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06 novembre 2014

Karen Brunon : interview pour La fille idéale

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Karen Brunon est l’une des découvertes musicales de cette année 2014. La violoniste qui accompagne sur scène ou en studio de grands noms de la chanson est pourtant loin d'être une inconnue. Surtout depuis sa participation à l'aventure du groupe Circus au côté de Calogero, Stanislas, Philippe Uminski et Elsa Fourlon. Mais c'est « son » premier album, produit par l'ami de longue date, Benjamin Biolay, que défend aujourd’hui la compositrice et interprète. Rencontre, le 2 octobre dernier, dans un bar « à thé » de la capitale pour une petite conversation.

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorBiographie officielle (très écourtée):

Celle qui présente aujourd’hui son premier album Où je vais est tout sauf une débutante. Sa carrière a explosé très tôt, en 1996 déjà, lors d’un concert de Michel Legrand au Carnegie Hall, où elle tient la place de 1er violon.  

Retour en arrière…

À 5 ans, Karen Brunon convainc sa mère de lui offrir cet instrument qui ne la quittera plus. De l’école de musique du Puy, elle rejoint à 11 ans le Conservatoire de Lyon où elle obtient le 1er prix. Là-bas, elle fait une rencontre déterminante, celle de Benjamin Biolay, alors tubiste. À 15 ans elle entre au Conservatoire de Paris et elle y reçoit à nouveau un 1er prix. Elle a 19 ans, elle quitte le Conservatoire.

Karen Brunon devient peu à peu la violoniste référence de la chanson. Elle est le premier violon de Charles Aznavour, Laurent Voulzy, Étienne Daho, Keren Ann, Brian Wilson, Vanessa Paradis, Mika, Woodkid, Gad Elmaleh, Damon Albarn.

Il y a eu aussi un premier projet personnel, en 1999, avec Keren Ann et Benjamin Biolay. Les trois artistes forment le groupe Shelby, dont l’album sortira chez EMI.

S’en suivra une autre rencontre décisive : Calogero. Depuis quelques années, il projette de créer un groupe. Ainsi naquit Circus. Karen en sera la violoniste et y posera aussi sa voix. Plus de cinquante concerts en France, un disque d’or, enchaînement d’émissions de télé et de radio, succès critique et public… Calogero le mentor lui met définitivement le pied à l’étrier dans le monde de la chanson.

Le disque, La fille idéale :karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

À l’heure de la remise en question artistique et de la prise de risque, c’est à un vieil ami qu’elle fait appel. Benjamin Biolay assurera la réalisation de son premier album solo. Pour les textes, elle fait appel à Élodie Frégé, Marie Bastide, David Verlant, Biolay aussi. Pour les musiques, elle s’adjoint l’aide de Keren Ann, de Stanislas, de Biolay encore.

Pour en faire ressortir le meilleur, c’est l’ingénieur du son Erwin Autrique (Vanessa Paradis, Charles Aznavour, Indochine…) qui mettra la touche finale au disque.

Résultat, un premier album dont Karen Brunon assure les arrangements et l’interprétation des parties de violon. La rythmique est pop, lourde, cadencée. La voix est là, tantôt en avant, tantôt considérée comme un instrument à part entière.

L’album est féminin, romantique, sensuel. La voix est chaleureuse, embrassante, abrasive.
C’est l’album d’une artiste qui a la chance exceptionnelle de ne pas faire de compromis, d’imposer et d’assumer ses choix quoi qu’ils lui en coûtent. C’est également l’album d’une vie bien remplie, où la musique n’est rien d’autre que l’expression du corps et du cœur.

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karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous décidé de faire du violon ?

Dans ma famille, tout le monde est musicien, j’avais donc, tous les instruments autour de moi. J’ai un cousin qui est violoniste et j’ai vite remarqué que cet instrument me plaisait, me fascinait et qu’il me touchait plus que les autres.

Vous avez fait une école de musique puis le conservatoire. J’ai l’impression que vous n’avez pas eu trop besoin de lutter pour vous faire remarquer.

Je n’ai jamais lutté, en effet. Les choses ont été assez fluides, mais j’étais très exigeante avec moi et j’ai beaucoup travaillé. Quand on étudie un instrument aussi intensément, quand on passe autant d’heures de travail, seule dans sa chambre, qu’on vit les concours (une perpétuelle pression), on apprécie les petites choses qui arrivent et qui te changent de ton quotidien ainsi que les gens qui se penchent sur ton berceau pour travailler avec toi.

Quand on a la base « classique » que vous avez et qu’on se met à travailler avec des chanteurs de variété, est-ce simple ?

Il y a juste plus de pressions et d’angoisses parce que, soudain, il y a ton nom sur la pochette. Quand on accompagne des gens, on n’est pas devant, mais on se met au service de quelqu’un. J’ai la chance, heureusement, de m’adapter à toutes sortes d’univers et de musiques. Passer d’Aznavour, à Pagny, Harry Connick Jr, Michel Legrand ou à Ray Charles, ça ne me pose aucun problème. Je trouve ça même très excitant le challenge de changer radicalement de son ou de vibrato. On ne joue pas de la même façon. Au fond, ce que j’aime dans ce métier, c’est la diversité et les prises de risques.

"Cordelia", en studio avec Gonzales.

Vous avez déjà participé à de nombreux albums, mais peut-on dire que La fille idéale estkaren brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor le plus important de votre vie ?

Sans doute, parce qu’il sort aujourd’hui et que j’aime bien l’instant présent. Ce sont les autres qui m’ont nourri pour faire celui-ci. Sans les autres, ceux que j’ai faits avec Benjamin Biolay, Karen Ann ou Calogero (Circus), celui-ci serait-il aussi abouti ? Je me suis aussi nourrie des albums auxquels j’ai participé en tant que violoniste. Je considère que j’étais dans un laboratoire pendant toutes ces années.

Observiez-vous tous ces artistes avec la perspective éventuelle de devenir chanteuse ?

Si je suis opportuniste, c’est dans le côté positif. J’ai rarement provoqué les choses, elles sont beaucoup venues à moi. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’elles sont venues tard, parfois (rires).

Mais, vous aviez envie de devenir chanteuse ?

Cette envie-là, je l’avais enfouie en moi depuis longtemps. Je me disais que c’était trop tard et surtout que c’était trop dur aujourd’hui. Le métier est de plus en plus difficile, alors, se lancer dans un métier comme ça…Les opportunités que la vie t’offre peuvent parfois te faire changer d’avis.

Vous êtes instrumentiste et vous travaillez énormément pour les autres. Cela permet-il de ne pas avoir trop de pressions quant à réussir ou non en solo ?

C’est évident. Mais, je ne veux surtout pas arrêter cette activité-là pour me lancer dans la chanson. J’aime mon métier et je n’ai pas du tout envie de l’abandonner. Ces deux manières de faire de la musique sont compatibles. Ce sont juste les emplois du temps qui sont plus difficiles à gérer.

"Rien", en studio avec Benjamin Biolay.

Benjamin Biolay a réalisé cet album. C’est un très bon arrangeur de cordes, mais pour les parties de violons, avait-il son mot à dire ?

Ah oui ! On a fait moitié-moitié sur les arrangements de cordes. Moi, je suis violoniste, mais arrangeur de cordes, c’est encore autre chose. Je l’ai déjà été, mais je n’ai ni son talent, ni son expérience. A ce propos, savez-vous que dans la tournée de Vanessa Paradis, il joue du violon ? Et très bien en plus ! Il sait vraiment tout faire, c’est extraordinaire.

Vous avez composé quelques morceaux vous-même.

J’ai composé « Une aventure », « La fille idéale », « Où je vais », « A fleur de peau » avec Benjamin, « l’amour en cage », « Rien », « Ta muse », « Tu ne sauras pas » et « Voilà » avec Karen Ann.

Par contre, vous n’écrivez pas les textes encore vous-même, il faut donc trouver des gens qui « parlent » en votre nom et qui écrivent bien.

L’album vient de sortir, mais il y a des chansons qui sont écrites depuis des années. Benjamin me connait depuis toujours, donc je n’avais pas de souci sur ce qu’il pouvait écrire pour moi. J’avais aussi envie d’auteure féminine qui parlent des femmes et que ce soit un peu sexy. Elodie Frégé est tombée à pic. J’ai toujours aimé son univers. C’est une auteure incroyable et il serait tant que le métier le comprenne.

Passez-vous du temps avec vos auteurs pour qu’ils vous connaissent un peu plus et saisissent ce que vous êtes ?

On passe beaucoup de temps à parler. Je leur explique les sujets qui me touchent et que je souhaite évoquer.

En studio, le duo Karen Brunon et Keren Ann dans "Le lieu du crime".

Le duo avec Keren Ann, c’était pour boucler une boucle commencée avec le groupe Shelby, que vous formiez avec elle et Benjamin Biolay ?

C’était impossible qu’elle ne soit pas sur mon album. Qu’elle chante avec moi « Le lieu du crime » est un cadeau du ciel. De toute manière, dans cet album, il y a tous les gens que j’aime, tous les gens avec lesquels j’ai commencé la chanson.

Sauf Calogero !

Parce qu’on a écrit nos deux albums en même temps. Il était très occupé. Il n’est pas là, mais il est là quand même. J’ai beaucoup appris de ma participation à Circus. Tous les autres membres du groupe m’ont donné beaucoup de conseils. Mais Calo a une telle expérience qu’on est obligé de l’écouter et de prendre un peu de sa force. Il est d’une rare générosité.

Clip de Circus, "Sur un fil".

Clip de Circus, "Chagrin d'ami".

Comment appelez-vous la musique que vous faites ?

Je ne sais pas. C’est délicat à qualifier. J’ai envie de mettre les mots « élégant », « féminin », mais n’est-ce pas trop présomptueux ?  C’est aussi un disque de variété, dans le sens où il est varié. Je m’en fous des étiquettes.

Votre clip « Où je vais » passe beaucoup à la télé. On vous y voit casser un violon. Y-a-t-il quelque chose de symbolique dans cet acte ?

Non, ce n’est pas pour dire que je casse ma vie passée. J’ai juste trouvé ça rigolo. Je n’ai pas ce côté protecteur par rapport à la musique classique. J’ai voulu dire : « On s’en fout ! Amusons-nous ! » La vie est un peu noire en ce moment, il faut bien que l’on prenne du bon temps et que l’on soit un peu léger et inconscient.

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Certains artistes travaillent beaucoup pour fuir la réalité. Est-ce votre cas ?

A un moment, peut-être, mais aujourd’hui, je pense être bien ancrée dans la réalité.

Après avoir été dans l’ombre de  nombreux artistes pendant longtemps, avez-vous ressenti le besoin d’être désormais « la » vedette ?

Je n’ai pas fait de la musique pour ça. J’ai toujours été bien où j’étais sur scène. J’ai eu une carrière très épanouissante jusqu’à présent, je n’ai donc aucune frustration. J’ai fait le tour du monde et j’ai travaillé avec de très grands artistes. Aujourd’hui, je veux simplement continuer à m’exprimer, mais peut-être en disant des choses plus personnelles.

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Après l'interview, le 2 octobre 2014.

Prochaines dates sur scène...

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