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04 janvier 2015

Les Grandes Bouches : interview pour Jaurès! Le bal républicain

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Dans le sillage du Bal républicain, le groupe Les Grandes Bouches poursuivent la commémoration des cent ans de l’assassinat de  Jean Jaurès avec le livre-disque Jaurès ! Le bal républicain, élaboré avec la participation de Charles Silvestre. Un ouvrage splendide, sur le plan artistique, éditorial et pédagogique. Biographie et citations de Jaurès, articles explicatifs, fac-similés de l’Huma, dessins magnifiques d’Ernest Pignon-Ernest, entre autres, précèdent les textes des dix chansons, dont les paroles inspirées sont signées de Francis Ricard et, pour certaines, de Philippe Dutheil, chanteur et polyinstrumentiste du groupe toulousain Les Grandes Bouches. Les musiques du même Dutheil convoquent accordéon, guitare, percussions, belles harmonies vocales (avec Anne-Laure Grellety- Madaule, seconde chanteuse des Grandes Bouches)...

Le charismatique chanteur des Grandes Bouches, Philippe Dutheil, est passé à l’agence le 2 décembre dernier.

philippe dutheil,les grandes bouches,jaurès! le bal républicain,interview,mandorArgumentaire du livre-CD :

Jaurès comme un totem ?
Loin de l’image d’un saint laïc, d’une icône poussiéreuse, il est, cent ans après, un phare de haute mer pour une époque de tempêtes, un pôle magnétique qui nous attire, comme de la limaille, en cercles républicains autour de lui.
C’est un Jaurès vivant et combatif que nous proposent les Grandes Bouches, un Jaurès ancré dans notre quotidien et loin des commémorations, comme une nouvelle façon de chanter la devise des Grandes Bouches : « Partager plus, pour partager plus ».

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Ceux qu’ils en disent :

« Le premier des cinq couplets donne le ton de cet hymne à la résistance des salariés qui ont "collé une grève" à des patrons qui "ne l'ont pas volé". » 
LIBERATION
« Ils auraient pu faire de la politique, ils ont préféré la chanson. Rescapés du collectif Les Motivés et 100% collègues, ces trois Toulousains savent faire de la chanson militante sans qu'on ait l'impression d'être dans une manif. »
TELERAMA

« Les Grandes Bouches dénoncent un patronat qui a "loué des vigiles et des chiens qui aboyaient" pour empêcher les employés d'entrer dans l'usine, et les promesses sans lendemain des politiques. »
LE PARISIEN

« Le propos sonne toujours juste, qu’ils évoquent les inégalités ou qu’ils revisitent des classiques révolutionnaires. » 
FRANCOFANS

« C’est engagé, c’est engageant. Mine de rien, à travers les luttes, ça nous parle de lendemains qui chantent. »
MICHEL KEMPER / NOS ENCHANTEURS

Qui sont les Grandes Bouches?philippe dutheil,les grandes bouches,jaurès! le bal républicain,interview,mandor

Les Grandes Bouches, funambules de la corde vocale, sont reconnus pour leur travail autour du chant polyphonique et militant. Membres fondateurs du groupe Motivés, arrangeurs de la chanson titre de l’album, Les Grandes Bouches ont fait plus de 200 concerts depuis cinq ans avec Le Bal Républicain. Ambassadeurs de la chanson citoyenne et festive, ils ont joué en France et à l’étranger (Équateur, Irlande, Israël, Palestine, Laos...) et là où les luttes sociales pouvaient être accompagnées par leurs chansons (Molex, Sanofi, Conti, le DAL, la Cimade...). « Partager plus pour partager plus ».

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philippe dutheil,les grandes bouches,jaurès! le bal républicain,interview,mandorInterview :

Cela fait 10 ans que Les Grandes Bouches existent, mais tu as une longue carrière de musiciens derrière toi.

Ça a commencé avec Les Motivés. On a créé ce groupe sans trop savoir ce qui allait nous arriver. Nous avons fait ça pour le fun et pour réactiver le chant révolutionnaire. Nous pensions en vendre 200 et quelques centaines de milliers d’exemplaires plus tard, nous ne sommes toujours pas revenus de l’impact de ce projet. Il n’y a pas un jour où l’on ne me parle pas de ce disque et de tout ce qui tournait autour. Cela a marqué les gens et une certaine idée de la militance.

Cela manquait un groupe aussi engagé ?

Visiblement oui. Ce qui a été le plus étonnant, c’est la palette du public qui a adhéré à ce projet. Des plus jeunes aux plus anciens…

Les Grandes Bouches sont arrivés comment ?

On ne voulait pas faire Motivés 2, le retour. Nous nous sommes retrouvés à trois et nous avons adoré chanter, mêler nos voix tout en continuant à réactiver le chant de lutte.

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Avant Jaurès !, en 2012, il y a eu un pré-projet intitulé Le bal Républicain.

On a décidé d’en faire un projet collectif et plus global, avec l’aide d’Ernest Pignon-Ernest et de Francis Ricard. Il réunit une exposition, des conférences, un livre-disque. Nous sommes allés vers des terrains encore non explorés par nous. De la poésie pure. Jaurès a été comme un vecteur, comme une manière de nous retrouver tous autour de quelqu’un d’extrêmement fédérateur.

C’est quoi pour toi la poésie pure ?

C’est la prochaine arme de construction massive.

"Jaurès assassiné".

Pourquoi avoir choisi Jaurès ?

Il est le plus représentatif de ce que nous avons de l’idée de l’humanisme chez un homme. Il représente les valeurs telles que la citoyenneté, l’idée de gauche, le partage et l’éthique. En plus, c’était quelqu’un de chez nous, un sudiste. Il est né à Castres et a beaucoup œuvré à Toulouse. Il vient de notre terre. Comme on avait aussi envie de parler de la dimension occitane, le choix sur lui s’est imposé.

Dans ce projet, avez-vous souhaité montrer un Jaurès différent ?

En tout cas, nous n’avons pas voulu présenter un Jaurès historique. Ce n’est pas notre savoir-faire. On ne voulait pas non plus mettre en avant un Jaurès commémoratif. Il y a tellement de gens cette année qui ont fait ça de manière assez honteuse. On voulait montrer en quoi Jaurès aujourd’hui nous parle encore et en quoi il nous éclaire, nous qui faisons de la chanson citoyenne.

Les commémorations sur Jaurès vous ont déçu ?

Bien sûr. Ernest Pignon-Ernest, ce matin, me disait : « alors que l’on n’attendait rien d’eux, ils ont quand même réussi à nous décevoir ». François Hollande est à peine passé au Café du croissant, là où Jaurès s’est fait assassiner. Il a dit trois banalités et il est parti.

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Jaurès était-il en avance sur son temps ?

Oui. Il y a de la préscience chez lui. Avant la premier mort de la Guerre 14-18, il disait : « si jamais l’Europe rentre en guerre, obligatoirement, cette guerre provoquera des bouleversements en Europe qui appellera une autre guerre encore plus violente ». Quand tu lis ça cent ans après, c’est impressionnant. Doit-on être ébloui par la préscience et la modernité de Jaurès ou doit-on être désespéré ? Il y a des choses sur la condition ouvrière ou sur les rapports avec les hommes qui n’ont absolument pas changé.

J’imagine que votre public comprend votre projet et vient en connaissance de cause.

Oui, mais on fait tout pour faire passer les messages de Jaurès de manière très festive. On voulait montrer ce qu’était un vrai homme politique, mais en divertissant au maximum. En ce moment, on ne peut pas dire que les hommes politiques montrent l’exemple.

Vous avez croisé plus de 3000 lycéens et collégiens.

Notre projet est validé par l’éducation nationale. On a montré à beaucoup de jeunes l’expo et surtout, on leur a beaucoup parlé de ce grand homme et des valeurs qu’il véhicule. Nous faisons œuvre d’éducation populaire en allant parler aux jeunes générations. Il ne faut pas s’étonner que les choses tournent mal si on laisse notre peuple dans une déshérence culturelle absolue. Il ne faut pas s’étonner que les parties politiques xénophobes soient en tête...

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Vous êtes très engagé. Est-ce le rôle d’un artiste d’élever les consciences ?

Pour paraphraser Desproges, « je ne sais pas ce que c’est qu’un artiste dégagé. » Moi, je ne sais pas ce qu’est artiste qui n’est pas engagé. Ceux qui ne le sont pas sont de purs produits du système. C’est de l’Entertainment, de la distraction. Je n’ai aucun mépris pour ces gens-là, mais on ne fait pas le même métier. Être artiste, c’est obligatoirement voir le monde et le retranscrire par son filtre.

Ne penses-tu pas que l’on peut aimer à la fois la chanson engagée et la chanson plus légère ?

Moi, tu sais, je suis aussi un cuisinier. On ne s’appelle pas Les Grandes Bouches pour rien. Mais, j’aime bien aller chez Mac Do de temps en temps. Mes potes ne comprennent pas que je puisse leur faire des plats chiadés et aller dans ce temple de la malbouffe. A ce titre-là, bien sûr que l’on peut tout aimer. Le problème n’est pas de tout aimer, c’est le choix que l’on nous propose, ou plutôt que l’on ne nous propose pas. Je trouve super cette variétoche, ce R’n’B, ce je ne sais quoi… ça ne me dérange pas. Ce qui me dérange c’est que ces musiques prennent la place de toutes les autres.

C’est un complot international ?

Je ne dis pas ça, n’exagère pas. Je trouve juste dérangeant de savoir que tous les grands médias sont tenus soit par des vendeurs d’armes, soit par des banques. Ces gens-là préfèrent donner cette bouffe et cette musique prémâchées. De bonnes chansons avec du contenu dans les textes ou de la bonne littérature auraient peut-être un peu trop tendance à ouvrir les esprits, non ? Tous ces gens très riches n’ont-ils pas intérêt à endormir le peuple ? On se pose la question.

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Comment monte-t-on un projet comme Jaurès ? Il faut de l’argent…

On travaille beaucoup. On fait marcher les réseaux. Et surtout, on a mis tout notre argent dans le projet. Jaurès disait : « il faut que le beau soit disponible pour tout le monde ». Notre somptueux livre CD coûte le prix d’un album normal. Le beau pour tous, c’est jauressien et c’est révolutionnaire.

Vous faites tout vous-même dans ce projet. Il y a aussi un côté administratif conséquent. Est-ce que cela ne parasite pas un peu la création ?

Non, parce que le jeu en vaut la chandelle. Parfois, j’en ai marre, mais comme nous constatons quasiment au quotidien l’intérêt du fruit de nos efforts, ça nous motive. En réalité, je ne changerais ma place pour rien au monde. Franchement, on vit des choses étonnantes et qui sont justes par rapport à notre discours. Avec cette façon de travailler, nous sommes cohérents avec nous-mêmes. Notre manière d’envisager le métier me semble très moderne. Je vois mal comment nous pourrions être différents avec ce que l’on professe et avec les idées que l’on avance. Je vois mal comment on aurait pu faire un projet jauressien en vendant un livre cinquante euros. Je vois mal comment on aurait pu faire un projet jauressien si ce n’est pas moi qui installe l’exposition partout où nous passons. Je vois mal comment on aurait pu faire un projet jauressien si on n’y met pas de la poésie âpre. L’époque nous oblige, nous les artistes, à être en accord avec ce que l’on est.

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Est-ce que la musique est une forme de combat ?

Je ne pars pas en guerre, mais je crois beaucoup à l’effet papillon. Si chacun d’entre nous ne met pas une petite pierre de positivisme, les autres en face en profiteront pour mettre leur petite pierre de ce qui me parait négatif. Je te parle du FN, d’Éric Zemmour et de tous ces gens… si on ne lutte pas au moins au minimum, on va le payer très cher.

Fais-tu parfois du prosélytisme ?

Le seul prosélytisme que l’on fait, il est républicain.

Que penses-tu de la gauche d’aujourd’hui ?

Je pense qu’elle ne devrait plus s’appeler la gauche. Le peuple qui a voté à 51% pour François Hollande est complètement écœuré parce qu’on leur a menti. Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a dit récemment que la gauche est une étoile morte. Je vois que le premier ministre, Manuel Valls, ne veut plus qu’on dise qu’il est « socialiste ». Je vois que François Hollande est à la dérive. Tous ces gens-là ne sont pas la gauche. Je me sens floué, malheureux et nous sommes nombreux dans ce cas. Il est hors de question, surtout dans cette ambiance, de baisser les bras.

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Philippe Dutheil, après l'interview, le 2 décembre 2014.

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