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11 mars 2015

Virginie Despentes : Prix Landerneau Roman 2015 pour Vernon Subutex

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virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorVingt ans après Baise-moi, et cinq ans après avoir remporté le Prix Renaudot, Virginie Despentes vient de sortir Vernon Subutex. Il s’agit du premier tome d’une trilogie consacrée à l’errance, dans Paris et ses environs, d’un ancien disquaire expulsé de son logement. Très noir, ultra-contemporain, ce roman où l’on croise une galerie de personnages abîmés par les années, la drogue, le porno et la crise économique, vient de remporter le Prix Landerneau 2015 des Espaces Culturels E. Leclerc après avoir reçu un très bel accueil de la critique.virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandor

Pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc, le 17 février dernier, j’ai rencontré Virginie Despentes à l’Hôtel des Saints-Pères, jusque à côté de sa maison d’édition. J'ai été très agréablement surpris par la gentillesse et la disponibilité de l'auteure. Sereine et n'éludant aucune question.

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virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorBonus mandorien :

Vous vous êtes un peu inspirée de ce que vous avez vécu plus jeune, lorsque vous jouiez du rock ?

Je n’utilise jamais franchement quelqu’un comme modèle, ni moi, ni des personnes que je connais, mais je prends des choses à plein de gens différents

Dans ce livre, réglez-vous des comptes ?

J’essaie de ne pas. Les livres sont faits pour être lus par des lecteurs qui ne sont pas là pour connaître les coulisses de ma vie personnelle. Je sais régler mes comptes moi-même. Je peux être très agressive si on m’emmerde. Je n’ai pas besoin des livres pour régler mes comptes. D'ailleurs, quand je lis un roman de quelqu’un, je n’ai pas envie d’assister à sa toilette.

Aimez-vous tous vos personnages ?

Oui, parce que j’essaie de tous les habiter à un moment donné. Dans Vernon Subutex, il y a des personnages qui glissent vers le Front National et d’autres qui ont en eux l’ultra libéralisme un peu guerrier… ceux-là, j’y suis moins attachée. Bon, de toute manière, je le répète, je n’essaie pas de créer des personnages glorieux.

C’est la première fois qu’un sujet vous inspire autant. Mais de là à en faire trois livres…virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandor

C’est aussi que j’avais beaucoup d’argent grâce au Prix Renaudot, j’ai donc eu plus de temps pour l’écrire. Mon précédent roman, Apocalypse bébé, je pense que j’aurais pu le déployer beaucoup plus, mais bon, à un moment, il faut que je devienne pragmatique. J’avais un an de retard et j’étais à sec totalement. Ça compte les soucis financiers. Là, je suis dans une tranquillité que je n’avais jamais connue.

Vous n’avez pas peur de lasser en sortant trois volumes conséquent à partir de la même histoire ?

Si. J’ai peur que les lecteurs ne me suivent pas. Mais, pour moi, c’est génial. J’ai mis plein de personnages et je tire les ficelles. J’ai une idée claire de ce qu’il va leur arriver et c’est jubilatoire.

Vous n’avez pas besoin d’être dans l’urgence et dans le malheur pour écrire ?

Non, au contraire. Quand on est vraiment mal et que l’on se débat, on peut écrire des petits textes, mais pas un roman. Il faut un peu de calme pour être centré et concentré. Moi, je marche comme ça, en tout cas.

Vous êtes plus optimiste que vos romans le suggèrent.

Je vois toujours la jeune génération avec espoir. Je veux voir ce qu’elle fait et j’espère.

Avez-vous de l’appréhension quand vous sortez un livre ?

Non, j’ai de l’appréhension uniquement quand je l’écris. Quand ça sort, c’est joué. Je ne peux plus rien faire.

Quand on reçoit un prix, on ressent quoi ?

J’ai entendu Maxime Chattam récemment dans une interview à la télé. Il expliquait que l’on peut s’en passer, mais qu’il est inutile de nier que lorsque ça vient, c’est très agréable. Parce que ça te conforte dans le fait que tu as raison de faire ce métier et que, parfois, tu gagnes même de l’argent. On doute souvent de ce que l’on écrit, alors qu’un jury te dise qu’il aime, c’est réconfortant.

virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorVous avez beaucoup de fans. Vous êtes un peu comme une rock star.

Dès qu’on a des lecteurs, on a des fans.  Ça ne veut pas dire que la personne qui aime ce que tu fais est un imbécile. C’est un rapport intime et j’ai beaucoup de respect pour ceux qui aiment mon travail. Parfois, c’est juste gênant parce que je ne sais pas quoi leur dire, mais par contre, je me mets à leur place, parce que moi, je donnerais n’importe quoi pour diner avec James Ellroy. Il m’impressionne. Le rapport lecteur/fan est parfois très intense. Je ne peux pas critiquer cela, parce que je pourrais le vivre moi-même.

Aimez-vous les interviews ?

Oui, j’aime bien parce que je m’adresse à des gens différents à chaque fois. Ce qui est compliqué, c’est qu’on donne les interviews d’un coup dans un temps très proche. Au bout d’un moment, on a peur de se répéter. Pour moi, c’est plus dur en radio et en télé. Si j’en fais quatre dans la semaine, je suis épuisée. Pour Vernon Subutex, je n’ai pas fait de télé. C’est faux la télé et on n’a jamais le temps de s’exprimer.

Avec le statut que vous avez, vous pouvez vous permettre de refuser tel ou tel programme.

Oui, mais il faut faire ce qu’il faut pour que les lecteurs sachent qu’un nouveau livre est là et qu’ils sachent à peu près de quoi il parle.

Vous sentez-vous privilégiée de faire ce métier ?

Oui, parce que c’est un métier où on ne peut pas me virer. Je peux disparaître, mais on ne peut pas virer Virginie Despentes pour la remplacer. Parce que je suis moi et que personne ne peut l’être mieux que moi (rires). C’est génial comme sensation !

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Après l'interview, à l'Hôtel des Saints-Pères, le 17 février 2015.

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