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21 novembre 2014

Raùl Paz : interview pour la sortie de Ven Ven

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(Photo : Christophe Berlet)

Raul Paz s’est toujours senti affranchi. C’est cela qui l’avait poussé à quitter son pays, à l’âge de 24 ans, pour le Brésil, d’abord, l’Uruguay, puis la France. Cela aussi qui lui a permis d’éviter tous les clichés, d’ouvrir une voie musicale sans complexe. Peu de jeunes musiciens cubains ont réussi à séduire un aussi large public : en France, Raul Paz a vendu 200 000 disques, et 300 000 à l’international. Il a atteint un niveau de célébrité à l'international auquel peu de jeunes musiciens cubains osent imaginer accéder un jour, et ce n'est certainement pas grâce à du marketing bien ficelé. Je suis allé à sa rencontre le 13 novembre dernier dans un bar de Cuba... euh... non, dans un bar parisien. Pardon.

raul paz,ven ven,interview,mandorCourte biographie :

Après 200.000 albums vendus en France, et 4 ans d'absence, Raul Paz revient en force avec son dixième album studio, Ven Ven. Enregistré à Cuba avec une section de cuivres, puis mixé à Paris par Florent Livet (Phoenix, Bloc Party, Elephanz, Coeur de Pirate...).

Raùl Paz a toujours voulu s'éloigner des clichés de la musique cubaine, et il a su plonger ses racines dans un bain décapant de musiques urbaines, rap, dub, reggae, funk, créant une musique métissée, chaleureuse et originale. Son authenticité, sa vitalité, sa voix exceptionnelle et le choix de musiciens servant impeccablement sa musique font de chaque concert de Raul Paz un événement. C'est ce qui lui a permis au fil des années et de ses cinq précédents albums de se créer un public fidèle et de plus en plus nombreux.

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raul paz,ven ven,interview,mandorInterview :

Vous venez de sortir votre 10e album… ça devient une belle carrière, non ?

Ce qui est amusant, c’est que l’on commence le métier en se disant que l’on fait un album et tout s’enchaîne rapidement. On ne voit pas le temps passer, mais on travaille, on sort des disques et la vie passe à une allure folle. Là, je viens d’ailleurs de finir mon nouveau disque.

Vous êtes cubain, mais vous avez la volonté de montrer que la musique de votre pays a évolué, s’est modernisée. Est-ce que vous trouviez la musique cubaine « désuète » ?

L’idée n’est pas de montrer que je ne fais pas une musique cubaine, mais qu’au contraire, elle est très cubaine, mais très cubaine d’aujourd’hui. Pour moi, c’est un combat qui est presque politique. La seule façon que mon pays sorte de ce sommeil éternel artistique, qu’on a depuis 50 ans, c’est en démontrant au monde entier qu’on existe dans le monde actuel. Nous ne sommes pas figés dans les années 50 même si nous sommes fiers de cette musique. Personnellement, j’ai besoin de dire autre chose et de manière différente.

Clip de "Ven Ven".

Vous appartenez à un petit groupe d’artistes qui habitait à l’étranger et qui a eu envie deraul paz,ven ven,interview,mandor rentrer à Cuba à  partir de 2005.

Oui et ce groupe s’appelle comme mon album précédent, Havanization. Ce sont des artistes de l’art plastique, du théâtre et de la musique qui sont revenus à Cuba pour tenter d’ouvrir des portes. On commence à avoir les armes pour dire « Ok ! Je peux garder des choses, mais j’ai mon mot à dire. »

C'est l’état Cubain qui est venu vous chercher pour que vous reveniez habiter à Cuba.

Il y a à Cuba une nouvelle génération de politiciens qui tente de moderniser l’art. Ils sont nés avec la révolution, mais ils savent qu’ils ont fait des conneries. Ils ont jeté tout le monde, il faut maintenant en récupérer certains.

Vous n’avez pas eu l’impression de vous faire récupérer par l’état cubain?

Je me suis posé la question. Mais après réflexion, je me suis demandé si moi aussi, je pouvais récupérer quelque chose en étant là-bas, ou, au moins, apporter quelque chose à mon pays. Je me suis senti des responsabilités civiques à donner l’exemple.

Teaser de "Chiquita".

raul paz,ven ven,interview,mandorC’était important de revenir à Cuba pour vous ?

Oui, mais j’avais peur. Très vite, j’ai senti que les gens comprenaient ce que je voulais faire et surtout qu’ils l’acceptaient. Je ne nie pas la tradition et je ne veux surtout pas tuer la musique cubaine. De toute façon, Cuba est un carrefour d’influences.

Votre musique était déjà rentrée clandestinement à Cuba.

Et on me disait que j’étais le symbole de la modernité. Ma musique est aussi bien influencée par la musique cubaine que par la musique européenne. Je voulais montrer que notre musique était autre chose qu’une carte postale.

Entre temps, vous êtes devenu français.

Ça m’a enlevé tous mes complexes. La France m’a accueilli, je suis français, maintenant j’appartiens à ce monde-là. J’en ai fini avec la nostalgie basique.

Vous vous sentez français ?

Oui. Comme vous, j’ai une soif illimitée de liberté. Je peux désormais dire ce que je crois et ce que je pense.

Teaser "Nadie Sabe".

Pour cet album Ven Ven, vous avez écrit 40 chansons pour n’en retenir qu’une dizaine… raul paz,ven ven,interview,mandorvous êtes très productif.

Pour moi, il y a deux mondes. Celui du spectacle et celui de la création. Je compose pour moi et pour plein d’autres artistes. A Cuba, je viens de terminer un album qui est la bande originale d’une télénovela. Toutes les chansons sont de moi, mais sont interprétées par d’autres artistes. J’adore écrire pour les autres. Ici, j’ai écrit pour Florent Pagny par exemple. J’écris surtout pour des artistes espagnols et bien sûr des artistes cubains aussi.

Avez-vous peur que cela s’arrête ?

Honnêtement, je ne vois pas comment cela pourrait s’arrêter. Je compose de plus en plus. Je vais faire la mise en scène de la Traviata. Je dirige un festival dédié à la francophonie à Cuba. On me propose plein de projets, je n’arrive pas à tous les accepter. Non, vraiment, tout va bien dans ma vie.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014 dans un bar parisien.

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