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10 novembre 2014

Lo'Jo: interview pour le coffret 310 Lunes

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(Photo : Bogdan Konopka) 

Lo’Jo, c’est une odyssée musicale itinérante et polymorphe, qui croise les cuivres du jazz et ceux d’Europe Centrale. En matière de projets atypiques, cette formation en connait un rayon. L’essence même de sa démarche échappe à tout formatage, à toute idée de limites, tant sur le plan géographique que sur le plan artistique.

Le collectif angevin dresse donc le bilan de son dernier quart de siècle de la meilleure manière qui soit : avec un livre de photos agrémenté de deux CD.

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Ce livre objet est comme un voyage temporel. Il regroupe la réédition de l’introuvable premier album, The International Courabou, ainsi qu’un nouvel album instrumental, où les musiciens de Lo’Jo ont l’audace de s’absenter, confiant la reprise de neuf de leurs anciennes chansons à un orchestre à vent (sur les arrangements de Renaud-Gabriel Pion). Aucun mot n’est prononcé durant 43 minutes. Seuls les instruments ont la parole. Clarinettes, saxophones, tuba, trompettes, flûte, basson, trombone… l'album fait parler le cuivre et le bois, une fanfare-jazz planante, envoûtante et subtile.

Les deux disques entourent un livre de 70 photos de Bogdan Konopka, qui suit Lo’Jo depuis 1989.

Pour évoquer ce projet (et un peu plus), je suis allé à la rencontre de Denis Péan, le créateur et leader de Lo’Jo, au Cafés des Ondes, le 2 octobre dernier.

10409123_10152285986318045_2779650514104856434_n.jpgLe coffret collector de Lo'Jo :

310 Lunes (Lo’Jo / Harmonia Mundi – World Village).

70 photographies de Lo'Jo par Bogdan Konopka pour conter l'aventure en noir et blanc d'Angers à Tombouktou (25 années de poses à travers le monde).

-Un onirique orchestre à vent qui réinvente sans paroles, « Brûlé la mèche », « L'une des siens », « Venerate child »et autres fantaisies de musiques apatrides de Lo'Jo.(Avec les solistes: Erik Truffaz, Magic Malik, Roswell Rudd, Hasan Yarimdünia.

-Un retour, avec la réédition pour la première fois de The International Courabou (1989), aux toutes premières turbulences sonores de ceux qui virent depuis passer 310 Lunes.

Biographie de Lo’Jo (tiré du site .evous):lo-jo-020.jpg

Lo’Jo a été créé au début des années 1980 par Denis Péan et Richard Bourreau. Après avoir progressivement construit son style pendant une dizaine d’année, la formation travaille avec une compagnie de théâtre de rue intitulée Jo Bithume entre 1988 et 1991. Au sortir de cette expérience, elle décide de se concentrer sur son métier de créateur de musiques chantées, sans jamais rompre son lien avec les arts de la rue et du chapiteau.

Le combo part régulièrement en tournée et enregistre plusieurs opus avec un collectif de musiciens. Le premier opus intitulé Fils de Zamal sort en 1993. Mêlant toutes les influences au gré des rencontres et du cheminement de chacun, son style musical prend des accents de jazz, de reggae, de rock, de sons orientaux ou africains. En 1998, Mojo Radio leur permet d’étendre leur notoriété à l’échelle internationale en donnant un concert au festival WOMAD créé par Peter Gabriel.
Au début des années 2000, le projet Lo’Jo publie l’album Bohême de cristal et s’ancre davantage en Afrique, fait la découverte du Sahara et des musiques rebelles d’outre Méditerranée. Après L’Une des Siens paru en 2002 et un premier live intitulé Ce soir-là en 2003, le groupe continue à recevoir de nombreux éloges de la part des médias spécialisés avec Bazar Savant qui sort en 2006.

Après Cosmophono (2009), le groupe Lo’Jo revient sur le devant de la scène en septembre 2012 avec un huitième album intitulé Cinema el mundo. Avec de disque, il continue sur la lancée de ses précédents opus en offrant à son public un univers et un style musical qui puise encore davantage dans les sons du monde.

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorInterview :

Avec ce coffret, vous fêtez dignement vos 25 ans de carrière discographique…

Pas du tout. Ce n’est pas pour célébrer quoi que ce soit. Les anniversaires ne m’ont jamais intéressé. Il n’y a aucune raison de fêter 26 ans plutôt que 32. La sortie de ce coffret est donc une coïncidence. D’autant que la date de notre naissance est indécise.

Ce n’est pas ce qui est indiqué sur l’argumentaire envoyé avec le coffret. Quoi qu’il en soit, on trouve votre tout premier disque, The International Courabou. Pourquoi le rééditer ?

A l’époque, il a été diffusé confidentiellement. Nous n’avions ni circuit, ni distributeur, ni organisation à proprement parlé. Nous l’avions fabriqué et distribué nous-mêmes. Il n’y a eu que mille exemplaires, dont la plupart ont été vendus en Allemagne. Il n’y a donc que très peu de gens qui le connaissent. Dans ce disque, il y a le germe de ce qu’est devenu Lo’Jo.

Ensuite, les voyages ont fait grandir Lo’Jo.

Les voyages nous éduquent musicalement et humainement. Tout voyage déjoue les préjugés et les prévisions. Nous l’avons vérifié systématiquement et notamment lorsque nous sommes allés en Chine ou aux États-Unis.

Teaser de la sortie du coffret collector "310 lunes".

Expliquez-nous le titre de ce coffret, 310 Lunes. denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandor

C’est le nombre de lunes qui séparent Lo’Jo de ses débuts. Dans le groupe, nous avons une attirance pour les affaires cosmiques. Personnellement, je suis sensible à cela parce que je suis quelqu’un de la terre, alors je sais à quel point l’astralité joue sur la culture.

Quand j’ai reçu le coffret, j’ai écouté le premier CD… et comme je n’avais pas lu l’argumentaire qui l’accompagnait, j’ai attendu votre voix. J’ai attendu longtemps.

C’est le premier disque instrumental que nous sortons. Cela me tenait à cœur. Il y a d’ailleurs une petite provocation en faisant cela. Bien que je sois chanteur et poète, je trouve les chanteurs un peu lassants. J’aime que l’on se passe du guide qui est le chanteur. Je trouve qu’un chanteur souligne le message. J’aime la musique, j’ai été initié à cet art par le jazz. De nos jours, j’ai constaté qu’une œuvre sonore instrumentale n’était pas courante, alors, ce projet s’est imposé à moi.

Ces morceaux ont-ils été compliqués à réaliser, puis à enregistrer ?

J’ai confié le bébé au compositeur et arrangeur Renaud-Gabriel Pion. Il est spécialisé dans les arrangements de ce type d’orchestre uniquement composé d’instruments à vent.

Renaud-Gabriel Pion est un ancien de Lo’Jo.

Il avait donc la connaissance de notre façon de faire, de voir et d’exister en musique. Il a la faculté et la facilité d’écrire pour un groupe d’instruments à vent. On a assemblé nos forces respectives pour écrire un parcours. Notre parcours. Ce disque est la musique du film de notre vie.

Vous aimez provoquer ?

C’est ce qui m’a permis de tenir aussi longtemps en vie musicalement. Quand j’ai commencé le groupe, si je m’étais conformé, je crois qu’il n’existerait plus. Si je n’avais pas mené mon chemin par une nécessité créative absolue et une vocation à choisir plutôt qu’à subir le marché, les goûts, la mode, Lo’Jo n’existerait plus.

Clip officiel de "Au bar des lilas" (feat Erik Truffaz)

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorErik Truffaz est l’un des invités de ce premier CD.

Je suis un grand amateur de trompette. Je trouve que c’est l’instrument le plus sauvage, mystérieux, mystique, imprévisible qui existe. Les grands maîtres de cet instrument peuvent être pris à défaut techniquement et j’adore la trompette pour ça. Quand on était en tournée à New York avec Lo’Jo, on a vu Erik Truffaz dans un club. J’ai vraiment apprécié sa dignité de musicien et son économie de note.

Quand on essaie de définir votre musique, on commence par dire que c’est de la musique tzigane.

C’est une musique sensiblement apatride. On a notre culture fondamentale liée au patrimoine de musique classique européenne, une musique tempérée. Après, je le répète,  le jazz nous a éveillé. On a appris la distorsion et une extrapolation rythmique inédite. Il y a aussi l’Afrique et les pays tziganes qui nous ont beaucoup influencés.

Êtes-vous un musicien pointilleux et exigeant.

D’un certain point de vue, je suis très pointilleux, d’un autre, je peux être désordonné. Je n’ai jamais vraiment beaucoup travaillé. Dans notre musique, tout est fait de bric et de broc et nous fonctionnons de manière anarchique.

"Lo Siempre Jo", extrait audio du Coffret collector "310 Lunes" de Lo'Jo.

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorÊtes-vous satisfait de la tournure de votre carrière ?

Non, pas exactement. J’ai des regrets et des frustrations. J’aimerais encore qu’on me laisse trente ans. J’ai l’impression de commencer, de débuter.

Vous avez un public qui vous suit depuis longtemps.

Oui, et il n’a pas été conquis à coup de grandes promotions et de médiatisations assommantes. Ca été du corps à corps. Chaque personne a été gagnée au forceps. Avec ma musique, je veux aussi mettre en avant la transmission locale, familiale, traditionnelle de la musique.

Parlez-vous du photographe Bogdan Konopka et des photos qui figurent dans ce livre.

En 1988, les membres de Lo’Jo n’avaient jamais bougé de leur coin et n’avaient pas encore de vie professionnelle. Ils ont été embauchés comme musiciens par un cirque. Une compagnie de théâtre de rue, plus précisément. Avec elle, on a traversé l’Europe pendant quatre ans. Le pays le plus extraordinaire pour nous a été la Pologne. A Cracovie, nous avons rencontré Bogdan qui était le photographe officiel du festival. Il est venu s’installer en France deux ans après, et depuis, il n’a cessé de nous photographier ici où là, pendant 25 ans. Le projet est vraiment parti de ses photos. J’avais le désir d’en consigner certaines. On en a regardé des centaines et des centaines avant d’en trouver qui étaient représentatives.

Pourquoi enregistrez-vous des disques ?

Quelquefois j’imagine que c’est par orgueil. C’est important de garder une trace de comment on a consigné l’histoire. C’est un témoignage.

C’est dur de continuer ce métier ?

Ça a toujours été dur de se tenir droit. Continuer à faire et à vivre de la musique est une lutte permanente.

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Après l'interview, le 2 octobre 2014.

Et, n'oubliez pas, ce rendez-vous...

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