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16 novembre 2014

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Beauté partout

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(Photo : François Berthier)

Que de chemin parcouru depuis la sortie de Beauté pour tous en octobre 2013 pour La Maison Tellier ! Un album unanimement salué par la critique (3 singles playlistés par France Inter, Radio Nova, 4 Clefs Télérama,…), des prestations scéniques remarquées en : France, Etats Unis, Angleterre, Quebec, Belgique et Suisse.

Si vous avez adoré cet album, découvrez maintenant la magie qu'ils dégagent en concert avec Beauté Partout, leur album live. A l'occasion de cette sortie, Beauté pour tous est également réédité en édition deluxe 2 cd (Studio + Live).

Le 8 octobre dernier, Helmut Tellier, le cofondateur et chanteur de la formation normande, est passé me voir à l’agence pour évoquer leur 10 ans de carrière et cet album live… majestueux !

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Argumentaire officiel (écourté) à l’occasion de la sortie de Beauté pour tous:

Lorsqu’en 2010, la Maison Tellier revient pour L’Art De La Fugue, un troisième album en forme d’ode au voyage et à l’errance, on entendait déjà le vent souffler dans les plaines poussiéreuses et le train siffler trois fois tout au loin. Se rappelaient aussi à notre bon souvenir, leurs deux premiers disques (La Maison Tellier et Second Souffle, enregistrés pratiquement à la suite en 2006 et 2007) qui étaient parvenus à réunir les fans de Neil Young, Calexico, Moriarty et les amateurs d’un certain rock français élégant (pensez Dominique A ou Alain Bashung).

la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorLorsqu’il est question de retourner en studio pour un quatrième opus, Helmut et Raoul Tellier veulent insuffler une nouvelle dynamique à leur musique. Pour la première fois, les deux songwriters écrivent toutes les chansons de l’album ensemble… et en langue française. Exit le chant en Anglais, donc. C’est aussi un moyen se défaire un peu de l’étiquette de cowboy acoustique accolée au groupe depuis ses débuts.

Beauté Pour Tous est à nouveau un récit de voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage extraordinaire inspiré de steampunk, des films de Georges Meliès, des illustrations d’Alphonse de Neville et d’Edouard Riou (L’Exposition Universelle) ou par Octave Mirbeau (Prison D’Eden).

Malgré sa grâce et son gout pour le verbe délicat, Beauté Pour Tous est un mélange de saveurs vintage et de textures modernes, de pop et de rock, de Vieux Continent et de Nouveau Monde.

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la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorInterview :

10 ans de carrière… l’heure des bilans a sonné ?

Je ne regarde jamais en arrière. Avec les autres membres du groupe, on se connait vraiment bien et nous savons aller plus vite à l’essentiel quand nous travaillons des nouvelles chansons ou un live. Franchement, j’ai l’impression que tout est allé vite, d’autant que c’est une suite de hasards qui a fait que l’on s’est retrouvé musicien. Nous n’étions pas partis pour devenir ce que nous sommes devenus.

Racontez-nous ce hasard-là.

Avec Raoul, le guitariste avec lequel j’ai fondé le groupe, on était déjà dans la vingtaine bien entamée. Nous avions allégrement commencé des vies de fonctionnaires bien ennuyeuses. Sans le savoir, lui et moi, nous avions ce rêve-là en nous. Lui était un guitariste chevronné qui jouait dans son coin et moi, j’avais très envie d’écrire des chansons. Tout seul, je ne parvenais pas à me dépatouiller. Il est arrivé et il a mis sa patte et de l’ordre dans mon travail. Nous avons fini par faire des petits concerts dans notre ville, Rouen. Un jour, on est tombé sur un promoteur, un gars qui avait un label et une boite d’édition. Il nous a proposé de faire un disque. Ensuite, tout est allé très vite sans que nous l’ayons voulu et sans que l’on y croie particulièrement.

Considérez-vous comme une chance d’être présent dans le monde de la musique et de sortir des disques depuis 10 ans ?

On n’a jamais réfléchi de manière globale. Ce qui est fait est fait. Il y a plein de choses qu'on aimerait modifier sur les disques qu’on a déjà sortis. Aujourd’hui nous sommes tournés vers l’avenir parce que nous voulons faire perdurer notre carrière. On n’a pas du tout envie de revenir à nos vies d’avant. C’est pour cela que l’on veut continuer à enregistrer des disques et qu’ils soient les meilleurs possible.

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Vous avez une très bonne réputation dans le métier et un public qui vous suit depuis le début, mais vous n’êtes pas encore reconnus par un large public.

C’est cliché de dire cela, mais avoir un public fidèle, que l’on croise au fil des concerts, c’est déjà quelque chose de très important pour nous. Me dire que l’on fait partie de la vie de certaines personnes, c’est un truc qui me touche vraiment.

Vous n’avez pas d’ambition de starification, j’ai l’impression.

On est dans une période où l’on se dit que l’on va essayer de rendre nos chansons plus « populaires » avec de gros guillemets, pour toucher plus de monde et continuer à vivre de notre musique. On ne se contente plus de faire de la musique uniquement pour nous.

Faire des chansons qui vous plaisent et qui plaisent aussi au public. Trouver un juste compromis… Est-ce que vous pensez à cela quand vous écrivez des chansons ?

Avec le temps, de plus en plus. On se rend compte qu’il peut y avoir des petites choses qui peuvent faciliter le lien entre nous et le public. Sur le dernier album, Beauté pour tous, nous avons travaillé avec un mixeur renommé qui excelle en la matière. Il sait créer un son qui peut intéresser les radios, sans dénaturer notre travail. C’est un équilibre subtil à trouver. Aujourd’hui, passer en radio est une question de survie. Nous sommes en quête du tube ultime, un titre qui soit exigeant pour nous et qui pourrait plaire à beaucoup de monde. Dans notre dernier album, Beauté pour tous, la chanson « Sur un volcan », nous a permis d’accéder à un public un peu plus large. Il y a des gens qui sont venus à nous par le biais de cette chanson-là et qui y sont restés.

Clip de "Sur un volcan".

Je trouve votre musique addictive. Quand on commence à l’écouter, on a du mal à s’en extirper.

Merci de le dire. Il y a dans le groupe des maniaques de la composition. Les arrangements sont pas mal travaillés, de ce point de vue-là, peut-être y trouvez vous quelque chose.

Vous-même, je trouve que vous avez évolué dans votre façon d’écrire.

Au début, j’avais tendance à écrire des petites histoires, des mini scénarios. Je me suis rendu compte que ce sont des chansons qui s’épuisent assez vite. Aujourd’hui, j’essaie de trouver l’équilibre entre ça et des chansons un peu plus ésotériques, ce que je ne sais pas encore bien maîtriser. J’aime beaucoup Murat, mais parfois, je reste un peu sur ma faim. Pour moi, ses paroles sont trop poétiques.

C’est amusant que vous me disiez ça parce que je l’ai interviewé récemment pour son dernier album, Babel. Quand je lui ai dit que l’on ne comprenait pas toujours le sens de ses chansons, il m'a répondu que ça lui était complètement égal.

C’est une très bonne attitude de sa part. Il fait ce qu’il veut parce que c’est un vrai poète.

Murat écrit beaucoup. Et vous ?

Je n’écris pas beaucoup. Je suis un besogneux. Je n’arrive pas à écrire dix chansons pour en avoir une. Si le groupe et moi pensons que nous sommes dans la bonne direction dans une chanson, je vais passer beaucoup de temps dessus en essayant de la peaufiner au maximum.

Clip de "Un bon français".

J’aimerais revenir sur le nom du groupe, La Maison Tellier. J’ai l’impression que vous aimez jouer avec le public. Vous avez longtemps fait croire que les autres musiciens étaient vos frères. Ils s’appellent tous Tellier.

Inconsciemment, on a considéré au début que c’était bien de créer un truc un peu mystérieux. C’était aussi une manière de ne pas nous mettre en avant directement. Nous sommes des garçons plutôt réservés. Pour nous, c'était un déguisement, un masque. Les gens pensaient que nous étions frères et nous n’avons jamais démenti parce que, La Maison Tellier, c’est comme une entreprise familiale.

Encore aujourd’hui, je sais que des gens y croient ?

Oui, et ça devient un peu embarrassant parce que cela fait des années que l’on s’amuse avec ça. Nous sentons bien que beaucoup ont envie de croire que nous sommes cinq frangins. Je finis par répondre que nous sommes des frères de sons, des frères qui se sont choisis. Peut-être que le prochain album s’appellera Faux frères et que l’on fera tomber les masques une bonne fois pour toute.

La question qui tue : quel est le style de votre musique ?

J’aime bien dire que nous faisons de la variété. Ce terme est devenu galvaudé, mais ce qui est un fait chez nous, c’est que nos influences sont variées. Je sais que l’on traîne la réputation d’être un groupe de folk. Cela dit, on l’a bien cherché (rires). Aujourd’hui, nous avons l’ambition d’approcher le travail de Bashung qui était à la fois exigeant et populaire et qui a mis du temps à y arriver. C’est un vrai exemple pour nous.

Teaser Beauté partout.

Pourquoi sortir un live ?

Très sincèrement, c’est AT(h)OME qui nous l’a proposé. Nous, nous y sommes allés à reculons parce que nous ne voyions pas l’intérêt de la chose. Personnellement, dans ma discographie, je n’ai pas de disque en concert, je ne suis pas très amateur de cela. On doit au label d’avoir insisté et de nous avoir donné les moyens de faire le meilleur album live possible. A l’arrivée, on est super content du résultat. Je pense que ce disque peut intéresser au moins ceux qui nous suivent depuis le début. Nos chansons en ressortent plus énergiques et reflètent plutôt bien notre travail.

Il y a principalement les chansons de Beauté pour tous.

Oui, et deux ou trois chansons de l’album précédent, L’art de la fugue, ainsi que deux inédits. Dans la prochaine tournée, on fera plus une rétrospective de notre carrière. Nous piocherons dans la cinquantaine de morceaux enregistrés.

Avez-vous le sentiment d’avoir progressé depuis 2004 ?

J’espère. En tout cas, au niveau de ma voix, j’ai enfin l’impression de l’avoir trouvé. Au début, je chantais plus instinctivement, aujourd’hui, c’est plus « maîtrisé ».

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Avec Helmut Tellier, le 8 octobre 2014.

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