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12 novembre 2014

Jean Guidoni : interview pour Paris-Milan

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(Photo : Marc Journeau/ Media Access)

Depuis les débuts de sa carrière à la fin des années 1970, Jean Guidoni a toujours exploré les marges, les à-côtés, et ceux qui s’exemptent des normes. Costume noir de cabaret, maquillage de clown blanc ou bas résilles, le théâtral Guidoni a fait de la chanson un objet de mise en scène. En cela et bien d’autres choses, je l’apprécie.

En fait, j’ai du mal à dire « Revoilà l’artiste ! » parce que le « prodige » marseillais n'était en fait jamais parti. Il s'était simplement orienté vers un répertoire « à dire », donc moins médiatisé, malgré le suivi d'un public constant. Je l’avais d’ailleurs mandorisé une première fois en avril 2007.

Avec « Paris-Milan », Guidoni sort son 13e opus studio, composé de textes inédits d'Allain Leprest. L’occasion pour moi de partir à sa rencontre, le 2 octobre dernier, pour un long entretien (alors qu’il n’est pas précisément amateur des interviews).

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorJean Guidoni (mini biographie extraite de ce site):
Interprète d'exception, Jean Guidoni vit ses passions et ses révoltes sur scène, sans jamais simuler. Jean Guidoni est à la fois son et images; chant, théâtre et danse réunis dans un même théâtre, en un même moment.
Quiconque n'a pas eu le bonheur de voir Jean Guidoni arpenter une scène ne peut mesurer l'incomparable talent de cet artiste, qui sait faire vibrer le public à chaque instant, en lui insufflant un fulgurant courant d'émotions tour à tour empreint de tendresse, de violence et d'une profonde vérité.
Jean Guidoni a parfois la réputation d'être un chanteur "noir" mais seul son humour l'est parfois. Le rire n'est jamais absent de ses spectacles et il faut absolument voir ses chansons magnifiques portées par son interprétation.

Le disque et le récital  Paris-Milan :jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

30 ans après Crimes passionnels, Jean Guidoni revient avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Paris Milan, taillé sur mesure:12 textes inédits d'Allain Leprest habillés par les mélodies imparables de Romain Didier, avec, gourmandise, un duo avec Juliette. L’idée de ce projet est née lors du spectacle : Où vont les chevaux quand ils dorment (hommage à Leprest), il est alors apparu évident que Jean trouvait là un auteur à la  mesure de son talent.

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorInterview :

Ce n’est pas votre premier hommage à Allain Leprest.

J’ai en effet participé à l’album Chez Leprest (volume 1) dans lequel j’avais chanté « J’ai peur » et au spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment avec Romain Didier et Yves Jamait.

Vous vous sentez proche d’Allain Leprest en quoi ?

L’amour des mots, la façon dont il aborde les choses. Tout est paradoxal dans ses textes et j’aime beaucoup les paradoxes. Il y a aussi un fond d’enfance qui nous lie. Nous avons aussi un désarroi artistique commun. Lui était toujours en attente de quelque chose dans ce métier. Il voulait prouver quelque chose. Moi aussi, d’une certaine manière.

Il représente quoi pour vous ?

Un interprète écorché extraordinaire, fantastique. Je ne le connaissais pas beaucoup, même s’il m’est arrivé de le croiser. Si nos brèves rencontres ont été amicales, je ne peux pas dire que nous étions amis. Je n’ai jamais eu de relations proches avec lui, mais cela n’empêche pas que je lui trouvais un talent fou. Il y a quelques années, j’ai même eu une forte envie de travailler avec lui. L’idée de lui demander de m’écrire des chansons m’a traversé l’esprit plus d’une fois… et puis je n’ai finalement pas osé.

Vous étiez intimidé par lui ?jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

Ce n’est pas ça, mais étant moi-même auteur et interprète, j’ai eu du mal à faire cette démarche. On nous aurait présenté officiellement et on m’aurait proposé une collaboration avec lui, j’aurais accepté immédiatement. J’ai beaucoup de respect pour ce genre de parcours d’homme et d’artiste.

Comment est arrivé ce projet de disque Paris-Milan ?

Un soir de répétition d’Où vont les chevaux quand ils dorment, Didier Pascalis, le producteur d’Allain Leprest, me dit qu’il a trois chansons inédites d’Allain et qu’il aimerait que je les chante sur un album en préparation. J’ai accepté. Le lendemain, il revient me voir pour me proposer finalement d’enregistrer tout un album avec uniquement des inédits d’Allain. J’étais sur un autre projet à ce moment-là, je lui ai donc demandé de patienter le temps de m’organiser avec mon équipe. J’avais quand même très envie de le faire, donc, dès le lendemain, je lui ai dit que j’étais partant.

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Avec Allain Leprest et Romain Didier en novembre 2005 après une interview commune.

Vous aviez déjà travaillé avec Romain Didier, donc vous aviez confiance en la musique qu’il allait vous proposer, je suppose.

Tout à fait. Je sais le talent qu’il a et comment il travaille. De plus, j’ai une manière de travailler un peu spéciale. J’aime bien laisser aux gens qui travaillent avec moi toute la latitude pour qu’ils expriment leur créativité au mieux. Je ne veux pas les enfermer dans des idées que je pourrais avoir. Au début de ma carrière, j’étais un peu dictateur et je peux vous dire que ça ne donne jamais rien de bon (sourire).

Vous avez justement votre propre univers qui est immense et intense. Est-ce facile de rentrer dans un autre univers… tout aussi intense ?

Disons que j’ai l’habitude de m’approprier les chansons. Je fais on sorte qu’on ne sache plus qui a écrit quoi. J’essaie de faire du Guidoni de tout ce que je chante. Je respecte toujours l’auteur que j’interprète, mais je ne le sacralise pas. Je peux même dire que je ne me place pas derrière lui. J’ai l’habitude de travailler avec des auteurs de grands talents, alors c’est devenu un jeu pour moi de m’approprier leurs textes.

Vous avez pensé à Allain Leprest lors de l’enregistrement ?

Oui, mais comme s’il était encore là. Je n’ai pas pensé une seconde qu’il était mort. J’ai fait comme si nous avions discuté ensemble de comment il fallait que j’aborde les chansons.

Extrait de PARIS MILAN from TACET FILMS on Vimeo.

Vous avez choisi uniquement des chansons de lui qui n’étaient pas trop intimes. Pourquoi ?

Il incarnait vraiment ses chansons, au même titre que moi j’incarne les miennes. Donc, quand ce qu’il disait dans les chansons me correspondaient trop profondément, je passais à une autre. J’ai pris des textes qu’il n’avait jamais chantés et dont l’écriture ne m’était pas trop personnelle. Je souhaitais qu’ils soient le plus universels possible. Vous savez, pour moi, Leprest est l’équivalent de Prévert. Il est aussi important.

Beaucoup vous adulent de votre vivant.

Pas tant que ça. Je vois bien que, lorsque je sors de ma tanière pour faire des concerts ou la promo d’un nouveau disque, quelques personnes me disent le bien qu’ils pensent de mes chansons. Ça fait plaisir, évidemment. A la base, j’ai l’impression que personne ne me connait et ne m’aime.

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Jean Guidoni... 1000 personnes debout au Théâtre de la Ville pour un Paris-Milan exceptionnel en octobre 2014. 

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorVous vous êtes senti un peu « artiste maudit », à un moment ?

Mais tout le temps et encore aujourd’hui. Enfin, ça dépend des jours. C’est selon mon moral. Je fais ce métier pour la scène, alors tant que j’en fais, ça va. Je ne suis pas dans une victimisation de ma condition. Depuis que je fais ce métier, je me suis toujours juré de ne jamais être aigri

Il y aurait de quoi ?

On peut devenir aigri si on s’estime en compétition. A mon âge, je ne suis plus en compétition avec personne. De toute manière, je n’ai jamais abordé ce métier ainsi.

Vous savez que vous êtes très important pour les gens qui aiment la chanson française de qualité ?

Je n’ose le croire. On me dit que certains m’attendent entre deux albums, je veux bien le concevoir, mais j’ai du mal à digérer cette information.

Ecrivez-vous beaucoup ?

J’écris quand je le sens, quand j’ai des choses à dire. Je ne suis pas un fana de l’écriture à tout prix. Ça m’est égal si dans un de mes albums, il n’y a pas une chanson de moi. Il y a suffisamment de bons auteurs.

Ce n’est pas la première fois que je vous interviewe et j’ai la sensation d’être devant unejean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor personne un peu timide.

En fait, je ne suis pas si timide que cela, je ne suis pas un dragueur. Ni amicalement, ni amoureusement. Je me demande toujours si j’intéresse les gens qui sont en face de moi. J’ai toujours ce réflexe d’être sur la réserve. Je suis très liant, mais j’observe les gens avant de l’être.

Vous imposez le respect. Quand on vous voit, on n’a pas forcément envie de vous tapez sur l’épaule.

Je le sais (rires).

Sur scène, vous êtes complètement transfiguré.

Je ne me l’explique pas. Je m’en rends compte et je me demande toujours ce qu’il m’arrive. Je vous assure que je n’en joue pas. Ça vient tout seul. Sur une scène, je suis différent. Je me sens différent. C’est peut-être mon vrai moi qui apparaît, je ne sais pas. En tout cas, j’ai toujours envie de donner généreusement.

C’est difficile de durer dans ce métier ?

C’est surtout dur d’être de nouveau naïf à chaque fois. J’ai toujours envie de retrouver une certaine fraîcheur et de me réinventer. Je tente de me remettre en question et en mouvement constamment. Il faut respecter aussi ce que l’on est devenu avec l’âge.

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Avec Denis Péan (leader de Lo'Jo) et Jean Guidoni le 2 octobre dernier au Café des Ondes. Le premier est fan du second et souhaitait le rencontrer sachant que j'allais l'interviewer juste après lui. Les hasards de la vie...

Et n'oubliez pas...

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