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01 décembre 2014

Interview : Vianney pour Idées Blanches

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Quand on fait le métier que je fais, immanquablement, on me demande quel est mon coup de cœur de ces derniers mois en matière de musique/littérature française d’aujourd’hui. Pendant très longtemps, je n’ai su que répondre. J’ingurgite trop, sans prendre le temps d’apprécier à leur juste valeur ce que je lis/j’écoute.

Mais en musique, ça y est ! J’ai un nom. Vianney.

Il a 23 ans et vient de sortir son premier album

Alors qu'il a fait les premières parties de Florent Pagny cette année, Vianney s'est vite fait remarquer, notamment grâce au titre "Je te déteste", qui passe sur les ondes depuis cet été. Depuis le 20 octobre, Idées Blanches est dans les bacs. Ses textes sont soignés, ses refrains entêtants (notamment le titre "Pas là"), sa voix est charismatique et ses mélodies rythmées. Pourtant Vianney ne pensait pas vivre de sa musique un jour, même si depuis ado, il n'a cessé de jouer et d'écrire des chansons. Les douze titres d'Idées Blanches ont été écrits pendant l'été 2013, chez Antoine Essertier, en Auvergne. Vianney est à découvrir en concert le 1er décembre au Zénith de Paris et le 31 janvier au Café de la Danse !

Je suis allé à la rencontre du chanteur le 15 octobre dernier dans un bar de la capitale.

couv via.jpgBiographie officielle :

Ses morceaux ont la couleur et la chaleur des feux de joie, le rayonnement des grands embrasements populaires. Chanteur à textes et à voix, Vianney s’impose avec son premier album. Sans effort ni cliché.

A 23 ans à peine, l’auteur-compositeur-interprète se dévoile entre tempérance et flamboyance. Avec application et fougue, l’autodidacte qu’est Vianney, fraîchement diplômé d’un cursus Haute Couture, tisse la toile de ses rêves et lustre ses accords, qu’il double de bure ou de satin. 

A la sortie du lycée militaire de Saint-Cyr, où il est pensionnaire trois ans durant, Vianney fait d’abord des études de commerce entre la France et Londres, puis une école de stylisme à Paris. Sa passion pour la musique ne date pourtant pas de la veille : dès son plus jeune âge, son père, fin mélomane, l’a initié aux joies d’une discothèque francophone, dorée sur tranche, entre Barbara et Dick Annegarn, Thomas Fersen ou Maxime Le Forestier.

Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick via 2.jpgmusical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre.

Pour capter l’essence de ce disque, Vianney a fait appel à Antoine Essertier (Daran et les Chaises, Soha, Boulevard des Airs). Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. 

Enregistré sur trois semaines en Auvergne, Idées Blanches a également bénéficié de la présence de Julien Tekeyan à la batterie, de son frère Geoffroy à la basse et de Cyril Barbessol au piano.

Idées Blanches : un disque profond, sous des airs légers et des refrains entêtants. Entre chanson d’auteur et variété millésimée, la musique de Vianney construit des ponts. 

DSC09507.JPGInterview :

Tu sors ton premier album à 23 ans et tout le métier parle de toi comme la découverte de l’année.

Il n’y a que l’avenir qui donne raison à ce que l’on dit. Je ne sais pas comment interpréter les commentaires sur ce sujet. C’est génial si tu me dis ça, mais je n’en ai pas encore vraiment conscience. Je sais que mon label a de bons échos, il n’en reste pas moins que le démarrage reste coton.

Coton… c’est à dire ?

C’est-à-dire que rien n’est gagné et qu’il y a tout à faire.

Tes deux premiers singles, « Je te déteste » et « Pas là » ont cartonné. Pour un inconnu c’est extrêmement rare.

Cartonné n’est pas le mot, mais je me suis un peu fait repérer.

Clip de "Je te déteste".

Tu joues de la guitare depuis l’âge de 12 ans. via 6.jpg

Et un peu de piano aussi. Je n’ai pas officiellement appris la musique et quand tu arrives à un certain niveau, ça devient un défaut. Je suis au stade où j’aimerais bien évoluer. Je suis encore un peu limité parce que je ne sais pas lire la musique.

Si tu ne connais pas le solfège,  comment fais-tu ?

Je fais tout au feeling. Je ne suis pas un grand chanteur, mais en même temps, ça fait partie de ce que je suis.

J’ai lu que ton père était très amateur de chansons françaises. Il aimait Dick Annegarn, Thomas Fersen, François Béranger et Maxime Le Forestier, des artistes comme ça.

Pour moi, le plus grand a toujours été Dick Annegarn. Quand j’étais petit, c’est l’artiste qui a provoqué des  trucs chez moi assez contradictoires. Il y a des chansons de lui qui m’énervaient, elles me paraissaient je-m’en-foutiste et pourtant, je les écoutais .J’aime quand quelqu’un de talentueux me perturbe

Tu as eu de la chance d’avoir un père aussi pointu en musique française.

En plus, il est dans la logique de la transmission. Quand il a vu que je savais jouer de la guitare, de son côté, il n’a plus jamais joué. C’est révélateur de sa volonté de transmettre sa culture musicale, l’amour de la chanson française que lui-même a reçu de ses parents et que je transmettrai, moi, à mes enfants.

Il doit être content de ce qu’il t’arrive.

Oui. Et ma mère aussi d’ailleurs. Je peux même dire qu’ils sont très contents. Ils savent que je fais ça depuis toujours, alors ils ne sont pas inquiets. Ils ont conscience que je ne peux que m’épanouir parce que je fais un métier qui m’a toujours passionné. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je le pratique à plein temps. Désormais, quand je joue dans ma chambre, je ne culpabilise plus (rire).

Clip de "Pas là".

Via 7.jpgQuand as-tu su que ta voie (et ta voix) allait te mener à la chanson, officiellement ?

Je me suis dit que c’était le chemin à suivre en juin dernier, quand j’ai terminé mes études. Au moment où tous les étudiants partaient en stage, j’ai compris que je n’en n’avais pas envie. J’ai pris la décision de ne faire que de la musique. C’était le bonheur absolu.

Etant donné le succès que tu commences à avoir et tout ce que tu dois doit faire pour te faire connaitre encore plus, promo, scènes, plateaux, je suppose que tu commences à être un peu dépassé…

C’est exactement ça. Je ne contrôle plus grand-chose. Avant, je connaissais toutes les personnes qui étaient derrière mon projet. Maintenant, j’ai des abonnés, des followers, tout ça… je n’étais pas dans ce trip.

Tu n’as pas peur que tout ceci te change ?

Non, je sais que je peux rester honnête. En tout cas, je veux le rester. Je ne me déguise pas. Je suis honnête sur tout ce que je fais et sur tout ce que je dis. Je sais qu’il y a des gens qui lisent ce que je peux raconter et qui peuvent même en penser quelque chose. Je dois donc montrer que je suis fidèle à ce que je chante. Je ne veux surtout pas mentir.

Mais quand tu es sur scène, tu deviens forcément quelqu’un d’autre, non ?

Quand je suis sur scène, je ne dois penser qu’au public, pas à moi. J’ai compris que l’on pouvait faire rêver les gens et c’est quelque chose que je n’imaginais pas. Quand j’étais en première partie de Florent Pagny, lors de sa tournée, je regardais la tête des gens pendant son concert. Je les trouvais éclairés et heureux. Ils écoutent et ont la banane. Du coup, j’ai compris également que je pouvais apporter un peu de bien à des gens.

Et cela met un peu de pression ?

Non, parce que je me présente tel que je suis depuis le début. Je n’ai qu’à continuer ce que j’ai toujours fait. J’imagine que les gens qui viennent à mes concerts sont des gens qui adhèrent à ce que je suis et ce que je fais.


Vianney : "Chanson d'Hiver", extrait de l'album... par francemusique

Il y a beaucoup d’humours noirs, de seconds degrés et d’ironies dans tes chansons… tu esvia 8.jpg comme ça dans la vie ?

Je suis comme ça, en effet. J’essaie de prendre de la distance avec les choses difficiles que je peux évoquer dans l’album. L’humour sert à oublier les soucis ou les envisager sous un angle différent.

Votre album s’intitule « Idées blanches ». C’est parce qu’il est optimiste ?

Oui, mine de rien, il est très positif sur plein de choses. Il y a un soupçon d’idéalisme, voire même de naïveté. On est sur la frontière. Je pense être un idéaliste de plein de choses. Notamment, de l’amour et de l’éthique.

Parfois, il me semble que tu es désillusionné. Dans « Le débutant de l’amour » par exemple. Je trouve curieux qu’à 23 ans, tu écrives ce genre de chanson.

Tu as pris un super exemple. J’ai écrit cette chanson quand j’étais un peu seul. C’était un peu difficile amoureusement. Le constat que je dresse est que l’amour ne fonctionne pas s’il est vécu en dilettante. Il n’y a que l’amour entier qui fonctionne. L’amour ne tiendra pas s’il est à trois, s’il est partagé, s’il n’est pas entier. C’est une vision très idéaliste de l’amour.

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Dans tes chansons, il y a plusieurs couches de compréhensions.

Ce n’est quand même pas ultra métaphorique.

Si. Une chanson comme « Je te déteste » n’est pas interprété  au premier degré.

Disons que c'est chanté au 3e degré autour d'une histoire vraie. C’était la seule et première fois que je détestais quelqu’un. Une jeune fille s’est mal comportée envers moi, celle dont je raconte l’histoire dans « Je te déteste » et « Pas là ».

C’est une sacrée muse, dis donc !

J’ai souffert, mais j’ai tenté de prendre de la hauteur en écrivant ces deux chansons. Il n’y a aucune perfidie, juste de l’humour noir par rapport aux évènements.

via 9.jpgY-a-t-il une chanson au premier degré ?

Oui, c’est « Mon étoile ».

Tu parles vraiment d’une danseuse étoile ?

Oui. Ce titre est assez réaliste et je donne des images qui sont assez claires.

Les gens s’approprient les chansons. Comment tu le vis ?

Il y a beaucoup de choses qui me touchent parce que je constate que l’on a un pouvoir par les mots.

Il y a une puissance tubesque dans tes chansons.

Je ne le fais pas consciemment, mais j’aime l’équilibre entre la chanson et la variété. Je fais en sorte que la mélodie soit accessible immédiatement et que les textes soient dans des degrés divers. Je n’ai aucune vocation à être un artiste incompris.

Veux-tu devenir populaire ?

Si ça veut dire plaire et être compris d’un grand nombre de gens, oui, j’aimerais bien. Mais dans mes chansons, il y aura un contraste entre le haut et le petit niveau.

Ton plan de carrière à l'air réfléchi !

Non, mais toi, par exemple, tu me fais réfléchir à ces choses, mais je n’en avais pas conscience avant d’être confronté à ton regard.

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Comme Stromae, tu as un look un peu désuet.

Je ne le fais pas exprès. Je m’habille toujours comme ça depuis que j’ai huit ans. Je ne changerai jamais mon look, parce que j’ai toujours été comme ça. J’ai toujours porté des chemises. Je me sens nu si je n’ai pas de col. Il y a des chanteurs qui se déguisent très bien.et ça leur va super bien. Stromae est déguisé tout le temps et le résultat est génial. Moi, je ne suis pas fait pour ça.

Sans te comparer à lui, je trouve que vous n’êtes pas aux antipodes dans la façon d’envisager le métier.

C’est gentil de me dire ça. Je ne sais pas si je mérite un tel compliment. S’il y a une carrière idéale souhaitable, c’est la sienne.

Aimes-tu la variété ?

Il y a une certaine variété que j’adore. Pour moi, Joe Dassin était une bête. Polnareff, Delpech, Bécaud… et bien d’autres aussi. Ils ont chanté des chansons d’un niveau très élevé. Aujourd’hui, je trouve le niveau très triste, alors qu’il y a de bons arrangeurs.

Aimes-tu la promo ?

Ça dépend de l’interlocuteur. Si on m’amène dans des directions hors promo, j’aime bien. Cabrel dit que ça ne sert à rien de lui poser des questions sur ses chansons parce que tout est dedans… moi, c’est un peu la même chose.

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Le 15 octobre 2014, après l'interview.

Edit (5 juin 2015):

vianney; idées blanches,interview,mandor,je te déteste,pas làJ'avais hâte de voir Vianney sur scène... parce que ce n'est qu'ainsi que l'on peut juger de la qualité véritable d'un artiste. Et là, je dois dire que je n'ai pas été déçu. 

Au Trianon, le jeudi 4 juin dernier, seul à la guitare (hormis une chanson où un pianiste l'accompagne), le surdoué de la chanson française a conquis/soulevé son public du début à la fin du concert... je n'ai jamais vu une telle performance. Une heure trente de concert sans artifice. C'est rare.

Personnellement, j'aurais aimé parfois la présence de musiciens supplémentaires et de choristes. Mais, bon, les personnes avec lesquelles je suis allé voir n'étaient pas d'accord avec moi. 

On est en tout cas tous d'accord pour prétendre que Vianney est là pour longtemps. Très longtemps. 

Voici un reportage de BFM TV sur la soirée...

Et quelques photos dans les coulisses, après le concert de Vianney.

Ici, selfie avec mon pote Thierry Cadet et le chanteur. 

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Le Prix Georges Moustaki était dans la place. Thierry Cadet (le cofondateur du Prix) et moi, ainsi que quelques artistes du cru 2015 : Laurie Darmon, Baptiste W. Hamon et la première partie de Vianney ce soir, Alma Forrer (qui chante avec Baptiste W. Hamon régulièrement).

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Après le concert... il est de coutume de saluer l'artiste quand on le connait un peu. 

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Mon ami Jean-Pierre Pasqualini (Platine, Melody TV) était avec nous... Platine lui a consacré 6 pages d'interview. C'est bien la première fois que Vianney a eu le droit à autant d'espace pour s'exprimer dans un magazine.

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J'ai revu Vianney quelques mois plus tard lors de la 30e édition d'Alors Chante! à Castelsarrasin. Nous avons posé comme deux touristes au bord de la Garonne… 

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