’être déçu et de devoir leur dire. J’avais peur de manquer d’objectivité aussi. Mais non, j’ai été impressionné et j’étais certain qu’ils tenaient là une histoire en béton (mauvaise expression quand le thème central sont les fleurs…)

Ils ont du talent les salauds !

Je leur ai fait part de quelques réflexions, sur le rythme notamment, mais franchement, en l’état, le roman se tenait parfaitement. Il ne leur restait plus qu’à parvenir à être publié.

Ce qui est fait, chez Scrinéo. Et le livre sort aujourd’hui. Et j’en suis très fier. Parce que c’était eux, parce que c’était moi et que c’est un sacré bon roman.

Je tiens à dire que je ne le dirais pas si je ne le pensais pas. Question de réputation à garder encore un moment…

La prétendue innocence des fleurs, est un texte percutant où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent, sur fond d’un jeu de pistes lié au langage des fleurs conduisant à un dénouement inattendu.

Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

Voici quelques réactions bloguesques :

Lue et approuvée par Blabla mia.

L'écrivain bestseller Grégoire Delacourt a beaucoup aimé également.

Le 21 avril dernier, chez Franck, nous avons profité d’un passage d’Hervé (qui habite à Nîmes) pour nous réunir et parler de ce livre. Conversation entre trois potes, mais en restant professionnels tout de même (un peu). In vino veritas...

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorL’histoire :

Le bouquet était prêt : Cinq iris mauves, cinq lys blancs et deux jacinthes sauvages. Dans quelques heures à peine, il serait livré au cabinet du juge d’instruction Marc Ferrer, plongé dans la plus importante affaire criminelle de sa carrière.

Pourquoi ce bouquet ? Que signifie cet énigmatique jeu de piste qui le conduira, de bouquets en bouquets, de Paris à Venise, en passant par Nîmes ? Et pourquoi ce langage des fleurs, réminiscence d’un amour fou disparu huit ans plus tôt ?

Une brèche s’ouvre cachant un incroyable secret.

La Prétendue innocence des fleurs est un roman inclassable où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent pour tenir le lecteur en haleine jusqu'au dénouement.

Ce qu'en pense le directeur du Festival Polar de Cognac, Bernard Bec:

Comme pour un feuilleton, les deux auteurs baladent les lecteurs dans différentes histoires centrées essentiellement sur un même personnage. Plusieurs pistes nous sont proposées, et perso, je n'ai pas choisi la bonne. Un must !

Un premier avis de blogueuse.

Les auteurs :franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor
Franck Calderon est producteur et scénariste de télévision et a produit ou écrit de gros succès d’audience pour les principales chaines.
Il a été à la tête de la production à TF1 Production. Il a supervisé notamment les séries R.I.S et Interpol.

Hervé de Moras, lui,est enseignant.

C’est dans l’enfance qu’ils puisent la complicité nécessaire, ciment de leur écriture à quatre mains. Ce style « Calderon de Moras » est ainsi d’un genre inclassable mais addictif (pour l’aspect thriller), et féminin (pour l’aspect sentimental). Leur prochain roman est en cours d’écriture.

Le teaser du livre.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorInterview :

Contre toute attente, vous entrez dans le monde des auteurs de polar. 

Hervé de Moras : C’est étrange parce que j’estime que nous ne sommes pas dans un genre précis. A la base, nous ne voulions pas écrire un polar, mais il semblerait, selon les professionnels,  que nous appartenions désormais à cette catégorie

Franck Caldéron : Enfin, disons que nous voulions écrire un thriller, mais avec une dimension humaine. Nous ne sommes pas partis d’une intrigue polar, ni d’une intrigue amoureuse, nous sommes partis d’un parcours initiatique. Aujourd’hui, dans le roman, il y a donc ce parcours, mais aussi une histoire d’amour et une vraie intrigue judiciaire

Hervé : Moi clairement, j’avais plus dans l’idée d’écrire une histoire d’amour romantico-psychologique. Les cadavres, ce n’est pas mon truc. Les gens criblés de balles, on ne sait pas qui est l’assassin… ça ne m’a jamais intéressé.

Tu es le romantique du duo, quoi !franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Hervé : Voilà, c’est ça (rires). En fait, le polar n’est pas du tout mon univers. J’avais juste  balancé à Franck quelques ingrédients que je voulais voir apparaître dans l’histoire. Un type égaré dans un cimetière, un jeu de piste… et je voulais même faire un clin d’œil au Grand Meaulnes, un de mes romans préférés quand j’étais adolescent. Au début du livre, la rencontre est très Grand Meaulnes. Un type qui tombe en panne, qui arrive dans un château alors qu’un bal s’y déroule… Quant à Franck, lui, très vite, il a eu ses impératifs d’efficacité et de rythme. Il a amené la manière de tendre le récit. Il me disait : « C’est bien joli, mais qu’est-ce qu’il va se passer à ce moment-là ? Pourquoi tel personnage ? Quel sera le rebondissement à tel moment ? » C’est comme ça que l’on a tissé notre écriture. Nous sommes vraiment complémentaires. Ce n’est pas une façon de parler.

L’un et l’autre, en genre littéraire, vous étiez aux antipodes, finalement ?

Franck : Non, nous ne sommes pas aux antipodes, c’est excessif de dire cela. Quand on avait treize ans, déjà, nous écrivions des maximes et des pensées. On a quand même un univers commun. Hervé est plus classique que moi, mais classique dans le bon sens du terme. Non parce que quand tu dis « classique », certains entendent « chiant ». Nous avons deux approches de la littérature et de l’écriture un peu différentes, mais qui s’enrichissent. Nous sommes d’accord sur le fond. Il faut donner au lecteur à la fois un divertissement et une vraie et belle histoire. Ce qu’il y a de plus important dans notre écriture commune, c’est la grande part de mystère.

Hervé : Ce qui est fou, c’est que nous n’avons jamais été en conflit sur ce qu’il fallait écrire ou sur les orientations que l’on prenait. C’est une collaboration aussi profonde que naturelle.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorQui est à l’origine de quoi dans ce roman?

Hervé : C’est tellement imbriqué qu’il est impossible de répondre à cette question. Je peux juste te dire que le langage des fleurs, l’idée du jeu de piste floral, c’est plutôt ma composante romantique, mais ça ne fait pas l’histoire.

Le langage des fleurs comme base de jeu de piste, quelle trouvaille ingénieuse !

Hervé : C’était juste une réponse à un problème. A savoir : comment laisser un message codé sur une tombe ? En plus, un message qui soit visible par tout le monde, mais qui s’adresse à une personne en particulier… et que personne n’enlève. Mais cette histoire, je te jure, on l’a construite de toute pièce ensemble.

Il y a beaucoup de références dans ce livre. Sur les fleurs, sur la musique ou sur l’aspect judiciaire des choses. Tout est rigoureusement exact ?

Franck : Tout est extrêmement documenté. Tout ce que l’on raconte sur le métier de juge d’instruction, par exemple, est vrai. On a fait lire le roman à un procureur pour qu’il nous précise des choses et qu’il valide ce qu’on en dit. Concernant le langage des fleurs, nous sommes allés chercher les meilleures références sur la question. Tout ce qui est dit sur la musique, sur la vie de Ravel, est authentique. Pour être crédible, c’était important de ne pas raconter des choses fausses.

Il y a plein d'évènements mystérieux autour de votre roman, des coïncidences étonnantes…

Hervé : La première coïncidence, c’est qu’à l’époque, je travaillais près du cimetière où se déroule l’histoire originelle. J’allais me balader parfois dans ce cimetière entre midi et deux, pour m’imprégner des lieux et trouver l’inspiration. Quand on a décidé qu’il fallait trouver la tombe d’un botaniste, j’ai décidé de partir à la recherche d’une tombe qui pourrait nous inspirer. J'ai rapidement été attiré par une chapelle au fond du cimetière. Quand je me suis approché de cette tombe, j'ai vu qu'à l'intérieur une plaque indiquait : Julien Callas, inspecteur des eaux et forêts. J’appelle Franck pour lui dire. Il descend à Nîmes et vient avec moi au cimetière. Je lui demande d’essayer de trouver la tombe que j’ai choisie. Il la trouve du premier coup, alors que le cimetière est aussi grand que plusieurs terrains de football. Le soir, chez moi, on tape le nom de ce Julien Callas et on découvre avec stupeur que ce type-là a écrit un livre, non pas sur le langage des fleurs, comme dans notre roman, mais sur la flore locale… Fort curieuse coïncidence !

Il y a aussi une histoire avec un morceau de musique de Ravel…franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Franck : Dans l’histoire, nous avions aussi besoin de la tombe d’une pianiste. Nous nous apercevons que Marguerite Long, qui est une grande concertiste, est enterrée à Nîmes dans le même cimetière que Julien Callas. On décide donc de prendre sa tombe comme modèle. Il se trouve que pour l’histoire, on avait choisi au préalable un morceau de Ravel qui est récurrent dans le roman. Bien après, nous nous sommes aperçus que Ravel avait dédié le concerto en sol à Marguerite Long et qu’elle avait été la première dans le monde à le jouer. C’est quand même bizarre…

Hervé : Très vite, nous sommes retrouvés avec un botaniste qui existait et une pianiste qui existait aussi. A partir de là, il y a des fils qui se sont tirés et attirés naturellement. Le filon s’est imposé à nous. Assez tard dans l’écriture, la réalité a alimenté la fiction. La clef de notre énigme est cachée dans la réalité, la réalité de cette base, à savoir la botanique, la musique, Ravel… mais je ne veux pas en dire plus.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

Est-ce que ces « coïncidences » vous confortent dans l’idée que ce livre a été créé au-delà de votre volonté ?

Hervé : Ça nous a donné le sentiment que les choses nous dépassaient. J’ai toujours pensé que l’homme ne créait jamais rien, qu’un poète, un musicien ou un écrivain découvrait juste  les choses. C’est tout à fait différent comme approche. C’est comme un chineur qui cherche dans une caisse et qui trouve un bel objet.

Franck : Tout a du sens. Les choses ne se font jamais au hasard.

C’est quoi pour toi un polar, Franck ?

Franck : C’est un genre, mais surtout un vecteur. Avec une histoire policière, tu peux tout raconter. Tu peux raconter des choses aussi horribles que sublimes, des drames shakespeariens, des histoires totalement romanesques. Le polar est un vecteur qui te fait rentrer dans l’âme humaine. Quand quelqu’un tue quelqu’un d’autre, c’est avant tout une histoire humaine.

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Le 5 mai 2015, première signature à la librairie Tessier à Nîmes. 

Qui a décidé d’écrire ce livre ?

Hervé : L’idée vient de Franck. Nous étions au comptoir d’une bodega. Je ne te cache pas que nous étions déjà  fortement alcoolisés. C’est là que nous nous sommes promis d’écrire ensemble. Lors de cette soirée, on a jeté des idées de sujets, mais je peux te dire que le livre qui existe aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec les propositions de l’époque. Pour nous, ce roman est tout sauf un truc figé que l’on remplit comme un livre de coloriage. Il était en mouvement permanent. C’est en tout cas, une formidable aventure humaine.

Je suis à la fois fier et impressionné que vous ayez réussi à mener à bien ce projet littéraire…

Franck : J’ai toujours eu une sorte d’admiration pour les capacités d’Hervé à avoir des fulgurances et à comprendre certaines choses qui ne m’étaient pas accessibles facilement, voire qui m’étaient inaccessibles. Quand je travaille avec lui, j’ai l’impression d’être plus intelligent. 

Hervé : Je crois surtout qu’il y a beaucoup de respect entre nous. Du coup, quand l’un de nous lance une idée, elle est toujours respectée. On considère que ce qui a été dit est intéressant et digne d’être dit. Parce que l’on se connait, on sait que ce n’est pas une idée en l’air et que ça part forcément de quelque chose de profond.

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Avec Franck et Hervé, un mois avant l'interview... une soirée de retrouvailles.

Et j'espère vous voir mardi prochain...

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