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07 novembre 2014

Les Stentors : interview pour Rendez-vous au Cinéma

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Aussi vrai que les stentors de l’Antiquité relayaient les ordres, nos quatre Stentors actuels, bien dans leur époque, transmettent à leur manière notre patrimoine culturel. Outre le plaisir qu’ils nous donnent, ces chanteurs, en authentiques « passeurs », remplissent une importante mission : faire vivre à nouveau des couplets et des refrains qui demeurent au Panthéon de la chanson française. Il semblerait que le public français suivent et apprécient leur démarche. J’ai rencontré Sébastien Lemoine et Vianney Guyonnet, les deux barytons et Mowgli Laps et Mathieu Sempéré, les deux ténors, dans un bar d'un hôtel de la capitale, le 26 septembre dernier pour une interview collégiale sympathique (et un peu dissipée).

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorBiographie (écourtée) :

Les Stentors, sont quatre voix hors du commun, deux barytons et deux ténors qui depuis maintenant deux ans ont conquis par leur talent et leur répertoire un public bien plus vaste qu’une élite férue de culture et de musique classique.
Et c’est bien là le talent de ces quatre garçons dans le vent : avoir osé un temps déserter l’Opéra et ses fresques dorées pour aller toucher le cœur du plus grand nombre.

Sébastien Lemoine, fondateur du quatuor et baryton émérite, s’il connaît « la grande musique », n’en a jamais pour autant oublié son goût pour la variété française. Après avoir chanté avec bonheur les régions de France et l’Histoire de notre pays, dans
Rendez-vous au Cinéma, les Stentors, passionnés tous les quatre de salles obscures et de B.O de films, ont décidé pour ce troisième opus de revisiter et de s’approprier quelques standards du septième art.

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les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorInterview :

Vos deux premiers albums défendaient le répertoire français. C’est même un peu l’ADN des Stentors, non ?

Sébastien Lemoine : Nous sommes nés après des groupes comme Il Divo et nous n’avions pas envie de nous contenter de reprendre des chansons que nous aimions personnellement. Nous voulions un thème fort. Donc, chaque album en possède un que nous avons choisi au préalable tous les quatre avec notre équipe de production.Quand on a fondé le groupe, on a eu envie de rendre hommage aux régions parce que ça n’avait jamais été fait et, comme nous étions des petits nouveaux, on avait envie de frapper fort.  Dans le deuxième album, nous avons souhaité interpréter des chansons qui parlent de l’histoire de France et qui ont marqué la chanson française.

Pour le troisième album, vous avez choisi le 7e art.

Sébastien Lemoine : C’était une évidence. Nous sommes des chanteurs d’opéra, donc notre vie consiste à chanter des histoires imagées sur scène. Et puis, il y a dans le répertoire de musique de films un vivier gigantesque de chansons.

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Quand on est un quatuor comme le vôtre, quelle est la principale difficulté ? Le choix de ce que vous allez interpréter ?

Mowgli Laps : Oui, ce n’est pas le plus simple, en effet. On se réunit avec notre équipe de production et on propose toutes nos idées. Après, il faut choisir les morceaux qui, indéniablement, ont marqué tout le monde sans exception. Il faut trouver des titres universels que l’on va pouvoir défendre avec nos voix lyriques.

Sébastien Lemoine : On veut systématiquement faire revivre des thèmes musicaux qui soient dans l’esprit de tout le monde. Il faut que chacun puisse se retrouver et revoir les images des musiques des films sélectionnées.

Dans ces albums, n’avez-vous pas envie d’intégrer des chansons plus personnelles ?

Vianney Guyonnet : Ce que l’on fait de personnel, c’est notre spectacle. On a écrit des textes, on a fait des mises en scène, on chante les chansons que l’on souhaite… Après, nous sommes tous des artistes indépendants et des créateurs, on a donc tous envie d’intégrer des titres personnels, mais à notre stade, je ne suis pas sûr que ce soit encore une bonne idée.

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Dans vos carrières respectives, Les Stentors, c’est une détente ?

Mathieu Sempéré : C’est beaucoup de travail, beaucoup de temps, beaucoup de sacrifices par rapport à nos vies professionnelles. Nous sommes tous chanteurs d’opéra solistes et on ne peut pas à la fois défendre un album pendant six mois et être sur scène à l’opéra. Les Stentors, c’est un choix que chacun de nous a fait. Ce choix-là me fait plaisir parce qu’il me permet de défendre un répertoire que je n’avais pas l’occasion de défendre.

Mowgli Laps : J’ai toujours été fan de musique de variété, ce projet m’a donc enthousiasmé. D’ailleurs, à la base, j’ai commencé à chanter de la variété avant de me lancer dans l’opéra. Les Stentors, c’est un nouvel univers, une nouvelle technique, une nouvelle façon de chanter avec le micro, mais je ne me sens pas aux antipodes de ce que je fais depuis toujours. Je trouve que c’est très agréable de chanter avec ce groupe. C’est une énergie que j’aime beaucoup.

Vianney Guyonnet : On est tous d’accord que chanter avec les Stentors est un véritable engagement. Aujourd’hui, je reviens à mes envies d’origine qui étaient de faire de la chanson. Appartenir aux Stentors permet d’avoir une vie artistique encore plus riche. L’année dernière, j’étais à l’Opéra Comique pendant six mois. Grâce à mon expérience avec le groupe, j’ai utilisé plein de choses que j’ai développées à titre personnel dans ma voix. Et parallèlement, à l’opéra, j’utilise des choses dont je me ressers chez les Stentors. Ce sont des univers que l’on peut faire coexister et qui peuvent s’enrichir les uns, les autres. Et puis travailler avec quatre potes, c’est génial !

Sébastien Lemoine : Je rebondis sur ce que dit Vianney. Nous passons d’un univers à un autre. Ils ont l’air culturellement différent, mais ils ne le sont pas tant que cela. Quand on raconte une histoire dans un opéra ou dans une chanson, on raconte une histoire, même si on ne l’interprète pas exactement  de la même manière. Quand bien même les genres, les univers, le public, l’exposition médiatique sont différents, on fait le même métier. C’est aussi passionnant de chanter un opéra pour enfant devant 150 personnes à Clermont-Ferrand  que de faire la première partie de Michel Sardou à Bercy. Dans les concerts des Stentors, le public nous manifeste un amour plus fort et spontané que cela peut l’être dans le monde de l’opéra, mais c’est quand même le même métier.

Clip de "Vois sur ton chemin".

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorEst-ce que, du coup, le public qui vous connait grâce aux Stentors, vient vous voir dans vos spectacles personnels ?

Sébastien Lemoine : Dans les Stentors, on a ce qu’on appelle une fan base. Des gens qui nous aiment beaucoup et nous suivent indépendamment les uns des autres. Quand j’ai mis en scène l’opéra « Don Giovanni », il y a des fans des Stentors qui se sont manifestés. Je sais que pour Mathieu et son Mariano, certains se sont déplacés. Idem pour le spectacle de Mowgli au Chatelet et pour Vianney à l’Opéra Comique. Ils s’intéressent à ce que l’on fait.

Mowgli Laps : Le pont que nous développons est à double sens. On fait venir des gens de l’opéra vers la chanson française. On leur montre que les textes sont parfois fantastiques et que les musiques, également, valent le coup. Une chanson, c’est un condensé d’opéra en trois minutes.

Sébastien Lemoine : L’image de l’opéra est tellement loin de la réalité. La plupart des gens pensent que c’est un univers inaccessible. Il y a beaucoup de préjugés et nous nous efforçons de les faire sauter un par un. Petit à petit, nous remarquons que nous sommes en train de démocratiser l’opéra.

Vous êtes-vous demandés comment les gens du monde de l’opéra allaient réagir quand vous vous êtes lancés dans l’aventure Stentors ?

 Sébastien Lemoine : Moi, vous savez, j’ai un parcours atypique. Je suis arrivé dans le monde de l’opéra alors que j’étais un ancien aviateur. J’ai fait la guerre, alors, que l’on me juge parce que je passe d’un monde musical à un autre, je m’en moque un peu.

Mowgli Laps : Les trois ténors, Plácido Domingo, José Carreras et Luciano Pavarotti, ont créé une ouverture dans ce domaine, il y a longtemps. Le groupe Il Divo a poursuivi, Roberto Alagna aussi.

Sébastien Lemoine : Roberto Alagna est l’exemple criant. Il s’est fait démonter parce qu’il a sorti des disques où il n’interprétait pas des airs d’opéra. C’est tout de même le plus grand ténor du monde, je pense qu’il a été victime de jalousie. Et il y a une part d’ignorance et d’incompréhension de la part de certains esprits médisants. Nous nous sommes lancés avec passion, amour et authenticité dans l’aventure Stentors, en faisait fi des remarques éventuelles. On ne peut rien nous reprocher, on n’aime ou on n’aime pas, mais on fait ça avec le cœur.

Vous avez eu la grosse artillerie TF1 derrière vous. Ça aide pas mal, non ?les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Sébastien Lemoine : Une grosse artillerie derrière soi, c’est bien, mais ça ne suffit pas. Certes, avec le deuxième album, on a refait triple disque de platine, mais on a eu peu de presse sur nos albums, parce que, justement, les médias se sont dit que nous n’avions pas besoin d’eux pour nous faire connaître.

Vianney Guyonnet : TF1, c’est notre force et notre faiblesse. Ils ont des moyens colossaux, mais du coup, on envoie des informations erronées. Beaucoup pensent que nous sommes un produit fabriqué de toutes pièces. Nous voulons lutter contre cette idée-là. Les gens qui viennent nous voir sur scène le comprennent très rapidement. Nous ne sommes pas si policés et markettés qu’on en a l’air.

Sébastien Lemoine : Quand bien même cet album-là ne trouverait pas le même public que pour les deux précédents, ce ne serait pas un échec. On n’a pas d’obligation de résultat.

Mais quand même, la maison de disque est plus apte à continuer avec un artiste en état de marche.

Mowgli Laps : C'est évident. Notre succès vient aussi beaucoup du bouche à oreille. Nos spectacles sont nos meilleurs ambassadeurs. C’est beaucoup plus fort qu’une promotion sur TF1, je vous assure.

Sébastien Lemoine : On n’a aucun souci avec le côté marketing de TF1. Nous, on vend des disques, on fait donc partie d’une industrie. Entre nous, qui refuserait une force de frappe comme celle que possède TF1. Au nom de quoi devrions-nous nous priver d’une telle exposition pour défendre ce que l’on a envie de défendre ?

Mathieu Sempéré : Le plus important, ce n’est pas l’emballage, c’est ce qu’on a mis dedans. Si le papier cadeau est beau et qu’il a des dorures, tant mieux. Nous, nous sommes fiers de ce qu’il y a à l’intérieur. Nous trouvons tous les quatre que ce troisième disque est le condensé de ce qu’il y a de mieux dans les deux précédents. C’est vraiment l’album le plus abouti. On trouve que c’est de mieux en mieux, et c’est notre fierté.

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Faut-il trouver une nouvelle façon de chanter quand on se lance dans la variété ?

Mowgli Laps : Moi, ça a été très difficile au départ. J’ai mis beaucoup de temps avant de sentir comment chanter devant un micro, comment placer ma voix. A l’opéra, on développe la capacité de chanter très puissamment, d’aller très loin… il faut apprendre à se modérer devant un micro.

Mathieu Sempéré : Il a fallu s’adapter, faire des essais et ça c’est très bien passé. D’album en album, on progresse. On se connaissait un peu, on a chanté deux par deux, mais il a fallu créer une certaine osmose pour chanter tous les quatre. A chaque fois que l’on enregistre, à chaque fois que l’on fait un concert, on apprend toujours un peu.  

Vianney Guyonnet : Personnellement, j’ai progressé dans le chant à quatre. Il faut être attentif à ce que chacun ait un espace. Ce qui est difficile, c’est de passer de soliste à un quatuor. Il n’y a aucune individualité possible dans un quatuor. On doit être toujours à l’écoute de ce que font les autres. En cela, aujourd’hui, le groupe a pris une maturité considérable.  

Comment expliquez-vous le succès des Stentors?

Mathieu Sempéré : Je pense que ce que l’on amène vraiment, c’est notre culture, notre lyrisme et notre vécu sur scène. Même quand on chante « variété », on sent derrière toute la couleur de l’opéra. Cette vibration et cette émotion est différente de celle qu’on a l’habitude d’entendre.

Vianney Guyonnet : Le public aime les grandes voix et les grandes chansons.

Mathieu Sempéré : On modifie nos voix pour les rendre pop quand c’est nécessaire, mais on garde notre côté lyrique.

Sébastien Lemoine : Nous sommes des garçons authentiques. Nous ne sommes pas différents de ce que nous prétendons être. Il y a aussi un côté humain dans notre succès. Nous sommes quatre types ordinaires qui vivons une expérience extraordinaire.

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Avec les Stentors après l'interview, le 26 septembre 2014.

Commentaires

Il vient d'y avoir un bouleversement chez les Stentors... Sébastien Lemoine a quitté le groupe du jour au lendemain... Les conditions de son départ sont un peu floues.... Il est désormais remplacé par le baryton Jean-Philippe Catusse...

Écrit par : Solitaire | 27 février 2015

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