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30 avril 2015

Fabien Boeuf : interview pour Dans les cordes

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Troisième album solo pour Fabien Boeuf (que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis le début de sa carrière solo) et qui appartient à cette confrérie d'artistes-artisans pour qui seul compte le goût du travail bien fait. Il est accompagné par un violoniste, trois violoncellistes, un bassiste/beatboxer et un guitariste. Une réunion d’artistes qui n’utilisent… que des cordes ! D’où le nom de l’opus : Dans les cordes.

Ce nouveau disque contient de magnifiques chansons nostalgiques et colorées sur des rythmes teintés de folk et de chanson française. Un album réussi qui succède à ses deux premiers (Au-dedans, 2007 et Les premiers papillons, 2010) ainsi que son expérience rock au sein du groupe POC (1999-2005).

Le 4 mars dernier, Fabien Boeuf a quitté le sud-ouest pour venir me voir à l’agence (euh... en vrai,  pour jouer aux Trois Baudets). Belle rencontre.

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorArgumentaire officiel (signée Hélène Fiszpan), légèrement modifié :

La nouvelle création de Fabien Boeuf est une aventure collective, une envie de poursuivre ces moments de partages humains et musicaux amorcés à l’occasion du projet Bœuf avec les autres (2009) ou lors de collaborations avec de jeunes artistes comme Aliose ou Gaël Faure. Dans les cordes c’est avant tout une rencontre scénique, la réunion sur le ring de quelques anciennes connaissances : le violoniste Baltazar Montanaro (ZEF), le bassiste et beatboxer Scotch (Scotch et Sofa), le guitariste et compagnon de toujours Damien Dulau, et la violoncelliste Martina Rodriguez, nouvelle venue de l’histoire.

Ses douze nouveaux morceaux sont plus mélodiques, plus pop, plus rock, plus folk et se déploientfabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor en une belle introspection acoustique et électrique. Aux arrangements méticuleux, fusion heureuse de ce combo hétéroclite, répondent l’écriture et la voix de Fabien, cordes sensibles du projet. Entre puissance et caresse, l’univers délicat de l’auteur-compositeur déroule le fil de la vie.

Mots d’amour ou maux de tous les jours, la joute est imagée, sensible, tendre, combative. Expert en la matière, Fabien Boeuf s’appuie avec toujours plus d’assurance sur cette incroyable voix qui le caractérise, pleine de force et de fêlures, équilibre parfait qui saisit au cœur et aux tripes. Il envoie dans les cordes toutes ses plus belles intuitions, libère ses instincts, et revient sur scène plus accompli que jamais, prêt à relever tous les combats.

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fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorInterview :

Ce disque a mis un peu de temps à sortir, je crois.

Au départ, nous étions axés sur un disque live de fin de tournée qui avait pour but de marquer le coup. Quand on a fabriqué le spectacle, on a pris un gite pour enregistrer à chaud les idées avant d’attaquer les concerts. Mais, j’ai arrêté ma collaboration avec mon précédent tourneur et pas mal de temps est passé avant que j’en retrouve un autre. Pour appuyer son travail, on a fait mixer notre disque à Paris par Antoine Gaillet et nous l’avons sorti.

Entre le précédent album et celui-ci, tu as fais quoi ?

J’ai travaillé avec d’autres artistes. A la base, je suis plutôt solitaire, mais depuis mon projet Bœuf avec les autres, j’ai appris à collaborer. Ensuite je suis allé aux rencontres d’Astaffort en tant qu’auteur compositeur. La philosophie de la structure de Cabrel est super bonne parce qu’il y a un accompagnement sur le long terme. J’ai commencé par y aller pour apprendre. Ensuite, ils m’ont identifié un peu et m’ont demandé de revenir comme « enseignant ». En 2012, j’ai remporté le prix du Centre des Ecritures et de la Chanson, décerné par Francis Cabrel. Prix pas négligeable, car il m’a permis de financer en partie l’enregistrement de mon album Des cordes.

Fabien Boeuf reçoit le Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud.

Mais, tu avais déjà amorcé le travail d’écriture avec d’autres artistes.

Oui, avec Scotch et Sofa et Gaël Faure par exemple. D’ailleurs, je continue à travailler avec et pour eux aujourd’hui. Je leur écris des textes.

Tu travailles avec de belles voix, celle de Chloé Monin, la chanteuse de Scotch et Sofa, est magnifique… celle de Gaël Faure aussi.

Oui, Chloé met sa voix où elle veut. C’est une méga chanteuse. Quant à Gaël, c’est l’une des plus belles voix masculine de sa génération. Mais pour travailler avec moi, une voix ne suffit pas, il faut ajouter à cela le côté humain. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens avec lesquels je collabore.

Clip de "Avec des bouteilles", extrait de l'album "Des cordes".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorJ’avais adoré ton disque Boeuf avec les autres.

Après avoir sorti mon premier album, j’ai fait des concerts et j’ai croisé beaucoup d’autres artistes. On a passé de bonnes soirées et souvent, on se disait que nous allions travailler ensemble… et bien sûr, généralement, ça n’aboutissait jamais. Alors, j’ai décidé de faire un disque dans ce sens. De plus, j’ai un nom qui n’est pas négligeable pour ce genre de projet. Il m’a servi de prétexte pour partager avec d’autres. J’ai rappelé des gens comme les Bali Murphy, Daguerre, Scotch et Sofa, Monsieur Lune, Rodolphe Testut… je leur ai proposé de participer à un essai artistique. L’idée était de s’enfermer deux jours et qu’à l’issue de ces deux jours, une chanson soit créée entièrement. Il y avait une espèce d’urgence qui nous faisait aller à l’essentiel. Les ego étaient mis de côté parce qu’on ne connaissait pas la destinée de ces chansons. C’était une très belle expérience.

Parlons de ce troisième disque, Des cordes. C’est une aventure collective, non ?

Pour mes deux premiers albums, j’étais plus solitaire. J’avais besoin de définir qui j’étais et de bien saisir à quoi j’aspirais artistiquement. Quand j’ai commencé à gouter au partage de la création, je n’ai pu qu’admettre que c’était beaucoup plus riche.Ca t’amène à aller dans des directions vers lesquelles tu ne te dirigerais pas seul. J’ai tendu des perches à des musiciens. Nous nous sommes enfermés pendant quatre fois une semaine. Je voulais qu’ils participent aux arrangements. Après, quand il faut défendre les titres sur scène, c’est plus naturel et ça sonne mieux.

"La journée" (extrait de l'album Dans les cordes), version live.

Ce disque a été enregistré dans des conditions « live ».fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Nous étions tous dans la même pièce avec des micros partout. Le résultat est exactement ce que je souhaitais. On avait quatorze titres, on en a gardé douze et nous avons enregistré le tout en cinq jours.

Tu es un chanteur de convictions, cela se sent.

Je laisse des messages dans mes chansons, mais de manière très discrète. Je n’aime pas les discours moralisateurs à deux balles. Mais pour les artistes, il y a un vrai rôle à jouer dans la société. Personnellement, j’essaie de travailler sur l’émotion, comme si c’était un matériau. Je m’emploie à mettre l’accent sur la sensibilité des gens, à tenter de les émouvoir. J’espère que cela va les adoucir…

Un artiste doit délivrer de l’émotion, mais également et impérativement des messages ?

J’en suis convaincu. En tant qu’individu, l’éveil que tu ne peux pas avoir à l’école ou au sein de ta famille, parfois, ce sont les artistes qui peuvent te le donner. Moi, j’avais des parents mélomanes qui m’ont nourri aux Brassens, aux Ferrat… des artistes avec des convictions. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Moi, comme je ne cesse de te le répéter, je voudrais bien avoir un rôle à jouer…

Une chanson ne doit pas servir à rien ?

Tu as tout dit. C’est dommage si une chanson ne sert à rien. Si, elle ne provoque rien, c’est une catastrophe. Il faudrait bannir des albums les chansons inutiles.

Des extraits live de 3 titres du projet "dans les cordes" : "Dans les cordes", "plus tard" et "presque".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorTu te sens comment dans ce milieu ?

Je suis plus observateur qu’acteur au premier plan. Je n’ai pas une notoriété qui me permet le contraire.

Comment vis-tu ta condition d’artiste en 2015 ?

J’ai une vision un peu particulière de par mon statut. J’ai fait le choix de ne pas être intermittent du spectacle, de rester en province, du coup, je suis artisan. Je fais du ramonage pour gagner ma vie. Je suis saisonnier sur l’année. Comme j’ai ma clientèle, je choisis les jours que je peux prendre pour jouer de la musique. Le fait de faire un métier manuel me permet de garder de la liberté financière, et du coup, de mouvement et de choix.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et t’apprécient, tu t’en rends compte ?

Je sais que je ne suis pas connu, mais un peu reconnu.

As-tu des artistes que tu respectes et qui ont une admiration réciproque ?

Alexis HK par exemple. Tété aussi. Aliose, Ludo Pin, Philippe Prohom… je me sens en osmose avec ce genre d’artiste. Je me sens de la même famille.

Francis Cabrel t’aime beaucoup aussi.

Quel honneur !

Est-ce qu’un auteur doit beaucoup écrire pour écrire de mieux en mieux ?

Je crois. Cela dit, je ne suis pas sûr. J’ai découvert récemment Christine and The Queens. Je trouve que c’est une des meilleures plumes françaises. Elle est toute jeune, elle déboule comme ça, je ne suis pas sûr qu’elle ait beaucoup écrit. Elle a dû beaucoup écouter, beaucoup lire, beaucoup s’imprégner. Il faut parfois être une espèce d’éponge. Pour restituer, il faut prendre. Pour pouvoir recevoir il faut pouvoir donner.

Micro trottoir réalisé par Fabien Bœuf lui-même dans le cadre de la sortie de son nouvel album,"Dans les cordes". Amusant, second degré et original.

Toi, le plus souvent, tu écris ce que tu vis.fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Je ne peux écrire que sur ce que je connais. Si je faisais semblant, cela sonnerait faux.

Es-tu exigeant avec toi-même ?

Non, je suis assez instinctif. Je ne veux pas trop intellectualiser la chanson, ni dans l’écriture, ni dans la restitution. Mes plus grosses émotions musicales viennent des chansons simples. « Le sud » de Nino Ferrer ou « Mistral gagnant » de Renaud. Tu n’as pas une grande voix, mais une simplicité, un univers, un propos…c’est ça le secret d’une bonne chanson. Moi, je cours après ça. Je cherche éperdument une simplicité qui touche.

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A l'issue de l'interview, le 4 mars 2015.

29 avril 2015

Olivier Kourilsky : interview pour Le 7e péché

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J’ai rencontré Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, médecin néphrologue mais aussi auteur, sur de nombreux salons que j’animais. Il m’est donc arrivé de l’interviewer sommairement dans ce cadre-là. Mais, l’homme et l’auteur m’ont toujours intrigué. Son œuvre, dont les intrigues se déroulent dans le milieu hospitalier, de nombreuses personnes m’en disaient du bien. Quant à sa personnalité, elle me plaisait beaucoup. Cette sommité de la médecine a su rester simple, abordable et sympathique (ce qui est plutôt une exception quand on atteint le haut de l’échelle de ce milieu). Qui croise Olivier Kourilsky souhaite devenir son ami. Il m’a envoyé son nouveau roman, Le 7e péché. Je l’ai lu et approuvé immédiatement. L’homme sait balader ses lecteurs et donner envie de tourner la page. Ce dernier opus, mettant en scène un médecin néphrologue (tiens donc !), est un excellent cru et sans doute un de ses meilleurs romans (dis-je en n’ayant pas lu les précédents). Sans blague, il m’a happé jusqu’au bout. Impossible de lâcher ce polar avant l’issue. Bluffante.

Le 9 mars dernier, Olivier Kourilsky est venu à l’agence…

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor4e de couverture :

Christian Arribeau, jeune médecin ambitieux et pétri d’orgueil, a planifié sa carrière pour accéder aux plus hautes fonctions, balayant tous ses concurrents. Il vient de franchir la dernière étape avant sa nomination comme professeur de néphrologie. Mais, alors qu’il sort discrètement d'un immeuble, il renverse un clochard qui s’est jeté sous ses roues.

Paniqué à l’idée des conséquences sur sa carrière et persuadé que personne ne l’a vu, il prend la fuite.

Commence alors une vertigineuse descente aux enfers, orchestrée par l’obstination d’un policier et l’intervention d’un témoin mystérieux aux motivations obscures.

S’agissait-il d’un banal accident ou d’une machination ? Et dans ce cas, qui tire les ficelles ? L’univers bien organisé et la belle assurance d’Arribeau vont s’écrouler comme un château de cartes.
Une intrigue noire et haletante ciselée par le Docteur K qui signe son septième roman.

L’auteur : olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, est médecin néphrologue, professeur honoraire au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris ; il a dirigé le service de néphrologie du Centre Hospitalier Sud-Francilien.

Il écrit des romans policiers depuis un peu plus de dix ans et a publié six ouvrages depuis 2005, dont Meurtre pour de bonnes raisons, prix Littré 2010.

Ses personnages évoluent souvent dans le monde hospitalier, entre les années soixante et aujourd’hui. Au fil du temps, on suit le professeur Banari, le commissaire Maupas, le commandant Chaudron, jeune policière chef de groupe à la Crim'…

Olivier Kourilsky est membre de la Société des gens de lettres et de la Société des auteurs de Normandie.

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olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes beaucoup croisés dans pas mal de salons… je crois que tu aimes aller à la rencontre du public.

C’est un passage obligé de toute façon, mais c’est parfois un peu fatiguant. L’an dernier, j’ai participé à 35 salons du livre. L’écriture est un plaisir solitaire, alors c’est toujours agréable de rencontrer des « collègues » et des lecteurs. Les discussions qui en émanent sont souvent enrichissantes. On crée des liens.

Tu es un grand médecin. Explique-moi ce qu’était ta spécialité.

J’étais spécialiste des maladies rénales et je dirigeais un service de néphrologie dialyse, suivi de transplantation etc… que j’avais monté de zéro il y une trentaine d’années. J’ai été rattrapé par la limite d’âge il y a quatre ans. Je n’ai pas voulu me prolonger parce que l’ambiance devenait un peu plus pesante et très administrative... Comme j’avais envie de continuer à faire ce que j’aimais, j’ai gardé trois demi-journées par semaine de consultations et de visites dans un centre d’autodialyse.

Un médecin de ton niveau, c’est sérieux, c’est exigeant, ça travaille beaucoup. Vis-tu ta vie d’écrivain de la même manière, c’est-à-dire de façon rigoureuse ?

A l’origine, c’est une activité ludique. J’écris quand j’en ai envie. Je peux passer des jours sans écrire. Je n’ai pas d’hygiène de vie particulière pour m’installer devant mon ordinateur. Je sais que je suis plus prolifique le matin, à la fraîche. Quand j’écris un roman, cela m’amuse de placer mes histoires dans le milieu médical que je connais parfaitement. Ce n’est pas un exutoire sur ce que j’ai vécu, mais ça donne une certaine couleur d’authenticité.

Tu es très exigeant quant à la qualité littéraire de tes romans.olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

J’ai la chance d’avoir un éditeur qui fait son travail. Il corrige et il y a autant de corrections pour ce septième livre que pour le premier…pour progresser, il faut mettre son ego de côté. Je mets un an à écrire un roman, puis j’ai à peu près deux mois de travail sur le texte. Je tiens à ce que l’histoire soit servie par une belle écriture. Les polars doivent être aussi bien écrit que des romans de la littérature dite « blanche ».

As-tu pris du plaisir à écrire Le 7e péché ?

Oui, ça a été même jubilatoire de mettre en scène, écrit à la première personne, un personnage de médecin absolument imbuvable. Il se fiche des malades, mais il a un talon d’Achille qui fait que le lecteur, j’espère, n’a pas envie de s’en débarrasser. Il est amoureux d’une seule personne depuis toujours. Une femme qu’il a connu valide et qu’il continue à aimer alors qu’elle est devenue handicapée.

Handicapée, mais magnifique et sensuelle. Toute personne qui la croise est foudroyée par sa beauté et sa personnalité.

C’est sa faiblesse, ce qui fait qu’on finit presque par le prendre en pitié. Certains lecteurs m’ont dit qu’ils espéraient qu’il s’en tire alors qu’il est odieux.

L’histoire commence ainsi. En quittant sa petite amie, la fameuse handicapée, il renverse un clochard et il part sans s’arrêter.

Après, il vivra une descente aux enfers douglaskennedyenne. Je ne souhaite à personne de vivre ce déchainement de circonstances contre lui. Je me suis beaucoup amusé à créer ces rebondissements successifs. Je crois que le livre est bien rythmé.

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Il n’y a ni violence (si ce n’est psychologique), ni hémoglobine, ni policier complètement torturé et alcoolique…

Certains me le reprochent, mais ce n’est pas comme ça que j’envisage la littérature policière. Je suis plus dans la suggestion que dans la démonstration.

Ton héros, Christian Arribeau, c’est l’antithèse de ce que tu aimes chez les médecins. Dans Le 7e péché, tu évoques la rude concurrence dans le milieu de la médecine.

Quand tu débutes et que tu veux accéder à certains postes, l’organisation est faite pour que les gens soient en concurrence. Il y a souvent une place pour cinq impétrants, donc forcément, surviennent des histoires de jalousies et parfois de coups tordus. Quand j’ai monté mon service de zéro, je me suis heurté à certains de mes collègues de ma spécialité qui étaient installés à la périphérie de Paris. Ils m'ont dit qu’Évry, ça ne les arrangeait pas. Ils avaient peur que je prenne leurs malades. Si on veut monter quelque chose, il faut avoir de l’ambition et se battre. Au début, j’étais très gentil, je ne me disputais avec personne… quand j’ai voulu monter mon affaire, j’ai appris à sortir les crocs. La description des mécanismes de nominations que j’explique dans mon livre est rigoureusement exacte. J’ai été membre du conseil de la faculté pendant huit ans à Kremlin-Bicêtre et lors des réunions de ce qu’on appelait « la révision des effectifs », c’était souvent très chaud.

Comment un grand médecin comme toi s’est-il métamorphosé en auteur de polar ?

J’ai toujours été atypique dans mon milieu professionnel, car j’ai constamment eu du mal à me prendre au sérieux. Ça m’a parfois un peu pénalisé dans ma carrière parce que les gens croyaient que j’étais un rigolo, alors que je ne l’étais pas du tout quand je travaillais ou que j’avais quelque chose en vue.

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Tu as toujours adoré raconter des histoires.

Oui… et le policier se prêtait très bien à mes envies d’écriture. Je mets en parallèle la médecine et la police. En médecine, quand on fait un diagnostic, c’est une enquête. On interroge les gens, on met les indice en corrélations. Il y a beaucoup de points communs. En plus, je suis d’une génération où on écrivait beaucoup et mon père, médecin lui aussi, était extrêmement exigeant et méticuleux sur l’écriture, il avait donc tendance à me sabrer dès que j’écrivais des choses. Il faut savoir aussi que j’ai écrit plusieurs livres « techniques »et des articles de médecine dans des revues spécialisées. J’ai dû faire une troisième édition d’un manuel de néphrologie en même temps que sortait Le 7e péché, je te garantis que ça m’a beaucoup moins amusé (rires).

Etais-tu lecteur de roman policier ?

Oui, bien sûr. Mais j’adore aussi les romans historiques ou toutes sortes de romans d’ailleurs. Par contre, je ne lis jamais quand j’écris un livre. C’est trop perturbant dans le mécanisme d’écriture.

Es-tu dans le doute quand tu écris ?

Terriblement. J’ai un tarif syndical, je fais toujours des romans de 200 pages. Je n’arrive pas à écrire de gros pavés. Généralement, quand j’arrive à la 120e, j’ai l’impression de ne plus rien avoir à dire. Peu à peu, des idées de rebondissements arrivent de je ne sais où. Au moment où  je mets un point final au livre, c’est le doute complet. Heureusement d’ailleurs. Je crois que, quand on écrit, être dans le doute permet de ne pas se laisser aller à la facilité.

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Le 26 octobre 2013, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, notre première rencontre.

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorTu es très fidèle à ton éditeur.

J’ai mis 33 éditeurs, comme l’âge du christ, avant d’en trouver un qui m’accepte, alors, je le garde (rires). J’ai cherché un an et demi un éditeur sans faire jouer de relations. Glyphe est une petite maison. Ils sont trois ou quatre, mais ils ont quand même 200 titres en stock, ils travaillent très bien et l’ambiance est familiale. Pour moi, c’est important. Je suis d’une fidélité totale, d’autant qu’ils attendent toujours le suivant en m’engueulant presque parce que je ne fournis pas assez vite. Je ne veux pas changer d’éditeur… même si on m’a fait remarquer que mon frère Philippe était publié chez Odile Jacob, une maison très sérieuse. Je suis bien où je suis et on ne fait pas le même genre de livre.

Dans ta famille, vous étiez quasiment tous dans la recherche ou dans la médecine à un haut niveau.

L’hérédité familiale est assez lourde, en effet… Mon frère Philippe, que je viens d’évoquer, est polytechnicien, après il s’est tourné vers la recherche. Il est devenu directeur général de l’institut Pasteur et a écrit plusieurs livres chez Odile Jacob. Mon frère François (récemment disparu), médecin, était directeur général du CNRS, ma sœur Élisabeth, professeur d'endocrinologie. Mon père était pneumologue, chef de service à l’hôpital Saint-Antoine, et ma mère travaillait avec. Elle est tombée amoureuse de lui quand ils étaient internes. Ils ont été un couple complètement fusionnel pendant des années.

Explique-moi d’où vient ce nom de Docteur K.

Je ne l’ai pas fait exprès. C’est le photographe de la mairie de Courcouronnes qui m’a appelé comme ça la première fois qu’il a fait un article sur moi. Ce surnom l’amusait beaucoup et petit à petit, tout le monde m’a surnommé Docteur K. C’est devenu un personnage et ça me plait bien.

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Après l'interview, le 9 mars 2015, à l'agence.

27 avril 2015

8e prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste: interview Gaël Faure et Laurent Lamarca

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(Francis Cabrel en live à l'issue de la remise des prix)

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelLes deux jeunes artistes Laurent Lamarca et Gaël Faure, révélés par les Rencontres d’Astaffort, ont reçu le mardi 21 avril 2015, au XXII, Auditorium, le 8e prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

J’ai été convié à cette remise des prix (merci Anne-Claire Galesne, car nous étions très peu de journalistes "autorisés")… mais avant de vous en parler, un peu d’histoire s’impose…

« Révéler, transmettre, accompagner, soutenir et défendre les jeunes talents de la chanson, favoriser l’écriture et plus largement promouvoir la chanson »,  telles sont les principales vocations de Voix du Sud depuis plus de vingt ans.

Cette association fondée par Francis Cabrel (bientôt mandorisation en ligne pour son nouvel album In Extremis) propose ainsi depuis 1994 différentes stages de formations : les Rencontres d’Astaffort, Les Rencontres Répertoires, les Labos.

Grâce aux soutiens de la fondation La Poste qui a rejoint l’aventure en 2006, Voix du Sud favorise également la visibilité des nouveaux répertoires en produisant près de 80 concerts par an (en partenariat avec des services culturels, des associations de petits villages, mais aussi d’opérateurs prestigieux tels que les Francofolies de La Rochelle ou les Nuits de Champagne) et met en place des dispositifs favorisant la connaissance et l’écriture de chansons auprès des scolaires, des entreprises et depuis cette année dans le cadre du programme Culture à l’Hôpital.

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelEn 2008  est créé le Prix Centre des Écritures de la Chanson Voix du Sud /Fondation La Poste. Un prix dont le principal objectif est de mettre en valeur et donner quelques moyens supplémentaires à des artistes aux talents certains, méritant plus de visibilité. Au regard de l’actualité discographique de ce début d’année 2015 (26 janvier 2015, sorti de l’album de Bastien Lanza accompagné d’une quarantaine de dates, 2 février 2015, sorti de l’album de Fabien Bœuf, mandorisation en ligne cette semaine) qui reçoit un très bon accueil, 30 mars 2015 sortie de l’album de Daguerre (mandorisé là une première fois, la seconde arrive...) et des projets en préparation des anciens lauréats, ce prix a largement  démontré son utilité.

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Ce mardi 21 avril, donc, a été remis le prix du centre des écritures de la chanson à :

Gaël Faure : Tout chez lui laisse transparaître l’authenticité. Il a su prendre son temps et ainsi s’habiller de belles plumes (Tété, Ben Ricour ou encore Fabien Boeuf) pour son deuxième album De Silences en Bascules. La puissance maîtrisée, sa voix frappante, les textes singuliers prennent une autre couleur sur scène, portés par un son folk aérien et direct.

Voici quelques photos de sa prestation scénique (3 chansons) et de la remise du prix.

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Laurent Lamarca : Après la sortie de Nouvelle Fraîche en septembre 2013 et une soixantaine de concerts,  Laurent est rentré s'isoler dans une maison en Ardèche. Il a écrit et arrangé ce qui composera son deuxième album. Des chansons ou le partage, l'empathie et l'optimisme sont les maitres mots. Des sons et des couleurs sous l'influence d'une époque pleine d'espoir et d'expérimentation. Ce deuxième album est en cours d'enregistrement.

Là encore, des photos de sa prestation scénique (3 chansons également) et de la remise du prix...

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La vidéo de la remise des prix (en intégralité).


2015-04-21 8ème soirée de remise du Prix Centre... par VOIXDUSUD47

Ce prix existe depuis 8 ans et est remis à deux artistes ayant participé aux Rencontres d’Astaffort l’année précédente.

J’ai rencontré l’un et l’autre (tous deux déjà mandorisés naguère, Laurent Lamarca et Gaël Faure ici) à l’issue de la remise des prix (autant dire pendant le cocktail qui a suivi.)

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Les deux lauréats de cette année, Laurent Lamarca et Gaël Faure.

Laurent Lamarca d’abord…

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelInterview :

Ca fait quoi pour un artiste émergeant de recevoir ce prix ?

Ça fait du bien parce que, si c’est un plaisir de faire de la musique, en même temps, à un moment donné, on a envie d’être un peu reconnu. Ce genre de prix fait du bien à l’ego.

En plus, tu touches 3000 euros, ce n’est pas rien.

Oui et cerise sur le gâteau, on nous prête un studio professionnel quelques jours pour enregistrer des morceaux. C'est absolument génial… et on a la reconnaissance de Francis Cabrel, ce qui n’est pas le moindre des honneurs.

En te rendant aux Rencontres d’Astaffort, tu ne t’attendais pas à ce que cela aboutisse à ce résultat un jour.

Pour tout te dire, je n’avais même pas connaissance de l’existence de ce prix. Quand une personne des Voix du Sud m’a appelé pour me dire que j’avais gagné avec Gaël Faure, j’ai été très surpris, tu t’en doutes.

Les « Rencontres d’Astaffort », ça t’a apporté beaucoup ?

On pourrait croire que je dis oui pour la forme, mais pas du tout. Ça faisait cinq ans que j’étais à Paris, je m’étais un peu enfermé dans un cheminement… je voyais les mêmes têtes, j’avais les mêmes réflexes d’écriture. Bref, j’avais un sérieux problème de recul envers mon travail. J’avais fait beaucoup de chansons pour mon prochain album et je ne savais plus trop où j’en étais. A Astaffort, j’ai rencontré plein de nouvelles personnes et de nouvelles façons de travailler. C’est un peu comme un voyage.... Quand on se retrouve face à une civilisation différente, on se rend compte de ce que nous sommes vraiment, intrinsèquement parlant. Les « rencontres » durent dix jours, mais ce que l’on y vit est super fort.

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Pendant l'interview avec Laurent Lamarca (photo prise par Auguste Bas).

C’est là-bas que tu as rencontré Vincha avec qui tu travailles encore aujourd’hui.

On a même monté un studio à deux. On a un studio ensemble, on a un projet pour s’amuser tous les deux, mais on travaille aussi très sérieusement en faisant des chansons pour d’autres artistes. On s’aide mutuellement.

Quels sont tes projets immédiats ?

Je sors un EP aujourd’hui, « Borderlune », puis il y aura un EP à la rentrée prochaine… pour l’album, on verra plus tard, mais il existera.

Le teaser du clip "Borderlune" (qui sera mis en ligne le 11 mai 2015)

Au tour de Gaël Faure de répondre à mes questions… accompagné d’un des meilleurs artistes de sa génération, Benoît Dorémus (lui aussi mandorisés... deux fois) qui lui a écrit un texte « Traverser l’hiver » (qui sera sur le deuxième album de Gaël).

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelInterview : (Sur la photo à gauche, avec moi, Faure et Cabrel en non pas Faure et  Dorémus, comme la logique le voudrait...)

Comment vis-tu ce prix Gaël ?

Gaël Faure : Ça fait plaisir, et je viens de le dire à Francis Cabrel à l’instant, parce que ça arrive à point nommé pour moi. Mon album De silences en bascules vient tout juste d’être réédité avec trois inédits et là je suis en pleine création. Ça fait du bien… je dirais même que ça flatte un peu, il ne faut pas se le cacher.

Benoît, que penses-tu du travail de Gaël ?

Benoît Dorémus : On s’est connu sur un texte, donc je le vois comme un compositeur et interprète aussi exigeant que talentueux. On se complète parfaitement avec l’auteur que je suis. Et sur scène, il assure grave.

Je trouve que les artistes de votre génération s’entendent bien, voire s’entraident carrément ?

Benoît Dorémus : Tu as raison, il y a beaucoup de bienveillance entre les artistes parce que tout le monde en bave. J’ai demandé à Francis Cabrel si, dans sa jeunesse, un autre artiste l’avait aidé. Il m’a répondu que non parce que ça ne se faisait pas à l’époque. Nous, on fait partie d’une génération qui a du mal à se faire connaître et à exister en tant qu’artiste, il manquerait plus que l’on se fasse la guerre entre nous.

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Gaël Faure et Francis Cabrel pendant le coktail.

Il n’y a pas de concurrence ?

Gaël Faure : Si, certainement, mais il y a surtout des familles qui se créent.

Benoît Dorémus : Il y a de la concurrence positive aussi. Par exemple, avec mon copain Renan Luce, c’est plutôt une affaire d’émulation. Lui a cartonné, moi je ramais, c’était donc un moteur pour que j’avance.

Gaël Faure : Il y a beaucoup d’entraides, de bienveillances… et l’ego, on le laisse chez nous.

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Pendant l'interview avec Gaël Faure et Benoît Dorémus (photo prise par Anne-Claire Galesne)

Vous avez tous les deux été stagiaires à Astaffort… mais pas que.

Benoît Dorémus : Je suis retourné là-bas il y a un an pour animer un atelier d’écriture avec les enfants de l’école primaire du village. J’ai eu les CE1, CE2 et CM1 pendant dix jours. Ce n’est pas un exercice évident, même s’il est passionnant.

Gaël Faure : Moi, je l’ai fait à Marseille, d’ailleurs, j’y retourne demain pour la restitution de la chanson… je suis d’accord avec toi, ce genre d’expérience est très difficile. En plus, j’étais dans le quartier nord de Marseille, dans le 14e, avec des guetteurs à l’entrée de la cité…

Les Rencontres d’Astaffort impliquent que l’artiste s’implique.

Benoît Dorémus : J’ai l’impression que sur chaque session, on a quatre ou cinq artistes avec qui cela accroche avec l’équipe des Rencontres. Ces gens-là sont, par exemple, invités à encadrer des « labos », c’est-à-dire des sessions de travail sur deux ou trois jours ou animer des ateliers d’écriture pour les enfants. L’enseignement, c’est un métier, mais du coup, nous on tâtonne et on finit par apprendre sur le tas.

Gaël Faure : C’est super enrichissant pour nous. Plus c’est dur, meilleur c’est.

Clip de "Tu me suivras".

La photo de famille de tous les protagonistes de ce 8e prix des Écritures de la Chanson Voix du Sud/Fondation La Pose...

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Alain wicker (fondateur du XXII), Francis Cabrel (président d’honneur de Voix du sud qu’il a créé il y a 21 ans) , Nicolas Petit ( MFM ), Bernard Montiel ( MFM ) , Dominique Blanchequotte ( (Fondation D’entreprise la poste ) Steven Bellery ( RTL ) , Julien Fregonara ( MFM ) , Jean Bonnefon ( président de Voix du sud), et nos Lauréats : Laurent Lamarca, Gael Faure.

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelLa soirée fut l’occasion d’annoncer le nouveau partenariat Voix du sud / MFM radio et la création début mai d’une web radio 100% dédiée aux artistes participants aux Rencontres d'Astaffort : MFM radio Voix du sud.

Enfin, rappel de ce qu’est Voix du Sud:

En 21 ans c’est…

Plus de 1000 stagiaires

39 sessions des Rencontres d’Astaffort

+6 Rencontres thématiques (2 jeunes publics, 2 langues Régionales - Occitan et Strasbourg-, 2 en lien avec les agglomérations de Clichy et Argenteuil) 

+3 Rencontres en Suisse,

+2 Rencontres à la Réunion,

+2 Rencontres à Madagascar,

+1 Rencontre Francophone.

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Plus de 50 « parrains » dont : Alain Souchon, Renan Luce, Cali, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, San Severino, Thomas Dutronc, Jeanne Cherhal, Maxime Leforestier, Michel Jonasz, Thomas Fersen….

Un projet qui s’adresse aux artistes en développement mais aussi aux artistes aux parcours confirmés : Ours, Ben Ricour, Oldelaf, Benoit Dorémus, Emmanuel Moire, Stephan Rizon, Jali, Klo Pelgag, Gaël Faure, Jérémie Kisling, Vincha, Liza Leblanc, Pierre-Do Burgaud, Julien Voulzy, Tom Frager,

Et des centaines de professionnels et médias du secteur de la musique qui ont relayé l’information…

Prochaines Rencontres d’Astaffort du 14 au 22 Mai : Thomas Fersen et du 24 septembre au 2 octobre : Oldelaf 

24 avril 2015

Olivier Norek : interview pour Territoires

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(Photo: Les Pictographistes)

Être lieutenant de police ne veut pas dire savoir écrire des romans policiers (lapalissade). Olivier Norek  est lieutenant de police à la Section enquêtes et recherches du SDPJ 93 (actuellement en disponibilité pour se consacrer à sa carrière d’auteur) et, lui, excelle en la matière. Il y a deux ans, j’avais déjà été très impressionné par son premier roman, Code 93. Une mandorisation en avait découlée.

Pour moi, Olivier Norek n’est pas loin d’être  l'écrivain policier de l'année. Ce qui est certain, c’est que vous êtes face à un futur monstre sacré du polar, au talent aussi grand qu'un Thilliez, Grangé, Chattam, Mallock, Desjours ou Giebel. Avec son nouveau livre, Territoires, vous aller plonger dans une cité, véritable zone de non-droit. Et comme l’affirme le libraire Gérard Collard, « vous allez ressortir de ce livre laminé ». 

Olivier Norek est venu à l’agence pour une seconde mandorisation, le 26 février dernier.

olivier norek,territoires,interview,mandor4e de couverture :

Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste et de son équipe, le calme semble être revenu au sein du SDPJ 93. Pas pour longtemps, hélas ! L’exécution sommaire de trois jeunes caïds va les entraîner sur des pistes inimaginables.

Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un chef de bande psychopathe d’à peine treize ans, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire découvert mort chez lui, torturé… et Coste se retrouve face à une armée de voyous impitoyables, capables de provoquer une véritable révolution.

Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?

Avec ce polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames terriblement humains et de stratégies criminelles - loin d’être aussi fictives qu’on pourrait le croire - où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

L’auteur :olivier norek,territoires,interview,mandor

Olivier Norek est lieutenant de Police Judiciaire depuis 15 ans. Né il y a 39 ans à Toulouse, il suit ses parents dans  leurs douze déménagements, avant de quitter, le cursus scolaire à 17 ans et demi. Il part en mission pour «Pharmaciens sans frontières », en Guyane puis en Croatie, en pleine guerre des Balkans. Après deux ans dans l’humanitaire, il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la Police Judiciaire au service financier puis au groupe de nuit chargé des braquages, homicides et agressions.

olivier norek,territoires,interview,mandorAprès avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93, à la section enquêtes et recherches (agressions sexuelles, enlèvement avec demande de rançon, cambriolage impliquant un coffre-fort…).

Il écrit quelques textes et participe en 2011 à un concours de nouvelles. Il décide de se mettre en disponibilité pour écrire son premier roman Code 93, un polar réaliste qui nous plonge dans le quotidien des policiers en Seine-Saint-Denis : des situations de violence, souvent gratuite, et de cruauté. Sans pour autant jamais se départir d’un regard humain qu’il promène sur ces quartiers difficiles. Le roman parait en avril 2013 et est chaleureusement accueilli par les critiques de la presse.

Il vient de sortir, Territoires (voir 4e de couverture, interview... et teaser ci-dessous).

Teaser du livre Territoires.

Olivier Norek a travaillé à l’écriture de la sixième saison d’Engrenages (Canal+ – Son et Lumière). Les droits de son premier roman ainsi que ceux du suivant sont déjà acquis en vue d’être portés à la télévision pour y être déclinés en série.

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olivier norek,territoires,interview,mandorInterview :

Ton premier roman, Code 93, a trouvé son public rapidement.

Oui, et là, il a retrouvé une seconde vie grâce aux poches. Ils l’ont imprimé une première fois à 10 000, puis une seconde fois à 3000, une troisième fois à 5000 et enfin une quatrième fois à 8000. Donc on en est à 26000 exemplaires vendus. Pour un poche d’un premier bouquin, je suis assez satisfait et la maison d’édition semble l’être également.

Tu reviens avec Territoires.

C’est un livre auquel je tiens beaucoup. Il y a six mois d’enquête sur le terrain, ce qui équivaut à une longue enquête de procédure judiciaire. Après, il y a six mois d’écriture. C’est un livre qui ne ment pas et qui ne triche pas.

Tu étais en disponibilité de la police pour écrire Code 93 et Territoires. Tu récidives, mais cette fois-ci pour trois ans. Tu ne te consacres vraiment plus qu’à l’écriture.

Je n’aurais pas pu faire autrement que prendre une disponibilité parce que je bosse vraiment au moins dix heures par jour.

Ta vie de flic ne te manque pas ?

Si, elle me manque. Qu’est-ce qui me manque exactement ? Pas les salauds, pas les victimes, parce que moins j’en vois, mieux je me porte, même si ça a été mon unique moteur dans ma carrière de policier. Ce qui me manque, c’est l’équipe. C’est appartenir à un groupe. Ces relations humaines étaient parfois compliquées, mais sans ambiguïté. Je retiens de l’équipe des relations très simples et fraternelles. Chez les flics, on a ce lien qui va au-delà de l’amitié. Les mêmes relations que celles qu’entretiennent les soldats qui sont allés au front. On a eu tellement peur ensemble que c’est comme si nous nous étions mis à poil ensemble. On a l’impression que l’on ne peut plus rien se cacher.

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Le photographe Bruno Chabert et sa mise en abyme : l'auteur plongé dans la ville de son propre livre.

olivier norek,territoires,interview,mandorPour ce livre, tu as questionné une vingtaine d’élus du 93.

Oui, c’est vraiment une peinture du 93, mais c’est valable pour toute ville qui comporte elle aussi une importante  population pauvre, des difficultés d’emploi, de chômage, de sécurité, de salubrité. Je parle du 93 parce que c’est un département que je connais. Je suis du 93, j’ai travaillé dans le 93, c’est quand même un sacré garde-fou que de rester dans ce département.

Tu as posé une question aux élus interrogés : comment tenez-vous votre ville ?

J’ai posé cette question à des administrés, des adjoints, des ex-adjoints, des attachés de mission et des ex-maires. Je n’ai pas pu et voulu interroger des maires en activité. Ils auraient eu une langue de bois que j’aurais repéré dans la seconde. J’écris un polar, donc je ne voulais pas écouter les versions officielles. Quand je parle des racailles et des délinquants de ces populations je parle uniquement de 2% qui paralysent la ville entière. Quand je parle de ces politiques un peu dévoyés, un peu perdus parfois, je parle vraiment d’une partie du monde politique. Cette fois-ci, je pense que le pourcentage est plus élevé que 2%.

Que se disent ces politiques que tu vises ?

Ils se disent : « J’ai une population délinquante, qu’est-ce que j’en fais ? J’essaie d’arranger la situation, de lui trouver du boulot et de les intégrer ou j’essaie de les utiliser en tant que ce qu’ils sont, un pouvoir ? Un pouvoir de nuisance. Mais un pouvoir de nuisance reste un pouvoir. C’est le concept de l’achat de la paix sociale. Voilà ce que je fais pour toi. Toi tu vas faire ça pour moi et en échange, moi, je ne viendrai pas t’ennuyer. Je n’irai pas te coller la police municipale ni la police judiciaire. Mais si, à un moment donné, j’ai besoin que la ville prenne feu, tu mets le feu. Si j’ai besoin que la ville soit calme, tu la calmes et on va s’arranger sur plein de choses. Je vais t’assurer une place HLM, je vais t’assurer une aide-soignante pour ta grand-mère, une aide-ménagère pour tes parents, je vais t’acheter des billets d’avion pour partir tous en Thaïlande, des voitures, des cartes d’essence pour toute la cité…

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Mains, visage, stylo... Le légendaire triptyque de chez "Alibi Magazine" by Paolo Bevilacqua.

Dans ton roman, madame Vespérini, maire de Malceny, n’a pas de cœur et elle est sans foi ni loi.

Elle a un cœur, mais elle ne le fait pas travailler. Elle est très dure. Ses actes ont pour conséquence beaucoup de dommages collatéraux, dont des morts. Pour elle et sa morale, le réveil sera difficile. Mais je ne trouve pas qu’elle soit si éloignée d’un couple Tibéri ou d’un couple Balkany qui ont été mis en examen un nombre incalculable de fois et qui sont toujours dans les ors de la République. Avec le personnage de madame Vespérini, je voulais soulever le problème de l’exemplarité. Je souhaitais qu’elle soit aussi compliquée et retors que les délinquants avec qui elle travaille officieusement et pour qui elle travaille officiellement pour les réintégrer, les aider…etc. Je voulais que le tableau soit aussi sombre d’un côté comme de l’autre quitte à pousser le curseur un peu loin sur cette maire. Mais, je suis sûr que ce curseur n’est pas poussé si loin que cela.

Tu les détestes, ces gens-là ?

Avec des personnalités politiques comme Vespérini, j’ai un vrai problème. Ce sont nos employés. C’est nous qui les payons, ils sont à notre service, et pourtant, à chaque fois qu’ils vont quelque part, tout le monde à le torticolis de la déférence. J’ai l’impression que les rôles ont été complètement inversés. Ce sont eux qui devraient être honorés qu’on les reçoive dans un commissariat, par exemple. J’utilise la notion de pouvoir dévoyé. Il ne faut pas oublier que c’est nous qui leur avons donné le pouvoir et il devrait être à notre service.

Ce livre raconte finalement le casse du siècle.

Cette maire braque l’état, mais de manière complètement administrative et légale. Je ne dis pas comment, il faut lire le livre.

Il y a un petit garçon de 13 ans, Bibs, qui est la pire des ordures.

Il a une violence froide. Il ne la conçoit pas. C’est le même concept que les enfants soldats. Ce sont des gamins qui sont nés dans la violence et qui ont été éduqués dans cette violence. Leur curseur de violence est complètement déphasé. Bibs sait utiliser la violence, il sait menacer, mettre à exécution, il sait se battre contre des plus grands que lui. Il n’a peur d’absolument rien. Bibs, je ne sais pas s’il est sauvable, mais ce n’est pas un monstre, il a juste grandi avec la violence entre les doigts. 

olivier norek,territoires,interview,mandorTu as parlé précédemment d’exemplarité. J’aimerais que l’on y revienne.

Avec des politiques comme ça, quel est le message que l’on donne aux gamins ? Allez à l’école, faites des études, travaillez, vous aurez un salaire et vous vivrez dans la légalité ? Ils n’y croient pas. Pour certains, ils se mettent à vendre une barrette de shit ou deux. Alors ils se font arrêter et ils font 48 heures de garde à vue. Quand ils se font arrêter une deuxième fois, ils font un mois de prison. Mais ils ne comprennent pas parce qu’en face, il y a des gens qui, comme eux, sont allés en garde à vue, ont été mis en examen… par contre, eux, au lieu d’aller en prison, ils retournent dans les ors de la République.

Je crois que tu as une anecdote à nous raconter à ce propos.

Il y a des années de cela, je vais en perquisition pour du stup. Dans la chambre d’un gosse, il y avait des affiches du Parrain, celle de Scarface, la photo de Jacques Mesrine et… une photo du couple Balkany. J’ai demandé à l’enfant s’il n’y avait pas un intrus, il m’a répondu que non. C’est le mur où il ne mettait que les meilleurs. Elle est là l’exemplarité. Les jeunes comprennent que si quelqu’un atteint le pouvoir, il peut commettre des infractions et n’ira jamais en prison.

Il y a des maires honnêtes, quand même. Tu ne lances pas un « tous pourris » franc et massif.

Non, évidemment. J’en ai rencontré des maires, des attachés et des adjoints irréprochables, mais pour ce livre, ils ne m’intéressaient pas. Les honnêtes et les normaux, il y en a quelques-uns, mais j’écrivais un roman noir, alors je ne perdais pas de temps avec eux. Par contre, quand je vois des journalistes pour me parler de tout ça,  je leur dis de contacter ces gens-là. Je parle de personne comme Alda Pereira-Lemaitre qui a été la maire de Noisy-le-Sec de 2008 à 2010. Elle a essayé de faire tout ce qu’elle pouvait pour nettoyer sa ville… et elle a perdu sa majorité. Une femme comme elle est intéressante et peut parler de la belle banlieue.

Tu es flic, tu ne vois pas les gens « beaux » de toute façon.olivier norek,territoires,interview,mandor

Mes curseurs sont un peu bas sur l’être humain, je te le concède. Je n’ai confiance en personne et je ne suis jamais surpris de ce que peut faire un homme ou une femme. Je connais toutes les options et toutes les capacités que l’être humain est capable de déployer. Quand j’écris un bouquin socio-politique, il va forcément être sombre.

Pourquoi as-tu écrit ce livre ?

Parce qu’il y a encore beaucoup de gens qui ne connaissent pas le concept de l’achat de la paix social et qui ne savent pas comment des maires tiennent des villes. Cette vérité-là, j’ai besoin de la dire. Pas parce que j’apporte des solutions, mais parce que j’ai besoin de secouer les gens. Quand on apprend ce genre de choses, on essaie de ne plus être des moutons.

Mais apprendre quelle genre de chose concrète par exemple ?

Apprendre que faire venir un camp de Roms, c’est une super idée. Déjà parce que des subventions tombent, secondement parce qu’il n’y a aucun bobo ou aucun petit parisien qui va s’installer autour d’un camp de Roms… et les bobos et les parisiens, ça vote ! Il va y avoir qui autour ? Des immigrés, qui n’ont pas le droit de vote, des chômeurs, fatigués, désespérés, qui votent beaucoup moins que les autres. J’ai rencontré un maire qui m’a dit que son intérêt à lui était de dégoutter le plus de gens possible de la politique. Son intérêt, c’est que sa ville soit insécure et insalubre. Pourquoi ? Parce que ses petites racailles et ses délinquants vont lui acheter des procurations et que s’il a 500 ou 1000 procurations et qu’il a 3000 votants, il a déjà quasiment l’élection dans les mains. C’est un peu dur à entendre.

Dans Territoires, tu évoques des émeutes créées volontairement par madame Vespérini. Fiction ou réalité ?

Fiction, mais peut-être pas tant que cela. Un maire à qui j’ai fait lire le manuscrit au fur et à mesure m’a dit qu’il ne pouvait pas affirmer que ça n’était pas encore arrivé, même s’il n’en avait aucune preuve. Par contre le fait que les émeutes soient étouffées le plus rapidement possible et que, quand il y a une émeute, il y a un budget spécial, c’est la pure réalité. Le but étant de ne plus avoir des Villiers-le-Bel qui ont coûté 150 millions d’euros. Le but est d’étouffer dans l’œuf les émeutes, parce que le 93 reste le paillasson de Paris. Quand ça brûle, ça pue jusque sous leurs fenêtres, mais la plupart du temps, on s’y essuie les pieds. Il y a quelque chose de sociologiquement impossible. Il y a une émeute, elle va rester dans sa commune et va durer à peu près quatre jours. On sort le chéquier à vacances, le chéquier à voitures, on réveille le trésorier et, l’argent dans les sacs, on va déposer ça dans les cités… le lendemain, il n’y a plus rien.

olivier norek,territoires,interview,mandorDans tes livres, les flics vont bien. Personne n’est anxiogène.

Ils ont tous leurs travers, ils sont compliqués, mais ils sont très humains.

Ils se vannent pas mal.

Mais c’est normal. C’est le mode de communication de la police. En PJ, ce n’est que ça. Il y a une phrase sérieuse pour trois vannes. N’arrive pas au boulot avec une chemise Hawaïenne, tu en as pour la journée. Vite fait, tu te retrouves avec des affiches Magnum sur la porte, il y a des gens qui te volent ton portable juste pour te mettre la sonnerie du générique de Magnum, tu te retrouves avec un palmier sur ton bureau… ça n’arrête pas. C’est une manière de décrocher de notre quotidien morbide.

Je sais que tu as écrit un film.

Il est en cours de traitement. C’est un thriller sur un enlèvement d’enfant. J’ai aussi écrit une série qui a été acheté par une maison de production. C’est l’histoire d’une personne qui doit enquêter sur quatre disparitions qui se sont déroulées quinze ans avant et pour lesquelles elle n’a strictement aucune preuve. Ce n’est que de l’enquête relationnelle. Sinon, pour Canal+, j'ai inventé l'histoire de la saison 6 d'Engrenages avec l'équipe. C'est aussi difficile que passionnant.

A mon avis, tu ne vas pas redevenir flic avant quelques années.

Pas avant trois ans en tout cas.

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Après l'interview, le 26 février 2015, à l'agence.

 Pour terminer, voici la chronique de Gérard Collard sur Territoires.

19 avril 2015

Hélène Molière : interview pour Harcelé-harceleur

Hélène Molière (c) Thierry Rateau.jpg

(Photo : Thierry Rateau)

Dans Harceleur-Harcelé, une histoire de souffrance et de silence, Hélène Molière brise un tabou en tentant de comprendre comment des enfants peuvent se transformer en bourreau. Le harcèlement, c'est une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Des petites piques, des blagues d'un goût douteux, le harcèlement commence subrepticement. Mais parfois ça peut aller jusqu'au chantage ou à a violence physique. En tous les cas, quelle que soit l'ampleur, cela marque à vie.
Pour Openmag n°174 (magazine offert dans le FNAC de France), daté du mois d’avril 2015, j’ai rencontré la psychothérapeute dans son cabinet du 9e arrondissement de Paris. A l’origine, l’interview devait être (beaucoup) plus longue (les aléas de la vie d’un magazine…), je publie donc l’article tel qu’il est paru et la suite (en bonus mandorien).

Hélène Molière couverture en HD.jpgNote de l’éditeur :

« Julie Lunettes » ainsi qu’avait décidé de la baptiser son institutrice, s’est jetée du troisième étage de son immeuble, n’en pouvant plus de se faire traiter de « mémé » de « vieille » de « moche » jour après jour, par ses « copains » de classe.
Jonathan a tenté de s’immoler par le feu submergé par les insultes d’un chefaillon et de ses sbires, insultant à longueur de journée sa famille, son nom (Destin) son poids, etc.
Camille n’a pas accepté de se faire supplanter par une rivale, aussi belle, aussi fraiche et délicieuse qu’elle, derrière laquelle SA cour, s’était ralliée. « Elle m’a volée ma vie » a-t-elle déclaré à sa mère, et a plongé dans la dépression et la drogue. Louise, Noé, Samir, Kevin... autant d’enfants victimes du harcèlement à l’école.

Les enfants harcelés ne vont pas tous jusqu’au suicide, mais le harcèlement, continu, sans répit, répétitif, peut avoir des conséquences à court, moyen ou même long terme des conséquences absolument désastreuses. Hélène Molière, psychothérapeute pour enfant, explique dans cet essai avec beaucoup de lucidité, comment ces gamins désignés de manière aléatoire, par un « meneur », ne comprenant pas ce qui leur arrive, endossent dans un mutisme ravageur la peau de la victime.
Elle explique surtout aux parents et aux enseignants l’attitude à adopter en cas de symptômes qu’elle décrit, comment faire parler un enfant pour se livrer er se délivrer, en mettant des mots sur une douleur insupportable et toujours recommencée: le harcèlement, et surtout comment s’en débarrasser avant qu’il ne soit trop tard.

L’auteure :

Hélène Molière est psychanalyste et psychothérapeute à Paris 9ème. Après des études de lettres et de philosophie elle devient journaliste, presse écrite, radio, télévision, spécialiste des sujets de société et singulièrement de l’éducation. Elle travaille aujourd’hui et ce depuis des années en qualité de psychologue clinicienne, diplômée de l’université de Paris 7 au CMPP de Chelles (77) et aux Lierres, hôpital de jour pour enfants de Sèvres (92).

L’article publié dans Openmag :

hélène.jpg

IMG_6985.JPGBonus mandorien :

Revenons sur le fait que l’enfant harcelé pense que c’est lui qui n’est pas comme les autres.

Tant qu’il n’y a pas de mot pour décrire ce phénomène et que ce n’est pas reconnu par quelqu’un d’autre, il se sent responsable et même, pire encore, coupable.

Vous citez le cas de parents qui vont voir la directrice de l’école primaire et qui minimise les faits et parle d’enfantillages. C’est souvent le cas ?

Les dysfonctionnement de ce type arrivent très souvent. En primaire, souvent le directeur cumule avec la fonction de professeur, il est donc débordé, ce qui empêche d’être attentif à ce qu’il se passe. Mais il y a aussi beaucoup de cas de harcèlements déjoués parce qu’un prof à couper court au problème et a su dire ce qu’il fallait pour que ça ne dérape pas. Le harcèlement, c’est un dérapage.

Le harcèlement touche 10% de la population scolaire, dont 5% est très gravement atteinte. C’est un chiffre conséquent.

Oui, mais les proportions sont les mêmes dans tous les pays développés. Il est aussi rependu en Ile-de-France qu’en province et aussi fréquent dans les établissements privilégiés que dans les établissements défavorisés. Il n’a rien à voir avec le milieu social ou culturel. Il n’est pas possible  d’expliquer le statut d’agresseur et de victime d’un élève comme la conséquence de mauvaises conditions socio-économiques. Dans une société qui espère toujours en finir avec la violence, le jeune harcelé et ses harceleurs nous lancent à la figure le rituel archaïque du « bouc émissaire » et nous mettent sous les yeux ce que nous ne voulons pas voir : la violence irrémédiable, instinctive et consubstantielle de la relation humaine. 

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Quelle est la seule façon de déceler que son enfant est victime de harcèlement ?

Il ne faut pas être obsédé par ça, mais si votre enfant à ses notes qui chutent subitement, s’il a les yeux cernés, s’il pleure systématiquement au moment d’aller à l’école, s’il a mal au ventre avant d’aller à l’école, s’il change brutalement de comportement… ce sont des signes qu’il ne faut pas laisser passer. Si l’enfant voit que ses parents s’interrogent, se renseignent, se méfient, il ne sent pas lâché et c’est déjà beaucoup.

Ces enfants-là, dites-vous, ne sont pas faibles, mais se mettent dans des situations de faiblesse.

En effet, ils ne sont pas plus faibles que les autres, mais de toute façon, il n’y a pas de profil type du harcelé. Il y a juste des tempéraments. Quelqu’un qui a le sens de l’autre, qui est dans l’empathie et le langage, qui peut douter, qui est dans la loi, qui est respectueux de son prochain et qui est un peu réservé a un peu plus de possibilités d’être harcelé. Mais ça ne veut pas dire qu’il va l’être.

Et y a-t-il un profil pour les harceleurs ?harcelementenfant.jpg

Ce sont souvent des enfants qui sont en souffrance. Ils ont certainement connu l’humiliation. Ils ont besoin d’attirer le regard sur eux. Ils n’ont pas intégré le permis et l’interdit. Le permis et l’interdit, ça vient vers trois ans. Si on laisse passer ce moment, c’est difficile de revenir en arrière.

Le harcèlement peut conduire jusqu’au suicide de l’enfant ou, au minimum, au traumatisme… peut-être à vie.

Plus ça dure, plus il y a des conséquences désastreuses. Il y a beaucoup de tentatives de suicides ou des scarifications. Ce qui est certain, c’est que cela va marquer la suite des relations sociales de l’enfant harcelé. Il y a une forte probabilité qu’il se méfie à vie de l’autre et qu’il soit constamment sur la défensive. On voit même des familles où il y a des échos du harcèlement… c’est plus du côté de la névrose familiale. Pour le harcelé ou le harceleur, il y a souvent des histoires de coups. Ça cogne au niveau des parents, voire même des grands-parents. Ce n’est pas systématique, mais assez fréquent.

Parlons du harcèlement dans les réseaux sociaux.

C’est la forme moderne et la plus terrifiante du harcèlement. Elle fait des dégâts extrêmement importants parce que ça va beaucoup plus vite et ça s’adresse à beaucoup de monde à la fois. La rumeur s’étend hors de l’école. Si l’enfant est victime à l’école, cela va s’exporter et ça va devenir non-stop à l’extérieur. L’enfant rentre chez lui et il n’a pas le répit qu’il pouvait avoir avant. Les réseaux sociaux étendent le phénomène dans l’espace et dans la durée. Être harcelé 24 heures sur 24 heures, ce n’est pas tenable.

Harcelement-a-l-ecole-tout-le-systeme-educatif-mobilise_visuel_article2.jpgAvez-vous été victime de harcèlement dans votre jeunesse ?

Non, je me suis juste demandée « pourquoi tant de haine ? » J’avais des souvenirs cuisants de la récréation. Dans une cour de récré, il y a vraiment une violence et une façon d’être. Soit tu fais partie d’un groupe et tu suis le chef, le leader, soit tu es un peu en marge. Et si tu es un peu en marge, tu peux être pris comme victime. Moi, je n’avais aucune envie d’être leader, ce n’était pas mon tempérament, mais je n’avais aucune envie de suivre le troupeau. J’étais susceptible d’être harcelée, mais comme j’avais une « meilleure amie », je n’étais pas esseulée. J’étais très sensible à la violence de ce qui était dit. Dans le livre, je l’écris, ceux qui sont victimes de harcèlement sont souvent des enfants un peu plus mûrs que les autres, mais ils ne savent pas se défendre face à cette boule de défense qu’ils ont en face d’eux. Mon livre apporte des solutions et donne des conseils.

18 avril 2015

Juliette : interview pour Platine "mon rapport à la variété".

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11025740_1555940391344416_9058530510480878212_n.jpgAprès Ben l’Oncle Soul (n°201), Didier Wampas (n°202), Christophe Mali leader du groupe Tryo (n°203), pour le magazine Platine, je continue d'interroger des artistes qui ne font pas de variété sur leur rapport avec ce genre musical... qu’il est facile de railler.

Le 8 janvier dernier, c’est l’iconoclaste Juliette qui a bien voulu s’exprimer sur ce sujet (à l’occasion de sa précédente mandorisation). Elle s'exprime notamment sur Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Serge Gainsbourg, Alain Bashung ou encore Michel Sardou.

(Petit teasing en passant : le prochain sera Dominique A. Interview réalisée cette semaine et je vous garantis qu’elle ne passera pas inaperçue tant il n’a pas la langue de bois sur certains artistes).

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17 avril 2015

Suzanne Clément : interview pour la sortie en DVD de Mommy

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suzanne clément,mommy,interview,contact fnacIl y a deux ans, à Cannes, Suzanne Clément jouait dans Laurence Anyways, de Xavier Dolan, présenté dans la section Un certain regard. Elle incarnait Fred, la compagne de Laurence (Melvil Poupaud), le transsexuel travaillé par une forte pulsion de mort. Ce rôle lui a permis d'imposer son exubérance, son énergie. A l'époque, le réalisateur avait été fort marri que son troisième film ne soit pas en compétition, mais son interprète était repartie avec le Prix d'interprétation féminine de la section.

Cannes 2014. Mommy, le cinquième film de Dolan (entre-temps, il y a eu Tom à la ferme) est en compétition et Suzanne Clément est à nouveau du voyage. Elle joue Kyla, la voisine du couple infernal que forment Diane (Anne Dorval) et son fils Steve (Marc-Antoine Pilon). A l’occasion de la sortie en DVD et en Blu-Ray de ce film, pour le journal Contact (le gratuit envoyé aux adhérents de la Fnac) daté du mois de mars 2015, j’ai interviewé la comédienne québécoise. Délicieuse.

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Bande annonce de Mommy (de Xavier Dolan)

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16 avril 2015

JoeyStarr, Manu Payet et Alice Belaïdi : interviews filmées pour Les Gorilles

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IMG_7551.JPGC’est l’agence pour laquelle je travaille qui gère le site consacré au cinéma, filmsactu.Je travaille rarement pour eux, mais exceptionnellement, la rédaction m’a demandé si cela m’intéressait d’aller à la rencontre des comédiens principaux, JoeyStarr, Manu Payet et Alice Belaïdi (voir les interviews dans le contexte) du film Les gorilles. Je ne parviens pas à refuser des interviews d’artistes que je n’ai pas encore eues à mon micro. C’est maladif. J’ai donc accepté.

Je suis allé voir le film, qui est une honnête comédie, puis trois jours plus tard, le 27 mars dernier, j’ai rencontré les acteurs à l’hôtel de Sers.

J’ai commencé par Alice Belaïdi, puis le tandem JoeyStarr/Manu Payet s’est installé en face de moi. Tout le monde a bien joué le jeu… et JoeyStarr, que je craignais raisonnablement, a été un peu « taquin », tout en restant aimable.

Synopsis :
Alfonso (JoeyStarr), agent blasé et brutal du Service de Protection des Hautes Personnalités, est obligé de faire équipe avec Walter (Manu Payet), jeune recrue inexpérimentée, fasciné par le monde du show-biz. Ce duo improbable est chargé de la protection de Jal-Y (Alice Belaïdi), jeune star du R'n'B, menacée par son ex, un criminel en cavale.

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Première interview :

JoeyStarr et Manu Payet. Ils me parlent du film (de manière très décontractée, mais professionnelle).

Interview de JoeyStarr et Manu Payet.

Deux clichés pendant l'interview...

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Voici la bande annonce du film.

Deuxième interview:

Alice Belaïdi, très enthousiaste, évoque son rôle et le film en général.

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Interview d'Alice Belaïdi.

Deux autres clichés pendant l'interview.

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Enfin, pour un autre site de l'agence, MusiqueMag, j'ai interrogé Alice Belaïdi et surtout JoeyStarr sur la musique qu'ils écoutent (voir l'interview dans le contexte).

interview "musique" : Alice Belaïdi et JoeyStarr.

13 avril 2015

Julie Zenatti : interview pour Blanc

julie zenatti, blanc, interview, le magazine des espaces culturels Leclerc

julie zenatti,blanc,interview,le magazine des espaces culturels leclercParmi les chanteuses à voix de notre pays, la seule que j’apprécie réellement est Julie Zenatti. Je ne sais pas pourquoi, son grain de voix me touche. La jeune femme est discrète, voire timide et cela ajoute à mon intérêt pour elle. De plus, elle fut l’une des premières mandorisées. En 2007, je l’avais interviewé pour son album La boite de Mandor… non, pardon, La boite de Pandore. Deux ans plus tard, nous nous sommes revus pour évoquer sa participation au jury de l’émission X Factor. Enfin, en 2010, nouvelle mandorisation pour la sortie de Plus de diva. Voici donc la quatrième chronique sur et avec Julie Zenatti. Elle est venue à l’agence pour évoquer son nouveau disque Blanc. Je vous propose l’interview publiée dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2015).

Et évidemment, pour le blog, d’autres questions vous sont proposées.

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Clip de "D'où je viens".

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Clip de "Les amis".

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Clip de « Je ne t’en veux pas », duo avec Grégoire.

Bonus mandorien:

Parlez-nous d’Emmanuel da Silva (mandorisé là) qui a écrit quand même six morceaux, alors que vous n’avez pas du tout le même univers.

Il est très fort. Il rentre toujours dans la peau de la personne pour qui il écrit. Et puis, il est rigolo parce que c’est un auteur qui s’immisce dans ta vie. La première fois que je l’ai rencontré, c’était dans un café à côté de chez moi. Je ne savais pas si on allait réussir à faire des chansons ensemble, mais je savais juste que j’avais passé un bon moment. On a parlé musique, de la vie en général, j’ai aussi évoqué la naissance de ma fille qui avait tout juste quatre mois. J’étais dans un moment « entre deux eaux ». Je ne savais pas si je voulais retourner dans une maison de disque et je m’interrogeais sur ma vie artistique. Quelques semaines après, il m’a appelé pour me dire qu’il allait à Paris et qu’il souhaitait venir chez moi avec ma guitare et mon micro pour faire des chansons. On a commencé comme ça, dans le salon, comme des copains, sans savoir où on allait. Au fur et à mesure, il a pris de plus en plus d’importance parce qu’il n’hésitait pas à me pousser dans l’écriture et dans mes questionnements. D’ailleurs, quand je travaillais avec d’autres auteurs compositeurs, je lui faisais écouter mon travail. Tout ça s’est fait très naturellement. C’est même lui qui a enclenché le processus qui m’a incité à proposer mon projet au label Capitol. C’est un peu grâce à lui que ce disque existe.

C’est vrai que vous avez mis votre grain de sel assez fréquemment sur les textes ?

Oui, c’est vrai. Je suivais tout ça au mot près, à la virgule. Avec « mes » auteurs, il y avait une recherche évidente de symbiose complète avec la chanteuse. Il fallait que l’ensemble soit cohérent et que l’on n’ait pas l’impression que l’on passe d’une chanteuse à une autre d’une chanson à une autre. Je plaisante quand je raconte aux médias que je les ai poussées à bout, parce qu’en vrai, encore une fois, tout cela s’est fait naturellement.

Dans « La vérité », qui est une chanson d’Emmanuel da Silva, vous êtes en colère.

C’est la seule chanson où je serre les dents et je me mets en colère. C’est une chanson sur une rupture, mais je ne dis pas forcément que c’est la faute de l’autre. J’explique que quand on est quitté, c’est difficile de se rendre compte que l’on s’est trompé sur soi et sur la personne avec laquelle on vivait l’histoire.

Clip de "Pars sans rien dire".

On pourrait croire que « Pars sans rien dire »est une chanson d’amour, mais ça n’en est pas une.

Je parle beaucoup d’amitié sur cet album, que ce soit sur « Si tu veux savoir » ou évidemment « Les amis ». « Pars sans rien dire » est une chanson d’amitié. Je dis à la personne qui est en face que je ne vais plus pouvoir l’aider. A un moment, si son choix est de disparaitre, de s’en aller et couper les liens avec tout ce qui était important pour elle, alors je vais le respecter et cela deviendra une autre forme d’amitié. Un jour peut-être que l’on se recroisera.

C’est exactement le même thème que la chanson de Goldman, « Puisque tu pars ».

Ah bon ? Je pensais que c’était une chanson d’amour. Comme quoi, chacun s’approprie une chanson par rapport à sa propre histoire. Vous voyez, même moi, je me fais avoir. C’est ça la force d’une chanson.

A quoi sert une chanson, selon vous ?(Note de Mandor : cette question est déjà posée dans l’article du magazine (plus haut), mais la réponse correspond à une autre question qui était initialement celle-ci : « Dans la chanson « Introvertie », vous expliquez que vous êtes timide. Ce n’est pas l’image que l’on a de vous. » Bref, il y a eu un petit cafouillage indépendant de ma volonté.)

Ça peut être un remède pour les gens qui n’ont pas forcément les mots pour s’exprimer. Cela peut-être également un refuge, un endroit où ils ont l’impression qu’on les comprend. Si on détourne l’histoire à sa propre vie, on peut y trouver du bonheur. Je crois qu’on aime une chanson quand on se sent concerné.

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Après l'interview, le 16 mars 2015.

09 avril 2015

Bastien Lallemant : interview pour La Maison Haute

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(Photo : Franck Loriou)

4905c7_77e5055873b549adad6d479a32c5e48a.jpeg_srz_p_285_160_75_22_0.50_1.20_0.00_jpeg_srz.jpgJ’écoute Bastien Lallemant depuis Les premiers instants (2003) ; puis j’ai découvert Les érotiques (2005) et Le verger (2010). Mais je n’avais jamais rencontré cet immense artiste (à classer parmi les plus grands orfèvres de la chanson française d’aujourd’hui).

Et ce n’est pas parce qu’il n’avait pas sorti d’album depuis cinq ans qu’il dormait… non, il faisait la sieste. Et pas seul. Bastien Lallemant propose aux quatre coins de la France et à l’étranger une expérience singulière : la sieste acoustique. « Un moment d’abandon et d’écoute inédite durant lequel le public est invité à s’allonger dans l’obscurité et à se laisser bercer par une poignée d’artistes qui chantent et disent des textes sous la lueur toute poétique d’une simple ampoule suspendue. »
Aujourd’hui, Bastien Lallemant revient accompagné de quelques « siesteux » pour un nouvel album, La Maison Haute. Un chef d’œuvre. Pas moins.

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bastienlallemant01.jpgEt à partir d’aujourd’hui (9 avril), il entame sa "tournée internationale" au Théâtre de la Cité Internationale (Paris 14ème) jusqu’au 14 avril... Bastien Lallemant fera résonner son timbre profond dans un cadre acoustique. Des événements ponctueront cette tournée. Entre autres : une lecture musicale avec le romancier Arnaud Cathrine, un spectacle dessiné avec le bédéiste Charles Berberian et un autre dégusté avec une sommelière, et les bientôt fameuses siestes acoustiques où les spectateurs sont invités à somnoler doucement au rythme mélancolique des chansons et des récits de Lallemant et compères.

Teaser de la tournée à la Cité Internationale du 9 au 14 avril 2015.

Une rencontre s’imposait. Elle s’est tenue à l’agence le 9 mars dernier.

11026017_856097157770136_2213475753007237623_n.jpgArgumentaire officiel de l’album :

"L’homme des Siestes Acoustiques", Bastien Lallemant revient avec un 4ème album La Maison Hauteenregsitré au Studio Vega, avec JP Nataf et Seb Martel à la réalisation, et, derrière les micros, Maëva Le Berre, Jean Thevenin, Pascal Colomb, Pierre-Olivier Fernandez, mais aussi Albin de la Simone, Maissiat, Françoiz Breut, Katel, Diane Sorel, les Innocents...
Sans oublier Charles Berberian pour « dessiner » l’enregistrement et illustrer le journal de création qu’on pourra trouver à la sortie des concerts au côté de l’album. Douze chansons où dans un minimalisme musical subtil, on percevra des clins d’œil délibérés au rock américain et des arrangements d’autant plus riches qu’ils ne haussent jamais le ton mais réservent des surprises presqu’à chaque virage.
Bastien Lallemant nous parle droit dans les yeux. De nos amours. La fresque est intime : le pouls en cinémascope, branché sur le coeur.

La Maison Haute est sorti le 2 mars 2015 et Bastien Lallemant sera en tournée en 2015 et 2016.

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(Photo : Fred Chapotat)

548185946.jpgInterview :

Vous faites beaucoup de choses entre deux albums.

Je ne veux pas laisser beaucoup de temps entre deux disques, mais je n’arrive pas à faire autrement. D’abord parce que j’écris très lentement. J’écris beaucoup, mais je jette énormément de chansons. J’attends le moment où je vois poindre un album. C’est un travail sur le temps. Il y a aussi la difficulté de rencontrer à chaque fois un entourage professionnel et des moyens de production suffisant pour faire le disque dont je rêve.

Dans le précédent album, Le verger, c’est Bertrand Belin et Albin de la Simone qui vous accompagnaient, cette fois-ci c’est JP Nataf et Seb Martel. Mazette !

Ce sont des amis, des gens que je connais depuis les années 2000. Ils m’ont fait l’amitié d’apprécier mon travail et de me soutenir. Pendant des années, on a partagé beaucoup de scènes où l’on croisait nos répertoires et nous avons eu quelques projets en commun, dont certains atypiques, comme les siestes acoustiques. On se connait parfaitement les uns, les autres.

Et ça, c’est primordial pour travailler avec vous ?

Je travaille vraiment beaucoup mes textes, mes musiques, mes arrangements avant de les confier à une équipe. J'ai besoin que les réalisateurs à qui je confie mon travail soient des gens de confiance qui sachent aller chercher dans les énormes paniers que je remplis d’intentions, de musiques et de notes… et dégager l’essentiel des choses.

Clip de "Un million d'années", réalisé par Charles Berberian et Thomas Pons.

Il y a souvent un fil conducteur dans vos disques.arton254.jpg

Quand je mets un album de qui que ce soit, je veux pouvoir l’écouter de A à Z. J’aime cette idée de cheminer pendant une quarantaine de minutes à travers un univers où les chansons se répondent ou, tout au moins, abordent une thématique sous différents angles.

Et dans cet album, quelle est la thématique ?

L’amour confronté au temps, l’endurance de l’amour, l’endurance des êtres face aux temps, la solitude, ces envies que l’on peut avoir de temps en temps de prendre la tangente. Nous sommes nombreux à se dire que l’on va prendre le premier train qui part en direction de la plaine pour s’absenter du monde. Ce sont des questions et des réflexions qui sont en moi depuis longtemps, mais qui ont réapparu de manière plus soutenue depuis que j’ai la quarantaine. La Maison Haute est un disque que je n’aurais pas écrit à trente ans. Il pose aussi des questions comme « qu’est-ce que l’on va faire, quand les enfants seront partis ? », « est-ce que notre amour va résister au temps ? » Je tiens à préciser qu’il y a de la lumière dans tous ces questionnements. La lumière détermine beaucoup de choses dans mes humeurs, dans ma vie de tous les jours, dans ma vie au long cours.

Est-ce contraignant d’avoir un fil conducteur quand on prépare puis quand on enregistre un disque ?

Pour moi, c’est plutôt une canne. Quand je choisis un thème, comme l’amour par exemple, je vais l’aborder une première fois à travers des personnages et des décors. Vont apparaître des choses intimes et profondes… mais je n’ai pas envie de faire deux ou trois chansons qui vont dire à chaque fois les mêmes choses. Quand j’ai le thème, c’est comme si je tournais autour d’un objet et que je le regardais sous un autre angle. J’aime assez l’idée de multiplier les chansons autour d’un même objet, comme si on gravitait autour du soleil ou d’une planète et que l’on en voyait soudain les faces cachées. Dans cet album, je montre certaines faces cachées de l’amour.

On a l’impression que votre univers est noir, or, il ne l’est pas tant que ça.

Dans mes chansons, il faut souvent gratter et lire entre les lignes. Une chanson comme « Le vieil amour » a plusieurs sens de lectures. On ne sait pas si le couple dont je parle va réinventer son amour ou se réinventer ailleurs, dans d’autres amours, chacun de son côté. Il y a toujours des perspectives, des points de fuites. Je suis plutôt quelqu’un d’assez optimiste, d’assez gai, qui a une vie plutôt posée, mais qui se pose des questions et qui aime bien les émettre en chansons.

Teaser de "Le vieil amour".

lallemant_couv1.jpgVous, ce qui vous intéresse, c’est la farce tragique.

C’est exactement le bon terme.

Votre écriture est littéraire, d'ailleurs vous avez écrit un livre, "Une lentille dans le caillou" dans lequel vous décrivez la création et ses mécanismes. Êtes-vous un grand lecteur ?

Je lis énormément depuis des années. Des auteurs contemporains français, mais essentiellement de la littérature classique. Je ne peux pas me passer de ça dans ma vie. La littérature est un des territoires les plus passionnants que je connaisse. J’ai toujours besoin de cet arrière monde pour m’isoler du vrai monde, pour me ressourcer. Je trouve dans les classiques cette possibilité d’échappée.

Vous parlez souvent de fuite. Fuyez-vous vous-même ?

J’ai le sentiment d’avoir une vie un peu à part. Je travaille essentiellement à Paris, mais je vis à la campagne. Je vis en famille dans un petit cocon qui n’appartient qu’à moi et aux miens proches. Mes chansons reflètent cela. Elles sont presque rurales, rarement urbaines, et elles n’ont pas besoin de s’inscrire dans une démarche contemporaine ou sur une quelconque réflexion sur la chanson. Elles sont ma façon d’exprimer des choses très personnelles et de moins en moins avec la préoccupation de plaire… mais pourtant, ça m’intéresse d’être compris.

Aimeriez-vous être plus « populaire » ?

C’est vrai que j’ai un public qui est très très fidèle, mais qui est très très réduit. Pour autant, il n’y a rien qui me désolerais plus que d’être taxé de chanteur élitiste… littéraire, c’est déjà beaucoup. Je vous assure que je fais vraiment un travail pour que mes chansons soient accessibles. C’est pour ça que je mets si longtemps à en faire. Dès que je débusque une posture dans ma manière d’écrire, une façon de se mettre au-dessus de la mêlée, je rejette ça. Si on se penche réellement sur mes chansons, elles sont simples et accessibles. Certes, ma musique n’est pas toujours très lisse. L’écriture harmonique est comme je peux faire, c’est-à-dire qu’elle est rarement préméditée. J’écris le texte et la musique ensemble, l’un se conformant à l’autre.

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Bastien Lallemant par Charles Berberian.

Vous n’avez pas répondu à ma question précédente.

Oui, j’aimerais bien avoir une audience plus large, parce que je trouve dommage que mes chansons passent à l’as.

Pour vous, la scène se situe dans des endroits pas forcément faits pour cela.Bastien_lallemant.jpg

J’ai fait un travail qui consistait à aller jouer dans des endroits différents des lieux de diffusions de musique.

Par exemple ?

Des médiathèques, des appartements… le public y est beaucoup plus multigénérationnel. J’ai la surprise de découvrir que ça plait à énormément de personnes différentes, d’âges différents. C’est gens me disent qu’ils trouvent qu’il y a une grande application des textes et que ça fait du bien. Ça me fait plaisir d’entendre ça, parce que, mine de rien je travaille beaucoup et les encouragements sont un moteur pour continuer.

Vous êtes un vrai artisan.

En tout cas, je ne suis pas du tout dans une dynamique de production industrielle de mes chansons. Je ne sais pas faire autrement que de prendre mon temps et être méticuleux. Je suis comme un fromager qui fait de petits chèvres artisanaux à qui on demanderait de produire de La Vache Qui Rit. Je ne saurais pas faire, je n’aurais pas les moyens, les outils.

Si j’affirme que vous êtes un chanteur discret et érudit. Êtes-vous d’accord ?

Discret oui. Erudit, je ne crois pas. C’est un mot trop fort. Peut-être cultivé… autant que possible en tout cas.

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Pendant l'interview...

10268412_879986918693796_8177484750054115938_n.jpgParlez-moi des siestes acoustiques qui ont lieu tous les mois à Paris.

J’ai initié ce concept et je m’en occupe personnellement. Il y en a un peu partout en France et quelques fois à l’étranger. On invite les plus proches amis et nous faisons de la musique dans une grande proximité, sans l’enjeu de la scène et l’enjeu du show. On demande aux gens qui sont censés dormir de ne pas applaudir. Le public n’est pas investi dans un rôle de public.

Concrètement, cela se passe comment ?

On se réunit à plusieurs chanteurs et chanteuses, des musiciens, quelque fois des auteurs et nous décidons d’offrir pendant une heure à un public allongé dans la pénombre, le plus confortablement possible, un set ininterrompu où l’on croise le répertoire des uns et des autres. Je peux devenir le bassiste de JP Nataf ou Albin de la Simone, l’accompagnateur de Vanessa Paradis. Moi, je suis devenu le guitariste de Camélia Jordana pour 10441925_893772893981865_2521117973911060316_n.jpgtrois chansons et j’ai trouvé cela très agréable.

Il y a des gens qui dorment réellement ?

Oui, bien sûr. Il nous arrive d’entendre des gens ronfler. Parfois nous jouons donc avec les ronflements. Les artistes que j’apprécie, j’adorerais les entendre dans ce contexte. Écouter des artistes que l’on aime bien à deux ou trois mètres de soi, isolé du monde, c’est une belle expérience. C’est un laboratoire des voix. On ne les entend pas aussi bien que dans ce contexte.

Qui vous inspire dans la chanson française ?

Brassens, Nougaro, Vian et Gainsbourg. J’aime cette chanson bien troussée. Ce sont des maitres. J’aime quand les chansons ont des formes et des accompagnements différents… et qu’elles soient mouvantes dans le but d’être émouvantes.

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Après l'interview, le 9 mars 2015.