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05 février 2015

Lulu Gainsbourg : interview pour Lady Luck

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En 2011 Lulu Gainsbourg (fils de Serge et de Bambou) avait tenté d'évacuer le poids de l'héritage avec son disque From Gainsbourg to Lulu. Il y reprenait 16 morceaux de son père. Aujourd'hui, à 29 ans, le musicien revient avec un disque raffiné, Lady Luck, dans lequel il chante en anglais (parce qu'il vit à l'étranger depuis 9 ans).

L'ambiance y est belle, essentiellement sensible et atmosphérique. Le piano est omniprésent dans ses chansons, et elles sont toutes nées sur un Bernstein offert par son père. 

Pour ce deuxième album, le chan­teur a donné libre court à ses idées et à ses émotions.

Le 18 décembre dernier, je suis allé à sa rencontre de cet artiste complet, dans les locaux de sa maison de disques, Universal Music.

Biographie officielle (mais écourtée):

Il y a trois ans, Lulu Gainsbourg entamait sa carrière discographique avec un splendide cadeau : pour son père, disparu vingt ans plus tôt, le musicien avait imaginé un éblouissant disque de reprises, pour lesquelles il avait réuni aussi bien Vanessa Paradis qu’Iggy Pop, Scarlett Johanson, Marianne Faithfull, Johnny Depp ou Rufus Wainwright… Nommé From Gainsbourg to Lulu, ce disque était pour Lulu une étape indispensable, un passage obligé, avant l’envol en solitaire.

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorAujourd’hui, il dévoile douze titres personnels, réunis sous le nom de Lady Luck, un premier album de compositions originales que lui ont inspirées des événements de sa vie privée.

Résolu à ne chanter que dans la langue de Lou Reed ou Dylan, l’artiste décide de collaborer avec des paroliers américains. Un choix logique pour celui qui a passé de nombreuses années à l’étranger : entre Londres, où il réside aujourd’hui, New York et Boston, où il fréquenta les bancs du prestigieux Berklee College of Music.
Lulu se fait épauler par du beau monde : Paul Turner et Derrick Mckenzie, bassiste et batteur de Jamiroquai mais aussi Drew McConnell de Babyshambles l’ont rejoint en studio. A cette équipe de titulaires, il faut ajouter, sur Lady Luck, quelques beaux convives: Matthieu Chedid et son frère sont venus participer au single « Lady Luck », tandis que l’actrice Anne Hathaway et l’artiste Ara Starck, fille du célèbre designer, se sont invitées sur deux titres du plus bel effet (« The Cure » pour la première, « It’s Always Something » pour la seconde). lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandor

Lulu signe ici un disque très intime et sincère. Avec pudeur, le jeune homme y interprète deux dialogues imaginaires avec ses parents : il s’adresse à sa mère sur la jolie ballade floydienne « Moushka », et discute avec son père sur « Destiny », titre au texte désarmant pour lequel il a agencé, en clin d’œil, des arrangements très gainsbouriens. Musicalement, Lady Luck continue d’illustrer l’éclectisme et la largesse d’esprit de son auteur, oscillant entre funk sexy, pop, ballades atmosphériques et instrumentaux raffinés.

Portés par un sens mélodique affuté, les morceaux s’ornent d’arrangements soyeux et délicats, qui leur confèrent souvent un charme cinématographique.

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorInterview :

Vous sentez-vous attendu au tournant avec ce premier disque très personnel ?

Je ne m’en rends pas compte. Ce disque peut autant être ignoré qu’avoir un succès d’estime ou devenir mythique. Il n’y a pas de règle.

Avec ces nouveaux titres, nous découvrons enfin l’étendue de votre talent.

Dans le premier album, je rendais hommage à mon père. Il n’y avait qu’une composition de moi. Là, effectivement, j’ai montré toutes les facettes de ce que je savais faire. Peut-être y en a-t-il trop ? Je ne sais pas. Vous en pensez quoi ?

Je trouve que ce disque est varié, mais qu’il y a un fil conducteur.

Musicalement, c’est très éclectique. J’aime beaucoup de styles et, surtout, j’ai pas mal d’influences, ça se ressent forcément dans ma manière de composer. Quant aux textes, je les ai tous coécrit. Les chansons sont placées sur le disque dans l’ordre chronologique des évènements vécus que je raconte. Ce disque s’écoute comme un bouquin.

Ce n’est cependant pas un album concept.

Non, parce que je ne parle pas tout le temps de la même personne.

Vous avez écrit ce disque à l’issue d’une douloureuse séparation sentimentale. lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandor

C’est réellement cette rupture difficile qui a tout déclenché. Mais aujourd’hui, ça va mieux. La jeune fille qui est en couverture du disque Lady Luck est ma nouvelle copine.

Cela vous a-t-il aidé de ne pas être bien à ce moment-là pour écrire et composer ?

C’est un truc qui appartient à l’art. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier à trouver l’inspiration dans les peines de cœur ou les soucis personnels. En ce qui me concerne, l’état mélancolique déclenche un univers différent en moi et me donne de l’inspiration pour composer. Cet album-là m’a occupé ses deux dernières années et au moment de la rupture, tout s’est mis en place rapidement.

Si vos textes sont mélancoliques, les musiques, pour la plupart, ne le sont pas. Il y a des morceaux très pop et d’autres complètements funk.

Il y a des ballades, mais dans l’ensemble, j’ai souhaité avoir des musiques assez rythmés. J’ai fait en sorte que l’on ne s’endorme pas (rires). En fait le disque commence un peu sombrement, mais plus les morceaux défilent, plus la lumière apparaît. Ça finit même très positivement.

Clip de "Lady Luck".

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorIl y a quelques guests sur l’album. Par exemple Matthieu Chédid et son frère Joseph (connu également sous le nom de Selim) qui sont présent sur le single « Lady Luck ».

J’avais déjà une bonne base sur ce titre et Matthieu a rajouté sa petite touche qui se reconnait très bien. Matthieu est un ami de longue date. Je l’admire depuis toujours en tant qu’artiste et évidemment humainement. Ce qu’a fait Joseph aussi est formidable. J’adore son travail. Il sort bientôt un nouveau disque. C’est vraiment une famille formidable.

Et que vient faire la fille de Philippe Stark, Ara, dans ce disque ?

Elle a toute sa légitimité. Elle est peintre, mais aussi chanteuse. Avec David Jarre, elle a monté le groupe The Two. Ara, elle est un peu comme ma grande sœur. Je la connais depuis que j’ai 7 ans, cela fait donc 22 ans que l’on se fréquente. D’ailleurs, quand je vivais à New York, on était tout le temps ensemble. Nous avons une très belle amitié.

C’est donc symbolique de chanter avec elle ?

Oui. C’est exactement ça.

Et la comédienne Anne Hathaway ?

Elle a aimé mon premier album et elle me l’a signifié. Elle a chanté dans beaucoup de films dont, en 2012, la nouvelle version des Misérables où elle était Fantine. Elle a une très belle voix et je suis très fier de notre duo.

Ça rassure de chanter une chanson avec quelqu’un ?

Pas forcément. Les duos de ce disque ont un sens pour moi. Ils ne sont pas là par hasard. Tout l’album est basé sur des faits personnels La chanson que je chante avec Ara est une dispute entre un homme et une femme et celui avec Anne est une chanson qui donne l’espoir de retomber amoureux. C’est un peu ce que j’ai vécu.

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lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorIl y a une chanson pour votre maman et une pour votre papa.

J’ai écrit « Moushka » pour ma mère. C’est une chanson calme, voire assez sombre, à l’ambiance Pink Floyd. Je discute avec elle. Elle est devenue ma meilleure amie et c’est grâce à elle que je suis là où j’en suis aujourd’hui. Dans « Destiny », cette fois-ci, je discute avec mon père. C’est évidemment une discussion imaginaire.

Parfois, discutez-vous avec lui réellement ?

Ça m’arrive. Je suis très rêveur, très dans un autre monde, souvent dans de hautes sphères… je communique donc avec lui très souvent. Et la communication se fait aussi à travers la musique.

Pensez-vous que lorsque vous composez, il est là et vous aide à trouver l’inspiration ?

J’en suis sûr. Pour « Destiny », je me suis carrément inspiré de lui. L’arrangement rappellera aux puristes de mon père la chanson « Marilou sous la neige »de l’album L’homme à tête de chou et un peu de « Ah ! Melody » de l’album Histoire de Melody Nelson. C’est une forme de nouvel hommage. J’ai fait du Lulu Gainsbourg arrangé à la Serge Gainsbourg.

Je précise que l’album dans son ensemble ne ressemble pas du tout à ce que faisait votre père.

Je l’espère. Je suis dans la musique depuis que j’ai 4 ans. J’ai fait des études musicales assez poussées et j’ai passé notamment quatre ans dans la prestigieuse école de musique Berkeley School of music. J’espère avoir mon propre style et une originalité.

Comment vivez-vous la comparaison constante avec Serge Gainsbourg ?

C’est normal, il a marqué son époque. C’est mon père et il restera mon père. Il a beau être Serge Gainsbourg, l’artiste qui a amené quelque chose à la chanson, que cela va m’empêcher de m’épanouir dans ma passion. J’ai plein de choses à dire et j’en aurai encore d’autres dans le futur. La musique est ce que je sais faire de mieux aujourd’hui.

Mais, pourquoi vous être présenté au public avec un premier album qui rendait hommage lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorà votre père ?

Là encore, c’est symbolique. C’était un cadeau pour mon père. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir lui faire de cadeau en vrai puisqu’il est parti trop tôt.

Votre maman, Bambou, suit-elle ce que vous faites ?

Elle est très présente et elle est fière de son petit gars. Avant de faire mon hommage à mon père, elle m’avait conseillé de prendre le temps de faire les choses. Quand elle a écouté, elle m’a avoué être épatée. Pour le deuxième album, elle était encore plus fière, parce que ce sont mes propres chansons. Ça me fait plaisir parce que si elle n’aime pas, elle n’aime pas. J’ai beau être son fils, elle ne m’épargne pas.

"Fantasy", extrait de l'album Lady Luck.

Il y a deux instrumentaux dans votre disque.

« Noces funèbres »et « Lily Rose ». Ces deux instrumentaux, que l’on peut qualifier d’interlude, rappellent ma base de la musique. Je suis avant tout pianiste.

Ne le prenez pas mal parce qu’il n’y a aucune malice dans ma question, mais aimez-vous chanter ?

Je ne me vexe pas. C’est une bonne question. Honnêtement, dans le premier album, j’ai chanté, mais je me sentais plus « featuring » que chanteur. A la base, je suis musicien, pas chanteur. Pour ce nouvel album, j’ai découvert ce qu’était le fait de chanter. Je sais que j’ai énormément de progrès à faire, mais je pense que j’en ai déjà fait par rapport au premier. Vocalement, j’ai beaucoup travaillé. J’ai pris des cours pour savoir où me situer. Il y a quelques techniques à avoir car le chant n’est pas inné. Le plus important dans une chanson, c’est de savoir exprimer ce que tu veux dire et parvenir à donner le message que tu veux transmettre à l’auditeur. Pour se faire, je suis allé au maximum de mes limites. Je suis perfectionniste et l’idée de ne pas faire au mieux me rend malade. J’ai fait au mieux, mais j’essaierai de faire encore mieux pour le troisième album.

Je vous croyais très timide, mais je trouve que vous ne l’êtes pas là…

Ça va beaucoup mieux de ce côté-là. Je traverse une bonne période. J’ai retrouvé l’amour, cet album semble être bien accueilli, je suis donc très épanoui. Et l’épanouissement permet d’être bien avec les gens que tu croises.

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Après l'interview, le 18 décembre 2014.

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