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20 octobre 2014

Garz : interview pour la sortie de Issues

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(Photo : Sacha Lenormand)

Je ne connaissais pas Garz. Pourtant, cela fait un moment qu’il traîne ces guêtres dans le monde musical français. Cela dit, l’homme n’a rien fait pour faciliter les choses puisqu’il a changé de nom à chaque projet. Et il en a eu… Difficile à suivre donc.

Aujourd’hui, Garz (diminutif de Matthieu Garczynski) semblerait être déterminé à se stabiliser. Il sort un album qui s’intitule Issues. La pochette est un labyrinthe. Symboliquement, on comprend qu’il s’agit ici d’évoquer les méandres complexes de la vie et la difficulté de choisir le bon chemin. Ce disque pop (tendance calme) est une auto-analyse, entre sincérité et humour, dans lequel, les quidams que nous sommes, se retrouveront souvent.

Le 16 septembre dernier, l’artiste est passé par l’agence afin de se présenter et évoquer ce subtil album plein de surprises.

(Toutes les photos, hormis celles prises à l'agence, sont signées Sacha Lenormand. Merci à lui.)

garz,issues,interview,mandorBiographie :

Auteur, compositeur et interprète, Garz, vogue depuis la fin des années 80 sur des musiques pop, rock ou new-wave, tandis que son écriture, intime et personnelle, exprime une forte quête d’identité et de sens.

En 2008, il créé sous ce nom une série de EP’s et travaille parallèlement pour le théâtre (compagnies Habaquq, Dodeka…) dont il compose les musiques de scène. Installé en Normandie depuis 2010, il reçoit le soutien d’acteurs culturels locaux (Conseil Général de la Manche, Comité d’aide aux groupes de Caen, Relais Culturel du Pays de la Baie du Mont Saint-Michel, SMAC Le Normandy à Saint-Lô) et se lance dans la réalisation d’un album avec Laurent Beaujour (co-arrangeur et réalisateur). Ensemble ils ont cherché une forme musicale pour chaque chanson et travaillé les arrangements en relation étroite avec les mots et les images des textes pour leur offrir un écrin pop, rock, country, blues, électro ou trip-hop et nous embarquer dans des univers denses, d’une grande intensité. L’album s’écoute alors comme un cheminement de pensées, d’émois et d’expériences.

Le disque :garz,issues,interview,mandor

Avec Issues, son nouvel album, Garz affirme ses thèmes de prédilection et leur trouve une issue/des issues… 

Chacune des dix chansons est une tentative de fuite, cherche, avec sincérité et humour, une échappatoire aux chagrins du jour, aux angoisses des nuits, au temps qui passe, invente une alternative à soi-même et part en quête d’un ailleurs.
Chez Garz la douceur des corps à corps est une réponse à ses questionnements, réponse amoureuse ou sensuelle. La nature aussi est une réponse, belle et chaude avec son peuple d’animaux étranges, ou bien le passé qu’il explore pour comprendre coûte que coûte de quelle étoffe il est fait, et la musique bien sûr dont il s’enivre…

garz,issues,interview,mandorInterview :

Tu es musicien depuis ta tendre enfance ?

Petit, j’ai voulu faire de la trompette, mais mes parents ont préféré que je fasse du hautbois. Plus tard, à 14 ans, j’ai commencé à vouloir composer au piano. J’ai ressenti un fort besoin de m’approprier la musique.

Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ?

J’ai fait du droit jusqu’à 24 ans. Mais, c’était plus fort que moi, je sentais que je ne pouvais pas devenir juriste, par exemple. L’idée de me lancer dans un métier normal me terrorisait. J’ai préféré vivre une vie de saltimbanque en choisissant de consacrer ma vie à la musique.

Tes parents t’ont-ils encouragé dans ce sens ?

Disons qu’ils ne m’ont pas empêché. C’est le fait que je souhaite devenir artiste qui n’est pas rassurant pour des parents. Comme ils avaient les moyens de m’aider s’il le fallait, ça s’est bien passé. Cela dit, même aujourd’hui, ils sont encore un peu inquiets.

Clip vidéo réalisé par Alban Van Wassenhove pour la chanson de GARZ "Quelqu'un d'autre (pas moi)" tirée de l'album ISSUES le 7 octobre 2014. Avec GARZ (Matthieu Garczynski)

C’est donc ton premier album sous le nom de Garz.

J’ai sorti un disque en 1998 sous le nom d’Oblomov. Il s’intitulait Rock de chambre. J’assume moyennement ce disque malgré le fait qu’il sa réalisation a été faite dans de bonnes conditions.

Ta carrière en tant que Garz a commencé en 2008.

Oui, mais c’est le prolongement de ce que je faisais avant. J’ai cette espèce de maladie de beaucoup changer de nom. J’ai un gros problème avec ça. Ca me vient d’une quête d’identité de soi-même, de « qu’est-ce qu’on fait de sa vie ? » J’ai toujours eu envie de changer d’identité, mais j’arrive désormais à me contrôler.

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Pendant l'interview.

La quête d’identité est le thème principal de tes nouvelles chansons, notamment dans « Garczynski ».

A travers cette chanson, j’ai essayé de comprendre d’où je venais. Au 19e siècle, la Pologne était occupée par les prussiens et les russes. Les polonais ont dû se battre contre les occupants, dont des membres directs de ma famille. Quand j’avais 7 ans, mes parents m’ont emmené en Pologne et ça m’a marqué. Quand on a un nom comme le mien, on s’interroge sur le passé familial.

De quoi te nourris-tu pour t’inspirer ?

Je me nourris de ce que je vis et ce que ressens. J’essaie de retranscrire dans chaque chanson une émotion différente.

Clip réalisé dans le cadre de Kino Caen 2014 par Denis Levrat sur une idée originale de Matthieu Garczynski (GARZ). Avec Anastasia Parquet. "Vous revoir" est extrait de l'album Issues.

Tu dis que ta musique est de la pop. J’y vois plus de la chanson.

J’ai une prédilection pour la pop, mais pas celle qui est sucrée et commerciale. De toute manière, le mot pop en musique rassemble large. Au fond, moi, ce qui m’importe, c’est la mélodie. Il faut qu’elle porte la chanson et qu’elle fasse passer mes textes plutôt graves de manières plus légères.

Ta première chanson date de 1987. Ca fait donc plus de 25 ans que tu écris. C’est difficile de se renouveler ?

Oui, c’est ça la difficulté principale. Je passe mon temps à écrire et jeter parce que je trouve que ce n’est pas assez original où que j’estime que j’ai déjà fait une chanson de  ce type-là. Je veux changer perpétuellement la forme et le fond. Je passe beaucoup de temps à tenter de résoudre cette problématique.

Malgré tes années de musique et d’expériences individuelles ou collectives, tu n’as pas encore une grande notoriété. Trouves-tu le temps un peu long ?

Je l’ai vécu de manière un peu chaotique jusqu’à il y a trois ans. J’ai compris qu’il fallait que j’arrête de faire les choses à l’arrache et j’ai su m’entourer. J’ai fini par comprendre que les choses ne marcheraient pas si je restais tout seul. Issues est le premier disque pour lequel je me suis donné un peu plus les moyens. J’ai trouvé les financements avant de l’écrire. A la base, je ne voulais plus enregistrer de disque. Me contenter de faire de la scène me suffisait. Dans ma région, la Normandie, on me répondait qu’il me fallait de l’actu. Parce qu’il y a un comité d’aide aux groupes qui existe à Caen, le directeur d’une salle dans laquelle je voulais jouer m’a poussé et aidé à remplir un dossier de subvention. On m’a donc attribué une petite somme d’argent et j’ai pu faire ce disque. J’ai voulu bien le produire, j’ai trouvé un réalisateur compétent et j’ai pris quelqu’un pour la promo.

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(Photo : Sacha Lenormand)

As-tu besoin de notoriété ?

De reconnaissance, plutôt. Je rêve d’avoir un public et de pouvoir partager les choses. Je veux être écouté en fait, ce qui est normal pour un artiste. 

Laurent Beaujour a coréalisé l’album.

C’est quelqu’un du Cargo, à Caen, qui me l’a présenté. Au début, je voulais juste faire un EP, mais le travail avec lui m’a tellement plu qu’on a fait un album. Comme je ne sais pas s’il y en aura d’autres après, j’ai mis tout ce que je suis et tout ce que je sais faire. Ce disque résume tout ce que j’ai pu faire avant, mais en mieux.

Tu te livres franchement dans Issues. Es-tu pudique dans la vie ?

Ca dépend du contexte. Je peux être pudique quand je ne connais pas du tout les gens, mais en privé, je ne le suis pas trop. Je peux même être assez trash (rires). Même sur scène… j’ai fait des cochonneries.

Bien que je ne te connaisse pas dans la vie, je ne te vois pas comme ça.

J’ai deux facettes. Un côté un peu imagé, littéraire, poétique et un côté trash, brut, plus direct. Il m’est arrivé de réunir ses deux aspects de ma personnalité et artistique. Pour ce disque, j’ai choisi la profondeur plutôt que la provocation.

"En dormant", une chanson tirée de l'album Issues et des images de GARZ (aka Matthieu Garczynski).

garz,issues,interview,mandorTu te sens proche de quels artistes ?

Dans ceux d’hier, l’Etienne Daho des années 80. Et dans ceux d’aujourd’hui, j’aime bien Bertrand Belin et principalement son album Hypernuit. Cet album m’a donné envie d’en refaire un. J’aimais bien aussi Les créatures de Philippe Katerine. C’est à la fois, poétique, décalé et élégant. J’aime bien aussi Albin de la Simone.

Tu attends quoi de la sortie de ce disque ?

Je ne sais pas où cela va me mener. J’ai peur de l’après. Est-ce que cela va me permettre de passer un cap, trouver des partenaires, de pouvoir faire un autre disque ? Si, ça n’évolue pas, je n’aurai pas le courage de recommencer.

Le titre de cet album a une signification précise, je suppose.

Je me suis demandé ce que pouvait relier toutes les chansons. Je me suis soudain rendu compte que toutes les chansons parlaient de fuites. Issues m’est venu assez rapidement. C’est un mot concret et en même temps abstrait. Un peu comme je suis et comme sont mes chansons.

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Le 16 septembre 2014, après l'interview.

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