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20 mai 2015

Jérôme Attal : interview pour Aide-moi si tu peux

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(Photo : Astrid di Crollalanza)

Jérôme Attal est l’artiste le plus souvent mandorisé. Voici mon onzième entretien. Comme je le dis souvent, c'est toujours un réel plaisir d'échanger avec lui. Raffiné, cultivé, drôle, élégant… je suis très attaché à lui, mais également à son œuvre. Son écriture me touche comme aucune autre.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres,pour Le voyage près de chez moi et enfin pour Presque la mer.)

Le 14 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Aide-moi si tu peux.

jérôme attal,aide-moi si tu peux,interview,mandor,flammarionNote de l’éditeur :

Populaire, décalé, poétique : le premier polar de Jérôme Attal !

Il est toujours prêt à dégainer un bon mot comme certains brandissent leur revolver. Stéphane Caglia n'est pas un flic comme les autres. Pour échapper à la violence urbaine qui est son quotidien, il se réfugie dans les années 80 – les années de son enfance. Traqué par un tueur à la solde d'une mystérieuse secte, il va devoir enquêter sur la disparition d'une jeune fille, liée à une série de crimes. Tamara, dix-sept ans, postait sur Internet des reprises de chansons des Beatles. Là est peut-être la clé de l'énigme...
Jérôme Attal s'accapare les codes de l'intrigue policière pour signer un roman poétique, drôle, à la fois nostalgique et vivifiant, truffé de bons mots sur les relations amoureuses et de réflexions mordantes sur le monde d'aujourd'hui.

Auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de huit romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket.

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Interview :

C’est la première fois que tu vas sur le terrain du roman policier. Mais c’est un roman policier à la Jérôme Attal, c’est-à-dire pas du tout classique.

J’ai lu récemment dans Les Cahiers du Cinéma une interview d’Howard Hawks, le réalisateur du film Le Grand Sommeil. Il racontait qu’il ne s’était pas soucié de la logique et au final, ça a fait un film génial. Je ne me compare évidemment pas à lui, mais j’aime bien l’idée d’avoir écrit un policier dans lequel je sacrifie la logique des choses pour une jolie phrase. Il y a l’intrigue policière et l’intrigue dans la façon d’écrire. Cela m’amuse de m’accaparer un genre littéraire et de « l’arranger » à ma sauce. J’aime beaucoup Richard Brautigan. Il a notamment écrit Un privé à Babylone qui est un roman policier qui n’a rien à voir avec un roman policier. Ça me plaisait de marcher sur ses traces-là.

Ton flic à la quarantaine et il est complètement déphasé par rapport à son époque.

Il trouve que la société est déliquescente et il reste bloqué dans les années 80. On reste toujours bloqué dans les années de son enfance, les années où on se sent protégé. Mon flic a Corinne Charby comme sonnerie de portable…

A ce propos, ton flic n’a pas de chance en amour…

Ça m’a amusé que la seule fille qu’il rencontre et avec qui ça va être éventuellement possible, n’aime pas les années 80. Elle trouve la culture et la société de cette période horrible. Elle lui dit que ça représente  le début du Sida, la guerre Iran Irak,  le sacre de Bernard Tapie… Donc, lui, il perd tous ses moyens. Dans ce roman, il y a plein de de ressors de comédie qui me plaisaient et me permettaient de développer mon univers personnel.

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Il y a encore les Beatles dans ton livre.

Tu le sais, ils sont ma référence musicale absolue. Je les place donc dans chaque roman. Dans celui-ci, mon tueur est fan du groupe. Il chante quelques-unes de leurs chansons et les met ensuite sur Youtube. Puis, il zigouille ceux qui n’aiment pas ses prestations et qui l'expriment dans les commentaires. Il considère qu’on ne peut pas tout se permettre. Le flic également trouve qu’on ne peut pas tout se permettre dans la vie. Il a finalement un état d’esprit similaire au tueur.

Le flic, Stéphane Caglia, n’est pas tout blanc lui non plus. Il a appartenu à une espèce de secte, « les Souterrains Stellaires ».

Oui, les initiales, ça fait SS. Les Souterrains Stellaires, c’est un peu métaphorique. Ça veut dire qu’on n’arrive jamais vierge quelque part. On a toujours un wagon de casseroles que l’on traîne derrière soi et, même, qui nous poursuit. Le monde des souvenirs peut te poursuivre à la fois de manière triste et agréable, comme quand il pense à ses parents, et aussi de manière triste et agressive, comme quand les Souterrains Stellaires se rappellent à lui.

Quand j’imaginais Stéphane Caglia, je te voyais toi.

Ça veut dire que c’est un peu réussi, non ? Pour être franc, ce flic est un peu moins délicat que moi. Et il a une meilleure forme physique.

Tu aurais aimé être flic ?

Non, mais je trouve qu’il y a une analogie entre ce métier et le mien. Quelqu’un qui écrit veut intervenir. Quand quelque chose ou quelqu’un m’émeut, j’ai envie d’intervenir, mais pas physiquement, par le biais de l’écriture. Voilà, je trouve qu’il y a une similitude dans l’intervention.

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Récemment en concert... avec son livre.

Stéphane Caglia est courageux, mais il hésite souvent avant de mener une action coup de poing.

Tu as raison. Mais quand il se trouve devant quelque chose qu’il trouve indécent, qui le choc, il intervient sans se poser de question.

Sa partenaire, d’origine anglaise, Prudence Sparks, est jeune, belle, efficace… tout pour plaire, quoi !

Si je mets des filles dans mes livres, autant qu’elles soient jolies, non ?

Stéphane Caglia n’a pas une très haute opinion du monde dans lequel il vit.

Je suis comme le héros, je trouve que le monde est de plus en plus violent et que les gens deviennent déliquescents. Je trouve qu’il y a un laisser-aller comportemental. Ce que mon héros ne supporte pas, c’est vraiment l’indécence.

Tu n’as pas peur que casser les codes d’un genre littéraire agacent les lecteurs et les journalistes spécialisés?

Non, parce que j’ai des gens qui me lisent et qui semblent aimer ça. Je ne suis peut-être pas suffisamment académique pour susciter l’enthousiasme des gens qui décernent les prix littéraires. Je pense que mes livres sont trop divertissants.

Au bout de neuf romans, ce silence de la part des professionnels commence à bien faire, non ?

A partir du moment, où on me permet juste de faire le suivant, je suis déjà satisfait. C’est comme dans la chanson. Je n’ai pas la carte. A chaque fois, c’est un combat. Mais, j’y vais. Je suis assez souvent victorieux en plus.

Que te reste-t-il comme genre littéraire à explorer?

Le roman historique. Je n’y ai pas encore touché.

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Après l'interview, le 14 avril 2015.

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