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03 janvier 2015

Colin Chloé : interview pour Au ciel

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(Photo : Jérôme Sevrette).

Colin Chloé doit son nom d'artiste à L'Écume des jours. Souvenez-vous de Colin et de Chloé dans le roman culte de Boris Vian. Il faut dire qu’Éric Le Corre (son vrai patronyme) est nourri de poésies… comme en témoigne ses chansons joliment troussées.

Il y a quatre ans, à la sortie de son premier album, Appeaux, j’étais passé à côté. J’ai lu ici et là que flottaient sur ses premières chansons enregistrées un air marin. Dans Au ciel, il change d’élément. C’est plutôt la terre et le ciel, l’homme et la nature…l’histoire est millénaire mais elle est essentielle.

Au ciel est un grand disque. Une claque même. Colin Chloé mériterait de devenir prophète en son pays. J’espère que ce deuxième album lui en donnera l’occasion.

Le 26 novembre, j’ai reçu la visite de ce très talentueux artiste "terrien" à l’agence… 

75604_761537473873588_1684391796_n.jpgArgumentaire officiel :

Le chanteur guitariste brestois Colin Chloé a sorti son second album, Au ciel, sur le label indépendant canadien Hasta Luego recordings. L’album a été enregistré en compagnie de Pascal Humbert (16 Horsepower, Detroit) à la basse, d’Yves-André Lefeuvre (Complot, Miossec) à la batterie et de Bruno Green (Santa Cruz, Detroit) à la production et au mixage.

Son premier album Appeaux est sorti en 2010 sur le label YY/Discograph. Si ce premier album de chanson était plutôt acoustique, ce second opus sonne beaucoup plus rock et électrique. Les chansons deviennent plus âpres, plus terriennes. Enregistré live en studio, cet album lorgne du côté de Neil Young ou de Lou Reed, principales influences de Colin Chloé. Les textes en français sont parfois rudes, toujours proches de la nature et des poètes qu’affectionne le chanteur, dont Georges Perros, dont il a adapté un poème sur cet album.

A 45 ans, Colin Choé n’en est pas à ses débuts : il a joué dans plusieurs groupes folk/rock et alternatifs à Lorient et Brest (Moby Dick, Dixit, Éric et son banc). Il a été remarqué en 2004 par les Inrockuptibles sur leur compilation CQFD 04 pour une adaptation d’un poème de Charles Baudelaire. Il a tourné et effectué beaucoup de 1eres parties de concerts ces dernières années (avec Bertrand Belin, Florent Marchet, Arthur H, JP Nataf, Emmanuel Da Silva).

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(Photo : Jérôme Sevrette)

10431497_836918983002103_5262321829721431181_n.jpgInterview :

Quand as-tu commencé à t’adonner à la musique ?

J’ai touché ma première guitare quand j’avais 15 ans. Ça faisait longtemps que j’avais envie de jouer parce que j’écoutais les groupes de rock. J’ai eu mes périodes AC/DC, Clash, des groupes comme ça.

Tu as débuté la guitare en faisant du rock alors ?

Non, plutôt du folk. J’ai commencé avec les morceaux de l’album de Neil Young, Harvest, que j’entendais avec ma sœur qui a sept ans de plus que moi. Elle m’a un peu éduqué musicalement.

Et tes parents, ils écoutaient quoi ?

C’était plus Georges Brassens, Jean Ferrat et Gilles Servat.

Très vite, tu as participé à un duo et tu as commencé à chanter en français.

Oui, en reprenant des chansons de Francis Cabrel. Celles des premiers albums. Je me suis aperçu que chanter en français avait plus de répercussions que quand je chantais en anglais. On m’écoutait avec beaucoup plus d’attention.

Parallèlement, tu as travaillé en groupe sur des reprises anglo-saxonnes.

Avec mon premier groupe, Moby Dick, on jouait Creedence Clearwater, Neil Young encore et toujours, les Beatles, les Stones dans des bistrots, mais j’avais toujours l’idée de commencer à écrire en français. Je n’osais pas encore le faire à cette époque, mais c’est venu petit à petit.

"La Terre nous attend", extrait live du 2ème album de Colin Chloé "Au Ciel" sorti le 7 avril 2014.
Enregistré à La Carène de Brest, le 27.09.14 (en première partie de Playin'Carver feat John Parish) par l'équipe de la Formation Image et Son de Brest.

L’écriture en français est-elle plus exigeante?10313135_836924243001577_6890801511174406839_n.jpg

Oui. Ce n’est pas facile d’apprendre à écrire une bonne chanson. Il faut trouver sa petite musique, sa propre voix. Il faut accepter ses défauts et son phrasé. Tout ça m’a pris beaucoup de temps. Au début, quand je tentais de placer une ou deux chansons françaises dans un concert en langue anglaise, ça ne fonctionnait pas. Je ne parvenais à rien, du coup, j’ai arrêté de chanter pendant un moment et j’ai tenté de me perfectionner à la guitare. J’ai ensuite travaillé dans différents groupes, tous alternatifs.

A 23 ans, heureusement, tu es revenu à la chanson.

J’ai repris ma guitare acoustique et j’ai recommencé à travailler. Et miracle, j’ai enfin réussi à écrire une chanson aboutie.

C’est la compilation CQFD des Inrocks qui t’a repéré assez vite en 2004.

Oui, j’avais mis en musique un poème de Charles Baudelaire, « Le vin et l’assassin ». A cette époque, je ne savais pas que Ferré s’y était déjà collé. Heureusement, parce que cela m’aurait terrorisé et je n’aurais pas osé m’y mettre.

Clip de "Walden", chanson tirée de l'album Au ciel.

10003733_797110613649607_208446228_o.jpgPourquoi reprends-tu souvent des poèmes ?

Ce qui me fascine, c’est la puissance de ces textes-là. Quand tu commences à chanter Apollinaire ou Baudelaire, tu acquiers une véritable exigence. Cela encourage à travailler tes petits textes personnels pour qu’ils ne soient pas misérables à côté.

Dans ton premier album, Appeaux, certes, il y avait un texte d’Apollinaire et un de Baudelaire… mais tu citais aussi Pascal Quignard…

La Haine de la musique de Pascal Quignard est un livre qui m’a beaucoup marqué. Quignard est un fan de musique baroque et toutes les autres musiques l’insupportent. Pour lui, la musique c’est du bruit organisé. J’ai adoré ce livre. Plus généralement, je veux essayer de rendre abordable les chefs-d’œuvre de ces grands poètes par la musique, la mélodie et les arrangements. Derrière tout le lyrisme de ces textes-là, il y a aussi une forme de simplicité que je veux mettre en avant.

La musique est-elle simple à créer sur ses textes ?

Oui, parce qu’il y a tellement de musiques et de couleurs dans chaque mot que c’est très simple à adapter. Tu peux mettre des centaines de mélodies, ça fonctionnera toujours. Le texte est tellement beau seul qu’il faudrait être un manche pour ne pas trouver une musique adéquate et efficace.

On retrouve chez toi, malgré ton originalité, du Bashung, du Thiéfaine, du Murat. Cela t’agace quand je te dis ça ?

Pas du tout, parce que c’est sans doute vrai. Je sais bien que je ne suis pas aux antipodes de ces artistes-là. Tu as oublié aussi Rodolphe Burger. J’ai beaucoup aimé Kat Onoma. Mais l’album Cheval Mouvement de Rodolphe Burger, avec des adaptations de poèmes d’Olivier Cadiot et d’Anne Portugal, m’a donné envie d’explorer ce terrain-là. Burger a mis en musique des poèmes très contemporains avec très peu de mots, ça m’a plu immédiatement. J’ai vraiment pris exemple sur lui.

"Moulins", extrait du nouvel album de Colin Chloé "Au ciel" réalisé avec Pascal Humbert, Yves-André Lefeuvre et Bruno Green pour Hasta Luego Recordings.

Vocalement, as-tu pris des cours ?

Prendre des cours de chants, pour moi, c’est l’horreur totale. Ce sont les aspérités et les défauts d’une voix qui en font sa personnalité. Cocteau disait que pour être artiste, il fallait cultiver ses défauts.

Tu fais beaucoup de premières parties de Détroit, le groupe de Bertrand Cantat, car deux autres membres de cette formation, Pascal Humbert et Bruno Green ont très largement participé à ton deuxième album.

C’est une affinité musicale et mon amitié pour Pascal et Bruno qui ont permis cela. Quand ils ont terminé l’album avec Bertrand et qu’ils ont dû partir en tournée, ils m’ont souvent choisi pour faire leur première partie. Quand je joue avant eux, je change de division.

"Fontaine", extrait de l'album Au Ciel (2014), de Colin Chloé (Hasta Luego Recordings). Enregistrée en live, le 08 octobre 2014, à l'Ancienne Belgique, Bruxelles, à l'occasion de la première partie de Détroit.

Comment réagissent les fans de Détroit quand tu joues ?

Je joue du rock avec une guitare très saturée. Sur scène, je suis en trio basse, batterie, guitare avec cette culture âpre, rude et électrique. Les gens qui vont voir Détroit sont à 75%, des fans de Noir Désir. Pour moi, c’est du pain béni. J’arrive et je balance du rock français électrique avec des textes assez fouillés. Ce que je peux affirmer, c’est que les gens qui nous ont vus jouer ne nous ont encore jamais lancé de tomates (rires).

Qu’as-tu appris de Bertrand Cantat en le côtoyant ?

J’ai appris à comprendre à peu près qui il était. Je m’attendais à rencontrer quelqu’un de sombre et d’orageux, alors que j’avais devant moi quelqu’un de solaire, drôle parfois et qui parle beaucoup. Enfin, nous ne sommes pas amis. Je le croise avant les concerts et on discute, mais c’est tout.

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Bertrand Cantat et Colin Chloé

(Crédit Photo: Pictures On M@RS (Martial Morvan))

Et toi, quand grâce à Détroit, tu joues devant 4000 personnes, j’imagine que tu donnes beaucoup, mais que tu reçois tout autant.

J’apprends le métier à ce niveau-là. Je joue en club depuis 20 ans, alors, je ne suis pas au fait des énormes tournées. Autant te dire que lorsque je joue devant 4000 personnes, parfois plus, ça me transcende. Tu reçois des vibrations insensées en permanence. C’est extrêmement jouissif pour un musicien de rock de jouer sur une grosse scène devant des gens enthousiastes. Bon, je relativise, car je sais que cette expérience est ponctuelle. J’ai profité de l’instant.

Comme les textes de Détroit, les tiens sont plutôt sombres, non ?

Je ne les trouve pas sombres. Musicalement peut-être parce que j’écris beaucoup en mode mineur. C’est ce qui me vient naturellement. Les harmonies qui en découlent semblent donc mélancoliques. Mon premier album était maritime, celui-ci est terrien. C’est pour ça que mes chansons sont plus électriques et rugueuses.

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Pendant l'interview...

Tu es visiblement très lettré. Lis-tu tout le temps ?

J’ai beaucoup lu et je ne te cache pas que j’ai un peu arrêté ces derniers temps. Je fais une pause parce que je me suis aperçu que je dévorais trop de bouquins et que je ne retenais plus rien. Je vais m’y remettre là.

Quel genre de livre lis-tu ?

Pas beaucoup de littérature française en tout cas. Je la trouve très nombriliste, très autocentrée et ça me gave. Les histoires du quotidien, souvent sordides, je n’arrive pas à m’y intéresser. Je trouve ça chiant. Je lis surtout les américains. Je suis un grand fan de Cormac McCarthy par exemple. Je le lis et le relis régulièrement.

J’ai cru comprendre que tu écris tes textes systématiquement avant de composer.

Ecrire de la musique sans les mots est impossible pour moi. Elle peut éventuellement arriver en même temps, mais jamais avant. Ça vient souvent en marchant soit en bord de mer, soit dans la nature. J’ai besoin du ciel, des oiseaux et de la nature pour trouver l’inspiration.

Des oiseaux ?

Oui. Pour moi, les plus grands musiciens de la Terre, ce sont les oiseaux. Tous les musiciens devraient écouter les oiseaux. Si tu n’écoutes pas les oiseaux, tu n’as rien compris à la musique.

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Après l'interview, le 26 novembre 2014.

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