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09 novembre 2014

AndonI Iturrioz : interview pour L'insolitude

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(Photo : Thibaut Derien)

A la question posée maintes fois à AndonI Iturrioz ces derniers jours, « pourquoi avoir repris ton vrai nom ? », l’artiste basque a répondu sur son site par une « lettre explicative quant à l’abandon du nom Je Rigole ».

La voici : "J'en ai marre de "Je rigole.", je m'appelle Andoni Iturrioz ! »

Plus sérieusement, j’ai soutenu ici par deux fois l’œuvre de Je Rigole (voir  en 2012 et en 2010), je continue donc à mettre en avant celle d’AndonI Iturrioz.

J’aime ses chansons. Ses textes et sa musique provoquent en moi une véritable tempête intérieure. Je suis touché par sa poésie, son émotion et son ironie… et par la force qu’il dégage.

L’homme vient de sortir un nouvel album, L’insolitude, et il sera en concert à l’ACP La Manufacture Chanson (espace Christian Dente, 124 Av de la République, 11e), les mercredis 12 novembre, 26 novembre et 10 décembre prochain.Lisa Portelli, Bertrand Louis et Xuan Lindenmeyer seront avec lui sur scène.

AndonI Iturrioz est donc passé à l’agence, le 8 octobre dernier pour une troisième mandorisation.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorArgumentaire de l’album L’insolitude (signé Laurent Bosc) :

Deux ans après son premier album, AndonI Iturrioz (anciennement "Je rigole.") revient avec L'insolitude.

Ici, on dit "chut" en hurlant ! Les rythmes sont barbares et doux, la cacophonie mélodieuse.

On embarque sans rien dire, et on a raison ! Il y a du monde dans tous les coins ! Candides coupables, amoureux cachés, chamanes en exorcisme, tous scrutent les passagers d'Andoni comme un bosquet sur du bitume. On y voit l'homme qui rit d'être habité par ce qui le dépasse, des aurores galopantes et des tempêtes tranquilles. Même la fin du Monde est en nuage...

On se voit dans un rituel initiatique où la beauté ressuscite les vivants. Le mal essore la vie pour en sortir le jus. La transe est entêtante ! On se balade dans les ruines d'un monde plus vivant que le nôtre.

Le voyage d'Andoni n'est pas de la chanson. C'est un témoignage qui nous parle d’ici, une parabole de ce qu'il y a en nous, caché, profond, sombre, intrépide. C'est un plan d'évasion scandé par un poète qui a touché la grâce.

L'insolitude n'est pas un disque. C'est une percée dans la magie du Monde.

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(Photo : Thibaut Derien)

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorInterview :

Revenons une dernière fois sur ton changement de nom.

Ce disque est dans la continuité du premier album de Je Rigole. Nous étions alors vraiment un groupe. Petit à petit, je me suis rendu compte que Je Rigole était devenu mon pseudonyme. On me présentait comme « monsieur Je Rigole ». Être « monsieur Je Rigole » pendant les quinze prochaines années de ma vie, ça ne me tentait pas.

Je comprends. Et puis, ça ne correspond pas vraiment à tes chansons.

On peut rire en m’écoutant, mais c’est un rire noir.

Cet album a été conçu avec Bertrand Louis. Quand je l’ai reçu ici, il était en plein enregistrement de ton album et semblait très enthousiaste. Vous avez deux fortes personnalités, ça a été simple de travailler avec lui ?

Il n’y a eu aucun problème. On s’entend très bien et on se comprend parfaitement. Je l’emmène dans des endroits où il ne va pas d’habitude et lui, il met ses outils et son savoir-faire musical à mon service.

"L'insolitude".

Compositeur : Andoni Iturrioz / Lisa Portelli
Arrangements : Bertrand Louis
Réalisation : Pierre Guenoun
Production : J'ai vécu les étoiles

Ce deuxième album n’est pas aux antipodes du premier. Faut-il toujours préserver une identité musicale forte ?

Il faut préserver sa démarche. J’ai des références et des influences dans différentes musiques et je prends des petites parcelles de chacune pour construire mon univers. Quand je les adapte à mon monde, ça devient autre chose et quand je découvre ce que c’est, ça ressemble à ce que je suis.

Je trouve que cet album est un peu plus chanté que le précédent. Tes textes sont un peu moins scandés.

Je trouve aussi, mais ce qui est drôle, c’est que les avis, à ce sujet, sont très contradictoires. D’autres personnes trouvent que c’est moins chanté que le premier. Je dirais que dans cet album, les voix sont un peu plus posées. Je voulais qu’en m’écoutant, on soit à l’intérieur de soi. Je n’avais pas envie de déclamer. Dans ce disque, il y a des explosions, mais internes.

Il me semble aussi que tes musiques sont plus mélodiques.

Encore une fois, d’autres me disent le contraire. Certains trouvent ce nouvel album plus fermé, plus expérimental. Mais, moi, je suis d’accord avec toi. En tout cas, c’est un disque qui est plus produit et mélodiquement, j’ai essayé d’aller plus loin. Mon premier album était plus en référence à la chanson française « classique ». Avec L’insolitude, on a beaucoup moins de référents. Les textes sont plus personnels, intimistes et très imagés, métaphoriques et poétiques.

C’est ça la magie de ton métier. Tu fais des choses personnelles et chacun le ressent à sa façon.

Je sais juste une chose, et c’est valable pour les deux albums, il faut pouvoir rentrer dans le monde que je propose.

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(Photo : Thibaut Derien)

Dans tes nouvelles chansons, tu parles de la société sans la juger, sans donner de leçons.antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

Je ne distribue surtout pas de bons ou de mauvais points. Je vis dans le monde, donc dans la société, alors je la miroirise. La société se reflète dans mes chansons. Dans cet album-là, je suis moins dans un thème social que dans un thème existentiel lié à la condition humaine.

Tu l’aimes cette société ?

(Rires) Il y a des tas de choses dans lesquelles je ne me reconnais pas. De toute façon, je suis assez marginal. Je ne me sens pas chez moi dans cette société. N’empêche que je suis avec les gens et le monde et, du coup, la société, c’est comme un vêtement. Moi, je parle de l’être, plus que du vêtement. Mes chansons sont plus de l’ordre de la poésie-philosophico-spirituelle. Ce qui m’intéresse, je le répète, c’est la condition humaine.

Comme dans la chanson « L’insolitude ».

On dit souvent que l’on peut être seul dans la foule, donc la solitude est une misère. Moi, j’ai constaté l’inverse. On peut être seul et ne pas l’être. C’est « l’insolitude ». C’est une richesse, une harmonie avec le monde. Je sens des échos avec le monde que j’essaie de décrire dans cette chanson. Dans « insolitude », il y a aussi le mot « insolite »… parce qu’on est très étonné de sentir qu’il y a des échos qui nous répondent.

Il y a plusieurs degrés/niveaux dans tes chansons.

Oui, parce que j’ai l’impression qu’il en faut pour tout le monde. Il y a plein de gens qui comprennent autre chose que ce que je dis. C’est normal, puisque je brise les images en concevant une chanson comme une boule à facettes. Du coup, chacun arrive à trouver un reflet, une image qui lui parle. Il y a un thème de fond qui est là, si on pénètre dans le texte, on remarque une cohérence réelle.   

Te sens-tu compris ?

Je ne compte plus les fois où l’on m’a dit « je déteste la chanson française, mais j’adore ce que tu fais », ou, à contrario, « j’adore la chanson française, mais je n’aime pas trop ce que tu fais ». C’est très dur de réunir un large public. Je me demande perpétuellement comment toucher ceux qui ne sont pas encore touchés et qui sont susceptibles de l’être.

J’aime bien ton authenticité. Tu ne fais jamais de concession.

Je n’arriverais pas à faire autrement. Si j’avais les moyens de rester moi-même en étant plus efficace, je pense que je le ferais. Je ne vais pas me mettre à faire une chanson pop sous prétexte que j’ai envie de passer à la radio. De toute manière, le résultat serait nul. Si je veux être bon, il faut que je reste proche de moi. Je n’ai pas le choix.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorDans « Bleu nazi », tu parles de la chanteuse Lisa Portelli, ta compagne. C’est une chanson d’amour, pour le moins original.

Là encore, les avis sont partagés. Il y a des gens qui me disent que c’est une magnifique déclaration d’amour et d’autres qui me disent qu’elle leur fait froid dans le dos. Toi tu connais Lisa, donc ça te choque, mais la Lisa de ma chanson n’est qu’un personnage. Je suis parti d’elle et j’ai développé un personnage. Je me suis amusé à écrire une chanson d’amour avec le champ lexical de l‘horreur.

C’est comme le premier titre de l’album, « Apologie naïve de la haine », ce n’est évidemment pas une apologie de la haine.

Je dis qu’on ne peut pas parler de la beauté du monde en niant le monde. Si tu nies la souffrance et la haine de ce monde, tu ne parles pas de la beauté. Dans cette chanson, je fais rentrer la haine dans l’hémicycle de mon expression. Je pense que la haine n’est pas chez les autres, elle est chez soi. En gros, je dis qu’il faut faire l’amour à la haine. Il faut prendre le monde dans son entièreté et l’aimer. La beauté, tu ne l'atteins pas en écartant la souffrance et la haine, mais en la traversant. Dans « Le monde est magique » aussi, j’évoque cela.

Tu te sens proche de quel artiste dans la chanson française ?

J’aime bien Babx et Loïc Lantoine. Sinon, comme frère d’arme, j’ai Bertrand Louis. On est très différent au niveau du style et de la musique, mais j’aime travailler avec lui. J’aime aussi ce que fais Lisa…

Mais ton identité artistique est proche de la tradition des Brel, Brassens, Ferré et Bashung.

Je ne sais pas, mais en tout cas, j'essaye de faire ce qu'a mon sens devrait être la chanson Française au 21e siècle.

La chanson, c’est sérieux ?

Rien n’est sérieux. Quand on fait quelque chose, il faut juste décider que cela le soit.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorAprès l'interview, le 8 octobre 2014, à l'agence.

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