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19 avril 2015

Hélène Molière : interview pour Harcelé-harceleur

Hélène Molière (c) Thierry Rateau.jpg

(Photo : Thierry Rateau)

Dans Harceleur-Harcelé, une histoire de souffrance et de silence, Hélène Molière brise un tabou en tentant de comprendre comment des enfants peuvent se transformer en bourreau. Le harcèlement, c'est une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Des petites piques, des blagues d'un goût douteux, le harcèlement commence subrepticement. Mais parfois ça peut aller jusqu'au chantage ou à a violence physique. En tous les cas, quelle que soit l'ampleur, cela marque à vie.
Pour Openmag n°174 (magazine offert dans le FNAC de France), daté du mois d’avril 2015, j’ai rencontré la psychothérapeute dans son cabinet du 9e arrondissement de Paris. A l’origine, l’interview devait être (beaucoup) plus longue (les aléas de la vie d’un magazine…), je publie donc l’article tel qu’il est paru et la suite (en bonus mandorien).

Hélène Molière couverture en HD.jpgNote de l’éditeur :

« Julie Lunettes » ainsi qu’avait décidé de la baptiser son institutrice, s’est jetée du troisième étage de son immeuble, n’en pouvant plus de se faire traiter de « mémé » de « vieille » de « moche » jour après jour, par ses « copains » de classe.
Jonathan a tenté de s’immoler par le feu submergé par les insultes d’un chefaillon et de ses sbires, insultant à longueur de journée sa famille, son nom (Destin) son poids, etc.
Camille n’a pas accepté de se faire supplanter par une rivale, aussi belle, aussi fraiche et délicieuse qu’elle, derrière laquelle SA cour, s’était ralliée. « Elle m’a volée ma vie » a-t-elle déclaré à sa mère, et a plongé dans la dépression et la drogue. Louise, Noé, Samir, Kevin... autant d’enfants victimes du harcèlement à l’école.

Les enfants harcelés ne vont pas tous jusqu’au suicide, mais le harcèlement, continu, sans répit, répétitif, peut avoir des conséquences à court, moyen ou même long terme des conséquences absolument désastreuses. Hélène Molière, psychothérapeute pour enfant, explique dans cet essai avec beaucoup de lucidité, comment ces gamins désignés de manière aléatoire, par un « meneur », ne comprenant pas ce qui leur arrive, endossent dans un mutisme ravageur la peau de la victime.
Elle explique surtout aux parents et aux enseignants l’attitude à adopter en cas de symptômes qu’elle décrit, comment faire parler un enfant pour se livrer er se délivrer, en mettant des mots sur une douleur insupportable et toujours recommencée: le harcèlement, et surtout comment s’en débarrasser avant qu’il ne soit trop tard.

L’auteure :

Hélène Molière est psychanalyste et psychothérapeute à Paris 9ème. Après des études de lettres et de philosophie elle devient journaliste, presse écrite, radio, télévision, spécialiste des sujets de société et singulièrement de l’éducation. Elle travaille aujourd’hui et ce depuis des années en qualité de psychologue clinicienne, diplômée de l’université de Paris 7 au CMPP de Chelles (77) et aux Lierres, hôpital de jour pour enfants de Sèvres (92).

L’article publié dans Openmag :

hélène.jpg

IMG_6985.JPGBonus mandorien :

Revenons sur le fait que l’enfant harcelé pense que c’est lui qui n’est pas comme les autres.

Tant qu’il n’y a pas de mot pour décrire ce phénomène et que ce n’est pas reconnu par quelqu’un d’autre, il se sent responsable et même, pire encore, coupable.

Vous citez le cas de parents qui vont voir la directrice de l’école primaire et qui minimise les faits et parle d’enfantillages. C’est souvent le cas ?

Les dysfonctionnement de ce type arrivent très souvent. En primaire, souvent le directeur cumule avec la fonction de professeur, il est donc débordé, ce qui empêche d’être attentif à ce qu’il se passe. Mais il y a aussi beaucoup de cas de harcèlements déjoués parce qu’un prof à couper court au problème et a su dire ce qu’il fallait pour que ça ne dérape pas. Le harcèlement, c’est un dérapage.

Le harcèlement touche 10% de la population scolaire, dont 5% est très gravement atteinte. C’est un chiffre conséquent.

Oui, mais les proportions sont les mêmes dans tous les pays développés. Il est aussi rependu en Ile-de-France qu’en province et aussi fréquent dans les établissements privilégiés que dans les établissements défavorisés. Il n’a rien à voir avec le milieu social ou culturel. Il n’est pas possible  d’expliquer le statut d’agresseur et de victime d’un élève comme la conséquence de mauvaises conditions socio-économiques. Dans une société qui espère toujours en finir avec la violence, le jeune harcelé et ses harceleurs nous lancent à la figure le rituel archaïque du « bouc émissaire » et nous mettent sous les yeux ce que nous ne voulons pas voir : la violence irrémédiable, instinctive et consubstantielle de la relation humaine. 

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Quelle est la seule façon de déceler que son enfant est victime de harcèlement ?

Il ne faut pas être obsédé par ça, mais si votre enfant à ses notes qui chutent subitement, s’il a les yeux cernés, s’il pleure systématiquement au moment d’aller à l’école, s’il a mal au ventre avant d’aller à l’école, s’il change brutalement de comportement… ce sont des signes qu’il ne faut pas laisser passer. Si l’enfant voit que ses parents s’interrogent, se renseignent, se méfient, il ne sent pas lâché et c’est déjà beaucoup.

Ces enfants-là, dites-vous, ne sont pas faibles, mais se mettent dans des situations de faiblesse.

En effet, ils ne sont pas plus faibles que les autres, mais de toute façon, il n’y a pas de profil type du harcelé. Il y a juste des tempéraments. Quelqu’un qui a le sens de l’autre, qui est dans l’empathie et le langage, qui peut douter, qui est dans la loi, qui est respectueux de son prochain et qui est un peu réservé a un peu plus de possibilités d’être harcelé. Mais ça ne veut pas dire qu’il va l’être.

Et y a-t-il un profil pour les harceleurs ?harcelementenfant.jpg

Ce sont souvent des enfants qui sont en souffrance. Ils ont certainement connu l’humiliation. Ils ont besoin d’attirer le regard sur eux. Ils n’ont pas intégré le permis et l’interdit. Le permis et l’interdit, ça vient vers trois ans. Si on laisse passer ce moment, c’est difficile de revenir en arrière.

Le harcèlement peut conduire jusqu’au suicide de l’enfant ou, au minimum, au traumatisme… peut-être à vie.

Plus ça dure, plus il y a des conséquences désastreuses. Il y a beaucoup de tentatives de suicides ou des scarifications. Ce qui est certain, c’est que cela va marquer la suite des relations sociales de l’enfant harcelé. Il y a une forte probabilité qu’il se méfie à vie de l’autre et qu’il soit constamment sur la défensive. On voit même des familles où il y a des échos du harcèlement… c’est plus du côté de la névrose familiale. Pour le harcelé ou le harceleur, il y a souvent des histoires de coups. Ça cogne au niveau des parents, voire même des grands-parents. Ce n’est pas systématique, mais assez fréquent.

Parlons du harcèlement dans les réseaux sociaux.

C’est la forme moderne et la plus terrifiante du harcèlement. Elle fait des dégâts extrêmement importants parce que ça va beaucoup plus vite et ça s’adresse à beaucoup de monde à la fois. La rumeur s’étend hors de l’école. Si l’enfant est victime à l’école, cela va s’exporter et ça va devenir non-stop à l’extérieur. L’enfant rentre chez lui et il n’a pas le répit qu’il pouvait avoir avant. Les réseaux sociaux étendent le phénomène dans l’espace et dans la durée. Être harcelé 24 heures sur 24 heures, ce n’est pas tenable.

Harcelement-a-l-ecole-tout-le-systeme-educatif-mobilise_visuel_article2.jpgAvez-vous été victime de harcèlement dans votre jeunesse ?

Non, je me suis juste demandée « pourquoi tant de haine ? » J’avais des souvenirs cuisants de la récréation. Dans une cour de récré, il y a vraiment une violence et une façon d’être. Soit tu fais partie d’un groupe et tu suis le chef, le leader, soit tu es un peu en marge. Et si tu es un peu en marge, tu peux être pris comme victime. Moi, je n’avais aucune envie d’être leader, ce n’était pas mon tempérament, mais je n’avais aucune envie de suivre le troupeau. J’étais susceptible d’être harcelée, mais comme j’avais une « meilleure amie », je n’étais pas esseulée. J’étais très sensible à la violence de ce qui était dit. Dans le livre, je l’écris, ceux qui sont victimes de harcèlement sont souvent des enfants un peu plus mûrs que les autres, mais ils ne savent pas se défendre face à cette boule de défense qu’ils ont en face d’eux. Mon livre apporte des solutions et donne des conseils.

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