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21 mars 2015

Zebra : interview pour Mambopunk

photo christophe crenel.jpg

(Photo : Christophe Crénel)

Je connaissais le Zebra DJ, mais pas vraiment le Zebra chanteur. Et c’est une très belle surprise ! Il sort un disque de rock. Même sacrément rock. Mambopunk est le son et le nom de son nouvel album, il n'a pas été choisi par hasard. « Une marque zébrée, des rythmes nerveux et chaloupés, sévèrement cuivrés. Des textes écrits au fouet, des mots qui sentent le sang chaud » explique-t-il. Dans cet album, on sent qu’il n’ose pas encore assumer son côté « chanteur français à texte » alors qu’il en prend la direction. J’attends le prochain avec impatience.

Le 24 février 2015, j’ai reçu Zebra à l’agence parce que cet artiste provoque en moi beaucoup de curiosité.

Qui est Zebra ? (Selon la version officielle de son site).
Zebra est musicien-compositeur-interprète, DJ et réalisateur en radio, et producteur pour son label Zebramix. C’est sous le nom de DJ Zebra qu’il est essentiellement reconnu comme un des piliers du mouvement bootleg / mashup.
Son parcours, mené sans concessions et avec beaucoup de passion, l’a imposé comme un acteur majeur du paysage musical rock en France. Son énergie scénique et sa capacité à se renouveler sans cesse ont fait de lui une sorte d’OVNI que « plus rien n’arrête ».

pic_zebra-mambopunk-2.jpgQue fait Zebra ?
Après 10 ans à fabriquer plus de 500 bootlegs et tourner en tant que DJ, Zebra est redevenu chanteur-guitariste. Il applique désormais son savoir-faire de metteur-en-son en réalisant et produisant ses propres compositions originales. Son nouvel album Mambopunk vient se sortir, dans lequel il s’affirme aussi comme auteur de chansons à textes. Ce virage avait déjà été amorcé avec Zebra & Bagad Karaez, dont l’album sorti en 2012 a remporté le Grand Prix du Disque du Télégramme, tout comme avec ses musiques originales de films (sorties sur les albums Bubbles et Samsara en 2011) et Rock n’ Soul Radio (2010).

Dans les années 90, Zebra fut chanteur et musicien avec Billy Ze Kick & Les Gamins en Folie, Demain Les Poulpes et Les Raggamins, avec lequels il enregistra 5 albums et tourna entre 1993 et 1998.

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DSC09978.JPGInterview :

Tout le monde te connait pour tes activités de DJ. Ça ne t’embête pas que l’on te présente le plus souvent sous cet aspect-là de ta vie, alors que tu en as plusieurs ?

Quand j’étais DJ Zebra, on disait toujours ex-Billy Ze Kick, maintenant on dit Zebra, ex-DJ Zebra. Les générations évoluent. Il y en a qui m’ont connu il y a vingt ans, quand j’étais à Rennes et que je m’adonnais à des activités musicales et radiophoniques. Certains me connaissaient uniquement en tant que DJ, d’autres découvrent seulement maintenant ce que je fais… rien ne me gêne. J’évolue avec mon temps, je veux juste qu’on ne m’installe pas dans une case.

Dans cet album, Mambopunk, tu ironises pas mal sur tes différentes fonctions. Dans la reprise de Miossec, « Chanson sympathique », tu chantes « ce n’est pas parce que tu es DJ que tu dois te mettre à chanter ».

Cette phrase n’existe pas dans la chanson originale, mais j’ai voulu l’adapter à ma personne. J’ai souhaité reprendre cette chanson parce qu’elle exprimait mieux qu’avec mes mots ce que j’avais envie de dire aux gens qui me décourageaient de changer de voie. Dans mes amis proches, il y en a qui me disaient qu’il ne fallait pas que j’aille vers la chanson, parce que j’avais ma réputation en tant que DJ. Ceux qui avaient des œillères me sortaient des phrases comme « ce n’est pas parce que tu es un bon boulanger que tu dois te mettre à faire de la pâtisserie ! » Il y avait ce côté « reste dans ta case et n’en sors pas ! » Mais au fond, je règle aussi mes comptes avec moi-même dans cette chanson.

C’est ça qui est bien dans ce disque, il y a autant d’ironie sur les autres que sur toi-même.photo Fabrice et christophe crénel.jpg

Je n’ai jamais eu de problème avec la moquerie. J’accepte parfaitement que l’on se moque de moi. Du coup, parfois, je prends même les devants, je m’autodérisionne (rire). Dans la chanson « Tu chantes comme une petite pute », je parle un peu de moi.

D’ailleurs, elle est violente cette chanson !

J’ai commencé à écrire la chanson en regardant Cyril Hanouna à la télé. Je le voyais faire sa danse des sardines et je me disais « quelle petite pute celui-là ! » Ca m’a donné envie de faire une chanson sur lui, mais je trouvais ça trop méchant et finalement pas très intéressant. Quand j’ai commencé à faire les maquettes des chansons, je me suis mis à interpréter la chanson « J’étais un voleur » avec une voix très haute. En m’écoutant, je me suis dit, là encore, que je chantais comme une petite pute. A ce moment, je me suis souvenu de la chanson d’Hanouna et j’ai mélangé mon autocritique avec ce que j’avais envie de dire sur la télé. J’ai voulu faire une chanson drôle et moqueuse en m’inspirant de moi aussi.

Clip de "Du sang sur les murs" (A. Minne / A. Minne) extrait du nouvel album "Mambopunk", sorti le 2 Février 2015 (Zebramix / Musicast).

zebra.jpgC’est le quatrième album solo dans lequel tu chantes, mais j’ai l’impression que c’est celui dans lequel tu trouves ta voix de chanteur.

Tu dis ça parce que je suis sans artifice. Je commence à prendre confiance en ma voix et surtout en mon écriture. Ça va de pair. Quand j’aime ce que je chante, je chante mieux.

Comme tu as beaucoup d’activités, as-tu pris du temps à te considérer comme unchanteur ?

J’ai toujours aimé chanter, mais jusqu’à présent, j’étais plus dans la rigolade. Avec cet album-là, c’est beaucoup plus clair. Je commence à comprendre ce que veut dire chanter. Mais chanteur  peut être compris comme vocaliste. Dans la musique, les chanteurs trop techniques ne m’intéressent pas. J’aime les voix éraillées, les voix qui cherchent quelque chose de particulier, qui jouent avec leur timbre. C’est pour cette raison que j’adore Miossec. Il est toujours juste dans son intention quand il balance les mots. C’est ce que j’ai travaillé dans Mambopunk.

J’ai noté quelques références au groupe Téléphone.

Téléphone, pour moi, c’est la référence absolue. Quand on veut expliquer ce qu’est le rock français, on prend comme référence ultime les deux premiers albums de Téléphone, Téléphone et Crache ton venin. Il y a toute l’urgence d’une jeunesse française. Moi, j’ai 43 ans, j’ai envie de dire aux gens de ma génération : « Ok ! On ne se laisse pas abattre, je chante des chansons pour vous, pour exprimer ce que vous ressentez ! » Mambopunk est vraiment un album pour les gens de mon âge. J’ai encore vingt ans dans ma tête, mais en même temps, je n’écrirais pas comme ça si j’avais vingt ans. Je trouve bien d’être en relation avec son époque, quels que soient sa génération et son âge. 

Clip de "Peau de zèbre" (A. Minne / A. Minne - arr. S. Montigny) extrait du nouvel album "Mambopunk", sorti le 2 Février 2015 (Zebramix / Musicast).images.jpg

Dans toutes tes chansons, il y a un peu de provocation.

Je fais très attention aux choix des mots. Chaque mot à un sens et peut être en relation avec une histoire de ma vie et de mon expérience. J’ai aussi envie de bousculer. Il y a beaucoup de grossièretés, j’adore ça. Mes idoles, Gainsbourg et Dutronc, maniaient cela à la perfection.

On parle de toi comme quelqu’un d’irrévérencieux, de « sale gosse ». Tu aimes que l’on parle de toi ainsi ?

Oui, beaucoup. J’ai toujours été ainsi et j’ai toujours aimé l’illégitimité d’une présence en général. J’aime bien ce côté « qu’est-ce qu’il fout là ? » Quand je suis arrivé dans le milieu des DJ, c’est une question que beaucoup se sont posés. Pareil dans la chanson. Il y a toujours ce côté « on frôle l’accident ». J’aime la prise de risque totale.

Tu es très paradoxal. Tu as fait un album avec de la musique bretonne, ZEBRA & BAGAD KARAE, alors que tu détestes ça.

J’ai horreur de la musique celtique et de la musique traditionnelle bretonne. Ça ne parle pas du tout, par contre le son du bagad m’intéresse au plus haut point  Il y a une vibration et une énergie qui me plaisent beaucoup, donc j’ai voulu en faire quelque chose d’autre. C’est pareil pour la chanson française. Ce n’est pas ce qui me nourrit. C’est le rock américain qui est ma passion musicale. Le côté rythm and blues garage est ce que je préfère. Dans Mambopunk, j’ai voulu mélanger la chanson française avec le rock américain.

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(Photo : Bertrand Basset)

1781770_665188823522705_342218510_o.jpgÇa rappelle beaucoup le rock alternatif des années 80.

Par extension, on en arrive à des groupes comme Les Négresse Vertes, Ludwig Von 88 ou les Rita Misouko. Quand cette musique est arrivée, je me suis dit que je comprenais tout. C’est amusant parce qu’à cette époque-là il n’y avait quasiment pas de groupe qui chantait en anglais. Il faut absolument prendre conscience que quand on veut faire une musique populaire de qualité en France, la première chose à faire, c’est de s’adresser au peuple. Chanter en français, c’est la base.

Vois-tu un lien entre les productions DJ Zebra et Zebra le chanteur ?

C’est une suite. J’ai la même énergie et la même volonté à mélanger les choses.

Les critiques que j’ai lus sur Mambopunk sont dithyrambiques.

Je n’en ai lu que deux qui sont moyennes, mais je ne me suis pas encore trop fait défoncer. Sans rire, je suis ravi de l’accueil que me font les journalistes musicaux. Ça m’intéressent de voir où on situe ce disque et comment il est compris.

Si on met ton disque en fond musical, on pourrait se dire qu’il n’est que festif et léger.

Je ne l’ai pas conçu ainsi en tout cas. Ce serait plutôt un festif grinçant. Bien sûr, ce n’est pas Tata Yoyo… même si j’adore Annie Cordy (rires). Honnêtement, j’aime bien la vraie gaudriole. J’aime bien Carlos et tutti quanti, parce que j’ai grandi avec des chansons comme ça. Mon père écoutait Enrico Macias à la maison. Non, vraiment j’aime cet esprit festif, mais ce n’est pas ce que je fais. Je fais de la musique sauvage. Ma pochette pose d’ailleurs le climat de l’album.

Rennes 26 février 2015  photo Bertrand basset.jpg

(Photo : Bertrand Basset)

En écoutant certaines des chansons de ce disque, je me suis demandé si tu ne te dirigeais photo.jpgpas vers un répertoire plus chanson française « classique ».

Tu as tout à fait raison. Depuis la sortie de cet album, j’ai composé déjà neuf chansons et il s’en dégage que ce sera très chanson. Ce sera plus posé, plus épuré, avec des textes plus profonds.

Tu te diriges graduellement dans cette chanson française.

Oui, parce que je n’étais pas sûr d’y aller et, comme je te l’expliquais tout à l’heure, beaucoup m’y ont découragé. Je sais que cet album ne va pas être un succès discographique. On va le regarder de loin. J’espère juste que le prochain sera plus compris, que les gens comprendront ma démarche et qu’ils se diront que ça vaut le coup d’écouter. Mambopunk est un album de transition. C’est une amorce d’un vrai cheminement qui va me conduire vers la chanson d’histoire.

Dans « J’étais un voleur », tu ne t’épargnes pas non plus. Tu chantes : « je ne te l’ai jamais caché, j’étais un voleur, un maniaque du sampleur… »

J’habite en bas de la SACEM à Neuilly-sur-Seine depuis quinze ans. Je me disais que c’était marrant que le plus grand pirate des droits d’auteur en France habite en bas de chez eux (rires). Je dis ça, mais j’ai toujours déclaré toutes les œuvres que j’ai utilisés en radio. J’ai toujours été très correct avec les droits d’auteur, mais on a toujours considéré que je faisais ma carrière en volant la musique des autres. « J’étais un voleur » est donc pour moi une vraie plaidoirie. Sur l’album Mambopunk, je te signale qu’il y a aussi plein de vols.

Lesquels ?

Toutes les batteries, ce sont des samples. Je ne peux pas m’empêcher de voler (rires).

Mais c’est bien que la SACEM existe, quand même !

Oui. Justement, aujourd’hui, je me bats pour le respect des droits d’auteur en France parce que la commission européenne veut uniformiser ça avec les droits dans les autres pays. Avec le chute des subventions et l’arrêt de centaines de festivals, heureusement qu’il reste les droits d’auteur. Mais moi, je dis qu’il ne faut pas empêcher non plus la création transformative.

Sur scène, tu as un côté exhibitionniste. Et sur ce disque ?

Je ne suis pas exhibitionniste dans mes émotions. Je ne suis pas un émotif. Par exemple, quand je monte sur scène, je n’ai jamais le trac. On aime bien connaître la part d’ombre chez les artistes. Moi, je ne l’ai laissé passer qu’une fois, sur le précédent album ZEBRA & BAGAD KARAE. J’avais interprété une chanson sombre et mélancolique et je trouvais que ça ne m’allait pas. Mon exhibition est plus dans la gaudriole et dans l’attitude. Mambopunk est plus un album de quelqu’un qui montre sa bite que de quelqu’un qui pleure.

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zebra.jpegIl n’y a pas beaucoup de chansons d’amour dans cet album.

C’est un album un peu autocentré, un album d’amour envers moi-même (rires).

Tu es un narcissique assumé ?

Complètement. J’aime bien me regarder, j’aime bien m’écouter, j’aime bien raconter ma vie.

Es-tu quelqu’un de tolérant ?

C’est marrant que tu me poses cette question parce qu’hier soir, j’ai écrit une chanson qui s’appelle « L’avocat du diable ». J’y explique que j’aime bien essayer de comprendre les idées opposée aux miennes, pour mieux les détourner. J’aime bien parfois foncer dans le tas. J’ai un côté «  vous pensez que j’aime quelque chose, en fait non, je déteste tellement que je chante d’une façon qui parait appropriée à mes idées ». Ça peut te paraître confus, mais je suis quelqu’un de très paradoxal (rires). D’ailleurs, je me suis aperçu que dans mes chansons, je parlais souvent de paradoxes.

C’est vrai qu’en t’écoutant, c’est difficile de savoir qui tu es.

Parce que je ne le sais pas moi-même. Un jour, une journaliste m’a dit que je manquais clairement d’identité. Elle avait raison sur un certain point. Je suis assez client de nouvelles idées. J’aime bien affirmer des choses très radicales pour qu’on essaie de me prouver que j’ai tort. Après, je fais un juste milieu.

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Après l'interview, le 24 février 2015.

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