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30 mai 2015

Daguerre & Bertille : interview pour leur premier album commun

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Daguerre et Bertille chantent le couple (mais dans ce qu’il a de moins évident), sur des rythmes accrocheurs et des mélodies entraînantes. « Une dizaine de titres pour une balade dans les méandres de l’amour, du coup de foudre à l’absence, de la routine conjurée avec drôlerie au portrait du blaireau » explique le dossier de presse. En duo ou en solo, les deux voix se marient avec bonheur dans une pop délicieusement bricolée. Le duo est venu me rendre visite le 21 avril dernier. Pour Olivier Daguerre, c’était un retour à l’agence puisqu’il a déjà été mandorisé il y a trois ans, à l’occasion de la sortie de son album Mandragore. Déjà, il évoquait sa collaboration avec Bertille Fraisse

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorBiographie du duo :

Olivier Daguerre et Bertille Fraisse se sont rencontrés il y a quelques années, en studio, lors de l'enregistrement du quatrième album de Daguerre, Mandragore. A cette occasion, Bertille, multi-instrumentiste, virtuose du violon, fit aussi découvrir la singularité de sa voix. Ce fût un véritable coup de cœur pour le chanteur de Daguerre qui lui proposa de rejoindre son groupe sur scène.
La tournée terminée, Daguerre et Bertille ont joué les prolongations acoustiques, en duo, sur plusieurs dizaines de dates. Comme une évidence, l'idée de ne pas en rester là et de réaliser un projet artistique commun, venait de naître : l'album Daguerre & Bertille, pensé comme une nouvelle en 10 chapitres met en scène un homme et une femme qui se partagent plaisir, frustation, abandon et folie.
Daguerre et Bertille forment un duo sensuel aux chansons d'amour à coudre... découdre...recoudre.

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olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorInterview :

Olivier, tu m’avais déjà parlé de Bertille dans notre précédente mandorisation. Que s’est-il passé pour que vous fassiez carrément un album à deux ?

Olivier Daguerre : Dès nos séances de studio pour Mandragore, j’ai senti que notre collaboration n’allait pas s’arrêter là. Elle était déjà de tous les titres. Ses cordes m’intéressaient et je voulais une voix féminine pour trancher avec la mienne. Suite à l’enregistrement, je ne savais pas trop comment on allait faire vivre ce disque au niveau de la scène. J’ai finalement proposé à Bertille de partir en tournée avec nous. Une réelle complicité artistique s’est créée. Je trouvais très agréable de travailler avec elle. Je ne me posais pas 36 000 questions, je lui faisais une complète confiance. Elle m’a amené pas mal de choses nouvelles de par sa personnalité humaine… et aussi musicale. Il y a en elle une grâce et un contraste avec moi qui m’est devenu essentiel artistiquement.

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Bertille, je crois que tu ne connaissais pas Olivier.

Bertille Fraisse : En effet, je n’avais jamais entendu parler de lui. Mais nous nous sommes très vite entendus. Je suis musicienne, je rencontre des gens, on me propose une collaboration et j’accepte si je sens les choses. J’ai toujours travaillé à l’instinct et je ne collabore qu’avec des gens que j’apprécie. Avec Olivier, nous nous sommes rendu compte que nous étions du même bois. On se comprend bien, on se parle de ce qui nous touche… il y a une forme d’intimité fraternelle qui s’est installée rapidement entre nous.

Dans votre album, il y a des duos et des titres chantés par l’un ou par l’autre.

Olivier : J’ai écrit les chansons de ce disque sur la route pendant la tournée acoustique, mais en pensant à ce projet. Je commençais à en parler à Bertille, mais pas frontalement. Au départ, je voulais écrire comme une sorte de recueil de nouvelles sur des histoires de couples faussement légères. L’homme, la femme, le couple… chacun à ses propres histoires à interpréter.

Clip de "Des mots".

Olivier, c’est la première fois que tu confies les guitares-voix et les arrangements à quelqu’un.

Oui, ça n’a pas été sans difficulté. Mais j’avais une confiance absolue en Bertille et Julien Lebart. Ils ne sont pas de la même génération, du coup, je pense que ça donne un coup de jeune à mes chansons.

Tu as co-réalisé et arrangé le disque, Bertille. C’est une grosse pression d’avoir cette responsabilité ?

Bertille : La pression vient du fait que l’on vous fait confiance. Pour quelqu’un qui débarque un peu dans un univers qu’il ne connait pas bien, qui fait son chemin petit à petit, c’est impressionnant. Peut-être qu’Olivier a décelé en moi des capacités insoupçonnées.

Tu aimes te mettre en danger ?

Bertille : Avec Olivier, je ne suis jamais en danger. C’est toujours très bienveillant, on se parle beaucoup. Entre le moment où on a parlé du projet et le moment où il a été réalisé, ça a été des vagues d’émotion, de discussions. Pour Olivier, dans sa démarche de me confier quelque chose qu’il n’avait jamais confié à quiconque auparavant, ça a été un vrai travail.

Olivier : Il ne fallait pas que je sois là pendant qu’ils travaillaient sur les titres, sinon, ça compliquait tout. Ça n’a pas été simple, j’ai du mal à déléguer depuis toujours, mais comme on discutait beaucoup, ça a fini par me rassurer. Enfin pour être sincère, dans la théorie, arriver à déléguer, pas de problème… mais dans la pratique, c’était moins évident. Bertille m’a parfois recadré.

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A quels moments par exemple ?

Parfois, quand Olivier apparaissait lors de nos séances avec Julien, ça déséquilibrait un peu le travail que l’on faisait. Il y a une fois où je lui ai demandé si j’étais dans ma mission ou à côté de la plaque. Il fallait qu’il décide. Je suis quelqu’un d’entier. C’est oui ou non. Si on me confie une mission, je la prends à cœur. Olivier me connait, il savait à qui il avait à faire. Il m’est arrivée d’être dans la surreaction parce que je suis une hyper sensible. J’ai du caractère, j’ai du goût, j’aime le débat, j’aime la discussion. Je viens du sud de la France… on parle fort et avec les mains.

Olivier : Je venais perturber un couple qui été en train de travailler sur mes chansons, j’ai fini par m’en rendre compte. Moi, je venais plus par curiosité. Je commençais à craquer de ne pas entendre le résultat. Je reconnais qu’il ne fallait pas que je vienne. Je suis venu deux fois, ça a « fighté », je ne suis plus revenu. Après, tout s’est super bien passé.

Et puis vous parliez beaucoup, j’imagine.

Nous sommes de grands bavards. Nous parlions aussi bien de métaphysique que des choses essentielles de la vie et de nos vie personnelles. J’ai écrit pour Bertille en fonction de ce qu’elle me racontait lors de ces conversations, de ce que je savais d’elle et des personnes que nous rencontrions durant cette tournée. Autour de moi, dans mon entourage, c’était un vrai tumulte sentimental. Je crois que dans chaque titre, chacun peut retrouver un peu de soi. Que ce soit violent, bienveillant ou tragique…

Clip de "Une ombre".

Vous avez beaucoup appris en travaillant avec l’autre ?

Olivier : Oui, énormément. Et j’apprends toujours en l’a voyant travailler.

Bertille : Et inversement. Au contact de l’autre, on progresse beaucoup.

En chanson, on a tout dit sur l’amour … il te fallait trouver de nouveaux angles, Olivier ?

Olivier : Je suis le Frédéric François du punk. J’adore écrire sur l’amour parce qu’encore aujourd’hui, ça reste une des valeurs qui ne s’est pas cassée la gueule et à laquelle on peut se raccrocher. Dans un monde très compliqué et ultra individualiste, je trouve que c’est important de se raccrocher à ça. L’Amour avec un grand A est le pilier de tout.

Bertille : Tous les deux, dans la vie, l’amour est notre moteur. Individuellement, dans notre façon d’être, avec nos proches, avec nous-mêmes. Sur le fait de faire un disque de chansons d’amour, à aucun moment, il y a une volonté de réinventer quoi que ce soit. Ce qui est amusant, c’est de faire passer par nos filtres respectifs des histoires qui sont universelles. C’est agréable à faire vivre et on se sent compris par les gens qui nous écoutent.

Clip de "Dans le silence des agneaux".

Dans le clip, « Dans le silence des agneaux » vous suggérez que vous êtes ensemble. Et puis, vous interprétez un album de chansons d’amour, alors forcément, on se pose la question : sont-ils ensemble réellement ?

Olivier : C’est vrai, cette question revient sans cesse, surtout depuis la diffusion du clip en question. Bertille et moi sommes passionnés de cinéma, donc ça nous amuse de travestir la réalité. Je trouve important qu’on n’ait pas peur de nos peaux et qu’il y ait de la sensualité entre nous. On ne triche pas vraiment.

Bertille : Même si on joue. Ça nous amuse que les gens se pose la question, ça veut dire que nous sommes crédibles. On est juste très complice.

Bertille, tu es surdiplômée du conservatoire et de l’université de musicologie.

Olivier : (Rires) C’est tout l’inverse de moi.

Bertille : J’ai fait de la musique classique un long moment, j’ai grandi avec ça. A l’adolescence, j’ai découvert le hip hop, ça a été la révolution, l’explosion dans ma tête. Et puis, j’ai aimé la musique électronique, les machines, les bidouilles… et enfin, j’ai découvert le rock à 20 ans. Après mes études au conservatoire, où je restais huit heures par jour sur mon violon, j’ai passé quelques années à désapprendre.

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Pendant l'interview...

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorCe disque est plus electro que dans les précédents albums d’Olivier.

Olivier : Oui, très clairement. C’est de la pop electro. C’est un disque de chansons pop electro, pour être précis.

Bertille : Heureusement que Julien était avec moi, il nous a remis vers un chemin plus traditionnel. Moi, je suis arrivée avec mes codes complètement explosés, parce que j’en n’ai aucun, du coup, Julien qui s’y connait en chanson française a fait un peu le garde-fou. Cet album est le fruit de jolis compromis. On a discuté jusqu’à ce qu’on arrive à la bonne solution.

Allez-vous récidivez ?

Olivier : Je n’en sais rien. On a fait ce disque comme ça. Je l’ai senti et on l’a enregistré. Il est trop tôt pour savoir si on en fera un second ensemble.

Bertille : Il ne faut se leurrer. Ce projet est bien le 5e album de Daguerre. C’est un album qui est unique dans sa conception même, mais il s’inscrit vraiment dans la continuité de la carrière de Daguerre. C’est du Daguerre.

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Après l'interview, le 21 avril 2015.

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