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25 novembre 2014

Laetitia Shériff : interview pour Pandemonium, Solace and Stars

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Dix ans tout juste après la sortie de son premier album et après six ans de relatif silence discographique (si on oublie des albums avec le groupe Trunks, des BO pour des films documentaires, du cinéma, du théâtre, des spectacles de danse, des collaborations à foison…), Lætitia Shériff revient avec son troisième opus, Pandemonium, Solace and Stars, tout aussi furieusement désespéré que doux et salvateur. Un voyage au cœur de la nature humaine. Lætitia Shériff brouille les pistes sans ne jamais perdre en route le cercle de ses admirateurs. Je l’apprécie aussi pour cela.

Le 15 octobre dernier, la chanteuse musicienne est venue à l’agence située à quelques numéros de là où elle a passé son enfance.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorBiographie officielle :

Contrairement au patronyme qu'elle s'est choisi, Lætitia Shériff n'est pas du genre à (faire) respecter la loi. Elle serait même plutôt de ceux qui la transgressent avec gourmandise, comme en atteste la liste de ses collaborateurs par le passé, tous des vandales de la bien-pensance musicale (l'immense saxophoniste de jazz François Jeanneau, la diva punk Lydia Lunch, le producteur de musiques électroniques Robert Le Magnifique, l'expérimentateur Noël Akchoté ou encore le guitariste polymorphe Olivier Mellano...).

En dix ans, sans aucun plan de carrière réfléchi à l'avance, la chanteuse/bassiste a su laisser son empreinte indélébile sur une poignée de disques exigeants, sous son nom ou bien sous un autre (Trunks), mais également dans des BO de documentaires, au cinéma, au théâtre ou dans des spectacles de danse.

Néanmoins la véritable performance de Lætitia Shériff, c'est de réussir à justement canaliser laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorcette soif de liberté, à formater son audace formelle. Son dernier disque, Pandemonium Solace and Stars, est ainsi une petite merveille de rage lumineuse, de désespoir fertile, qui l'autorise désormais à marcher dans les pas d'illustres ainés comme Scott Walker, Neil Young ou Nick Cave. Bien sûr, dans sa discothèque personnelle, on imagine que les disques de Sonic Youth, Dominique A ou The Breeders tiennent également une place de choix. Elle en partage les obsessions en tout cas. Et l'art de la mélodie sournoise.

Elle est épaulée par son vieil ami Thomas Poli (guitariste de Montgomery et collaborateur de Dominique A), le batteur Nicolas Courret (Eiffel) ainsi que la violoniste Carla Pallone (Mansfield.Tya) invitée sur trois titres. Au grain de sa voix, au son de ce disque équilibriste, on sent qu'elle ne triche pas. Qu'elle ne peut pas.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorInterview :

D’où t’es venue ta passion pour la musique ?

De mon éducation familiale. Il y avait de la musique tout le temps à la maison. J’ai deux grands frères et une grande sœur. Mes parents aussi étaient mélomanes.Tout ce beau monde écoutaient de la musique, mais tendance rock...

Tu as fait partie d’un groupe lorsque tu étais au lycée.

J’étais bassiste. Dans les groupes, il manque toujours un(e) bassiste, alors j’ai réussi facilement à m’intégrer. Pour moi, c’était un moyen d’expression parallèle. Quand tu es adolescent, tu as des choses à dire, mais tu n’y arrives pas forcément. La musique m’a aidé. Même si, à cette époque, j’enregistrais déjà sur magnéto cassette, je ne voulais pas en faire un métier.

Tu es autodidacte. Tu as appris seule la basse et la guitare en jouant avec d’autres musiciens.

Oui, mais je tiens à dire que j’ai pris des cours de solfège il y a deux ans. Comme je suis intervenante dans les écoles, je voulais être au niveau. Il y a un minimum de codes à respecter... et ça rassure les directeurs d’école.

Teaser du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars".

Quand tu quittes ton logement familial, tu te retrouves dans un quartier populaire à Lille.laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor

Oui, du coup, c’était assez facile de me retrouver à jouer dans des bistrots ou participer à des « open micros ». Après, tout s’est fait naturellement entre 1998 et 2003. J’ai été poussée par des amis musiciens, j’ai rencontré des tas de gens et, finalement, en 2004, c’est la sortie du premier disque.

Quand on commence amateur, on se demande toujours quand on devient professionnelle, non ?

On met du temps à se décréter comme telle, en effet. Quand tu arrives à remplir tes papiers administratifs en indiquant « musicienne » dessus, c’est que tu as franchi un cap. Par contre, j’ai toujours l’impression d’être « artiste en développement ». Ou plutôt « en émergence ». Je préfère ce terme.

Entre ton premier album et celui qui vient de sortir, Pandemonium, Solace and Stars, on sent une évolution notable. Mais ta patte est toujours là. C’est dur de garder le cap ?

Il suffit d’honorer ta musique. Il faut qu’elle continue à te faire du bien. J’essaie de rester spontanée, ce n’est pas toujours facile quand ton travail commence à prendre de l’importance.

"The Living Dead" - Extrait du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars.

Réalisation : Marie Larrivé. 

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorTu travailles avec les mêmes personnes depuis longtemps. As-tu besoin de repères durables ?

Oui, ce sont des curseurs affectifs qui font qu’on ne se sent jamais tanguer, même durant les traversées du désert. Dans une carrière, il y a des moments où on stagne. Mais je crois que ces périodes sont nécessaires parce qu'on est en phase d’observation. Tu vas chercher quelque chose qui va te sauver de cette impasse. Moi, je regarde les autres et je m’imprègne du monde dans laquelle je vis.

Ta musique est plutôt sombre.

Ça vient peut-être du fait qu’elle est électrique. Si je suis optimiste, je me sens aussi révoltée et indignée. En utilisant ce son-là, cette électricité, j’espère éviter la démagogie. Dans ma musique, il y a des paysages… c’est plutôt cinématographique. Et puis, je joue avec la complexité du monde et ses paradoxes.

Je te vois comme une laborantine.

Oui, c’est exactement ça. D’où le fait que j’écrive en anglais et que je mélange les sons. A la fin, ça donne quelque chose de brut.

"Fellow", extrait de l'album Pandemonium, Solace and Stars (Froggy's session).

Tu as été l’une des premières à jouer de la musique rock indie.

On me dit ça souvent. Je ne suis pas d’accord parce que nous sommes nombreux et nombreuses à faire ce genre de musique depuis des années. C’est juste une question de curiosité et de visibilité. Comme je suis en période de promo, on me voit pas mal en ce moment, donc on peut se faire une opinion sur ce que je fais… J’ai conscience qu’il y a de nombreux artistes qui existent depuis très longtemps et qui font ce genre de musique-là avec un talent fou.

Outre ta carrière solo, tu diversifies tes activités musicales.

J’ai besoin de la diversité dans ce métier. Il est bon aussi de ce mettre « en danger ».

Comment faut-il aborder ta musique ?

« Elle est ta toi cette chanson… », chantait Brassens. Chacun fait ce qu’il veut d’une chanson. Dans ce disque, j’ai abordé plus de choses. C’est certainement mon disque le plus intime. Il y a un mélange de fantastique et de réalité. J’aborde l’enfer ou les étoiles. C’est à celui qui écoute les chansons de choisir là où il veut aller. Mon disque, s’il fallait que je le schématise, je dirais que c’est comme une journée qui commence mal et qui finit bien.

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Après l'interview, le 15 octobre 2014.

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