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29 avril 2015

Olivier Kourilsky : interview pour Le 7e péché

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J’ai rencontré Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, médecin néphrologue mais aussi auteur, sur de nombreux salons que j’animais. Il m’est donc arrivé de l’interviewer sommairement dans ce cadre-là. Mais, l’homme et l’auteur m’ont toujours intrigué. Son œuvre, dont les intrigues se déroulent dans le milieu hospitalier, de nombreuses personnes m’en disaient du bien. Quant à sa personnalité, elle me plaisait beaucoup. Cette sommité de la médecine a su rester simple, abordable et sympathique (ce qui est plutôt une exception quand on atteint le haut de l’échelle de ce milieu). Qui croise Olivier Kourilsky souhaite devenir son ami. Il m’a envoyé son nouveau roman, Le 7e péché. Je l’ai lu et approuvé immédiatement. L’homme sait balader ses lecteurs et donner envie de tourner la page. Ce dernier opus, mettant en scène un médecin néphrologue (tiens donc !), est un excellent cru et sans doute un de ses meilleurs romans (dis-je en n’ayant pas lu les précédents). Sans blague, il m’a happé jusqu’au bout. Impossible de lâcher ce polar avant l’issue. Bluffante.

Le 9 mars dernier, Olivier Kourilsky est venu à l’agence…

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor4e de couverture :

Christian Arribeau, jeune médecin ambitieux et pétri d’orgueil, a planifié sa carrière pour accéder aux plus hautes fonctions, balayant tous ses concurrents. Il vient de franchir la dernière étape avant sa nomination comme professeur de néphrologie. Mais, alors qu’il sort discrètement d'un immeuble, il renverse un clochard qui s’est jeté sous ses roues.

Paniqué à l’idée des conséquences sur sa carrière et persuadé que personne ne l’a vu, il prend la fuite.

Commence alors une vertigineuse descente aux enfers, orchestrée par l’obstination d’un policier et l’intervention d’un témoin mystérieux aux motivations obscures.

S’agissait-il d’un banal accident ou d’une machination ? Et dans ce cas, qui tire les ficelles ? L’univers bien organisé et la belle assurance d’Arribeau vont s’écrouler comme un château de cartes.
Une intrigue noire et haletante ciselée par le Docteur K qui signe son septième roman.

L’auteur : olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, est médecin néphrologue, professeur honoraire au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris ; il a dirigé le service de néphrologie du Centre Hospitalier Sud-Francilien.

Il écrit des romans policiers depuis un peu plus de dix ans et a publié six ouvrages depuis 2005, dont Meurtre pour de bonnes raisons, prix Littré 2010.

Ses personnages évoluent souvent dans le monde hospitalier, entre les années soixante et aujourd’hui. Au fil du temps, on suit le professeur Banari, le commissaire Maupas, le commandant Chaudron, jeune policière chef de groupe à la Crim'…

Olivier Kourilsky est membre de la Société des gens de lettres et de la Société des auteurs de Normandie.

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olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes beaucoup croisés dans pas mal de salons… je crois que tu aimes aller à la rencontre du public.

C’est un passage obligé de toute façon, mais c’est parfois un peu fatiguant. L’an dernier, j’ai participé à 35 salons du livre. L’écriture est un plaisir solitaire, alors c’est toujours agréable de rencontrer des « collègues » et des lecteurs. Les discussions qui en émanent sont souvent enrichissantes. On crée des liens.

Tu es un grand médecin. Explique-moi ce qu’était ta spécialité.

J’étais spécialiste des maladies rénales et je dirigeais un service de néphrologie dialyse, suivi de transplantation etc… que j’avais monté de zéro il y une trentaine d’années. J’ai été rattrapé par la limite d’âge il y a quatre ans. Je n’ai pas voulu me prolonger parce que l’ambiance devenait un peu plus pesante et très administrative... Comme j’avais envie de continuer à faire ce que j’aimais, j’ai gardé trois demi-journées par semaine de consultations et de visites dans un centre d’autodialyse.

Un médecin de ton niveau, c’est sérieux, c’est exigeant, ça travaille beaucoup. Vis-tu ta vie d’écrivain de la même manière, c’est-à-dire de façon rigoureuse ?

A l’origine, c’est une activité ludique. J’écris quand j’en ai envie. Je peux passer des jours sans écrire. Je n’ai pas d’hygiène de vie particulière pour m’installer devant mon ordinateur. Je sais que je suis plus prolifique le matin, à la fraîche. Quand j’écris un roman, cela m’amuse de placer mes histoires dans le milieu médical que je connais parfaitement. Ce n’est pas un exutoire sur ce que j’ai vécu, mais ça donne une certaine couleur d’authenticité.

Tu es très exigeant quant à la qualité littéraire de tes romans.olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

J’ai la chance d’avoir un éditeur qui fait son travail. Il corrige et il y a autant de corrections pour ce septième livre que pour le premier…pour progresser, il faut mettre son ego de côté. Je mets un an à écrire un roman, puis j’ai à peu près deux mois de travail sur le texte. Je tiens à ce que l’histoire soit servie par une belle écriture. Les polars doivent être aussi bien écrit que des romans de la littérature dite « blanche ».

As-tu pris du plaisir à écrire Le 7e péché ?

Oui, ça a été même jubilatoire de mettre en scène, écrit à la première personne, un personnage de médecin absolument imbuvable. Il se fiche des malades, mais il a un talon d’Achille qui fait que le lecteur, j’espère, n’a pas envie de s’en débarrasser. Il est amoureux d’une seule personne depuis toujours. Une femme qu’il a connu valide et qu’il continue à aimer alors qu’elle est devenue handicapée.

Handicapée, mais magnifique et sensuelle. Toute personne qui la croise est foudroyée par sa beauté et sa personnalité.

C’est sa faiblesse, ce qui fait qu’on finit presque par le prendre en pitié. Certains lecteurs m’ont dit qu’ils espéraient qu’il s’en tire alors qu’il est odieux.

L’histoire commence ainsi. En quittant sa petite amie, la fameuse handicapée, il renverse un clochard et il part sans s’arrêter.

Après, il vivra une descente aux enfers douglaskennedyenne. Je ne souhaite à personne de vivre ce déchainement de circonstances contre lui. Je me suis beaucoup amusé à créer ces rebondissements successifs. Je crois que le livre est bien rythmé.

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Il n’y a ni violence (si ce n’est psychologique), ni hémoglobine, ni policier complètement torturé et alcoolique…

Certains me le reprochent, mais ce n’est pas comme ça que j’envisage la littérature policière. Je suis plus dans la suggestion que dans la démonstration.

Ton héros, Christian Arribeau, c’est l’antithèse de ce que tu aimes chez les médecins. Dans Le 7e péché, tu évoques la rude concurrence dans le milieu de la médecine.

Quand tu débutes et que tu veux accéder à certains postes, l’organisation est faite pour que les gens soient en concurrence. Il y a souvent une place pour cinq impétrants, donc forcément, surviennent des histoires de jalousies et parfois de coups tordus. Quand j’ai monté mon service de zéro, je me suis heurté à certains de mes collègues de ma spécialité qui étaient installés à la périphérie de Paris. Ils m'ont dit qu’Évry, ça ne les arrangeait pas. Ils avaient peur que je prenne leurs malades. Si on veut monter quelque chose, il faut avoir de l’ambition et se battre. Au début, j’étais très gentil, je ne me disputais avec personne… quand j’ai voulu monter mon affaire, j’ai appris à sortir les crocs. La description des mécanismes de nominations que j’explique dans mon livre est rigoureusement exacte. J’ai été membre du conseil de la faculté pendant huit ans à Kremlin-Bicêtre et lors des réunions de ce qu’on appelait « la révision des effectifs », c’était souvent très chaud.

Comment un grand médecin comme toi s’est-il métamorphosé en auteur de polar ?

J’ai toujours été atypique dans mon milieu professionnel, car j’ai constamment eu du mal à me prendre au sérieux. Ça m’a parfois un peu pénalisé dans ma carrière parce que les gens croyaient que j’étais un rigolo, alors que je ne l’étais pas du tout quand je travaillais ou que j’avais quelque chose en vue.

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Tu as toujours adoré raconter des histoires.

Oui… et le policier se prêtait très bien à mes envies d’écriture. Je mets en parallèle la médecine et la police. En médecine, quand on fait un diagnostic, c’est une enquête. On interroge les gens, on met les indice en corrélations. Il y a beaucoup de points communs. En plus, je suis d’une génération où on écrivait beaucoup et mon père, médecin lui aussi, était extrêmement exigeant et méticuleux sur l’écriture, il avait donc tendance à me sabrer dès que j’écrivais des choses. Il faut savoir aussi que j’ai écrit plusieurs livres « techniques »et des articles de médecine dans des revues spécialisées. J’ai dû faire une troisième édition d’un manuel de néphrologie en même temps que sortait Le 7e péché, je te garantis que ça m’a beaucoup moins amusé (rires).

Etais-tu lecteur de roman policier ?

Oui, bien sûr. Mais j’adore aussi les romans historiques ou toutes sortes de romans d’ailleurs. Par contre, je ne lis jamais quand j’écris un livre. C’est trop perturbant dans le mécanisme d’écriture.

Es-tu dans le doute quand tu écris ?

Terriblement. J’ai un tarif syndical, je fais toujours des romans de 200 pages. Je n’arrive pas à écrire de gros pavés. Généralement, quand j’arrive à la 120e, j’ai l’impression de ne plus rien avoir à dire. Peu à peu, des idées de rebondissements arrivent de je ne sais où. Au moment où  je mets un point final au livre, c’est le doute complet. Heureusement d’ailleurs. Je crois que, quand on écrit, être dans le doute permet de ne pas se laisser aller à la facilité.

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Le 26 octobre 2013, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, notre première rencontre.

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorTu es très fidèle à ton éditeur.

J’ai mis 33 éditeurs, comme l’âge du christ, avant d’en trouver un qui m’accepte, alors, je le garde (rires). J’ai cherché un an et demi un éditeur sans faire jouer de relations. Glyphe est une petite maison. Ils sont trois ou quatre, mais ils ont quand même 200 titres en stock, ils travaillent très bien et l’ambiance est familiale. Pour moi, c’est important. Je suis d’une fidélité totale, d’autant qu’ils attendent toujours le suivant en m’engueulant presque parce que je ne fournis pas assez vite. Je ne veux pas changer d’éditeur… même si on m’a fait remarquer que mon frère Philippe était publié chez Odile Jacob, une maison très sérieuse. Je suis bien où je suis et on ne fait pas le même genre de livre.

Dans ta famille, vous étiez quasiment tous dans la recherche ou dans la médecine à un haut niveau.

L’hérédité familiale est assez lourde, en effet… Mon frère Philippe, que je viens d’évoquer, est polytechnicien, après il s’est tourné vers la recherche. Il est devenu directeur général de l’institut Pasteur et a écrit plusieurs livres chez Odile Jacob. Mon frère François (récemment disparu), médecin, était directeur général du CNRS, ma sœur Élisabeth, professeur d'endocrinologie. Mon père était pneumologue, chef de service à l’hôpital Saint-Antoine, et ma mère travaillait avec. Elle est tombée amoureuse de lui quand ils étaient internes. Ils ont été un couple complètement fusionnel pendant des années.

Explique-moi d’où vient ce nom de Docteur K.

Je ne l’ai pas fait exprès. C’est le photographe de la mairie de Courcouronnes qui m’a appelé comme ça la première fois qu’il a fait un article sur moi. Ce surnom l’amusait beaucoup et petit à petit, tout le monde m’a surnommé Docteur K. C’est devenu un personnage et ça me plait bien.

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Après l'interview, le 9 mars 2015, à l'agence.

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