Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Cali : Interview pour L'âge d'or | Page d'accueil | Camille Saillant : interview pour son premier EP »

29 mars 2015

Bikini Machine: interview pour Bang On Time!

bikini_machine_presse_2014_hd_credit_raphael_auvrey.jpg

(Photo : Raphaël Auvrey)

Les Bikini Machine joue depuis 2001. Leur nouvel album  Bang On Time ! est à la fois musclé et subtil, il offre une profondeur qui n’enlève rien au groove qui a fait une bonne part de la réputation du groupe. Du rock des années 60, un zest d’electro pop… un disque digne d’un B.O de Quentin Tarentino ou des frères Coen. Ces rennais-là ne manquent pas d’audace. Dans cet album, sorte de machine à voyager dans le temps, on navigue entre passé, présent et futur… et c’est un vrai délice. Le 3 février dernier, j’ai reçu à l’agence deux membres historiques du groupe, Fred Gransard, le chanteur et Sam Michel, le clavier.

3700398711928_600.jpgArgumentaire officiel:

5 ans que l’on attendait un nouvel album de Bikini Machine ! Du reste, les rennais avaient de quoi être occupé pendant ce temps-là. Des performances ciné-concerts (sur le film Desperado de Robert Rodriguez), un album et une tonne de live avec Didier Wampas (mandorisé là) plus tard, les revoici en grande forme avec ce quʼils font de mieux : un album sous influence années 60 mais avec les deux pieds fermement ancrés dans le 21e siècle !

Rares sont les albums enregistrés en 3 ans, à raison dʼune session par semestre (pour cause dʼemploi du temps extrêmement chargé sur les projets annexes), qui sonnent avec une telle cohérence !

Un album dʼà peine plus de 30 minutes qui a le temps de vous transporter du dance floor aux ruelles sombres dʼun film noir en un clin dʼœil.

Un album tout en anglais, « moins potache » disent-ils. Fini le second degré emprunté aux films de Lautner ou aux chansons de Jacques Dutronc et Nino Ferrer. Même sʼils ne renient pas un instant ce passé, le ton de Bikini Machine est plus grave mais sur des rythmes toujours groovy.

Bang On Time ! : comme pile à lʼheure pour un groupe souvent à lʼarrache, comme un slogan qui claque à la fin dʼune bande annonce de film américain, comme un battement pile sur le temps pour un album de rock qui groove parfaitement.

10784_10152588761207294_8581395145258361824_n.jpg

SAM_0072.JPGInterview :

Vous  avez de nombreuses années de carrière derrière vous. Avez-vous vu le temps passer ?

Fred Gransard : Non, ça passe très vite, au contraire. Bikini Machine est un projet qu’on a démarré quand nous avions une trentaine d’année, mais nous avions déjà des projets musicaux avant. Nous étions trois à avoir appartenu à un groupe des années 90 qui a marqué la scène rennaise, les Skippies (1990-1998). A la toute fin de ce groupe, nous avons ressorti les vieux orgues qu’il y avait dans les studios et, en même temps, nous nous intéressions à la machinerie moderne, les séquenceurs, les MPC,  les trucs de samples et d’échantillonnages. Avec tout ça, on a commencé à faire notre cuisine. Du trio issu des Skippies, assez rapidement, c’est devenu un quintet.

Sam Michel : C’était un trio, mais ils ont eu besoin de musiciens additionnels. C’est à ce moment, que je suis arrivé dans les Bikini Machine pour m’occuper de l’aspect « séquence » et de l’électro. On jouait sur les mêmes scènes, on répétait dans les mêmes endroits. Nous faisions partie d’un même groupe, les Magic Surfers, spécialisé dans les reprises des Beach Boys et des Beatles.  

Fred : Au début, Sam voulait juste nous produire. Et puis, finalement non.

Sam : Donc, j’ai intégré le groupe et j’ai gardé mes amis (rire).

Le superbe clip de "Stop All Jerk", réalisé par Armel Gourvennec et produit par Yotanka et Small Buisness Family.

Dans ce nouvel album, il y a un côté addictif et accrocheur.

Fred : On nous le dit souvent. Il y a dix morceaux, mais nous avons fait en sorte que ce soit dix singles. On a travaillé cet album sur trois années, à chaque fois que nous avions des pauses… c’était la période où nous tournions avec Didier Wampas. On enregistrait quand nous étions inspirés et, à la fin, sur une trentaine de titres, nous avons gardé les dix plus aboutis.

Sam : Nous avons épuré pour tenter de trouver une cohésion.

Fred : Il y a des ingrédients nouveaux qui se sont ajoutés à ce que nous faisions habituellement. On a assumé un côté plus soul que dans nos précédents disques. Il y a quelques années, un morceau comme « Stop all jerk » n’auraient pas eu des couplets si dépouillés.

Sam : On aurait gavé ça d’arrangements par crainte de rater quelque chose. Parce que nous avons fait de nombreux concerts avec Didier Wampas, nous en sommes venus à faire des choses beaucoup plus simples.

Fred : On a compris qu’on gagne en efficacité dans un titre quand il y a moins d’arrangements. L’épure, ce n’est pas mal, finalement…

aaa.jpg

Pendant l'interview...

Le ton de votre écriture a changé également.

Fred : On a un peu gommé le côté rigolo, potache et absurde qui était l’une de nos marques de fabrique.

Et contrairement à vos deux précédents albums, il n’y a aucune chanson en langue française…

Fred : Auparavant, nous partions un peu dans tous les sens. On chantait en français, en anglais, il y avait des instrus… bref, nous nous sommes recadrés pour ce nouveau disque en faisant plus concis, net, clair et sans bavure.

431847_10151328460032294_1455898708_n.jpg

Je reviens à votre collaboration avec Didier Wampas. Quand on a autant d’années de carrière que vous, peut-on encore apprendre d’un autre artiste ?

Fred : Didier ne veut jamais faire la même chose. Les étés 2012 et 2013, on a fait pas mal de festivals avec lui. Nous avons remarqué que les artistes que nous croisions dans ces mêmes festivals faisaient toujours les mêmes sets. Il se passait un truc au même moment à chaque fois… Avec Didier, ça ne risque pas. On change toujours tout. Avec lui, nous étions obligés d’être aux aguets pour improviser, ce qui n’était pas notre spécialité.

Sam : Du coup, avec les Bikini Machine, désormais, nous sommes beaucoup plus libres sur scène. C’est beaucoup moins contraignant pour nous... et même beaucoup plus agréable.

Fred : On est moins dans une musique dadaïste, bricolo.  Nous sommes dans quelque chose de plus « classic rock ».

En quoi étiez-vous dadaïste ?

Fred : A l’époque, nous aimions la notion de collage. Nous étions capable de faire un morceau avec des riffs des années 60 et soudain, entre la 20e et la 28e mesure, pouvait se placer un truc super électronique qui n’avait rien à voir. Il y avait la notion d’absurde.

"Stagger man" en live dans La bande passante sur RFI.

Que répondez-vous si on dit que vous avez un côté désuet ?

Si on joue sur les codes des années 60, notre musique n’est pas si rétro que ça. Il y a des éléments forts très contemporains. Nous ne sommes pas uniquement dans le revival.

Quand vous écoutez Bang On Time ! aujourd’hui, en êtes-vous pleinement satisfait ?

Fred : Pour la première fois de ma vie, je suis assez content d’un album fini. Il m’arrivait d’avoir des regrets sur les autres, mais pas sur celui-ci. Peut-être parce qu’on l’a produit nous-même.

SAM_0068.JPG

Depuis 2001, bon nombre de groupes ont explosé en vol. Vous, vous êtes toujours là. Vous en êtes parfois étonnés ?

Fred : On s’est donné les moyens d’être encore là.

Sam : On a la chance de se connaître depuis très longtemps et surtout, que l’on s’entende bien. Bien sûr parfois, ça chauffe entre nous, mais c’est normal.

Fred : Et c’est parce que ça chauffe que ça permet de tenir. Les vraies histoires d’amitiés, ce sont les histoires un peu fortes justement. Si c’est trop lisse et que tout le monde est sur la même longueur d’onde tout le temps, c’est lassant. Il y a donc des périodes de crises, mais elles sont salvatrices.

Sam : Moi, je suis super content parce qu’on est arrivé, sans faire trop de compromis, à écrire et composer un album qui plait aux cinq membres.

« Stop all jerk » a été choisi pour la pub de la Ford Fiesta et son moteur Ecoboost (à voir ici). C’est important pour vous ?

Sam : Oui, parce que beaucoup de personnes ont découvert Bikini Machine grâce à cette publicité. C’est marrant de nous entendre quand on tombe dessus à la télé…

Fred : On joue depuis plusieurs décennies et, soudain, c’est une simple pub qui nous met en avant. Vous voyez, on ne peut pas prendre la grosse tête… on tient à peu de choses.

SAM_0070.JPG

Le 3 février 2015, après l'interview.

Les commentaires sont fermés.