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28 février 2015

Jérémie Bossone : interview pour Gloires

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« Entre l'excès du rock et la sagesse brouillonne d'une chanson française aux ciselures classiques, Jérémie Bossone est un artiste d’une stupeur sauvage » indique le dossier de presse. Je suis entièrement d’accord avec ce propos. J’irais jusqu’à dire que cet auteur-compositeur-interprète m’impressionne. Un talent hors-norme !

Après un excellent premier EP sorti en 2011, l’artiste à la voix EXTRAORDINAIRE (je suis fan) revient en ce début d’année avec un ambitieux premier album intitulé « Gloires ».

Jérémie Bossone se produira le 5 mars aux Trois Baudets à Paris afin de présenter son nouvel album qui ne devrait pas laisser indifférent les connaisseurs de la très belle chanson française.

Bossone est passé à l’agence le 15 janvier dernier pour une première mandorisation.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorArgumentaire officiel :

Jérémie Bossone signe son 1er album réalisé par Ian Caple (Alain Bashung, Simple Minds, Stevie Wonder). L’album intitulé Gloires annonce la naissance d’un artiste rare et précieux.
D’un rock atmosphérique tissé d’arpèges électriques au rock primaire à guitares saturées, en passant par un autre teinté d’orchestrations classiques ou d’éléments électros…De la chanson française à celle du folk américain, en passant par le lied allemand…Les courants sont vastes, et Bossone est avide de les voir s’embrasser.
Le maître mot de son travail est : reliefs.
Son objectif : raconter des histoires (histoires d’amour, de haine, d’alcool, de quête, d’amitié, de voyages…), comme on le faisait dans la chanson française des années 50 et 60 mais en mettant au service de la narration une musique plus contemporaine, plus électrique, cathartique.

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jérémie bossone,gloires,interview,mandorInterview :

Ça fait longtemps que tu es dans le circuit. Tu ne débarques pas comme ça avec un EP et un album qui suit…

Pour être tout à fait honnête, il y a eu des albums avant, des choses autoproduites. J’en vendais encore moins qu’aujourd’hui (sourires). Je considère que Gloires est le premier album, dans le sens, où je me suis entouré d’une équipe, de la réalisation à l’enregistrement en passant par la promotion.

Dois-tu ta passion pour la musique à tes parents ?

Ils sont un peu responsables, en effet. Cela dit aujourd’hui, ils sont un peu dans l’inquiétude car ce n’est pas une voie très rassurante. Je pose des pierres petit à petit, je marque des points. Il y a des gens qui aiment et comprennent ce que je fais. Si mes chansons  touchent quelques personnes, elles ont une raison d’être. 

Pourquoi t’es-tu lancé dans la musique ?

Ça se résume à un nom : Bob Dylan. Bon, avant lui, ado, je jouais dans un groupe de métal. J’étais jérémie bossone,gloires,interview,mandorchanteur et j’ai reçu quelques menaces de mort, car ma façon de chanter ne s’adaptait pas à ce genre musical. Je cherchais à interpréter comme mes idoles du moment, mais quand tu cherches à faire comme… ça ne peut pas marcher. Je recevais les portes dans la gueule et c’était normal. Un jour, je me suis rendu compte que j’écoutais de moins en moins de métal, donc je me suis retrouvé paumé. Je savais que je voulais faire de la musique, mais je ne savais pas trop où aller. Après, je suis revenu à mes bases. Et mes bases, c’est ce qu’écoutaient papa et maman. Le folk américain, Graeme Allright, Leonard Cohen, et puis des français comme Georges Chelon, Jean-Michel Caradec, Jacques Brel, Barbara, Georges Brassens. Au milieu de toutes ces étoiles, il y a un soleil qui m’a pété à la gueule, c’était Bob Dylan. Du jour au lendemain, ça a été clair, j’ai compris que je ne voulais rien faire d’autres.

Du coup, tu as arrêté de jouer dans des  groupes.

J’ai pris juste une guitare et j’ai commencé à tourner dans des bars. Une bonne chanson, ça fonctionne en guitare voix, donc à toi de faire en sorte que ce soit une bonne chanson.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorIl y a des chansons qui datent de plusieurs années sur ton album.

C’est pour ça que c’était important de les réunir. C’est une espèce de best of finalement. C’est un phénomène assez courant. Les premiers albums sont souvent un condensé des premières chansons.

Ce premier album « officiel » enfin sorti, ça va t’aider à passer à autre chose ?

C’est carrément ça. Je suis soulagé de savoir mes anciennes chansons posées sur une galette officielle. Soulagé aussi de pouvoir tourner la page. Je suis content d’avoir ce disque parce que ce sont les chansons que je défends sur scène. Il y a douze morceaux dans la playlist de mes concerts, et onze sont présentes sur l’album.

Le songwriter que tu es ne veut pas être étiqueté « chanson française » ou « rock ».

Chanson et rock, chanson ou rock… c’est un peu tout le défi de ce projet. C’est juste moi. Je n’ai pas l’impression de chercher une esthétique. Je suis ma ligne et ma ligne est précisément entre chanson et rock. Je n’ai pas à choisir, je n’ai pas envie de choisir. Je suis là où je veux être.

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Jérémie Bossone avec Ian Caple pendant l'enregistrement de "Gloires".

Je crois savoir que Ian Caple, le réalisateur de ton album, a bien aimé ta dualité.

Ce qui marrant, c’est qu’il l’a capté tout de suite.

Comment as-tu obtenu les services de ce réalisateur qui a travaillé pour, entre autres, Alain Bashung, Simple Minds et Stevie Wonder ?

J’avais quelques noms en tête, mais il est le premier à qui j’ai envoyé des maquettes. C’était un dimanche. Il m’a répondu le soir même. Dans son mail hyper enthousiaste, il m’a expliqué que c’était ce qu’il cherchait à réaliser en ce moment. Il trouvait que j’étais entre Ferré, Radiohead, un machin un peu hybride. Il m’a demandé de lui envoyer d’autres chansons, ce que je me suis empressé de faire. Ensuite, je suis allé le voir dans son studio perdu dans la forêt en Angleterre. C’est un homme très timide, très secret. On a longuement discuté musique et c’était parti. Le feeling était là. Après les managers ont pris le relais pour parler prix. Ça nous a calmés pendant un an (rires). Mais, bon…  le disque a fini par se faire avec lui.

"La tombe" en concert.

Ta voix est très particulière. Je l’aime beaucoup.

Au début, cette voix à part n’était pas facile à assumer et à imposer. Tant que je cherchais à faire comme les autres avec elle, ça n’allait pas. C’était trop particulier. A un moment, il faut savoir s’accepter, creuser et chercher ce que je pouvais faire avec. Quand tu acceptes ta voix, tu peux l’emmener partout. Le champ d’exploration s’élargit considérablement. Voix rare, voix à part, aujourd’hui, ça m’arrange.

Tu aimes les voix de qui ?

Personne ne me fait pleurer en musique comme Bob Dylan, malgré sa voix de canard. A part Hugo Wolf ou Schubert dans la musique classique. Le lied allemand est quelque chose qui me touche, me bouleverse, me rétame même.

Tu interprètes une chanson en allemand, « Der Leirmann ». Cette langue aussi te touche.

Je ne parle pas cette langue, mais j’aime ses sonorités. Beaucoup ne l’aime pas pour des raisons que je peux comprendre. A quel point un moment de l’histoire, ô combien important et noir, peut changer la sonorité d’une langue. L’allemand ça chante, c’est rocailleux, c’est lumineux, c’est abrupt. Mon dieu, qu’est-ce que c’est beau ! Il y a du relief et je suis très attaché à l’idée de relief en musique.

Tu reprends Göttingen de Barbara. Version admirable.

On me dit souvent que lorsque je chante cette chanson, on dirait que c’est elle. C’est troublant car nous n’avons pas du tout les mêmes voix. A mon avis, pour faire une bonne reprise, l’interprète doit être assez proche de l’original et en même temps, apporter quelque chose de neuf.

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La scène représente quoi pour toi ?

C’est là que tout se passe. Une chanson est terminée d’écrire quand tu la donnes aux gens. C’est là qu’ils la reçoivent, qu’ils l’aiment ou qu’ils ne l’aiment pas. C’est là que l’échange se fait. Tu ne peux pas parler de chansons, sans parler de partage. Je ne suis pas dans la démagogie, je crois vraiment à ce truc. La chanson est un truc de partage et d’échange, ce qui n’est pas le cas avec la poésie.

La poésie est plus personnelle ?

La chanson, c’est pouvoir partager, la poésie c’est pouvoir dire merde à ce partage. La chanson, c’est une parole immédiate, la poésie tu peux y revenir. La chanson, il faut que ça fonctionne à l’oral. Il faut que ça claque. L’idée d’immédiateté en chanson, c’est quelque chose qui me parait primordial. Après, il y a des contres exemples magnifiques. La mémoire et la mer de Léo Ferré. On est un peu paumé dans tout ça, mais tu pleures. Tu ne sais pas pourquoi tu pleures, mais les larmes coulent.

Lyrics Clip de "Rien à dire".

jérémie bossone,gloires,interview,mandorDans « Rien à dire », tu chantes « moi l’auteur qui n’as rien à dire, la poésie doit me maudire »… allons, allons, qu’est que c’est que cette fausse modestie ?

(Rires).

Plus sérieusement, tu as des doutes sur ton talent ?

Des doutes, j’en ai tout le temps. Mais j’ai aussi certaines certitudes. J’ai un orgueil qui a aussi du poids. Sans certitude, doute et orgueil, tu n’avances pas.

Quelle certitude as-tu par exemple ?

D’avoir fait le bon choix dans la chanson. Je n’ai aucun doute sur le chemin que je prends.

Tu écris aussi des romans… qui ne sont pas publiés.

J’en écris et je les range dans les tiroirs parce que c’est compliqué de les faire publier. J’ai tenté il y a quelques années, mais là, je suis fatigué de me battre pour ça. Mais j’ai besoin d’écrire des formes longues. Il y a des choses qu’on ne peut pas dire en chanson. Pour moi, les romans et les chansons sont deux exercices de styles complémentaires.

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En tout cas, tu sais écrire de belles chansons.

Je ne serai jamais un grand auteur de roman comme Balzac, Conrad ou Proust, mais je sais ce qu’est une bonne chanson. Et je sais en écrire. Qu’on les aime ou pas.

C’est bien de ne pas jouer au faux modeste.

La modestie, ça va cinq minutes (rires). Quand je dis que je sais écrire une chanson, ça ne veut pas dire que je peux le faire quand je le veux. Il y a des instants où tu vas t’enfermer dix jours dans un grenier, seul, et tu vas pondre vingt chansons. Dans le lot, il y aura des merdes et des belles chansons. Ecrire des chansons, c’est un muscle qu’il faut travailler. Le plus dur, c’est de ne pas faire ce qui a déjà été fait.

Sais-tu combien de chansons tu as « pondu » ?

Plus de deux cent je crois.

"Scarlett" (ceci n'est pas un clip).

Il est beaucoup question d’alcool dans tes chansons.jérémie bossone,gloires,interview,mandor

J’essaie d’en écrire moins sur ce sujet, mais je trouve que c’est un thème magnifique. Tu peux le traiter dans l’humour ou dans la tragédie. C’est éminemment lyrique. Je pense qu’il y a de grandes chansons d’alcool qui n’ont pas encore été écrites.

Tu évoques aussi l’amitié et l’amour, thèmes éternels et incontournables…

Les mêmes depuis l’antiquité. Mais il faut les aborder à sa façon. C’est toute la difficulté. Le choix de l’angle.

Estimes-tu que ta carrière avance à la bonne vitesse ?

J’aimerais passer à la vitesse supérieure. J’apprends la patience depuis longtemps, mais je suis très mauvais élève.

Aimes-tu parler de ton « œuvre » dans les interviews par exemple.

Ça fait partie du jeu, mais je préfère écrire des chansons. En même temps, on est là aussi pour exister, alors quand il y a des gens ou des structures qui nous accueillent pour exister, on ne va pas cracher dans la soupe.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorTe sens-tu appartenir à une famille musicale ?

S’il y a des artistes dont je me sens proche, je dirais que nous sommes plus cousins que frangins, mais je me sens vraiment à part. Un peu seul dans mon style. C’est plus dans ma musique que je me sens étranger par rapport à ce qu’il se fait en France. Concernant les mots, depuis Lafontaine et Racine, on sait comment faire chanter un vers.

Tu aimes les poètes.

Oui, par exemple, Ronsard, du Bellay… on peut remonter jusqu’à Villon.

Tu viens de citer des poètes extraordinaires, tu ne te mets pas un peu de pression, toi qui écris des textes.

Je n’ai aucune pression, mais uniquement du plaisir. J’entends les mots qui chantent de siècle en siècle via ces poètes et c’est merveilleux. C’est bien d’avoir des grands modèles, même si tu ne leur arrives pas à la cheville. Il y a une base qui court dans la langue française qui est là et j’aime ce classicisme.

Ta musique lorgne plus vers ce qu’il se passe de l’autre côté de l’atlantique.

Un journaliste a dit un jour de mon travail que mes textes étaient classiques et que ma musique était romantique. Je suis assez d’accord, pour une fois, avec un raccourci journalistique.

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Après l'interview le 15 janvier 2015.

Commentaires

J ai écouté cet artiste a Bayonne et il m a subjuguée. MERCI
Je retournerai le voir et l ecouter

Écrit par : vergez | 06 août 2015

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