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27 novembre 2014

Nicole Lambert : interview pour les 30 ans des Triplés.

Nicole lambert portrait pensée 1_© Iris de Turckheim.jpg

logo 30 ans.jpegAu fil des années, les Triplés n’ont pas grandi, mais leur bande dessinée est devenue une institution, en France et à l’étranger, dans la presse, l’édition et la télévision. 30 ans que les Triplés amusent les lecteurs du Figaro magazine. On a vu passer l’époque, aussi bien les changements de société, que l’arrivée des nouveautés qui ont changé nos vies : portables (au moins un kilo pour les premiers !) ordinateurs, GPS, et autres. On a vu aussi, comme dans un défilé de mode, passer les tenues de la mère des Triplés, la plus fashion-victim des mamans de Paris. Le 29 octobre dernier, pour un des magazines auquel je collabore, je suis allé à la rencontre de la maman des Triplés, Nicole Lambert, dans son atelier parisien pour évoquer cet anniversaire.

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Nicole Lambert portrait pensée2_© Iris de Turckheim.jpg(Tout petit) bonus mandorien:

Dans l'ouvrage 30 ans… avec les Triplés, vous vous livrez beaucoup. Ça a été compliqué.

Très, parce que je suis plutôt pudique et dans la vie, j’avance masquée. Avec l’intervieweur de ce livre, Charles Dierick, grand spécialiste belge de la bande dessinée, on a parlé très librement et je me suis aperçu que j’évoquais beaucoup de choses personnelles. Je n’ai qu’une trouille, c’est embêter les gens avec ma propre vie. C’est vertigineux de se raconter et d’imaginer un instant que les propos tenus vont passionner la foule.

Prenez-vous parfois des vacances ?

Pas beaucoup. J’aime bien ça, mais je travaille beaucoup trop. Généralement, je commence mes journées à six heures du matin et je finis à dix heures du soir. Depuis le début de la série télévisée, je peux dire que je travaille entre 14 et 16 heures par jour depuis deux ans. Le pire, c’est que personne ne me félicité pour ça, parce que c’est moi qui le souhaite. Mon entourage ne m’encourage pas à tenir ce rythme, bien au contraire.

Avez-vous eu la carrière idéale ?

C’était à peu près ce dont je rêvais au départ.

Quel est le dénominateur commun des gens qui aiment les triplés ?

Ça ne fait aucun doute. Ce sont des gens très gentils.

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Avec Nicole Lambert, dans son atelier, le 29 octobre 2014.

Et la dessinatrice a tenu à dédicacer à ma fille (et son papa) son dernier album...

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26 novembre 2014

Il Divo : interview du français du groupe, Sébastien Izambard, pour A musical Affair

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il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorIl Divo a toujours su lier avec génie l’opéra à la musique pop. Après avoir vendu plus de 26 millions d’albums (dont plus de 800 000 en France), classé plus de 50 titres numéro1 et reçu plus de 160 disques d’or et de platine dans 33 pays, revoici le groupe pour un disque compilant des classiques de comédies musicales françaises et américaines, A musical Affair. Urs Bühler, Carlos Marin, David Miller et Sébastien Izambard chantent des extraits de Notre-Dame de Paris, Les Dix Commandements, Roméo et Juliette, Les Misérables en compagnie de vedettes françaises telles que Florent Pagny, Hélène Ségara, Lisa Angell, Natasha St-Pier, Anggun et Vincent Niclo. Ce septième album reprend aussi Some Enchanted Evening (« South Pacific »), Bring Him Home (« Les Misérables ») ou encore Tonight (« West Side Story »), interprétés avec émotion et romantisme, véritable signature du groupe. Le 21 octobre dernier, dans un palace parisien, j’ai rencontré le seul français du groupe, Sébastien Izambard, de passage pour une demi-journée en France.

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Interview :il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

Depuis 10 ans, vous n’avez jamais arrêté.

C’est vraiment le cas de le dire. On n’a jamais cessé d’être en tournée et d’enregistrer des disques. Nous sommes des boulimiques du travail. On est dépendant de ça, c’est même notre raison d’être.  Il Divo a marché très vite dans le monde entier, sauf en France d’ailleurs.

Au début, les français vous ont suivi.

Oui, c’est vrai. Pour les deux premiers albums. Mais plus après. Parfois, ça marche moins bien, alors il faut présenter un répertoire différent et essayer de reconquérir le public. C’est un combat de tous les instants. Il est impossible de rester sur nos acquis.

Cela dit, vous avez une longévité exceptionnelle.

C’est vrai. Au début du projet, on était sûr de rien. Pour être honnête, nous pensions que nous allions pouvoir exister quatre ou cinq ans, pas plus.

Nouvel album « A Musical Affair » - version française
16 chansons de légende issues des plus grandes comédies musicales
En duo avec Vincent Niclo, Hélène Ségara, Natasha st-Pier, Anggun, Lisa Angell…

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorQui a choisi les personnalités françaises qui ont participé à cet album, A musical Affair ?

C’est notre nouvelle maison de disque française, Sony BMG, qui nous a proposé des artistes. J’ai trouvé le choix judicieux parce que les voix sont toutes exceptionnelles. Personnellement, je me retrouve à chanter avec mon copain Florent Pagny. Il m’a connu tout jeune. Je retrouve aussi Vincent Niclo que j’ai rencontré il y a un an dans une émission de télé en Allemagne. Je lui avais dit, dans les coulisses, que ça serait sympa que l’on enregistre ensemble. Le destin est facétieux parce qu’il a réalisé ce que j’ai demandé.

Est-ce difficile de chanter avec des chanteurs de variété ?

Pas vraiment. Ce sont eux qui se sont calés sur nous. Cet album est fait pour nous représenter, pas pour les représenter eux. C’est très égoïste, mais très logiquement, c’était à eux de se plonger dans notre univers. Ils l’ont compris et ont parfaitement joué le jeu. On leur a demandé de ne pas changer leur personnalité. Parce qu’on les aime tels qu’ils sont… sans Il Divo.

Il y a dix ans, Il Divo était le seul groupe qui mélangeait opéra et pop. Depuis, ce genre il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorde groupe pullule.

Oui, nous avons de nombreux enfants (rires). Mon collègue d’Il Divo, Carlos Marin, dit toujours que les gens peuvent faire des infidélités en allant voir les enfants, mais ils finissent toujours par revenir voir papa.

Le groupe est resté le même depuis le début. Il n’y a eu aucun changement de casting.

Parce que personne n’a voulu faire son Robbie Williams. L’ambiance est aussi bonne qu’au début de l’aventure. En plus, maintenant, nous nous connaissons parfaitement et on s’apprécie les uns les autres.

Sébastien, vous habitez en Angleterre depuis 11 ans. Vous ne vous sentez plus français, je suppose ?

Même si j’aime la France, j’ai plus l’impression de faire partie du monde. Mon endroit préféré, c’est le Japon. J’adore aller là-bas. En plus, nous sommes très populaires dans ce pays. J’emmène souvent mes enfants où je vais. Pas tout le temps, mais quand ils peuvent. Du coup, je les sens très ouvert.

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Avec Sébastien Izambard, après l'interview, le 21 octobre dernier.

25 novembre 2014

Laetitia Shériff : interview pour Pandemonium, Solace and Stars

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Dix ans tout juste après la sortie de son premier album et après six ans de relatif silence discographique (si on oublie des albums avec le groupe Trunks, des BO pour des films documentaires, du cinéma, du théâtre, des spectacles de danse, des collaborations à foison…), Lætitia Shériff revient avec son troisième opus, Pandemonium, Solace and Stars, tout aussi furieusement désespéré que doux et salvateur. Un voyage au cœur de la nature humaine. Lætitia Shériff brouille les pistes sans ne jamais perdre en route le cercle de ses admirateurs. Je l’apprécie aussi pour cela.

Le 15 octobre dernier, la chanteuse musicienne est venue à l’agence située à quelques numéros de là où elle a passé son enfance.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorBiographie officielle :

Contrairement au patronyme qu'elle s'est choisi, Lætitia Shériff n'est pas du genre à (faire) respecter la loi. Elle serait même plutôt de ceux qui la transgressent avec gourmandise, comme en atteste la liste de ses collaborateurs par le passé, tous des vandales de la bien-pensance musicale (l'immense saxophoniste de jazz François Jeanneau, la diva punk Lydia Lunch, le producteur de musiques électroniques Robert Le Magnifique, l'expérimentateur Noël Akchoté ou encore le guitariste polymorphe Olivier Mellano...).

En dix ans, sans aucun plan de carrière réfléchi à l'avance, la chanteuse/bassiste a su laisser son empreinte indélébile sur une poignée de disques exigeants, sous son nom ou bien sous un autre (Trunks), mais également dans des BO de documentaires, au cinéma, au théâtre ou dans des spectacles de danse.

Néanmoins la véritable performance de Lætitia Shériff, c'est de réussir à justement canaliser laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorcette soif de liberté, à formater son audace formelle. Son dernier disque, Pandemonium Solace and Stars, est ainsi une petite merveille de rage lumineuse, de désespoir fertile, qui l'autorise désormais à marcher dans les pas d'illustres ainés comme Scott Walker, Neil Young ou Nick Cave. Bien sûr, dans sa discothèque personnelle, on imagine que les disques de Sonic Youth, Dominique A ou The Breeders tiennent également une place de choix. Elle en partage les obsessions en tout cas. Et l'art de la mélodie sournoise.

Elle est épaulée par son vieil ami Thomas Poli (guitariste de Montgomery et collaborateur de Dominique A), le batteur Nicolas Courret (Eiffel) ainsi que la violoniste Carla Pallone (Mansfield.Tya) invitée sur trois titres. Au grain de sa voix, au son de ce disque équilibriste, on sent qu'elle ne triche pas. Qu'elle ne peut pas.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorInterview :

D’où t’es venue ta passion pour la musique ?

De mon éducation familiale. Il y avait de la musique tout le temps à la maison. J’ai deux grands frères et une grande sœur. Mes parents aussi étaient mélomanes.Tout ce beau monde écoutaient de la musique, mais tendance rock...

Tu as fait partie d’un groupe lorsque tu étais au lycée.

J’étais bassiste. Dans les groupes, il manque toujours un(e) bassiste, alors j’ai réussi facilement à m’intégrer. Pour moi, c’était un moyen d’expression parallèle. Quand tu es adolescent, tu as des choses à dire, mais tu n’y arrives pas forcément. La musique m’a aidé. Même si, à cette époque, j’enregistrais déjà sur magnéto cassette, je ne voulais pas en faire un métier.

Tu es autodidacte. Tu as appris seule la basse et la guitare en jouant avec d’autres musiciens.

Oui, mais je tiens à dire que j’ai pris des cours de solfège il y a deux ans. Comme je suis intervenante dans les écoles, je voulais être au niveau. Il y a un minimum de codes à respecter... et ça rassure les directeurs d’école.

Teaser du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars".

Quand tu quittes ton logement familial, tu te retrouves dans un quartier populaire à Lille.laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor

Oui, du coup, c’était assez facile de me retrouver à jouer dans des bistrots ou participer à des « open micros ». Après, tout s’est fait naturellement entre 1998 et 2003. J’ai été poussée par des amis musiciens, j’ai rencontré des tas de gens et, finalement, en 2004, c’est la sortie du premier disque.

Quand on commence amateur, on se demande toujours quand on devient professionnelle, non ?

On met du temps à se décréter comme telle, en effet. Quand tu arrives à remplir tes papiers administratifs en indiquant « musicienne » dessus, c’est que tu as franchi un cap. Par contre, j’ai toujours l’impression d’être « artiste en développement ». Ou plutôt « en émergence ». Je préfère ce terme.

Entre ton premier album et celui qui vient de sortir, Pandemonium, Solace and Stars, on sent une évolution notable. Mais ta patte est toujours là. C’est dur de garder le cap ?

Il suffit d’honorer ta musique. Il faut qu’elle continue à te faire du bien. J’essaie de rester spontanée, ce n’est pas toujours facile quand ton travail commence à prendre de l’importance.

"The Living Dead" - Extrait du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars.

Réalisation : Marie Larrivé. 

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorTu travailles avec les mêmes personnes depuis longtemps. As-tu besoin de repères durables ?

Oui, ce sont des curseurs affectifs qui font qu’on ne se sent jamais tanguer, même durant les traversées du désert. Dans une carrière, il y a des moments où on stagne. Mais je crois que ces périodes sont nécessaires parce qu'on est en phase d’observation. Tu vas chercher quelque chose qui va te sauver de cette impasse. Moi, je regarde les autres et je m’imprègne du monde dans laquelle je vis.

Ta musique est plutôt sombre.

Ça vient peut-être du fait qu’elle est électrique. Si je suis optimiste, je me sens aussi révoltée et indignée. En utilisant ce son-là, cette électricité, j’espère éviter la démagogie. Dans ma musique, il y a des paysages… c’est plutôt cinématographique. Et puis, je joue avec la complexité du monde et ses paradoxes.

Je te vois comme une laborantine.

Oui, c’est exactement ça. D’où le fait que j’écrive en anglais et que je mélange les sons. A la fin, ça donne quelque chose de brut.

"Fellow", extrait de l'album Pandemonium, Solace and Stars (Froggy's session).

Tu as été l’une des premières à jouer de la musique rock indie.

On me dit ça souvent. Je ne suis pas d’accord parce que nous sommes nombreux et nombreuses à faire ce genre de musique depuis des années. C’est juste une question de curiosité et de visibilité. Comme je suis en période de promo, on me voit pas mal en ce moment, donc on peut se faire une opinion sur ce que je fais… J’ai conscience qu’il y a de nombreux artistes qui existent depuis très longtemps et qui font ce genre de musique-là avec un talent fou.

Outre ta carrière solo, tu diversifies tes activités musicales.

J’ai besoin de la diversité dans ce métier. Il est bon aussi de ce mettre « en danger ».

Comment faut-il aborder ta musique ?

« Elle est ta toi cette chanson… », chantait Brassens. Chacun fait ce qu’il veut d’une chanson. Dans ce disque, j’ai abordé plus de choses. C’est certainement mon disque le plus intime. Il y a un mélange de fantastique et de réalité. J’aborde l’enfer ou les étoiles. C’est à celui qui écoute les chansons de choisir là où il veut aller. Mon disque, s’il fallait que je le schématise, je dirais que c’est comme une journée qui commence mal et qui finit bien.

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Après l'interview, le 15 octobre 2014.

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21 novembre 2014

Raùl Paz : interview pour la sortie de Ven Ven

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(Photo : Christophe Berlet)

Raul Paz s’est toujours senti affranchi. C’est cela qui l’avait poussé à quitter son pays, à l’âge de 24 ans, pour le Brésil, d’abord, l’Uruguay, puis la France. Cela aussi qui lui a permis d’éviter tous les clichés, d’ouvrir une voie musicale sans complexe. Peu de jeunes musiciens cubains ont réussi à séduire un aussi large public : en France, Raul Paz a vendu 200 000 disques, et 300 000 à l’international. Il a atteint un niveau de célébrité à l'international auquel peu de jeunes musiciens cubains osent imaginer accéder un jour, et ce n'est certainement pas grâce à du marketing bien ficelé. Je suis allé à sa rencontre le 13 novembre dernier dans un bar de Cuba... euh... non, dans un bar parisien. Pardon.

raul paz,ven ven,interview,mandorCourte biographie :

Après 200.000 albums vendus en France, et 4 ans d'absence, Raul Paz revient en force avec son dixième album studio, Ven Ven. Enregistré à Cuba avec une section de cuivres, puis mixé à Paris par Florent Livet (Phoenix, Bloc Party, Elephanz, Coeur de Pirate...).

Raùl Paz a toujours voulu s'éloigner des clichés de la musique cubaine, et il a su plonger ses racines dans un bain décapant de musiques urbaines, rap, dub, reggae, funk, créant une musique métissée, chaleureuse et originale. Son authenticité, sa vitalité, sa voix exceptionnelle et le choix de musiciens servant impeccablement sa musique font de chaque concert de Raul Paz un événement. C'est ce qui lui a permis au fil des années et de ses cinq précédents albums de se créer un public fidèle et de plus en plus nombreux.

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raul paz,ven ven,interview,mandorInterview :

Vous venez de sortir votre 10e album… ça devient une belle carrière, non ?

Ce qui est amusant, c’est que l’on commence le métier en se disant que l’on fait un album et tout s’enchaîne rapidement. On ne voit pas le temps passer, mais on travaille, on sort des disques et la vie passe à une allure folle. Là, je viens d’ailleurs de finir mon nouveau disque.

Vous êtes cubain, mais vous avez la volonté de montrer que la musique de votre pays a évolué, s’est modernisée. Est-ce que vous trouviez la musique cubaine « désuète » ?

L’idée n’est pas de montrer que je ne fais pas une musique cubaine, mais qu’au contraire, elle est très cubaine, mais très cubaine d’aujourd’hui. Pour moi, c’est un combat qui est presque politique. La seule façon que mon pays sorte de ce sommeil éternel artistique, qu’on a depuis 50 ans, c’est en démontrant au monde entier qu’on existe dans le monde actuel. Nous ne sommes pas figés dans les années 50 même si nous sommes fiers de cette musique. Personnellement, j’ai besoin de dire autre chose et de manière différente.

Clip de "Ven Ven".

Vous appartenez à un petit groupe d’artistes qui habitait à l’étranger et qui a eu envie deraul paz,ven ven,interview,mandor rentrer à Cuba à  partir de 2005.

Oui et ce groupe s’appelle comme mon album précédent, Havanization. Ce sont des artistes de l’art plastique, du théâtre et de la musique qui sont revenus à Cuba pour tenter d’ouvrir des portes. On commence à avoir les armes pour dire « Ok ! Je peux garder des choses, mais j’ai mon mot à dire. »

C'est l’état Cubain qui est venu vous chercher pour que vous reveniez habiter à Cuba.

Il y a à Cuba une nouvelle génération de politiciens qui tente de moderniser l’art. Ils sont nés avec la révolution, mais ils savent qu’ils ont fait des conneries. Ils ont jeté tout le monde, il faut maintenant en récupérer certains.

Vous n’avez pas eu l’impression de vous faire récupérer par l’état cubain?

Je me suis posé la question. Mais après réflexion, je me suis demandé si moi aussi, je pouvais récupérer quelque chose en étant là-bas, ou, au moins, apporter quelque chose à mon pays. Je me suis senti des responsabilités civiques à donner l’exemple.

Teaser de "Chiquita".

raul paz,ven ven,interview,mandorC’était important de revenir à Cuba pour vous ?

Oui, mais j’avais peur. Très vite, j’ai senti que les gens comprenaient ce que je voulais faire et surtout qu’ils l’acceptaient. Je ne nie pas la tradition et je ne veux surtout pas tuer la musique cubaine. De toute façon, Cuba est un carrefour d’influences.

Votre musique était déjà rentrée clandestinement à Cuba.

Et on me disait que j’étais le symbole de la modernité. Ma musique est aussi bien influencée par la musique cubaine que par la musique européenne. Je voulais montrer que notre musique était autre chose qu’une carte postale.

Entre temps, vous êtes devenu français.

Ça m’a enlevé tous mes complexes. La France m’a accueilli, je suis français, maintenant j’appartiens à ce monde-là. J’en ai fini avec la nostalgie basique.

Vous vous sentez français ?

Oui. Comme vous, j’ai une soif illimitée de liberté. Je peux désormais dire ce que je crois et ce que je pense.

Teaser "Nadie Sabe".

Pour cet album Ven Ven, vous avez écrit 40 chansons pour n’en retenir qu’une dizaine… raul paz,ven ven,interview,mandorvous êtes très productif.

Pour moi, il y a deux mondes. Celui du spectacle et celui de la création. Je compose pour moi et pour plein d’autres artistes. A Cuba, je viens de terminer un album qui est la bande originale d’une télénovela. Toutes les chansons sont de moi, mais sont interprétées par d’autres artistes. J’adore écrire pour les autres. Ici, j’ai écrit pour Florent Pagny par exemple. J’écris surtout pour des artistes espagnols et bien sûr des artistes cubains aussi.

Avez-vous peur que cela s’arrête ?

Honnêtement, je ne vois pas comment cela pourrait s’arrêter. Je compose de plus en plus. Je vais faire la mise en scène de la Traviata. Je dirige un festival dédié à la francophonie à Cuba. On me propose plein de projets, je n’arrive pas à tous les accepter. Non, vraiment, tout va bien dans ma vie.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014 dans un bar parisien.

17 novembre 2014

Agnès Abécassis : interview pour Assortiment de friandises pour l'esprit...

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1966698_10152791176762520_1426005831302040187_n.jpgAssortiment de friandises pour l’esprit ou l’art de positiver au quotidien est une arme anti-morosité signée de la romancière et scénariste Agnès Abécassis. Elle offre là à ses lecteurs un objet littéraire non identifié, entre vade-mecum zen et traité sur le bonheur, avec en fin de chaque chapitre des exercices qui font appel à nos sens et à notre créativité. Un ouvrage bourré d’humour, cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année.

C’est toujours un réel plaisir de passer un peu de temps avec Agnès Abécassis (déjà mandorisées là). Cette fois-ci, je suis allé à sa rencontre pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de Noël 2014) pour évoquer la sortie du livre cité plus haut et la réédition en version poche spéciale Noël de son plus grand succès, Les tribulations d'une jeune divorcée.

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10658874_10152791121727520_2581570188185422076_o.jpgBonus mandorien :

En France, vous êtes la seule romancière qui publie aussi des bandes dessinées. 

Je ne sais pas si je suis la seule romancière à faire cela… je sais juste que je réalise un rêve d’enfance. Quand j’étais petite, mes proches pensaient tous que j’allais faire du dessin mon métier. Ils ont donc été étonnés de voir qu’en fait, je m’épanouissais dans l’écriture. Ceci étant, quand on m’a proposé de réaliser ma première bande dessinée, j’ai sauté sur l’occasion. Et puis c’est tellement agréable de passer d’un univers à un autre.

Vous vendez beaucoup de livres et vous êtes réputée dans votre domaine. Êtes-vous contente de votre sort littéraire ?

Je crois qu’on est content de son sort quand on prend le temps de se retourner sur son parcours. Moi, pour l’instant, j’ai plutôt la tête dans le guidon ! A chaque sortie d’un nouveau livre, j’ai l’impression que c’est la première fois. Je travaille toujours l’angoisse chevillée au corps. Je suis en permanence poussée par mon envie de bien faire. C’est mon moteur à moi.

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16 novembre 2014

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Beauté partout

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(Photo : François Berthier)

Que de chemin parcouru depuis la sortie de Beauté pour tous en octobre 2013 pour La Maison Tellier ! Un album unanimement salué par la critique (3 singles playlistés par France Inter, Radio Nova, 4 Clefs Télérama,…), des prestations scéniques remarquées en : France, Etats Unis, Angleterre, Quebec, Belgique et Suisse.

Si vous avez adoré cet album, découvrez maintenant la magie qu'ils dégagent en concert avec Beauté Partout, leur album live. A l'occasion de cette sortie, Beauté pour tous est également réédité en édition deluxe 2 cd (Studio + Live).

Le 8 octobre dernier, Helmut Tellier, le cofondateur et chanteur de la formation normande, est passé me voir à l’agence pour évoquer leur 10 ans de carrière et cet album live… majestueux !

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Argumentaire officiel (écourté) à l’occasion de la sortie de Beauté pour tous:

Lorsqu’en 2010, la Maison Tellier revient pour L’Art De La Fugue, un troisième album en forme d’ode au voyage et à l’errance, on entendait déjà le vent souffler dans les plaines poussiéreuses et le train siffler trois fois tout au loin. Se rappelaient aussi à notre bon souvenir, leurs deux premiers disques (La Maison Tellier et Second Souffle, enregistrés pratiquement à la suite en 2006 et 2007) qui étaient parvenus à réunir les fans de Neil Young, Calexico, Moriarty et les amateurs d’un certain rock français élégant (pensez Dominique A ou Alain Bashung).

la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorLorsqu’il est question de retourner en studio pour un quatrième opus, Helmut et Raoul Tellier veulent insuffler une nouvelle dynamique à leur musique. Pour la première fois, les deux songwriters écrivent toutes les chansons de l’album ensemble… et en langue française. Exit le chant en Anglais, donc. C’est aussi un moyen se défaire un peu de l’étiquette de cowboy acoustique accolée au groupe depuis ses débuts.

Beauté Pour Tous est à nouveau un récit de voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage extraordinaire inspiré de steampunk, des films de Georges Meliès, des illustrations d’Alphonse de Neville et d’Edouard Riou (L’Exposition Universelle) ou par Octave Mirbeau (Prison D’Eden).

Malgré sa grâce et son gout pour le verbe délicat, Beauté Pour Tous est un mélange de saveurs vintage et de textures modernes, de pop et de rock, de Vieux Continent et de Nouveau Monde.

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la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorInterview :

10 ans de carrière… l’heure des bilans a sonné ?

Je ne regarde jamais en arrière. Avec les autres membres du groupe, on se connait vraiment bien et nous savons aller plus vite à l’essentiel quand nous travaillons des nouvelles chansons ou un live. Franchement, j’ai l’impression que tout est allé vite, d’autant que c’est une suite de hasards qui a fait que l’on s’est retrouvé musicien. Nous n’étions pas partis pour devenir ce que nous sommes devenus.

Racontez-nous ce hasard-là.

Avec Raoul, le guitariste avec lequel j’ai fondé le groupe, on était déjà dans la vingtaine bien entamée. Nous avions allégrement commencé des vies de fonctionnaires bien ennuyeuses. Sans le savoir, lui et moi, nous avions ce rêve-là en nous. Lui était un guitariste chevronné qui jouait dans son coin et moi, j’avais très envie d’écrire des chansons. Tout seul, je ne parvenais pas à me dépatouiller. Il est arrivé et il a mis sa patte et de l’ordre dans mon travail. Nous avons fini par faire des petits concerts dans notre ville, Rouen. Un jour, on est tombé sur un promoteur, un gars qui avait un label et une boite d’édition. Il nous a proposé de faire un disque. Ensuite, tout est allé très vite sans que nous l’ayons voulu et sans que l’on y croie particulièrement.

Considérez-vous comme une chance d’être présent dans le monde de la musique et de sortir des disques depuis 10 ans ?

On n’a jamais réfléchi de manière globale. Ce qui est fait est fait. Il y a plein de choses qu'on aimerait modifier sur les disques qu’on a déjà sortis. Aujourd’hui nous sommes tournés vers l’avenir parce que nous voulons faire perdurer notre carrière. On n’a pas du tout envie de revenir à nos vies d’avant. C’est pour cela que l’on veut continuer à enregistrer des disques et qu’ils soient les meilleurs possible.

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Vous avez une très bonne réputation dans le métier et un public qui vous suit depuis le début, mais vous n’êtes pas encore reconnus par un large public.

C’est cliché de dire cela, mais avoir un public fidèle, que l’on croise au fil des concerts, c’est déjà quelque chose de très important pour nous. Me dire que l’on fait partie de la vie de certaines personnes, c’est un truc qui me touche vraiment.

Vous n’avez pas d’ambition de starification, j’ai l’impression.

On est dans une période où l’on se dit que l’on va essayer de rendre nos chansons plus « populaires » avec de gros guillemets, pour toucher plus de monde et continuer à vivre de notre musique. On ne se contente plus de faire de la musique uniquement pour nous.

Faire des chansons qui vous plaisent et qui plaisent aussi au public. Trouver un juste compromis… Est-ce que vous pensez à cela quand vous écrivez des chansons ?

Avec le temps, de plus en plus. On se rend compte qu’il peut y avoir des petites choses qui peuvent faciliter le lien entre nous et le public. Sur le dernier album, Beauté pour tous, nous avons travaillé avec un mixeur renommé qui excelle en la matière. Il sait créer un son qui peut intéresser les radios, sans dénaturer notre travail. C’est un équilibre subtil à trouver. Aujourd’hui, passer en radio est une question de survie. Nous sommes en quête du tube ultime, un titre qui soit exigeant pour nous et qui pourrait plaire à beaucoup de monde. Dans notre dernier album, Beauté pour tous, la chanson « Sur un volcan », nous a permis d’accéder à un public un peu plus large. Il y a des gens qui sont venus à nous par le biais de cette chanson-là et qui y sont restés.

Clip de "Sur un volcan".

Je trouve votre musique addictive. Quand on commence à l’écouter, on a du mal à s’en extirper.

Merci de le dire. Il y a dans le groupe des maniaques de la composition. Les arrangements sont pas mal travaillés, de ce point de vue-là, peut-être y trouvez vous quelque chose.

Vous-même, je trouve que vous avez évolué dans votre façon d’écrire.

Au début, j’avais tendance à écrire des petites histoires, des mini scénarios. Je me suis rendu compte que ce sont des chansons qui s’épuisent assez vite. Aujourd’hui, j’essaie de trouver l’équilibre entre ça et des chansons un peu plus ésotériques, ce que je ne sais pas encore bien maîtriser. J’aime beaucoup Murat, mais parfois, je reste un peu sur ma faim. Pour moi, ses paroles sont trop poétiques.

C’est amusant que vous me disiez ça parce que je l’ai interviewé récemment pour son dernier album, Babel. Quand je lui ai dit que l’on ne comprenait pas toujours le sens de ses chansons, il m'a répondu que ça lui était complètement égal.

C’est une très bonne attitude de sa part. Il fait ce qu’il veut parce que c’est un vrai poète.

Murat écrit beaucoup. Et vous ?

Je n’écris pas beaucoup. Je suis un besogneux. Je n’arrive pas à écrire dix chansons pour en avoir une. Si le groupe et moi pensons que nous sommes dans la bonne direction dans une chanson, je vais passer beaucoup de temps dessus en essayant de la peaufiner au maximum.

Clip de "Un bon français".

J’aimerais revenir sur le nom du groupe, La Maison Tellier. J’ai l’impression que vous aimez jouer avec le public. Vous avez longtemps fait croire que les autres musiciens étaient vos frères. Ils s’appellent tous Tellier.

Inconsciemment, on a considéré au début que c’était bien de créer un truc un peu mystérieux. C’était aussi une manière de ne pas nous mettre en avant directement. Nous sommes des garçons plutôt réservés. Pour nous, c'était un déguisement, un masque. Les gens pensaient que nous étions frères et nous n’avons jamais démenti parce que, La Maison Tellier, c’est comme une entreprise familiale.

Encore aujourd’hui, je sais que des gens y croient ?

Oui, et ça devient un peu embarrassant parce que cela fait des années que l’on s’amuse avec ça. Nous sentons bien que beaucoup ont envie de croire que nous sommes cinq frangins. Je finis par répondre que nous sommes des frères de sons, des frères qui se sont choisis. Peut-être que le prochain album s’appellera Faux frères et que l’on fera tomber les masques une bonne fois pour toute.

La question qui tue : quel est le style de votre musique ?

J’aime bien dire que nous faisons de la variété. Ce terme est devenu galvaudé, mais ce qui est un fait chez nous, c’est que nos influences sont variées. Je sais que l’on traîne la réputation d’être un groupe de folk. Cela dit, on l’a bien cherché (rires). Aujourd’hui, nous avons l’ambition d’approcher le travail de Bashung qui était à la fois exigeant et populaire et qui a mis du temps à y arriver. C’est un vrai exemple pour nous.

Teaser Beauté partout.

Pourquoi sortir un live ?

Très sincèrement, c’est AT(h)OME qui nous l’a proposé. Nous, nous y sommes allés à reculons parce que nous ne voyions pas l’intérêt de la chose. Personnellement, dans ma discographie, je n’ai pas de disque en concert, je ne suis pas très amateur de cela. On doit au label d’avoir insisté et de nous avoir donné les moyens de faire le meilleur album live possible. A l’arrivée, on est super content du résultat. Je pense que ce disque peut intéresser au moins ceux qui nous suivent depuis le début. Nos chansons en ressortent plus énergiques et reflètent plutôt bien notre travail.

Il y a principalement les chansons de Beauté pour tous.

Oui, et deux ou trois chansons de l’album précédent, L’art de la fugue, ainsi que deux inédits. Dans la prochaine tournée, on fera plus une rétrospective de notre carrière. Nous piocherons dans la cinquantaine de morceaux enregistrés.

Avez-vous le sentiment d’avoir progressé depuis 2004 ?

J’espère. En tout cas, au niveau de ma voix, j’ai enfin l’impression de l’avoir trouvé. Au début, je chantais plus instinctivement, aujourd’hui, c’est plus « maîtrisé ».

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Avec Helmut Tellier, le 8 octobre 2014.

14 novembre 2014

Didier Wampas : interview pour Platine "mon rapport avec la variété!"

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didier wampas,platine,variété,interview,mandor,les wampas font la gueuleLes Wampas sont de retour avec un nouvel album qui célèbre leur 31ème année de carrière et la sortie de leur 12ème opus, Les Wampas font la gueule.  En tout, douze nouveaux coups de canif incisifs. Les punks les plus célèbres de France n'ont pas perdu leur énergie et encore moins leur humour acide. Une sorte de pulsion primale les pousse à faire vivre le punk yéyé, encore et encore, avec toujours la même envie. Au Hard Rock Café, le 6 octobre dernier, pour le magazine Platine (n°202), je suis allé à la rencontre du leader du groupe, Didier Wampas, pour lui faire parler de la variété française, tout comme j’avais interrogé Ben l’Oncle Soul précédemment. Didier Wampas est, contre toute attente, un grand fan de ce genre musical là.

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Après l'interview, le 6 octobre 2014, au Hard Rock Café à Paris.

13 novembre 2014

Antoine de Caunes : interview pour les 30 ans de Canal+

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antoine de caunes,30 ans de canal+,interview,mandorLe 4 novembre 1984, une petite révolution s'est produite dans le PAF avec l'arrivée d'une nouvelle chaîne de télévision qui ne manque pas d'ambition: Canal+. Après des débuts difficiles, la première chaîne française privée à péage va peu à peu connaître le succès en rassemblant de plus en plus d'abonnés au fil des années.

Très vite, la «chaîne du foot et du cinéma» se démarque de la concurrence avec son ton résolument plus jeune, transgressif, incisif et audacieux pour l'époque. Pour parler de cet anniversaire, autant s’adresser à un pilier de la chaîne, Antoine de Caunes.

Voici le fruit notre entretien pour OpenMag (mensuel de la Fnac) daté du mois de novembre 2014. Il est suivi d’un bonus mandorien.

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IMG_4046.JPGBonus mandorien:

Quand on a trente ans d’existence, il faut savoir se renouveler tout en gardant son ADN. Changer tout en restant dans une certaine continuité, c’est ça la difficulté ?

On essaie de bouger avec l’époque, à la fois en la reflétant et en l’anticipant un peu. On ne doit pas être dans une avant-garde absconse. On essaie de rester prescripteur. C’est une vigilance au quotidien pour faire en sorte que la ligne ne dévie pas.

Comment faites-vous pour fidéliser vos téléspectateurs tout en attirant les jeunes ?

C’est compliqué parce que, par rapport au démarrage en 1984, le PAF a considérablement changé. Ce n’est ni le même paysage, ni la même manière de consommer la télévision. Il faut tenir compte de tout ce qu’il se passe autour de nous. A l’époque où nous étions les seuls à faire un talk-show à 19h, la question était moins brûlante qu’aujourd’hui. Désormais, nous sommes nombreux à jouer sur le même terrain. Il faut garder son identité et ne pas essayer de changer de cap. Il faut  juste évoluer avec le temps, être souple, attentif à ce qu’il se passe. Il faut faire en sorte qu’à l’intérieur de l’émission, ça bouge en permanence.

Bande promo des animateurs pour les 30 ans de Canal+.

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Vous mettez en avant des jeunes qui ont du talent. Y a-t-il une crainte que les élèves dépassent le maître ?

Vous voulez parler du syndrome « petit scarabée » ? A l’époque, avec Philippe Gildas, je n’avais nullement l’ambition de devenir Philippe à la place de Philippe. C’était le point commun de l’époque de tous les gens qui bossaient sur Nulle Part Ailleurs. Jackie Berroyer, Les Deschiens, José Garcia, Alain Chabat, Edouard Baer sont des gens qui ne se destinaient pas à faire de la télévision. Ils n’avaient absolument pas l’optique de devenir Michel Drucker. L’ironie de l’histoire, c’est que moi, après 15 années où j’ai réalisé des films et des docs, on m’a demandé de prendre la relève… j’ai trouvé ça très sexy et amusant. J’ai accepté avec joie. Ce n’était ni un plan, ni une stratégie. Je ne pense pas que les Jérôme Niel ou les Poulpe soient animés de mauvaises intentions. J’ai l’impression qu’ils ont envie de garder cette liberté. Croyez moi ou pas, mais on n’est pas du tout dans une humeur où tout le monde s’observe avec des jumelles à longue portée ou un fusil à lunettes pour voir lequel va dégommer l’autre pour prendre sa place. Nous ne travaillons pas dans cet esprit-là. C’est ce que je me plais à croire.

Comment choisissez-vous les chroniqueurs ?

Pour moi, ce qui est important dans Le Grand Journal, c’est qu’il y ait un esprit de tribu. Je souhaite que l’on soit tous heureux de travailler ensemble, que tout le monde soit à sa place, que chacun joue son rôle. Si en plus, il y a un vrai lien entre les gens, c’est la cerise sur le gâteau. 

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A l'issu de l'entretien, à l'agence, en octobre 2014.

12 novembre 2014

Jean Guidoni : interview pour Paris-Milan

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(Photo : Marc Journeau/ Media Access)

Depuis les débuts de sa carrière à la fin des années 1970, Jean Guidoni a toujours exploré les marges, les à-côtés, et ceux qui s’exemptent des normes. Costume noir de cabaret, maquillage de clown blanc ou bas résilles, le théâtral Guidoni a fait de la chanson un objet de mise en scène. En cela et bien d’autres choses, je l’apprécie.

En fait, j’ai du mal à dire « Revoilà l’artiste ! » parce que le « prodige » marseillais n'était en fait jamais parti. Il s'était simplement orienté vers un répertoire « à dire », donc moins médiatisé, malgré le suivi d'un public constant. Je l’avais d’ailleurs mandorisé une première fois en avril 2007.

Avec « Paris-Milan », Guidoni sort son 13e opus studio, composé de textes inédits d'Allain Leprest. L’occasion pour moi de partir à sa rencontre, le 2 octobre dernier, pour un long entretien (alors qu’il n’est pas précisément amateur des interviews).

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorJean Guidoni (mini biographie extraite de ce site):
Interprète d'exception, Jean Guidoni vit ses passions et ses révoltes sur scène, sans jamais simuler. Jean Guidoni est à la fois son et images; chant, théâtre et danse réunis dans un même théâtre, en un même moment.
Quiconque n'a pas eu le bonheur de voir Jean Guidoni arpenter une scène ne peut mesurer l'incomparable talent de cet artiste, qui sait faire vibrer le public à chaque instant, en lui insufflant un fulgurant courant d'émotions tour à tour empreint de tendresse, de violence et d'une profonde vérité.
Jean Guidoni a parfois la réputation d'être un chanteur "noir" mais seul son humour l'est parfois. Le rire n'est jamais absent de ses spectacles et il faut absolument voir ses chansons magnifiques portées par son interprétation.

Le disque et le récital  Paris-Milan :jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

30 ans après Crimes passionnels, Jean Guidoni revient avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Paris Milan, taillé sur mesure:12 textes inédits d'Allain Leprest habillés par les mélodies imparables de Romain Didier, avec, gourmandise, un duo avec Juliette. L’idée de ce projet est née lors du spectacle : Où vont les chevaux quand ils dorment (hommage à Leprest), il est alors apparu évident que Jean trouvait là un auteur à la  mesure de son talent.

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorInterview :

Ce n’est pas votre premier hommage à Allain Leprest.

J’ai en effet participé à l’album Chez Leprest (volume 1) dans lequel j’avais chanté « J’ai peur » et au spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment avec Romain Didier et Yves Jamait.

Vous vous sentez proche d’Allain Leprest en quoi ?

L’amour des mots, la façon dont il aborde les choses. Tout est paradoxal dans ses textes et j’aime beaucoup les paradoxes. Il y a aussi un fond d’enfance qui nous lie. Nous avons aussi un désarroi artistique commun. Lui était toujours en attente de quelque chose dans ce métier. Il voulait prouver quelque chose. Moi aussi, d’une certaine manière.

Il représente quoi pour vous ?

Un interprète écorché extraordinaire, fantastique. Je ne le connaissais pas beaucoup, même s’il m’est arrivé de le croiser. Si nos brèves rencontres ont été amicales, je ne peux pas dire que nous étions amis. Je n’ai jamais eu de relations proches avec lui, mais cela n’empêche pas que je lui trouvais un talent fou. Il y a quelques années, j’ai même eu une forte envie de travailler avec lui. L’idée de lui demander de m’écrire des chansons m’a traversé l’esprit plus d’une fois… et puis je n’ai finalement pas osé.

Vous étiez intimidé par lui ?jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

Ce n’est pas ça, mais étant moi-même auteur et interprète, j’ai eu du mal à faire cette démarche. On nous aurait présenté officiellement et on m’aurait proposé une collaboration avec lui, j’aurais accepté immédiatement. J’ai beaucoup de respect pour ce genre de parcours d’homme et d’artiste.

Comment est arrivé ce projet de disque Paris-Milan ?

Un soir de répétition d’Où vont les chevaux quand ils dorment, Didier Pascalis, le producteur d’Allain Leprest, me dit qu’il a trois chansons inédites d’Allain et qu’il aimerait que je les chante sur un album en préparation. J’ai accepté. Le lendemain, il revient me voir pour me proposer finalement d’enregistrer tout un album avec uniquement des inédits d’Allain. J’étais sur un autre projet à ce moment-là, je lui ai donc demandé de patienter le temps de m’organiser avec mon équipe. J’avais quand même très envie de le faire, donc, dès le lendemain, je lui ai dit que j’étais partant.

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Avec Allain Leprest et Romain Didier en novembre 2005 après une interview commune.

Vous aviez déjà travaillé avec Romain Didier, donc vous aviez confiance en la musique qu’il allait vous proposer, je suppose.

Tout à fait. Je sais le talent qu’il a et comment il travaille. De plus, j’ai une manière de travailler un peu spéciale. J’aime bien laisser aux gens qui travaillent avec moi toute la latitude pour qu’ils expriment leur créativité au mieux. Je ne veux pas les enfermer dans des idées que je pourrais avoir. Au début de ma carrière, j’étais un peu dictateur et je peux vous dire que ça ne donne jamais rien de bon (sourire).

Vous avez justement votre propre univers qui est immense et intense. Est-ce facile de rentrer dans un autre univers… tout aussi intense ?

Disons que j’ai l’habitude de m’approprier les chansons. Je fais on sorte qu’on ne sache plus qui a écrit quoi. J’essaie de faire du Guidoni de tout ce que je chante. Je respecte toujours l’auteur que j’interprète, mais je ne le sacralise pas. Je peux même dire que je ne me place pas derrière lui. J’ai l’habitude de travailler avec des auteurs de grands talents, alors c’est devenu un jeu pour moi de m’approprier leurs textes.

Vous avez pensé à Allain Leprest lors de l’enregistrement ?

Oui, mais comme s’il était encore là. Je n’ai pas pensé une seconde qu’il était mort. J’ai fait comme si nous avions discuté ensemble de comment il fallait que j’aborde les chansons.

Extrait de PARIS MILAN from TACET FILMS on Vimeo.

Vous avez choisi uniquement des chansons de lui qui n’étaient pas trop intimes. Pourquoi ?

Il incarnait vraiment ses chansons, au même titre que moi j’incarne les miennes. Donc, quand ce qu’il disait dans les chansons me correspondaient trop profondément, je passais à une autre. J’ai pris des textes qu’il n’avait jamais chantés et dont l’écriture ne m’était pas trop personnelle. Je souhaitais qu’ils soient le plus universels possible. Vous savez, pour moi, Leprest est l’équivalent de Prévert. Il est aussi important.

Beaucoup vous adulent de votre vivant.

Pas tant que ça. Je vois bien que, lorsque je sors de ma tanière pour faire des concerts ou la promo d’un nouveau disque, quelques personnes me disent le bien qu’ils pensent de mes chansons. Ça fait plaisir, évidemment. A la base, j’ai l’impression que personne ne me connait et ne m’aime.

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Jean Guidoni... 1000 personnes debout au Théâtre de la Ville pour un Paris-Milan exceptionnel en octobre 2014. 

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorVous vous êtes senti un peu « artiste maudit », à un moment ?

Mais tout le temps et encore aujourd’hui. Enfin, ça dépend des jours. C’est selon mon moral. Je fais ce métier pour la scène, alors tant que j’en fais, ça va. Je ne suis pas dans une victimisation de ma condition. Depuis que je fais ce métier, je me suis toujours juré de ne jamais être aigri

Il y aurait de quoi ?

On peut devenir aigri si on s’estime en compétition. A mon âge, je ne suis plus en compétition avec personne. De toute manière, je n’ai jamais abordé ce métier ainsi.

Vous savez que vous êtes très important pour les gens qui aiment la chanson française de qualité ?

Je n’ose le croire. On me dit que certains m’attendent entre deux albums, je veux bien le concevoir, mais j’ai du mal à digérer cette information.

Ecrivez-vous beaucoup ?

J’écris quand je le sens, quand j’ai des choses à dire. Je ne suis pas un fana de l’écriture à tout prix. Ça m’est égal si dans un de mes albums, il n’y a pas une chanson de moi. Il y a suffisamment de bons auteurs.

Ce n’est pas la première fois que je vous interviewe et j’ai la sensation d’être devant unejean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor personne un peu timide.

En fait, je ne suis pas si timide que cela, je ne suis pas un dragueur. Ni amicalement, ni amoureusement. Je me demande toujours si j’intéresse les gens qui sont en face de moi. J’ai toujours ce réflexe d’être sur la réserve. Je suis très liant, mais j’observe les gens avant de l’être.

Vous imposez le respect. Quand on vous voit, on n’a pas forcément envie de vous tapez sur l’épaule.

Je le sais (rires).

Sur scène, vous êtes complètement transfiguré.

Je ne me l’explique pas. Je m’en rends compte et je me demande toujours ce qu’il m’arrive. Je vous assure que je n’en joue pas. Ça vient tout seul. Sur une scène, je suis différent. Je me sens différent. C’est peut-être mon vrai moi qui apparaît, je ne sais pas. En tout cas, j’ai toujours envie de donner généreusement.

C’est difficile de durer dans ce métier ?

C’est surtout dur d’être de nouveau naïf à chaque fois. J’ai toujours envie de retrouver une certaine fraîcheur et de me réinventer. Je tente de me remettre en question et en mouvement constamment. Il faut respecter aussi ce que l’on est devenu avec l’âge.

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Avec Denis Péan (leader de Lo'Jo) et Jean Guidoni le 2 octobre dernier au Café des Ondes. Le premier est fan du second et souhaitait le rencontrer sachant que j'allais l'interviewer juste après lui. Les hasards de la vie...

Et n'oubliez pas...

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11 novembre 2014

Valentin Marceau : interview pour "Défendre Alice" et "Sybille Kill"

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La dernière fois que j’ai reçu Jérôme Attal, avant de me quitter, il me demande si je connais le jeune chanteur Valentin Marceau. Je réponds par l’affirmative. Je déballe même ma science infuse en lui ajoutant qu’il était le leader du groupe BoXon avant de se lancer en solo… mais qu’à part ça, je n’en sais pas plus.

Comme Jérôme a écrit pour lui pas mal de chansons pour son album à venir (dont les deux premiers singles, « Défendre Alice » et « Sybille Kill »), j’ai décidé de me pencher sur le cas de ce jeune artiste en devenir.

Ainsi, Valentin Marceau est venu à l’agence le 8 octobre dernier.

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonBiographie officielle (légèrement écourtée) :

L’histoire de Valentin Marceau commence quand il est jeune avec l’inspiration. Celle de Bob Dylan et des grands du rock, qui lui transmettent l’amour du chant et de la guitare et marquent de leur influence folk et rock le paysage musical de Valentin.

Puis vient la passion des instruments alors que Valentin grandit : piano, ukulélé et guitare n’ont à ce jour plus aucun secret pour lui.

Valentin veut quelque chose de beau, de sincère et de vrai. La recherche de la mélodie et de l’harmonie pour la musique, un message à faire passer dans ses textes, Valentin a beaucoup travaillé avec Dominique Blanc-Francard, le réalisateur de son premier album, A nos amours, sorti en juin 2013. Valentin fait voyager et raconte avec poésie et romantisme des histoires auxquelles tout le monde peut s’identifier.

Et l’histoire continue de s’écrire aujourd’hui sur un nouvel album à paraître prochainement. Où rêve et réalité continuent de se mélanger pour conter des histoires. Où Valentin s’épanouit encore et raconte le film de la vie tel qu’il la conçoit aujourd’hui : entre doutes et espoirs, entre joies et peines, empreint du désir irrépressible d’en vivre pleinement chaque instant. Un album concocté entre Lille, Paris, Bruges, Biarritz et la Touraine dans lequel Valentin s’est entouré d’auteurs de talent comme Christian Vié ou Jérôme Attal, le tout réalisé par Tristan Salvati.

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valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonInterview :

Quand et comment as-tu commencé à jouer de la musique ?

Mon père est un vrai mélomane. Ma mère aussi, mais plus discrètement. J’ai donc grandi dans une maison où on écoutait beaucoup de musique, même si on n’en faisait pas. Par contre, mon père est dessinateur et ma mère travaille dans l’événementiel, j’ai donc quand même vécu dans un milieu artistique. Mes parents ont plein d’amis musiciens et un jour, l’un de leur pote a amené une guitare à la maison… c’est comme ça que j’ai commencé.

Très vite, tu t’es dirigé vers le rock.

J’ai même commencé avec le metal, parce que mes grands-cousins en écoutaient. A 11 ans, je chantais du hardcore aigu et j’avais les cheveux longs. Je faisais partie d’un groupe de rockers au collège. C’est un style vers lequel je me suis vite éloigné parce que je me suis rendu compte que ce n’était pas ce qui me plaisait. Très vite, j’ai découvert Nirvana et leur mélodie et leur sensibilité m’ont beaucoup plus parlé que ce que j’écoutais auparavant.

Le groupe auquel tu as appartenu, Boxon, n’était pas très rock, non ?

Ah bon ! Tu trouves ? On était quand même guitare-basse-batterie et on essayait de mettre le feu partout où l’on passait. Je suis d’accord avec toi sur le fait que ce n’était pas du grunge.

Je trouvais ça « pop » énergique.

Oui, ça me va aussi. J’ai toujours défini mon travail comme de la pop folk.

A l’époque de Boxon, écrivais-tu tes textes toi-même ?

Oui. Sur mon premier album, A nos amours, aussi d’ailleurs.

Pour toi, le contenu des propos est-il important ?

Primordial. C’est impossible pour moi de défendre une chanson à laquelle je ne crois pas. Je l’ai déjà fait sur mon premier album et je peux te certifier que ça ne marche pas. Aujourd’hui, on est dans une ère où la pop ne privilégie pas les paroles, je trouve ça dommage. L’essence d’une musique est ce que l’on raconte. Le fond et le style sont importants. C’est pour ça que travailler avec quelqu'un de la trempe de Jérôme Attal est riche d’enseignements.

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Pendant l'interview.

Pourquoi as-tu décidé soudain de laisser le soin à d’autres d’écrire pour toi ?

Ça s’est fait tout seul. Un jour, j’ai moins écrit. Je suis arrivé à une période de ma vie où je n’ai plus eu d’inspiration. J’ai toujours mis plus de temps à écrire un texte qu’une musique. Pour moi, composer est beaucoup plus intuitif. Quand j’ai rencontré Jérôme, j’ai vu sa facilité et son talent, ça m’a calmé (rires).

Vous vous êtes rencontrés comment avec Jérôme ?

Aux Rencontres d’Astaffort. Il m’impressionnait parce qu’il était capable d’écrire plusieurs textes par nuit. Il ne dormait et ne mangeait presque pas. Je considère que Jérôme est une machine de guerre. Ce qui m’a rapproché de lui, c’est que j’ai vite compris que, sans avoir son talent, j’écrivais des textes qui n’étaient pas aux antipodes des siens. J’avais une ambiance d’écriture poétique et de climat, un peu à la Noir Désir ou Bashung. Jérôme à l’art de mélanger ce climat avec quelque chose de plus défini et de plus construit. Il m’a apporté vraiment beaucoup. On travaille ensemble aussi pour d’autres artistes. Vraiment, j’espère que notre collaboration va perdurer. Avec lui, j’ai l’impression d’être un vrai groupe de rock (rires).

Vous n’êtes pourtant pas de la même génération.

Mais Jérôme, c’est un éternel jeune. J'ai l'impression qu'on a le même âge.

Tu vas sortir un album prochainement, la date n’est pas fixée, mais pour le moment, tu sors quelques singles.

J’insiste sur le fait que le but est de sortir l’album au bout. J’ai l’impression que les maisons de disque signent de plus en plus les artistes au single. Je trouve ça dommage, parce que pour découvrir un artiste, il faut aller en profondeur. J’imagine que les labels ne veulent plus prendre de risque en ces temps difficiles.

Clip officiel de "Défendre Alice" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon« Défendre Alice » est un succès radio. C’est encourageant.

Il y a eu beaucoup d’engouement autour de cette chanson. Le clip sur internet a vraiment bien marché (note de Mandor : près de 500 000 vues) et j’ai fait pas mal de concerts et de plateaux grâce à ce titre.

Dans ton album, actuellement en cours d’enregistrement, il y a pas mal de ballades, je crois.

Oui, mais elles ne seront pas sirupeuses. La production qu’il y aura derrière va les booster. C’est un album que nous souhaitons assez rock.

Je sais que tu as déjà ton home studio.

Oui, il me permet de travailler continuellement sans me soucier de l’argent et du temps. Le luxe de la génération à laquelle j’appartiens, c’est que l’on a le MacBook et qu’on peut tout faire avec. Pour le disque qui arrive, j’ai fait toute la pré-production et ensuite, on est passé en studio avec Tristan Salvati qui m’aide à rendre les morceaux plus puissants et efficaces.

J’ai eu l’opportunité d’écouter certains de tes prochains titres. Tes chansons ne sont pas aussi lisses qu’elles en ont l’air. Je décèle derrière elles quelqu’un d’un peu torturé.

Je le suis complètement. Ma vie est une catastrophe, mais ce n’est pas grave, c’est ce qui m’aide à persévérer dans ce métier. J’ai envie de dire et sortir beaucoup de choses qui sont en moi. Je ne suis pas quelqu’un de super bien dans ma peau et en ce moment. Pour tout te dire, je suis en pleine période de doutes intenses. Je remets tout en question sur ce que je fais. Par exemple, hier, je suis resté chez moi, complètement contemplatif. Je n’ai rien fait à part réfléchir sur comment j’allais axer de manière la plus intelligente possible cet album.

Souvent, la chanson aide à sortir la tête de l’eau.valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon

Ça aide même un peu tout le monde. En cas de malheur, écouter une chanson peut-être une putain de thérapie incroyable. Quand tu écoutes une chanson et que tu as envie de pleurer, c’est une sensation curieusement agréable. Quand je chante, j’ai la même sensation, mais en encore plus fort. Bon, je n’ai pas envie de jouer les artistes maudits, parce que ce n’est pas ce que je suis non plus. J’ai ma vie, j’ai ma famille, j’ai mon entourage avec lesquels je suis bien.

Ce besoin d’être sur scène, c’est pour te prouver des choses ? Et pour prouver des choses aussi à ta famille ?

Il y a quelque chose de cet ordre-là, tu as complètement raison. C’est un métier où tu n’es jamais pris au sérieux, sauf si on te voit beaucoup à la télé. Ce qui n’est pas encore mon cas. C’est débile parce que ça ne change rien à notre qualité d’artiste et à ce que l’on fait, mais c’est comme ça.

Mais tes parents croient en toi ?

J’ai toujours été soutenu par ma famille. J’ai juste envie de leur prouver qu’ils ont eu raison. J’aimerais qu’ils soient fiers de moi. C’est important.

Clip officiel de "Sybille Kill" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonJ’ai lu que Grand Corps Malade et Jean-Louis Aubert t’ont aidé à te faire connaître. Peux-tu m’expliquer comment ?

J’ai rencontré Jean-Louis Aubert chez Dominique Blanc-Francard, chez qui je faisais mon premier album. Il faisait le sien dans le studio voisin. Parfois, il venait écouter ce que l’on faisait. Plus tard, j’ai lu qu’il parlait de moi dans une interview comme sa dernière "découverte musicale". Bon, après les médias en ont fait tout un truc du genre « c’est le protégé de Jean-Louis Aubert »… en fait, ce n’est jamais allé si loin. Mais, je pense qu’en disant cela, il savait ce que ça allait engendrer derrière. Alors, je le remercie pour ce coup de pouce là.

Et Grand Corps Malade ?

Je l’ai rencontré comme Jérôme aux Rencontres d’Astaffort. On s’est bien entendu et on a beaucoup échangé. Il a accepté de parler pour mon EPK en disant des choses très sympas sur mon premier album et sur ma musique en général. Ce genre de soutien permet à un jeune artiste d’y croire et de continuer à rêver. C’est motivant, car on commence à percevoir une proximité avec ce milieu qui n’est pas facile d’accès. Bon, après, il ne faut pas se leurrer, l’évolution n’est pas radicale. J’avance petit à petit.

Lentement, mais sûrement, quoi !

 Il y a des artistes comme Zaz et Stromae qui ont fait « boum » sur un titre. Aujourd’hui, on est dans une conjoncture où tout le monde recherche son « boum ». Je trouve dommage qu’on oublie qu’il y a des artistes qui avancent progressivement. Moi, à 23 ans, je ne suis pas un artiste qui fait « boum ».

On ne laisse plus le temps aux jeunes artistes de se développer. Personnellement, je trouve cela déplorable.

J’ai quand même de la chance. J’ai un manager qui croit en moi depuis que j’ai 16 ans et qui ne me lâche pas malgré les hauts et les bas que j’ai traversés. C’est une sacrée chance. Et j’ai une maison de disque, Play On, qui est patiente avec moi. Ils ont sorti mon premier album qui n’a pas bien marché, mais ils ne me lâchent pas non plus. En ce moment, le succès de « Défendre Alice » et de "Sybill Kill" rassure tout le monde. Quant à la suite, personne ne la connait...

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Après l'interview, le 8 octobre 2014.