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12 décembre 2014

Fred de Mai : interview pour Flic de rue

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Pas besoin d’exercer le métier de policier pour apprécier Flic de rue (Rouge Sang éditions), le premier livre publié du flic/auteur/photographe/blogueur Fred de Mai. Une écriture sensible, émouvante, lucide et percutante souvent. Pas de doute, l’homme sait raconter son vécu de manière littéraire, voire poétique. Les joies, malheurs et absurdités de son métier sont racontés sans aucune concession au style et à la vérité. De passage à Paris, Fred de Mai est passé à l’agence le 24 octobre dernier, pour évoquer son livre et son métier.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor4e de couverture:

Ce livre est un recueil de sentiments et ressentiments sous forme de textes mêlant poèmes, slams et témoignages.

Que ce soit en tenue ou en civil, à Paris, Lyon ou Marseille, en Police-Secours ou en BAC, il a toujours été un « Flic de rue » qui a vécu chaque mot de ce livre.
Il est l’auteur de toutes les photos publiées dans cet ouvrage.

L’auteur :

Fred de Mai est le pseudonyme d’un policier en activité, auteur et photographe. Il a choisi l’anonymat pour des raisons de discrétions professionnelles.fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Il était un des blogueurs les plus actifs au début des années 2000. En 2006, dans un des classements en vogue sur Internet, il fut même référencé 53ème parmi les 100 blogueurs Français les plus influents.

En 2010 il remporta un concours de slam organisé pour les 10 ans de la Francophonie par le Ministère de la Culture et TV5 Monde.

Après une période de silence,  et avant la ré-édition de son livre Flic de rue chez Rouge Sang éditions, il revient aussi en réactivant son blog.

Toutes les photos de cette chronique mandorienne sont signées Fred de Mai (sauf celles prises lors de l'interview).

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorInterview :

Tu es en France l’un des précurseurs des blogs. Je t’ai d’ailleurs connu de réputation à cette époque-là. Tu étais un blogueur « influent ».

Je suis devenu blogueur grâce à mon épouse. C’était une période où j’étais hors travail. Disons, que je travaillais déjà dans la police, mais elle m’avait mis dans un placard. J’ai commencé à écrire un roman et ma femme m’a parlé des blogs, « le gros truc à la mode ». J’ai pris un pseudo, car je n’étais pas en odeur de sainteté dans la police et je ne voulais pas que cette nouvelle activité me nuise encore plus.  J’ai donc fait un blog d’un auteur pour que l’on parle de lui.

Tout au départ, il y avait même deux blogs.

Oui, celui de Fred de Mai et celui de Paul Vachard, le roman que je vais sortir bientôt.Paul réagissait aux propos de Fred.

C’est schizo ton truc !fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, on est très nombreux dans ma tête.Bref, ces deux blogs m’ont bien canalisé et  m’ont fait du bien. J’ai surtout compris que je savais écrire.

Et c’est le manque de police qui t’a fait écrire le blog « Flic de rue » ?

Quand tout le monde a su que j’étais flic, j’ai voulu montrer quel genre de flic j’étais. C’était facile pour moi d’écrire des petites histoires que j’avais personnellement vécues.

Flic de rue, le livre, est une réédition.

Oui, en 2009, une agence de com’ est venue me voir pour me proposer de faire une version papier de ce que j’écrivais sur le blog. Ils voulaient prouver que même les blogueurs pouvaient publier sur papier. C’est sorti mal imprimé et il y avait pas mal de coquilles. Du coup, je n’ai pas fait trop de promo… Par la même occasion, j’ai aussi arrêté le blog et je me suis mis à l’écriture de mon roman, Vachard.

Teaser du livre Flic de rue.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorFlic de rue est un recueil de nouvelles « vécues » réalistes et littéraires.

Sans prétention, quand j’écris, j’ai l’impression d’être un gamin doué qui ne s’en rend pas compte. Ça me vient naturellement, même s’il y a un travail de retouches après. J’aime épurer au maximum. Avec ces textes, j’ai fait du tweet avant l’heure. Je déteste tout ce qui dépasse. Il faut couper avec acharnement. L’écrivain Thierry Serfati m’a dit un jour que dans l’écriture, le plus dur était de couper.

Il y a des textes très durs et d’autres assez drôles.

Il faut avoir beaucoup d’humour et de recul pour faire notre métier. Si tu prends tout au sérieux, tu es foutu ! Si tu n’es pas bien dans ta tête, tu ne te sens pas bien au boulot et que l’on te fait voir toute la misère du monde, tu prends ton pétard et tu t’arrêtes là. Même dans les cas les plus graves, je t’assure qu’on arrive à trouver de quoi rire.

J’ai compris en lisant Flic de rue qu’il y avait trois situations difficiles quand tu fais ce métier : voir des morts, garder son self control par rapport aux provocations… et l’administration. Et il y en a des pages sur l’administration.

J’étais en colère à cette époque-là. L’administration n’est pas rancunière, car aujourd’hui, elle me fait ma publicité.

Quelle relation as-tu avec elle maintenant ?

Très bonne. Comme quoi, chez nous, rien n’est immuable. Aujourd’hui, j’ai un discours complètement différent qu’à l’époque où j’ai écrit le livre. La police a évolué, c’est clair !

Tu t’interroges sur le fait d’être un bon chef dans le livre…fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

C’est la pire expérience que j’ai connue. Je suis un chef qui aime fonder une équipe et souder les gars. C’est dur parce qu’on n’a pas les mêmes motivations. Chef, tu devrais être le tampon, mais tu ne l’es pas. Certains t’utilisent comme marteau, d’autres comme bouclier. Tu es donc celui qui prend tous les coups. Mes pires comme mes meilleurs moments sont en tant que chef.

Il y a des scènes très émouvantes dans ton livre, celles où il y a des enfants impliqués dans les « affaires ».

Tu sais, je chiale quand j’écris des textes comme ça. Ce sont des actions que j’ai vécues à une époque où j’étais séparé géographiquement de mon fils. Pendant cinq ans, je l’ai vu trois fois par an pendant les vacances, donc forcément, il me manquait. Je ne pouvais donc absolument pas comprendre que l’on puisse faire délibérément du mal à un gamin.

Tu en es où dans la police ? Appartiens-tu toujours à la BAC ?

Non, j’ai fini ce qui était anti criminalité pure. C’est un travail génial, mais je vieillis. Aujourd’hui, je suis l’un des responsables d’un service qui s’occupe du plus grand centre commercial d’Europe. On y fait tout : on traite, on appelle la justice et on clôture. Je travaille encore plus qu’avant et je m’éclate.

Tu es flic dans un centre commercial, si je comprends bien ?

Oui, c’est le seul cas en France. On est la police nationale. Il y a 100 000 passages jour et il faut gérer cela. C’est un énorme trafic. Sur 1200 interpellés à l’année, tu as 1000 affaires résolues. Pour la police c’est hypra intéressant. Ça prouve qu’elle est très efficace.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorJ’en ai déjà parlé à ton éditeur et ex flic lui aussi, Marc Louboutin (mandorisé là), je ne comprends pas comment on peut vivre normalement quand on fait ce métier.  La vie de famille, par exemple… c’est compliqué.

Il faut laisser le boulot au vestiaire. Si tu ne le fais pas, tu es mort. Parfois, c’est tellement dur que je rentre chez moi brisé…

Tu te traites toi-même d’alcoolique dans le livre. Boire aide aussi à oublier ce qu’il s’est passé dans la journée.

Aujourd’hui, je ne bois plus d’alcool fort, mais pendant un moment, ça m’arrivait d’être no limit. Tu as toujours quelque chose à oublier. Et puis, il y a un autre phénomène. Quand tu es avec une bonne équipe, tu fais des pots. Ça te permet de parler et de gérer les problèmes plus tranquillement, sans gravité. On fait un métier où il faudrait presque un soutien quotidien à ce niveau-là. Nous ne l’avons pas… on se démerde pour le trouver.

Ton livre devrait bien se vendre dans le milieu de la police.

Il a déjà un bon bouche à oreille. Quand un flic fait un bouquin sur les flics et qui est approuvé par les flics, on peut estampiller l’ouvrage d’un « lu et approuvé ». Beaucoup de mes collègues l’achètent, mais d’autres qui n’ont rien à voir ce métier aussi, ce qui m’a beaucoup surpris.

Aimerais-tu être conseillé sur un film ou une série sur la police ?fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, la plupart de ceux qui officient dans ce rôle ne sont plus flics. Ce sont des anciens. Par exemple, Olivier Marchal. J’aime bien ce qu’il fait, mais c’est une police qui n’existe pas. Il invente la police de ses rêves. Avec lui, le flic se drogue, il est forcément violent, forcément tout seul, forcément alcoolique, il va forcément tuer quelqu’un et il est un peu bandit. Super l’image de la police ! Et puis d’un autre côté, on a Pinot simple flic. Deux extrêmes. Il y a peut-être un juste milieu à évoquer, non ?

Je reviens sur ton prochain roman, Vachard. De quoi va-t-il parler ?

Paul Vachard est le fils du meilleur flic de France,  mais son père ne l’aime pas. Sa mère est partie, il ne reçoit donc pas d’amour du tout. Pour obtenir l’amour de son père, le gamin a tout essayé, parfois de façon très maladroite. Pour faire plaisir à ce paternel, il va devenir flic lui aussi. Mais contrairement à son géniteur, c’est un flic pitoyable. Mais il va trouver un moyen pour que son père s’intéresse à lui. Devenir tueur en série.  Je ne te dis pas ce qu’il se passe après, mais ça part en live !

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Pendant l'interview le 24 octobre 2014.

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