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30 avril 2015

Fabien Boeuf : interview pour Dans les cordes

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Troisième album solo pour Fabien Boeuf (que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis le début de sa carrière solo) et qui appartient à cette confrérie d'artistes-artisans pour qui seul compte le goût du travail bien fait. Il est accompagné par un violoniste, trois violoncellistes, un bassiste/beatboxer et un guitariste. Une réunion d’artistes qui n’utilisent… que des cordes ! D’où le nom de l’opus : Dans les cordes.

Ce nouveau disque contient de magnifiques chansons nostalgiques et colorées sur des rythmes teintés de folk et de chanson française. Un album réussi qui succède à ses deux premiers (Au-dedans, 2007 et Les premiers papillons, 2010) ainsi que son expérience rock au sein du groupe POC (1999-2005).

Le 4 mars dernier, Fabien Boeuf a quitté le sud-ouest pour venir me voir à l’agence (euh... en vrai,  pour jouer aux Trois Baudets). Belle rencontre.

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorArgumentaire officiel (signée Hélène Fiszpan), légèrement modifié :

La nouvelle création de Fabien Boeuf est une aventure collective, une envie de poursuivre ces moments de partages humains et musicaux amorcés à l’occasion du projet Bœuf avec les autres (2009) ou lors de collaborations avec de jeunes artistes comme Aliose ou Gaël Faure. Dans les cordes c’est avant tout une rencontre scénique, la réunion sur le ring de quelques anciennes connaissances : le violoniste Baltazar Montanaro (ZEF), le bassiste et beatboxer Scotch (Scotch et Sofa), le guitariste et compagnon de toujours Damien Dulau, et la violoncelliste Martina Rodriguez, nouvelle venue de l’histoire.

Ses douze nouveaux morceaux sont plus mélodiques, plus pop, plus rock, plus folk et se déploientfabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor en une belle introspection acoustique et électrique. Aux arrangements méticuleux, fusion heureuse de ce combo hétéroclite, répondent l’écriture et la voix de Fabien, cordes sensibles du projet. Entre puissance et caresse, l’univers délicat de l’auteur-compositeur déroule le fil de la vie.

Mots d’amour ou maux de tous les jours, la joute est imagée, sensible, tendre, combative. Expert en la matière, Fabien Boeuf s’appuie avec toujours plus d’assurance sur cette incroyable voix qui le caractérise, pleine de force et de fêlures, équilibre parfait qui saisit au cœur et aux tripes. Il envoie dans les cordes toutes ses plus belles intuitions, libère ses instincts, et revient sur scène plus accompli que jamais, prêt à relever tous les combats.

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fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorInterview :

Ce disque a mis un peu de temps à sortir, je crois.

Au départ, nous étions axés sur un disque live de fin de tournée qui avait pour but de marquer le coup. Quand on a fabriqué le spectacle, on a pris un gite pour enregistrer à chaud les idées avant d’attaquer les concerts. Mais, j’ai arrêté ma collaboration avec mon précédent tourneur et pas mal de temps est passé avant que j’en retrouve un autre. Pour appuyer son travail, on a fait mixer notre disque à Paris par Antoine Gaillet et nous l’avons sorti.

Entre le précédent album et celui-ci, tu as fais quoi ?

J’ai travaillé avec d’autres artistes. A la base, je suis plutôt solitaire, mais depuis mon projet Bœuf avec les autres, j’ai appris à collaborer. Ensuite je suis allé aux rencontres d’Astaffort en tant qu’auteur compositeur. La philosophie de la structure de Cabrel est super bonne parce qu’il y a un accompagnement sur le long terme. J’ai commencé par y aller pour apprendre. Ensuite, ils m’ont identifié un peu et m’ont demandé de revenir comme « enseignant ». En 2012, j’ai remporté le prix du Centre des Ecritures et de la Chanson, décerné par Francis Cabrel. Prix pas négligeable, car il m’a permis de financer en partie l’enregistrement de mon album Des cordes.

Fabien Boeuf reçoit le Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud.

Mais, tu avais déjà amorcé le travail d’écriture avec d’autres artistes.

Oui, avec Scotch et Sofa et Gaël Faure par exemple. D’ailleurs, je continue à travailler avec et pour eux aujourd’hui. Je leur écris des textes.

Tu travailles avec de belles voix, celle de Chloé Monin, la chanteuse de Scotch et Sofa, est magnifique… celle de Gaël Faure aussi.

Oui, Chloé met sa voix où elle veut. C’est une méga chanteuse. Quant à Gaël, c’est l’une des plus belles voix masculine de sa génération. Mais pour travailler avec moi, une voix ne suffit pas, il faut ajouter à cela le côté humain. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens avec lesquels je collabore.

Clip de "Avec des bouteilles", extrait de l'album "Des cordes".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorJ’avais adoré ton disque Boeuf avec les autres.

Après avoir sorti mon premier album, j’ai fait des concerts et j’ai croisé beaucoup d’autres artistes. On a passé de bonnes soirées et souvent, on se disait que nous allions travailler ensemble… et bien sûr, généralement, ça n’aboutissait jamais. Alors, j’ai décidé de faire un disque dans ce sens. De plus, j’ai un nom qui n’est pas négligeable pour ce genre de projet. Il m’a servi de prétexte pour partager avec d’autres. J’ai rappelé des gens comme les Bali Murphy, Daguerre, Scotch et Sofa, Monsieur Lune, Rodolphe Testut… je leur ai proposé de participer à un essai artistique. L’idée était de s’enfermer deux jours et qu’à l’issue de ces deux jours, une chanson soit créée entièrement. Il y avait une espèce d’urgence qui nous faisait aller à l’essentiel. Les ego étaient mis de côté parce qu’on ne connaissait pas la destinée de ces chansons. C’était une très belle expérience.

Parlons de ce troisième disque, Des cordes. C’est une aventure collective, non ?

Pour mes deux premiers albums, j’étais plus solitaire. J’avais besoin de définir qui j’étais et de bien saisir à quoi j’aspirais artistiquement. Quand j’ai commencé à gouter au partage de la création, je n’ai pu qu’admettre que c’était beaucoup plus riche.Ca t’amène à aller dans des directions vers lesquelles tu ne te dirigerais pas seul. J’ai tendu des perches à des musiciens. Nous nous sommes enfermés pendant quatre fois une semaine. Je voulais qu’ils participent aux arrangements. Après, quand il faut défendre les titres sur scène, c’est plus naturel et ça sonne mieux.

"La journée" (extrait de l'album Dans les cordes), version live.

Ce disque a été enregistré dans des conditions « live ».fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Nous étions tous dans la même pièce avec des micros partout. Le résultat est exactement ce que je souhaitais. On avait quatorze titres, on en a gardé douze et nous avons enregistré le tout en cinq jours.

Tu es un chanteur de convictions, cela se sent.

Je laisse des messages dans mes chansons, mais de manière très discrète. Je n’aime pas les discours moralisateurs à deux balles. Mais pour les artistes, il y a un vrai rôle à jouer dans la société. Personnellement, j’essaie de travailler sur l’émotion, comme si c’était un matériau. Je m’emploie à mettre l’accent sur la sensibilité des gens, à tenter de les émouvoir. J’espère que cela va les adoucir…

Un artiste doit délivrer de l’émotion, mais également et impérativement des messages ?

J’en suis convaincu. En tant qu’individu, l’éveil que tu ne peux pas avoir à l’école ou au sein de ta famille, parfois, ce sont les artistes qui peuvent te le donner. Moi, j’avais des parents mélomanes qui m’ont nourri aux Brassens, aux Ferrat… des artistes avec des convictions. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Moi, comme je ne cesse de te le répéter, je voudrais bien avoir un rôle à jouer…

Une chanson ne doit pas servir à rien ?

Tu as tout dit. C’est dommage si une chanson ne sert à rien. Si, elle ne provoque rien, c’est une catastrophe. Il faudrait bannir des albums les chansons inutiles.

Des extraits live de 3 titres du projet "dans les cordes" : "Dans les cordes", "plus tard" et "presque".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorTu te sens comment dans ce milieu ?

Je suis plus observateur qu’acteur au premier plan. Je n’ai pas une notoriété qui me permet le contraire.

Comment vis-tu ta condition d’artiste en 2015 ?

J’ai une vision un peu particulière de par mon statut. J’ai fait le choix de ne pas être intermittent du spectacle, de rester en province, du coup, je suis artisan. Je fais du ramonage pour gagner ma vie. Je suis saisonnier sur l’année. Comme j’ai ma clientèle, je choisis les jours que je peux prendre pour jouer de la musique. Le fait de faire un métier manuel me permet de garder de la liberté financière, et du coup, de mouvement et de choix.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et t’apprécient, tu t’en rends compte ?

Je sais que je ne suis pas connu, mais un peu reconnu.

As-tu des artistes que tu respectes et qui ont une admiration réciproque ?

Alexis HK par exemple. Tété aussi. Aliose, Ludo Pin, Philippe Prohom… je me sens en osmose avec ce genre d’artiste. Je me sens de la même famille.

Francis Cabrel t’aime beaucoup aussi.

Quel honneur !

Est-ce qu’un auteur doit beaucoup écrire pour écrire de mieux en mieux ?

Je crois. Cela dit, je ne suis pas sûr. J’ai découvert récemment Christine and The Queens. Je trouve que c’est une des meilleures plumes françaises. Elle est toute jeune, elle déboule comme ça, je ne suis pas sûr qu’elle ait beaucoup écrit. Elle a dû beaucoup écouter, beaucoup lire, beaucoup s’imprégner. Il faut parfois être une espèce d’éponge. Pour restituer, il faut prendre. Pour pouvoir recevoir il faut pouvoir donner.

Micro trottoir réalisé par Fabien Bœuf lui-même dans le cadre de la sortie de son nouvel album,"Dans les cordes". Amusant, second degré et original.

Toi, le plus souvent, tu écris ce que tu vis.fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Je ne peux écrire que sur ce que je connais. Si je faisais semblant, cela sonnerait faux.

Es-tu exigeant avec toi-même ?

Non, je suis assez instinctif. Je ne veux pas trop intellectualiser la chanson, ni dans l’écriture, ni dans la restitution. Mes plus grosses émotions musicales viennent des chansons simples. « Le sud » de Nino Ferrer ou « Mistral gagnant » de Renaud. Tu n’as pas une grande voix, mais une simplicité, un univers, un propos…c’est ça le secret d’une bonne chanson. Moi, je cours après ça. Je cherche éperdument une simplicité qui touche.

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A l'issue de l'interview, le 4 mars 2015.

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