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30 septembre 2014

Vincent Brunner : interview pour Platine

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J’ai travaillé avec Vincent Brunner dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Un vrai journaliste rock qui savait de quoi il parlait (ce qui n’est pas systématique). Je suis donc de près ses publications littéraires. Je l’ai déjà mandorisé pour un livre sur Jimi Hendrix. Cette fois-ci, il sort son premier roman. Platine est un livre « jeunesse ». Bien, le jeune que je suis a donc beaucoup apprécie lire ce livre sur la transmission, le travail de deuil, la musique rock, l’amour, l’amitié… notamment.

Le 10 septembre dernier, Vincent est venu me voir à l’agence…

vincent brunner,platine,interview,mandorRésumé :

Eva est en seconde. Elle ne vit que pour la musique, le rock. Un jour, ses grands-parents lui confient un sac de vieux disques vinyles ayant appartenu à son père biologique, décédé juste avant sa naissance. Bouleversée par ces disques, elle est exclue trois jours de son lycée après avoir agressé l'une de ses camarades. Trois jours qui lui permettent de réfléchir et de comprendre que ce père, dont elle partage la passion de la musique, fait bien partie d'elle et qu'elle doit accepter d'en faire le deuil.

L’auteur :vincent brunner,platine,interview,mandor

Vincent Brunner est journaliste, spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique des Rolling Stone pendant trois ans et a écrit plusieurs ouvrages sur des chanteurs, notamment En quarantaine, avec/sur Christophe Miossec (Flammarion) et Bob Dylan au-delà du mythe (City).

Il est co-créateur de Tout est vrai (ou presque), diffusé sur Arte tous les soirs à 20h45.

Actuellement, il écrit sur la musique pour divers magazines (VSD, Spray, KR Homestudio, Beachbrother, Snatch).

vincent brunner,platine,interview,mandorInterview :

Ce livre est ton premier roman. Pourquoi un roman jeunesse ?

Concernant Platine, je n’avais pas anticipé le fait qu’il soit dans une collection jeunesse. En fait, j’avais écrit un roman mettant en scène un détective, un peu pastiche. Je l’avais fait lire à Gaëlle Lassée, éditrice chez Flammarion, avec qui on a fait Rock Strips et Sex & Sex & Rock & Roll. Elle l’a passé à une de ces amies, Céline Vial, qui travaille dans la même maison d’édition, mais à la jeunesse. Elle n’a pas pris le roman parce qu’elle considérait qu’il n’était pas pour cette tranche d’âge, mais elle m’a indiqué qu’elle en cherchait, notamment autour de la musique. Alors que je discutais avec elle au téléphone, j’ai trouvé le pitch immédiatement… ensuite, ça m’a demandé deux ans de travail.

Incorrigible que tu es, du coup, dans ce roman, tu leur communiques une certaine culture rock.

Même si je me suis efforcé de mettre aussi des groupes de « mauvais goût ». Eva est une grande fan de My Cheminal Romance, qui n’est pas un groupe jugé noble par la critique, loin de là. J’ai essayé de me mettre à la place d’une jeune fille de 16 ans, même si c’est difficile. Qu’est- ce qu’une gamine peut écouter comme rock’n’roll ?

L’étiquette « roman jeunesse » est parfois lourde à porter. Disons qu’on n’a pas le même public.

Je connais plein d’illustrateurs qui font des albums pour la jeunesse. J’ai lu des livres qui sont sortis dans la collection Tribal, j’ai pu constater que livres pour la jeunesse ne signifient pas puérils, au contraire. Je suis dans une collection qui frise le « jeune adulte ». Joann Sfar a bien démontré que ce n’est pas parce qu’on parle à des enfants qu’il faut les prendre pour des débiles. Comme j’ai choisi la première personne pour raconter, ma peur principale était d’être à 10 000 années-lumière du langage des jeunes d’aujourd’hui.

Est-ce compliqué de se mettre dans la peau d’une jeune ado?

Je me suis lancé dans un jeu de rôle. Ce dialogue intérieur d’Eva n’a pas été la principale difficulté. Dans le travail d’écriture, il y a eu quelques réaménagements par rapports à certains comportements des parents. J’ai eu presque plus de mal à les faire agir et parler de manière crédible. Je m’inquiète sur mon cas, parce que j’ai eu plus de facilité à trouver la voix d’Eva… et, ça ne t’as pas échappé, je n’ai rien d’une jeune fille de 16 ans.

Tu te demandes si tu n’es pas plus un ado qu’un adulte ?vincent brunner,platine,interview,mandor

Je n’ai pas d’enfant. Je dois être plus proche, de par mes goûts et mon mode de vie, d’un ado qu’un adulte.

Ton héroïne, Eva est un peu énervante comme ado, non ?

On me le dit souvent. En même temps, sa mère n’est pas exempte de reproches. Elle est un peu folle. Il n’y a que son beau-père, Richard, qui est normal et gentil. Mais bon, Eva progresse dans le livre.

Toi, tu as aimé tes années lycées ?

Je n’ai pas détesté. J’étais sociable. J’avais une vie et des copains, mais j’avais déjà la musique qui prenait beaucoup de place. Je n’avais pas les goûts de la majorité alors, je m’adonnais à cette passion en solo. J’écoutais bien sûr beaucoup de rock, mais aussi pas mal de rap.

Il est question de vinyles dans le livre.

Je trouvais intéressant ce passage de relais entre deux générations de mélomanes. Aujourd’hui, les gamins ont leur MP3. Ils s’échangent les disques par fichiers ou par clé USB. A l’époque, il y avait une magie avec les vinyles, mais Eva, elle n’en a rien à cirer. Nous, on écoutait les chansons en regardant les paroles et la pochette, aujourd’hui, les gens écoutent une chanson plus qu’un album en intégralité et se foutent de l’emballage.

My Chemical Romance: "Na Na Na".

J’ai vu circuler sur internet une playlist basée sur les références musicales de ton livre.

Ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. Ce sont les gens de Shut Up and Play The Books qui ont fait ce travail. Ils ont fait ça de manière exhaustive et c’est génial. Toutes les chansons sont dans mon livre.

Écris-tu en musique ?

Oui, souvent. J’ai écrit Platine souvent le soir et écouter du rock permet de garder une dynamique et de rester dans l’énergie.

Quel plaisir a le journaliste que tu es à écrire un roman ?

Le plaisir de développer des personnages et qu’ils finissent par exister chez les gens. C’est jubilatoire d’avoir son théâtre de marionnettes. En fait, dans ma vie professionnelle actuelle, je suis de moins en moins journaliste et de plus en plus auteur. Je vais essayer d’impulser plus de projets dans la fiction.

Dans ta jeunesse, tu aimais le rock et la BD. C’est formidable, parce que tu en as fait ton métier…

Ce que j’aimerais devenir aussi, c’est scénariste de bande-dessinée. J’essaie de concrétiser.

Tout est vrai (ou presque) : Johnny Cash.

Parle-nous de la pastille d’ARTE dont tu es l’un des trois créateurs avec le réalisateur Udner et Chryde, Tout est vrai (ou presque), qui est diffusée tous les soirs à 20H45.

C’est une biographie en trois minutes de personnalités très connues vu par des petits objets. Je dirige le pool des auteurs. Je coécris avec une petite dizaine d’auteurs les 40 épisodes  et Udner intervient après. C’est une superbe expérience… le rythme est soutenu mais on s’amuse beaucoup.

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Avec Vincent Brunner, après l'interview, le 10 septembre 2014.

27 septembre 2014

Grégoire Delacourt : interview pour On ne voyait que le bonheur

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DSC09198f.JPGDeuxième interview/mandorisation de Grégoire Delacourt (voir la précédente pour La première chose que l’on regarde). Son nouveau livre, On ne voyait que le bonheur, fait beaucoup parler de lui, car l’auteur a modifié sensiblement son écriture. Elle est peut-être un peu plus grave, profonde… disons, un peu moins légère. Quitte à déstabiliser ses lecteurs habituels. Un auteur a besoin d’évoluer, de « capturer » de nouveaux lecteurs, de se prouver qu’on peut sortir de ses habitudes littéraires, même si elles ont fait leur preuve. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé à sa rencontre dans un hôtel de la capitale. C’était le 25 juillet dernier.

(Après l’interview publiée, je vous propose un petit bonus. Nous revenons notamment sur les déboires qu'il a eu avec la comédienne Scarlett Johansson.)

(J'en profite aussi pour annoncer que j'animerai un café littéraire avec Grégoire Delacourt le 27 mars prochain à la Ferme Pereire d'Ozoir-la-Ferrière).

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Bonus mandorien :

Vous écrivez : « Grandir, c’est comprendre qu’on n’est pas autant aimé que ça »…

Ça correspond aussi à l’idée que je suis devenu orphelin en écrivant le livre. Ma mère est décédée quand j’ai écrit L’écrivain de la famille et comme je vous l’ai dit tout à l’heure, mon père est mort quand je venais de finir celui-ci. Je me suis dit que plus personne ne va m’aimer de cet amour-là. De cet amour d’enfant. De cet amour qui nous a fait grandir. Je crois qu’on n’a pas tant aimé que ça, parce que les gens nous quittent.

Pourquoi ce titre, On ne voyait que le bonheur ? J’aurais tendance à dire « On ne voyait que le malheur ».

Dans les albums photos, il n’y a que des clichés de gens heureux. On ne veut voir et montrer que le bonheur. On ne voit que ça parce que ça nous arrange. Derrière certaines photos, en fait, ça gronde. Il n’y a jamais de photos où le malheur est présent. Vous avez déjà vu une maman qui crie ou un papa qui casse un verre de rage? On ne montre que les jolies choses. Avec ce titre, j’ai voulu montrer qu’une famille, c’est une grenade qui peut se dégoupiller malgré les sourires et les apparences. Dans notre société, on se doit d’être une famille heureuse. La pub, les films et les contes de fées racontent ça. Il n’y a pas que le bonheur dans notre monde.

grégoire delacourt,on ne voyait que le bonheur,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorJe vais terminer avec l’affaire Scarlett Johansson. Elle a attaqué conjointement les Éditions Lattès et vous pour «violation et exploitation frauduleuse et illicite de son nom, de sa notoriété et de son image, au mépris de ses droits de la personnalité pour les besoins de la commercialisation et de la promotion d'un ouvrage qui contient de surcroît des allégations attentatoires à sa vie privée ». La comédienne a réclamé ainsi la somme de 50.000 euros de dommages et intérêts et l'interdiction de la cession des droits de reproduction et d'adaptation de l'ouvrage, ainsi que de toute utilisation de son nom. Ça s’est bien terminé pour vous puisqu’elle a été déboutée de toutes ses demandes (mais obtient néanmoins 2500 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée), mais vous avez été touché ?

Ça m’a touché parce que c’était un livre bienveillant autour d’elle. Moi, je rêvais d’aller plus loin avec elle, en faire un film et qu’elle le réalise. J’ai été un peu blessé parce que ça a été le contraire qui s’est produit. Je ne suis pas sûr qu’elle ait lu le livre parce qu’il n’est pas sorti en anglais. On a dû lui rapporter des choses malveillantes. C’est une fille qui souffre qu’on la prenne pour elle, je ne comprends pas qu’elle attaque ce livre. Dans cette société, je trouve toujours suspect qu’on attaque, des artistes. Je n’ai rien dévoilé d’intime et il n’y a aucune information négative. De plus, je ne raconte pas son histoire. Ça a duré un an avant d’avoir le verdict.

Ca parasite un peu l’esprit, j’imagine.

Je suis étanche par rapport à ça, mais je trouve que c’est embêtant pour l’éditeur.  Elle avait des demandes tellement extravagantes. Elle a interdit les traductions, la possibilité de faire un film… ça bloquait aussi les pays qui voulaient acheter le livre, l’Angleterre, notamment, qui attendait le verdict. Scarlett n’a pas gagné, moi, je n’ai pas gagné...  c’est le livre qui a gagné. Tout le reste, c’est de la broutille. J’ai reçu beaucoup de courriers, de mots, de coups de fil d’écrivains qui étaient ravis de l’issue du procès. Ça conforte beaucoup de monde dans leur liberté, tant qu’elle n’est pas malveillante, de pouvoir se nourrir de la réalité. L’épisode est clôt. C’est beaucoup de bruit pour rien.

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Après l'interview, le 25 juillet 2014, à l'Hôtel Amour.

26 septembre 2014

Maladroit : interview pour Old & Poor

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorSur ce blog, j’aime varier les plaisirs, aller là où on n’attend pas Mandor. Ainsi, j’accueille les deux chanteurs d’un groupe de punk-rock, MALADROIT. Bien sûr que leur musique n’est pas ma tasse de thé. Mais dans le genre, ce sont deux des meilleurs chanteurs/musiciens. Till Lemoine (chanteur de Guerilla Poubelle) et Olivier Portnoi (chanteur des Dead Pop Club, déjà mandorisé en 2010) ont accepté de prendre une bière avec moi le 28 août dernier, histoire qu’ils me parlent de leur groupe et de leur nouveau disque, Old & Poor.

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorBiographie officielle :

Side projet activé par des membres de Guerilla Poubelle, Dead Pop Club, Crossing The Rubicon et Marxmallows, MALADROIT a donné plus de 250 concerts depuis 2009, aussi bien en France, Allemagne, Hollande, Angleterre, Ecosse, Belgique qu'au Canada et aux Etats-Unis. Son pop punk accrocheur, ses solos à un doigt, ses oh oh oh et ses chansons de filles pour les garçons (à moins que cela ne soit l'inverse) lui ont permis de  jouer au Fest à Gainesville en Floride, (festival punk rock de référence), par deux fois au Pouzza Fest à Montreal et de partager la scène avec Dear Landord (US), Murderburgers (Ecosse), Off With Their Heads (US), Dead To Me (US), The Apers (Hollande), Priceduifkes (Belgique), Sainte Catherines (Québec), Against Me! (US), Masked Intruder (US), Brixton Robbers (Québec), Charly Fiasco (Fr), Fortune Cookie Club (Québec) et plein d'autres.maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Le dernier disque de MALADROIT est OLD & POOR

OLD & POOR : Pour fêter les 5 ans de MALADROIT, voilà une compilation CD des tous les titres du groupe éparpillés et jusqu'à présent uniquement disponible en vinyle sur des singles, des splits EP, des compiles, des vidéos de voyage en tapis volant. En bonus un nouveau titre 100% inédit "I Wanna Kill Zombies With You".

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorInterview :

Till, tu es l’initiateur du groupe ?

Till : Non, on a décidé la création de ce groupe avec Olivier il y a cinq ans. On déjeunait ensemble au moins une fois par semaine et un jour l’idée nous a traversé l’esprit. C’est parti comme un projet annexe. Tous les membres de Maladroit jouent dans d’autres groupes qui restent leur priorité.

Olivier : Ce qui nous a incités à faire groupe commun, c’est justement l’envie de jouer avec d’autres gens que les « habituels » et de s’essayer à autre chose musicalement. De plus, on avait tous du temps de libre.

Till : Il est vrai que le groupe principal dans lequel je joue, Guerilla Poubelle, était plus en stand-by que d’habitude. Au lieu de faire une centaine de dates par an, on n’en faisait plus que quarante.

Vous vous êtes connus comment les uns les autres ?

Olivier : La musique que l’on joue fait partie d’un petit monde musical. La scène punk, c’est un peu une niche, donc, du coup, quand on va voir des concerts, on rencontre toujours les mêmes personnes. Tout le monde se connait depuis longtemps. On s’est tous vu en sur scène maintes fois.

Le clip le plus Mila Kunis.

Du coup, il n’y a pas un « gros » public pour le genre musical que vous jouez.maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Till : Je trouve qu’il y a suffisamment de gens qui viennent nous voir pour nous permettre de nous éclater sur scène.

Olivier : Si le public de Maladroit est petit, dans plein de villes, il existe quand même, donc ça nous permet de jouer partout. Même s’ils ne sont pas très nombreux, ils sont intéressés par ce que l’on fait.

Aujourd’hui, Maladroit est plus connu que vos groupes respectifs ?

Till : Ca dépend desquels.

Dead Pop Club et Guerilla Poubelle par exemple, dont vous êtes les deux chanteurs…

Till : Dead Pop Club et Guerilla Poubelle sont largement plus connus que Maladroit. Ils sont plus anciens et surtout, ils sont connus des gens qui écoutent du punk rock.

Olivier : Je ne suis pas sûr que les gens qui écoutent Maladroit connaissent Dead Pop Club. Le public de Maladroit est nettement plus jeune.

Till : J’ai vu des jeunes qui sont venus pour te parler de Dead Pop Club.

Olivier : Guerilla Poubelle est hors catégorie puisqu’il est l’un des plus gros groupes de punk rock français depuis quelques années. Il ramène vraiment beaucoup plus de monde que nous. Ce n’est pas comparable. Till revient justement d’une tournée nord-américaine de cinq semaines avec Guerilla Poubelle. Ça lui arrive souvent de revenir d’une longue série de concerts avec Guerilla et d’enchaîner sur d’autres dates avec Maladroit. Parfois, il jongle.

Le clip le plus iPhone.

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorTill, quand tu passes d’un groupe à l’autre, tu t’y retrouves vite ?

Till : Ce n’est pas comme coucher avec ta femme et dire le nom de ta maîtresse. Tu sais très bien là où tu es.

Olivier : Moi, je trouve ça même super plaisant. Ça ne m’était jamais arrivé de passer d’un groupe à l’autre et je trouve ça assez fun de switcher. Ça change complètement. Ce ne sont pas les mêmes personnes et ce n’est pas la même dynamique musicale, mais c’est agréable.

Till : En général, en tournée, tu passes 30 minutes par jour à faire de la musique, les 23h30 qui restent, tu les passes avec les gens avec qui tu es en tournée.

Olivier : Assis dans un camion, assis près des loges ou assis dans un bar.

Till : C’est ce temps « vide » entre les concerts qui est cool à occuper avec des potes.

Avec Maladroit, vous chantez en français et en anglais. Moi qui connais bien Olivier, je suis surpris de l’entendre chanter dans la langue de Molière.

Olivier : Pour la petite histoire, la première fois que j’ai chanté en français, c’était sur le deuxième album de Guerilla Poubelle. J’étais curieux de le faire parce que je commençais à bien connaître Till et nous nous entendions bien. C’est con à dire, mais ce n’était pas facile pour moi, alors que le français est ma langue natale. Ayant grandi en Californie, ce n’est simplement pas ma culture musicale de départ. Tu ne chantes pas de la même façon en anglais qu’en français. En anglais, c’est plus naturel pour moi. De plus, je suis incapable d’écrire un seul texte en français.

Pour toi, Till, pas de souci, parce qu’avec Guerilla Poubelle, ce ne sont que des textes en français.

Je suis à l’aise dans les deux langues. Dans Maladroit, on chante beaucoup plus en anglais. C’est le style du cahier des charges que nous nous sommes imposés qui veut ça.

Le clip le plus touristique et tapis volant.

C’était quoi votre cahier des charges, précisément ?

Till : Faire un truc à deux chanteurs. Toutes les chansons sont chantées à deux. Musicalement, on voulait faire des trucs pop punk à l’ancienne, genre les Screeching Weezel, Queers et les Ramones ou plus récemment Dear Landlord, Off With Their Heads, Teenage BottleRocket. On se revendique de cette école-là.

Olivier : Nous jouons une musique assez simple, très instinctive, souvent composée assez vite et qui a une idée principale. Les morceaux sont très courts, pas plus de deux minutes, donc la mélodie doit être simple et efficace. Une idée, une mélodie, un morceau… c’est notre credo.

Till : On est instinctif et on adore écrire des chansons très vite.

Ça veut dire que les textes n’ont pas grandes importances ?

Till : Non, mais il faut que ce soit une évidence. Si au bout d’un quart d’heure, elle ne fonctionne pas, c’est que n’est pas une bonne chanson.

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Jean-Louis Murat, que j’ai interviewé ce matin, m’a dit que lui, si au bout de quatre heures la chanson ne marchait pas, il l’abandonnait. Vous, c’est quinze minutes…

Olivier : Till est particulièrement rapide. Moi, je mets une heure de plus (rires).

Till : C’est tellement infini le nombre de chansons que tu peux écrire, le nombre d’idées que tu peux avoir…

Olivier : Avec Maladroit, nous n’avons aucune prétention musicale ou textuelle, mais ce n’est pas pour ça que c’est bâclé. 

Till : On ne se prend pas au sérieux, mais on fait les choses sérieusement.

Vous n’avez pas l’air de vous prendre la tête en tout cas.

Till : Il manquerait plus qu’on s’emmerde. Maladroit, c’est notre groupe d’à côté, donc on ne veut en tirer que du plaisir.

Olivier : Avec nos groupes principaux, on va mettre plus de temps à faire nos morceaux et à faire des disques. On se pose beaucoup plus de questions. Maladroit, on l’aborde de façon plus fun et légère.

Till : Il y a trois chansons sur notre premier 45 tours. A la base, il y en avait seize. On en a jeté treize pour ne garder que les meilleures.

Le clip le plus Natalie Portman et acoustique.

Votre nouveau disque Old & Poor réunit tous vos 45 tours.maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Till : Il y a aussi des inédits et des raretés que l’on ne trouvait que sur des compils.

Olivier : C’était bien de les réunir parce que tout le monde n’a pas de platine vinyle et n’achète pas forcément des 45 tours.

Till : Et les vieux disques de Maladroit sont épuisés.

Vous ne faites que des 45 tours, jamais  de CD single ?

Till : On ne fait que du vinyle pour les petits formats. C’est un choix.

J’adore vos clips. Ils sont tous originaux.

Olivier : Ce n’est même pas calculé. Ce sont souvent des clips improvisés.

Till : Quand on a l’idée, on est souvent tous ensemble, alors on le fait immédiatement avec les moyens du bord. Si on ne le fait pas tout de suite, on ne le fait jamais.

Olivier : Finalement, c’est aussi rapide que la composition de nos morceaux.

On les achète où vos disques ?

Olivier : A la fin des concerts et sur internet. Till s’occupe d’un label qui s’appelle Guerilla Asso et qui existe depuis plus de onze ans. Ce CD de Maladroit est la 136e sortie du label.

Le clip le plus on attend un membre de Maladroit qui n'arrive pas.

Vous avez fait pas mal de concerts à l’étranger ?

Till : On a joué au Canada, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Autriche, en Angleterre, en Hollande et en Belgique…

Olivier : Je suis surpris de la facilité que l’on a, pour un petit groupe comme le nôtre, d’aller à l’étranger.

Till : Avec Maladroit, nous sommes dans une scène qui est relativement internationale, contrairement à Dead Pop Club, même si vous chantez en anglais.

Olivier : A l’étranger, ce qui les intéresse chez nous, ce n’est justement pas nos chansons en anglais. Ils préfèrent les chansons en français, ça les fait beaucoup plus marrer. Aux Etats-Unis, Maladroit à un côté « exotique ». La plupart du public américain n’a jamais entendu quelqu’un chanter en français.

Till : Je vais plus loin, la plupart du temps, c’est même la première fois qu’ils voient un groupe français.

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La scène punk rock en France, ça représente combien de groupes en France?

Olivier : C’est une scène underground, un peu sous-terraine. C’est difficile de quantifier.

Till : Des groupes qui tournent comme nous, il y en a des centaines. C’est très vivace.

Olivier : C’est ce qui m’avait plu dans le punk rock au début. Le côté immédiat. Tu es près de chez toi, tu peux aller dans un bar, une petite salle de spectacle, et tu vois un groupe. Les types sont comme toi et, du coup, ça te donne envie de faire la même chose. Il y a un côté « proximité » très différent des groupes de rock « classiques » qui jouent dans de vraies salles, de vrais réseaux.

C’est rare un groupe avec deux chanteurs. Il y a une rivalité ou une émulation ?

Olivier : On fait partie d’une scène où c’est assez courant.

Till : On est dans le partage. Et on sait rapidement quelle partie est idéale pour l’un ou l’autre.

Olivier : Il n’y a aucune compétition entre nous.

Till : A la fin du concert, je n’ai pas l’impression d’avoir chanté. J’ai l’impression d’avoir fait les chœurs, alors qu’on a chanté à l’identique. Juste, on s’appuie l’un sur l’autre.

Olivier : Il y a vraiment une émulation. On se tire mutuellement vers le haut. Ou le bas, c’est à voir (rires).

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Après l'interview, avec Till Lemoine (à gauche) et Olivier Portnoi (à droite), le 28 août 2014.

24 septembre 2014

Bertrand Guillot : interview pour Sous les couvertures

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bertrand guillot,sous les couvertures,interview,rue fromentin,mandor,openmagBertrand Guillot est une des plus intéressantes fines plumes des Lettres françaises actuelles. Outre le fait que je connais le jeune homme depuis quelques années, j’ai toujours été admiratif de son style. Écriture élégante, subtile, souvent drôle, Bertrand à l’art de faire mouche à chaque phrase... tout en délicatesse. Je suis heureux de l’avoir interviewé (le 20 août dernier) à l'occasion de ma première collaboration avec le journal OPENMAG. Je l’ai déjà mandorisé trois fois et c’est toujours un réel plaisir de passer du temps avec lui pour évoquer son amour de la littérature et son œuvre.

Bertrand Guillot écrit dans son nouveau livre Sous les couvertures : « Et si le grand livre, c’était celui devant lequel le lecteur se sent tout petit ? »

Et si le grand auteur actuel, c’était lui ?

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Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur! 

Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

L'auteur :

Bertrand Guillot est l'auteur de quatre ouvrages : le roman Hors-jeu (Le dilettante, J'ai Lu),  B.a, ba (Editions rue fromentin), son livre-reportage sur l’illettrisme et Le métro est un sport collectif (Editions rue fromentin), recueil de chroniques consacrées au métro parisien. Avec Sous les couvertures, il s'attaque au conte pour en faire roman d'une rare originalité.

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(Photo : Marie Planeille)

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Pendant l'interview.

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Après l'interview, le 20 août 2014.

18 septembre 2014

Richard Gaitet : interview pour Découvrez Mykonos hors saison

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(Photo : Blaise Arnold)

Crédit photo  Marie Planeille.jpgSon émission Nova book box est le juke-box littéraire de Radio Nova. « Une machine à lire qui balance des morceaux de littérature aussi variés, exigeants et inattendus que la playlist musicale de la station… » Du lundi au jeudi, de 22h à minuit, Richard Gaitet feuillète essais, romans, recueils de poèmes, BD et autres curiosités.

Il n’est pas qu’un excellent journaliste/animateur radio, il est également l’auteur de deux livres : Les heures pâles parues aux éditions Intervalles en septembre 2013 (sous le pseudonyme de Gabriel Robinson) et plus récemment, fidèle au même éditeur, Découvrez Mykonos hors saison.

Et c’est cette facette-là de sa vie professionnelle qui m’intéresse.

Richard Gaitet fait aussi parti d’un groupe de jeunes écrivains qui sont amis et qui se réunissent souvent. François Perrin, Bertrand Guillot, Guillaume Jan, Julien Blanc-Gras et Richard ne souhaitent pas former un groupe, ni une école, mais ils se trouvent des affinités littéraires et amicales. Et ils gèrent le Prix de la Page 111. Tous de bons vivants et de bons écrivains. Les noms importants de la littérature de demain. A mon avis.

Le 19 août dernier, Richard Gaitet est venu à l’agence pour une très longue interview.

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Mykonos, en Grèce.

Attirant chaque année près de 400 000 visiteurs, ce petit port paisible des Cyclades devient de mai à septembre un Eden touristique généreux en plaisirs universels (soleil, danse, fête, feta). Mais en mars ? Y-a-t-il seulement un club ouvert après minuit ?

Au hasard d’errances alcoolisées dans des rues blanches et désertes, deux pieds nickelés vont provoquer les dieux sans le savoir...

Entre fantaisie et comédie, cette épopée éthylique endiablée convoque aussi bien l’humour grand-guignolesque d’Hunter S. Thompson que l’art du mystère de la série Lost.

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Critiques :

Frédéric Beigbeder, Le Figaro Magazine :

 « Un pamphlet hilarant contre l’illusion hédoniste (...) Le passé pèse lourd, la crise économique n’en finit pas, seule la poésie nous venge de nos malheurs... et c’est ainsi qu’un séjour raté en mer Egée peut donner un petit bijou d’humour et de concision. »

Grazia :

« Un récit drôlissime (...) L’important quand on rate quelque chose, c’est de le faire en beauté. »

Libération :

« Un premier roman haletant où le lecteur aura toutes les peines du monde à démêler le vrai du faux et les visions d’ivrogne des véritables phénomènes surnaturels. » Sara Guillaume,

Daniel Fattore :

« Un anti-guide touristique (...) Amusant et plein de faconde hyperbolique (...) Atypique et rafraîchissant. »

François Perrin, TGV Magazine :

« Entre farce et thriller ésotérique, une passerelle est lancée. »

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Interview :

Raconte-moi ton parcours professionnel depuis que tu es arrivé à Paris.

Je suis arrivé en janvier 2004 à Paris pour travailler à Technikart. Ça a commencé par un stage de six mois qui s’est transformé en job de pigiste pendant deux ans et demi. Parallèlement, j’ai rencontré la journaliste qui a monté Standard, Magali Aubert. J’ai écrit deux papiers, puis elle m’a proposé de codiriger la rédaction. On a repensé ce trimestriel de culture et mode ensemble. Je me suis arrêté l’année dernière, mais j’ai fait ça pendant huit ans et demi. C’est le magazine à travers lequel s'est consolidée mon amitié pour François Perrin, Julien Blanc-Gras, Bertrand Guillot et Guillaume Jan. A Standard, j’ai compris mon rapport à l’information. Ça m’a aidé à me cultiver et à continuer à me nourrir de livres, de disques et de films. Comment bien en parler, aller en profondeur dans des dossiers thématiques ou de longues interviews… c’était une belle et très agréable éducation à l’information.

Pendant ce temps-là, tu as été aussi veilleur de nuit dans un hôtel deux étoiles du côté de la Madeleine.

Très peu de temps après, j’ai bossé à TPS Star. J’étais la « speakerine » de cette chaîne. Je présentais le film du soir pendant une minute trente. J’avais 100 % carte blanche. Je pouvais expliquer que le film n’était pas bien, mais qu’à un moment, il y avait une scène qui valait le coup.

Ensuite, tu as écrit deux ans pour le journal des abonnés de Canal+.

C’était très confortable parce que cela me demandait une semaine de travail par mois pour dire que le casting des films programmés était en béton armé et que la réalisation était virtuose. Ensuite, j’avais trois semaines avec un salaire assez confortable pour faire Standard.

Puis il y a l’aventure Nova...

Au printemps 2011, je reçois un coup de fil de cette radio qui cherchait de nouvelles voix masculines. Plusieurs personnes chez eux lisaient Standard et, par ailleurs, ils avaient eu vent de mon côté « cabot ». On m'a proposé de chroniquer des films. J’en ai fait quatre qui sont bien passées à l’antenne. Je suis ensuite parti avec eux couvrir le Festival de Cannes. Au retour, le directeur des programmes m’a dit qu’il avait bien aimé ce que j’avais fait. Il m’a proposé de lui suggérer de nouvelles idées d'émissions. Je lui ai soumis une dizaine de concepts qui ont tous été refusés. Et puis, un week-end à l'antenne, j'ai commencé à faire des parallèles entre la littérature et la musique. Si je dois désannoncer une chanson qui parle de rupture, est-ce que, dans ma bibliothèque, il y a une scène de rupture d'un livre que j’aime et dont je pourrais lire un paragraphe ou deux ? Après réflexion, le directeur des programmes m’a proposé d’animer du lundi au jeudi, de 22 heures à minuit, une sorte de "juke-box littéraire", qui est devenu la "Nova Book Box".

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C’est une sacrée belle école !

Je n'ai aucune obligation de suivre et de commenter l’actualité littéraire. Il faut que ce soit « le grand mix de Nova » adapté à la littérature, c’est-à-dire à toutes les époques,à tous les pays et à tous les styles, à partir du moment où ce que je lis à l'antenne correspond à Nova. Cette émission m’apporte un enrichissement extraordinaire. C’est une éducation personnelle et une formation intellectuelle permanente. Je poursuis ce que l’école ne m’a pas apporté à travers les films, les disques et les rencontres.

Te moques-tu parfois de certains auteurs ?

Non. Nous sommes dans une période de surproduction culturelle, il y a trop d’œuvres qui sortent. Quand il y a un livre-phénomène dont tout le monde parle qui me tombe des mains, je peux éventuellement en parler en des termes peu flatteurs, mais très rapidement, j’incite les auditeurs à lire autre chose. Les critiques négatives restent anecdotiques dans mon travail à Nova.

Quand on parle de livres tousles jours, qu’on est critique littéraire, est-ce que l’on flippe d’écrire et de publier des livres soi-même ?

Je ne suis pas critique littéraire. J’ai trop d’admiration pour ce travail. L'un des journalistes historiques de Nova, Rémy Kolpa Kopoul, grand passeur de musiques du monde, se définit comme « connexionneur ». Il établit des connexions entre les styles et les époques, entre autres. J’aime bien cette manière d’envisager son travail. Moi, je fais aussi des passerelles ou des collisions entre la musique et la littérature. J’aime lire des textes issus de « L’Anthologie de la subversion carabinée » de l’entarteur Noël Godin sur un instrumental hip hop de Talib Kweli, par exemple, ou essayer de déclamer en musique l’éloge funèbre d’un morpion par Théophile Gautier. Quand il y a un texte difficile, je m’amuse à trouver un moyen de le faire entendre de manière plus accessible. Mon travail est très ludique.

969356_1386939588196567_1189811420_n.jpgMais ça ne répond pas à ma question. Écrire soi-même quand on parle des livres au quotidien, ça met de la pression ?

L’accouchement de mon premier livre, Les Heures pâles, a été long et un peu compliqué, alors, je n’ai pas eu le temps de penser à d’éventuelles comparaisons ou à des jugements. Ça m’est venu quinze jours avant et quinze jours après la sortie.

Tu as mis presque six ans à l’écrire parce que c’est une histoire à 90 % autobiographique.

C’est l’histoire de ma famille et, principalement, celle de mes parents. Il m’a donc fallu un temps fou pour m’autoriser à écrire dessus. J’ai senti qu’il y allait avoir une vertu cathartique, que ça allait me permettre d’aller mieux en creusant dans l’introspection et en acceptant cette histoire de double vie de mon père. Je me suis interrogé sur le fait qu’écrire sur ce sujet était une trahison envers mes parents. Et puis, j’ai compris que j’avais le droit de raconter notre histoire. Le livre est centré sur les personnages inspirés de mes parents, certes, mais il fallait que je trouve la bonne distance et le bon ton. Avec les années et les différentes versions, je crois y être parvenu. Ce livre a mis du temps à sortir pour de multiples  raisons que je n’ai pas envie de raconter, mais du coup, la trouille d’être jugé par mes confrères n’était que secondaire.

Je crois que tu as fait lire le manuscrit à tes parents avant qu’il ne soit publié.

Oui, je voulais en parler avec eux. Ils ne se sont pas opposés à sa publication et j’ai trouvé que c’était une merveilleuse preuve d’amour de leur part.

Tu n’épargnes pas ta maman dans ce livre.

Ni plus ni moins que les autres personnes qui ont inspiré les protagonistes de cette histoire...A aucun moment je n’ai souhaité que ce livre soit un règlement de comptes. Si la colère est présente, ce n’est pas ce qui anime mon écriture. J’ai surtout voulu comprendre comment une histoire d’amour pouvait s’organiser ainsi.

Revenons sur ce qu’a fait ton père.richard gaitet,gabriel robinson,découvrez myonos hors saison,les heures pâles,nova,nova book box,interview

Il a choisi pendant dix-huit ans de ne pas dire qu’il avait quelqu’un d’autre dans sa vie avec qui il a eu un enfant. De son côté, sa femme, ma mère, a fermé probablement les yeux là-dessus. Mais pourquoi ? Que préserve-t-on en ne disant rien comme ça ? J’ai considéré que l’œuvre en elle-même valait le coup uniquement si je restituais la vérité des sentiments qui m’animaient quand je les regardais tous les deux, y compris dans les sentiments qui étaient désagréables. J’ai l’impression que les œuvres d’art qui nous marquent, ce sont celles où l’auteur s’est vraiment mis en jeu. L’idéal artistique, c’est d’y aller à 100 %.

S’interroger sur ses parents, c’est tenter de se retrouver soi-même ?

J’ai exprimé exactement comment j’ai ressenti la situation. Comment je voyais mes parents avec le positif et le négatif.J’ai voulu aller au cœur même de la vérité des choses. Ça vaut le coup de prendre un stylo pour raconter les moments heureux et ceux qui le sont moins. On se déleste de poids que l’on traîne sur son dos. Ils m’ont élevé dans la tendresse et la confiance. Je le répète, c’était de bons parents et je ne les changerais pour rien au monde, mais ils ont fait des choix que je ne comprends pas et qui ont des conséquences sur la personne que je suis aujourd’hui. Au fond, je m’interroge sur qui sont ces parents qui m’ont élevé.

Ce livre a-t-il déclenché des choses dans ta famille ?

Ce serait prétentieux de ma part de supposer que ça a arrangé les choses, mais ça a fait circuler de la parole. Ça me paraît fondamental.

levin.jpgJ’ai trouvé une certaine forme de sagesse et de philosophie dans ce livre.

Si c’est vrai, c’est magnifique. J’ai trouvé le ton de mon livre en lisant John Fante, c’est d’ailleurs pour cela qu’il est encadré de deux de ses citations tirées du Vin de la jeunesse. Dans ce livre, il arrive à parler de son enfance misérable d’immigré italo-américain, fils de prolo. Cinq dans une petite maison, pas de chauffage, le père volage, la mère qui gueule. Il arrive à raconter ça avec un humour, un détachement, une vérité impressionnants. Ce n’est jamais pathos alors qu’il parle quand même de gens qui crèvent la dalle. J’ai voulu tout dire sur mon histoire familiale complexe, en gardant l’humour, en restant près des sensations, avec de la lumière.

Tout est une question de dosage dans l’écriture ?

Pour créer la vérité dans les sentiments, dans les situations et dans les dialogues, ce n’est que du dosage. Quel mot enlèves-tu ou ajoutes-tu ? Jusqu’où vas-tu avec les palettes d’émotions ? Est-ce que je dois être drôle, un peu, beaucoup, ou triste, un peu, beaucoup…

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Tu viens de sortir un livre complètement différent. Un livre de voyage-fantaisie surréaliste, Découvrez Mykonos hors saison.

Je précise que j’ai écrit Mykonos pendant que j’écrivais Les Heures pâles. Je me suis mis à raconter cette histoire en 2009, en revenant d’une semaine à  Mykonos, en mars, avec un pote. On a vécu grosso modo ce qui arrive aux deux protagonistes dans le livre. On pensait s’amuser beaucoup, rire, danser, s’éclater… mais tout était fermé à cette période-là. Il faisait mauvais en plus. Réflexe journalistique, j’ai décidé de poser des questions aux habitants, comme le patron de l’hôtel et celui du bar. Tous les lieux, les personnages évoqués, les propos tenus par les uns et par les autres sont vrais. J’étais tellement impatient de partager cette expérience et nos aventures rocambolesques que j’ai écrit ce petit livre en trois semaines. Je voulais juste le faire lire à mes potes pour les amuser. Puis, quand même, je me suis dit que cette histoire vécue était attrayante et assez drôle. J’avais envie d’un contraste. Le publier me permettrait de sortir de ce premier livre un peu lourd et élargir le spectre des possibles en racontant d’autres types d’histoires. De fil en aiguille, je corrige un peu le texte et je l’ai proposé à Armand de Saint Sauveur, mon éditeur. Il l’a accepté et l’a publié neuf mois après Les Heures pâles.Passer d’un drame familial à une comédie insulaire, je trouvais le contraste intéressant. Ces deux livres mélangés, c’est un peu ce que j’aimerais faire dans ma vie d’auteur.

Dans ce livre rythmé, il ne se passe pas grand-chose et pourtant, il se passe plein de trucs.

Je raconte comment on passe à côté de quelque chose et comment on espère que quelque chose va arriver.

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Tu as réellement pissé sur une église ?

Oui. Je n’en pouvais plus. J’avais trop bu.

Contrairement à ce qui arrive à tes héros, les dieux ne t’ont pas puni pour ce sacrilège.

 Pas encore, mais peut-être que la malédiction va s’abattre sur moi dans les jours prochains.

Tu crois en ces choses-là ?

Non, je suis agnostique.Je ne me reconnais dans aucune religion et dans aucun texte liturgique, mais je trouverais trop triste qu’il n’y ait que nous. J’aime bien supposer qu’il y a une couche supérieure qui nous échappe complètement. J’aime aussi l’idée que tout n’est pas qu’une succession de hasards et de coïncidences. C’est une hypothèse qui me plaît.

richard gaitet,gabriel robinson,découvrez myonos hors saison,les heures pâles,nova,nova book box,interviewTu te diriges vers où dans la littérature ?

Ça fait deux ans que je travaille sur un roman d’aventures maritimes, à la Jules Verne. Je raconte la première traversée transatlantique d’un jeune matelot belge, à notre époque, entre Anvers et Buenos Aires. Cette traversée va mal tourner. Il va être amené malgré lui à déjouer un complot international jusqu’en Antarctique. Je suis à peu près à la moitié du livre et je me demande si je vais arriver à mes fins (rires). Je sais où je vais. J’ai la structure en tête, je vois les enjeux, les motifs, le thème, mais comme c’est 100 % fictionnel, je peine un peu. Je n’ai jamais mis les pieds sur un cargo, je ne suis jamais allé en Antarctique, je ne connais rien à la mer. Je me documente donc beaucoup. Je restitue des sentiments que je connais au narrateur. Je mets un peu de moi chez lui pour alimenter le personnage. Il y a de la pantalonnade type Mykonos et progressivement, il y a un sous-texte entre le héros et sa famille qui noircit un peu l’ensemble. J’en suis à me demander si cela peut cohabiter. Je réfléchis là-dessus.Dans un livre, peut-il y avoir vraiment des scènes comiques et vraiment des scènes dramatiques ? Je me demande si je ne vais pas devoir faire des choix assez tranchés. En gros, j’aimerais écrire du Jules Verne en rigolo. Très légèrement scientifique et beaucoup humoristique et sexué.

Sexué ?

Ça m’étonne beaucoup, mais il n’y a pas de couilles dans Jules Verne. Cela dit, ça s’explique. Son éditeur lui demandait de fournir des romans très souvent et il souhaitait les vendre au plus grand nombre. Pour toucher toutes les tranches d’âge et en particulier les adolescents, au nom des bonnes mœurs, il n’y avait pas de scènes de sexe. Ce qui reste étonnant... dans un livre d'aventure.

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De gauche à droite : Richard Gaitet, Julien Blanc-Gras, Guillaume Jan, Bertrand Guillot et François Perrin. (Photographie : Marie Planeille)

Bon, on va parler de la bande que tu formes avec Bertrand Guillot, François Perrin, Guillaume Jan et Julien Blanc-Gras. Vous avez créé une école ?

Quand j’ai dit à Julien que je te voyais aujourd’hui, on a réfléchi. On s’est demandé quels étaient les points communs entre nous cinq. On a trouvé plusieurs choses. Déjà, il y a l’humour. Dans des livres aussi différents que Paradis avant liquidation de Julien et Bois sans soif de François, des livres qui n’ont rien à voir dans leur propos, il y a la couleur humoristique qui est intégrée. Il y a aussi toujours, en toile de fond, une vigilance à ne pas apparaître comme des donneur de leçons. On restitue un voyage au Congo, l’intérieur d’un bar, Mykonos vide, mais sans avoir l’air de dire que notre avis est plus important que les autres. Il y a également, il faut savoir le reconnaître, l’alcool comme moteur narratif éventuel, et une sérieuse parenté avec Philippe Jaenada qui est notre maître à tous. Notre grand samouraï. Nous tous, à des degrés divers, on se réclame de lui.

J’ajoute que je trouve cette bande d’une grande humanité.

C’est pour ça que je suis heureux de les avoir choisis comme copains et que ce soit réciproque. Depuis que je suis ami avec eux, je suis content de constater à quel point ils sont attentifs aux autres. Ils savent écouter et regarder. Il n’y a aucune compétition entre nous, juste une émulation. Moi je retiens des leçons des avancées des autres.

Pourquoi ne voulez-vous pas officialiser votre bande ?

Que des gens très renseignés comme toi se penchent dessus, essaient de trouver des points de convergence entre nous est déjà extraordinaire. Nous, on n’y a pas réfléchi. Je suis toujours un peu méfiant sur le côté : « Regardez comme notre mouvement qui n’en est pas un est original et brillant. » Mieux vaut continuer à écrire des livres et à être attentifs envers les uns et les autres, ainsi qu'au monde qui nous entoure.

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Après l'interview, le 19 août 2014.

17 septembre 2014

Ben l'Oncle Soul : interview pour À coup de rêves et pour Platine

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(Photo : Jeremy Esteve)

10552370_10152214390107596_5973907305630271411_n.pngOriginaire de Tour, Ben l’Oncle Soul (mandorisé là une première fois) revendique comme influence majeure la soul des sixties, celle des mythiques labels Motown et Stax. Après le succès de son 1er opus (plus de 400.000 ventes), le chanteur est de retour avec À Coup de Rêves enregistré à San Francisco avec le groupe de soul-funk californien Monophonics. Grâce à ce combo et le chanteur, l’ombre d’Otis Redding plane sur toutes les plages de ce disque. Les textes français et anglais parlent d’amour, de musique et d’amour de la musique et navigue entre jazz, blues et gospel. "Ça a été à la fois douloureux à sortir et plaisant à faire, précise la chanteur. « Ce disque prend plus aux tripes, parce que je me suis mis un peu à poil." En tout cas, l’énergie communicative, la musique live et énergique et la voix exceptionnelle de Ben l’Oncle Soul nous offrent un voyage puissant et vibrant au cœur de la soul.

Voici la version longue de l’interview qu’il m’a accordée chez lui pour le site des espaces culturels Leclerc.

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DSC09195jj.JPGVous avez testé vos nouvelles chansons sur scène avant de les enregistrer. Comment le public a-t-il accueilli ces nouveaux titres ?

La musique, c’est fait pour être partagé en live, pour passer un bon moment, mais aussi pour être dans l’écoute. C’est agréable de voir des gens découvrir des chansons et de sentir comment elles fonctionnent. Quand on sent qu’elles touchent les gens, c’est jubilatoire. Il semblerait que pour pas mal d’entre elles, ce soit le cas. De toute manière, si on a le courage de monter sur scène avec des morceaux, c’est que l’on se dit qu’ils ne sont pas trop mal.

Il s’est passé quatre ans entre le premier et le second album. Vous avez eu un flash en découvrant sur scène les Monophonics. Ce sont eux qui vous ont donné envie de revenir sur scène et d’enregistrer un disque ?

J’ai découvert leur musique il y a des années sur Internet. Je suis tombé amoureux de ce groupe dont j’étais persuadé qu’il était des années 70. Quand j’ai commencé à me renseigner sur eux, je me suis rendu compte que les membres de cette formation avaient mon âge. Je me suis dit qu’un jour j’aurais peut-être la chance de croiser ces types-là, parce que j’avais la sensation que nous étions sur la même longueur d’onde musicale. Le destin a fait en sorte que l’on se rencontre assez vite. Ils sont passés à Paris au Nouveau Casino et je suis allé les voir. Nous avons eu une connexion immédiate et nous avons eu envie de travailler ensemble.

Ben L'Oncle Soul and Monophonics performing Hallelujah !!! (J'Ai Tant Besoin De Toi)

Qu’est-ce que ce groupe vous a apporté concrètement ?563538_10151296501412596_324048571_n.jpg

Les rencontres créent des tensions. Eux, c’était la première fois qu’ils travaillaient avec quelqu’un de l’extérieur. Entre eux, comme ils se connaissent depuis l’enfance, il y a quelque chose de très familial et de très protecteur. Ils m’ont laissé entrer dans  leur bull, moi et ce que j’avais dans ma besace en termes de vécu, d’expériences et d’idées. On a fait des pas les uns vers les autres, puis nous nous sommes rencontrés à un endroit pour trouver l’équilibre entre la musique qu’ils aiment et la mienne.

Vous devez avoir sensiblement les mêmes goûts, non ?

Oui, bien sûr. C’est la même musique, mais nous n’avons pas écouté exactement les mêmes disques. À l’intérieur de la soul, il y a tout un tas de différentes sensibilités. Eux sont très axés Stax et seventies à la Jimmy Hendrix. Ils ont quelque chose dans l’approche du son qui est très brutal. Ça me plait beaucoup.

Vous avez enregistré en live avec du matériel de l’époque. Les magnétos à bande par exemple, j’imagine que c’est la première fois que vous les utilisiez ?

Oui, mais justement, je rêvais de faire un album comme ça. Ça capture des images, des moments de ce que l’on est, des émotions. Ça capture aussi toute la légèreté et la simplicité qui règnent lors de l’enregistrement. On a travaillé dans leur studio donc on a passé le temps que l’on voulait. Ça change tout, je vous assure. Le plaisir est plus présent.

« You Got My Back », interprété par Ben L’Oncle Soul & Monophonics @ La Cigale – 16.12.2013

Votre album s’intitule à coup de rêves. Avez-vous atteint vos rêves de jeunesse?

J’étais un grand rêveur quand j’étais petit, donc j’ai encore beaucoup de rêves à réaliser. Mais évidemment, tout ce que je vis pour la musique, c’est un rêve énorme qui se concrétise. J’avais envie de voyager sur la terre de mes pères spirituels, voir les studios d’enregistrement de l’époque et en fait, j’ai fait mieux que d’être simple touriste, je me suis imprégné. Maintenant je vis à Los Angeles la plupart du temps. J’essaie de comprendre cette culture dans laquelle j’ai grandi par procuration. C’est très enrichissant.

De quoi pouvez-vous rêver aujourd’hui ?

J’ai la volonté de faire de la musique pour les autres. J’aimerais produire, faire de la musique de film, faire fonctionner toute une famille artistique autour de moi. Ma prochaine étape, c’est aussi de voyager encore plus et d’essayer de toucher musicalement beaucoup plus de monde.

Finalement, la musique ce sont les voyages  intérieurs et extérieurs ?10620766_10152302841232596_8424528480965142861_n.jpg

C’est un grand voyage, mais aussi une quête identitaire et spirituelle. Moi, notamment avec la voix, je peux transmettre toutes les émotions et je trouve ça magique d’avoir ce don.

Votre référence absolue, c’est Otis Redding ?

Dans certaines sonorités, ma voix évoque cette musique, il me semble. Moi, je me contente d’essayer de suivre sa trace, je n’ai aucune autre prétention. Quand on fait un morceau, on donne toutes nos tripes. Il y a juste la volonté de transmettre cette musique et de refaire briller tous ces disques qui sont dans l’ombre aujourd’hui.

Avez-vous réalisé l’album idéal ?

Je vais vous dire pourquoi il est idéal. Parce qu’il m’a enrichi, parce que j’ai eu énormément de plaisir à le faire et que je suis très fier de cet album. Il m’a rendu heureux, alors, oui, je crois qu’il est idéal.

Reprise de Ben L’Oncle Soul du morceau « Please Please Please » de James Brown à l’occasion de la sortie du film Get On Up.

10599195_10152651874529250_3354950867778821144_n.jpgA la fin de l’interview, je lui ai posé d’autres questions plus spécifiques. Il s’agissait d’évoquer son rapport avec la variété. En effet, à partir de ce mois-ci, pour le magazine Platine, le magazine de la variété, j’interrogerai des personnalités du monde de la musique aux antipodes de ce genre musical sur ce sujet. Une nouvelle collaboration qui m’enchante. Je lis ce journal depuis des lustres et son rédacteur en chef, Jean-Pierre Pasqualini, est devenu un ami ces dernières années. C’est donc Ben l’Oncle Soul qui ouvre les festivités.

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13 septembre 2014

Gaëlle Vignaux : interview pour J'aime tes ex

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(Photo : Sand Mulas)

Gaëlle Vignaux observe le quotidien du haut de son mètre 54. Elle cueille les peurs, les bonheurs et les banalités, puis en fait des chansons. Drôles ou acerbes ou poétiques, parfois tout ça à la fois. Cela fait deux ans que je la croise. En concert ou dans des tremplins. Ce charmant petit bout de femme a beaucoup de talent.

Elle sera du 17 au 27 septembre aux Rencontres d’Astaffort (parrain: Alexis HK) et le 03 octobre à l’Espace Christian Dente  (ACP – La Manufacture Chanson – 75) en trio. (Première partie : Cyril Adda).

Son troisième album, J’aime tes ex, est sorti en mai dernier, une mandorisation s’imposait…

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorBiographie officielle:

Le jour ou Gaëlle peut enfin s’acheter ses propres disques, au revoir Michel Jonasz ou Piaf qui l’ont bercée, elle se jette sur Slayer et Metallica. A ses 1m54, elle cesse de grandir mais laisse pousser ses cheveux.

Et puis, le drame se produit. Lors d’un concert de Sépultura, elle balance sa tête d’arrière en avant, comme tout le monde dans la salle, et se cogne à  son voisin d’en face qui faisait la même chose. Le lendemain, on lui découvre un pou. Le surlendemain, elle a les cheveux courts. Sa veste en jean dégueux (des années de travail !!!) recouverte d’écussons ne la sauvera pas de l’exclusion, lente mais certaine, de ce qui était devenue sa famille musicale d’adoption. S’en suit une boulimie de découvertes. Des chants Inuits à  Allain Leprest, en passant par les Pixies, Bowie ou Dvorjak…leurs disques cohabitent dans une harmonie confuse et délicieuse.

Afin de constater ce qui subsiste de ces multiples aventures musicales, elle entre aux Ateliers Chansons de Paris. Au cours de ces deux années, elle abandonne l’idée d’appartenir à  un style en particulier, se fabrique une plume, et fait de belles rencontres dont Gaspard Lanuit qui compose sur ses premiers textes (Gaëlle…avec 2 L – premier album autoproduit en partenariat avec la SACEM).

En 2006, Clément Petit (violoncelliste) intègre le projet en tant que musicien, puis arrangeur (Cité Thorez – second album). Leur complicité les mènera à co-composer “J’aime tes ex”, qui sortira en mai 2014.

Argumentaire de J’aime tes ex :

De ses deux ailes, Gaëlle a gardé sa plus belle plume pour ce troisième album.gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor
Et c’est portée par ses musiciens qu’elle explore une chanson plus dense, moins minimaliste.
Clément Petit, violoncelliste, co-compositeur, arrangeur et réalisateur de l’album l’a invitée à oser…

Oser des chansons qui, pour la plupart, ont pris vie à l’écoute des compositions.
Des musiques qui, à elles seules, ont parfois suggéré l’idée même de textes « cousus sur les mesures ».
On peut, face à une page blanche, s’interdire mille et un sujets. Mais quand une musique
vous le suggère violemment, l’exercice n’en est que plus délicieux.

A oser des arrangements plus étoffés tout en préservant  l’intimité des mots.
Des partitions ciselées, mais toujours au service de la dérision, de l’humour, du doux chagrin.
Des cuivres aux sonorités second line, comme un pied de nez à la thanatophobie, comme on danse aux funérailles à la Nouvelle Orléans.
Une batterie aux airs de cuisine, préparée par le chef du Tremens Delirium.
Un quatuor à cordes très masculin sous les talons d’une Mini miss ratée.

Et puis, à oser inviter d’autres artistes…Nicolas Jules et Presque Oui.

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorInterview :

Es-tu issue d’une famille d’artistes ?

Pas du tout. Mon papa de cœur, avec lequel j’ai vécu, travaillait à la SACEM. Il écoutait tellement de musique à son travail que, du coup, à la maison, il n’en mettait pas beaucoup. Et s’il en écoutait, c’était de la variété de cette époque. Julien Clerc, Michel Jonasz… des gens comme ça. Sinon, dans ma famille, il n’y a qu’une personne qui chantait, c’était mon papi. Il chantait pour lui, mais tout le temps. C’était son moyen d’expression.  Dès qu’il se passait quelque chose dans la vie, il trouvait une chanson qui illustrait le propos. Parfois, c’était énervant.

Tu es une chanteuse dont l’importance des textes est primordiale. Ecoutais-tu des chanteurs dits « à texte » justement.

J’ai découvert des textes profonds et intéressants quand je suis rentré aux ACP la Manufacture Chanson. Nous avions des ateliers d’écriture dans lesquels nous nous retrouvions confrontés à des textes superbes. C’est ainsi que j’ai découvert par exemple Allain Leprest.

C’est lui qui t’a donné envie d’écrire de beaux textes ?

Lui et d’autres. Mais, je n’ai jamais eu envie de l’imiter. Allain Leprest à une écriture particulière et incomparable. C’est difficile de le copier, c’est même impossible. Il y a des choses que j’adore manger, mais que je n’ai pas envie de cuisiner. Il parvient à mettre aux mots des sensations ou des émotions d’une forte intensité. Il a une facilité extraordinaire.

Quand tu écris, penses-tu à tel ou tel artiste en te demandant : « Qu’aurait-il écris à ma place ? », « est-ce que je suis de son niveau ? »gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor

Non, surtout pas. J’essaie de trouver l’image, la métaphore la plus juste et naturelle qui soit, avec mon langage. J’essaie que ce ne soit pas trop éloigné de la façon dont je parle et que ce soit assez lisible pour tout le monde.

Finalement, tu estimes faire de la chanson « populaire » ?

Je veux surtout que mes chansons soient comprises par un grand nombre, sans pour autant céder à la facilité.

Dans ton répertoire, il y a des chansons qui se comprennent au premier degré et parfois, il faut un peu gratter la première couche pour découvrir toutes les subtilités.

Oui, c’est le jeu.  Au lycée, j’adorais les interprétations de textes qu’on nous donnait à faire. Je trouvais génial cette liberté de pouvoir interpréter à notre façon ce qu’écrivait quelqu’un d’autre.  Dans un texte, on peut dire beaucoup de choses, mais c’est mieux quand on garde un peu de pudeur. Je laisse pas mal de portes ouvertes pour permettre à celui qui écoute de ressentir ce que je chante avec son propre vécu.

Tu écris soit des chansons drôles, soit des chansons un peu mélancoliques ou  émouvantes. J’imagine que ce sont deux aspects importants de ta personnalité ?

J’ai l’impression d’être comme ça. Je peux pleurer vite, mais de joie ou de tristesse. Vraiment pour un rien. Je suis une chialeuse. Paradoxalement, parfois, j’écris une chanson triste et, finalement, on la trouve drôle. C’est le cas de « La moche » par exemple. En général, les gens rient quand je la chante.

Gaëlle Vignaux en live (Pic d'Or 2014) chante "La moche".

« La moche », c’est du vécu. Quand on te regarde, tout porte à croire que non.

Oui, c’était moi quand j’étais plus jeune. J’étais bouboule jusqu’à la fac. Il y a des situations que je chante dans la chanson que j’ai effleurée dans ma propre vie.

Tu ne racontes que des histoires vécues ou vues dans ton entourage ?

Je crois que mon activité préférée, c’est d’être dans un endroit où il y a énormément de monde et d’observer. Puis, éventuellement, de raconter dans des chansons.

Le monde que tu racontes n’est pas un monde toujours joli…

Je ne suis pas très optimiste. J’adore la vie, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai super peur de la mort. J’ai un peu de mal à me laisser aller au bonheur et cela se ressent dans les chansons que j’écris. Je crois au bonheur, il est bien là, mais il est souvent au bout d’un chemin difficile. Il n’est pas donné comme ça.

J’ai l’impression que tu aimes bien mettre des coups de pied dans la fourmilière.

J’ai du mal à réagir du tac au tac dans une conversation. Dans un débat, j’ai toujours peur de dire des choses que je pourrais regretter. La chanson me permet de me poser et de dire ce que je pense après réflexions, de façon assumée, une bonne fois pour toute.

Gaëlle Vignaux en dui avec Nicolas Jules, "Notre ombre".

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorIl y a un duo avec Nicolas Jules, « Notre ombre ». Je n’ai jamais su si c’était une chanson négative ou positive sur le couple.

Les deux. Ce n’est pas du vécu chez moi, mais c’est de l’observation de couples d’amis. Je les trouvais fusionnels et ça me paraissait génial. En vérité, il en découlait qu’ils n’étaient plus eux-mêmes. Ils se sont oubliés. Je crois, moi, qu’il faut garder une part d’indépendance.

A la fin de cette chanson, tu dis « nous ne sommes plus que l’ombre de nous-même ».

Disons qu’il faut faire attention quand on est en couple. Moi, le jour où on tentera d’écraser ma personnalité, ça se passera moyennement (rires).

A ce propos, il me semble que tu as une sacrée personnalité.

Je fais vraiment tout pour être une personne agréable, mais je crois que je suis un peu une chieuse quand même.

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(Photo : Sand Mulas)

Il y a un duo avec Presque Oui. Tu aimes chanter en duo, dis donc.

Sur les deux précédents albums, il n’y a aucun duo, alors que j’avais très envie d’en faire. Mais, je suis trop timide. Là, j’ai osé, parce qu’on s’est dit, avec Clément Petit, qu’il fallait qu’on se fasse plaisir sur cet album. J’aime l’univers des deux personnes qui chantent avec moi sur mon disque et en plus, ils sont très humains.

Tu as reçu quelques prix pour cet album. C’est important, ce genre d’encouragement ?

Oui, j’ai besoin d’encouragement. Je suis passé d’un album guitare-violoncelle-voix à un album où nous sommes douze, avec des cuivres, un quatuor à cordes… j’avais hâte d’avoir le retour des gens qui avaient écouté les précédents. L’encouragement, pour moi, c’est plus par rapport à la programmation en concert. C’est ça que j’attends et là, ça devient plus compliqué.

As-tu l’impression que d’album en album, tu fais des progrès ?

Je sens que je gagne en maturité et en écriture. Mais comme c’est toujours moi qui raconte, le caractère et la façon de voir les choses restent les mêmes. Il y aura toujours ce petit côté, « je vais vous raconter un truc qui pique un peu, mais en mettant de l’humour dedans » ou «  je vais vous raconter un truc drôle, mais on ne va pas se marrer tout le temps ». La vie est faite ainsi, de toute façon.

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Après l'interview...

11 septembre 2014

Camélia Jordana : interview pour Dans la peau

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(Photo : Bérengère Valognes)

Après le succès de son premier album éponyme (150 000 albums vendus) en 2010 et une tournéele magazine des espaces culturels leclerc,camélia jordana,interview,babx,mandor de deux années, Camélia Jordana, aujourd’hui âgée de 22 ans, a su prendre son temps pour revenir. Pour cela, elle s’est entourée de son ami de toujours, BabX, présent presque partout, aux arrangements, à la réalisation, à l'écriture et à la composition de plusieurs titres, et en partenaire de duo sur l'inquiétant A l'aveuglette. Camélia Jordana s'est construit sa famille de chanson, littéraire, exigeante, soudée. Je suis allée à sa rencontre, pour la seconde fois (voir première mandorisation, là), pour évoquer ce nouveau disque qui porte haut la chanson française d’aujourd’hui.

C’est une jeune femme souriante, pas tout à fait détendue, mais très disponible qui m’attendait sur la terrasse de l’Hôtel du Nord, au début du mois de juillet. « A chaque nouvel album, c’est toi le premier à m’interviewer… je suppose que tu me portes chance », me dit-elle, espiègle. Oui, évidemment, c’est grâce à moi.

Clip de "Dans la peau".

Voici donc, le fruit de notre entretien publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois de septembre 2014 et sur le site des espaces culturels Leclerc...

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Après l'interview, à l'Hôtel du Nord, le 2 juillet 2014.

Pour terminer, voici cinq autres "chansons" tirées de l'album Dans la peau.

En studio, "A l'aveuglette", duo avec Babx.

En studio, "Comment lui dire".

Clip officiel de "Ma gueule".

"Miramar" (audio).

"Brigitte dit vrai" (audio).

09 septembre 2014

David Foenkinos : interview pour Charlotte

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Autoportraits de Charlotte Salomon.

Prendre une personne ayant existé pour modèle de personnage de roman est un exercice un peu délicat. David Foenkinos a pris ce risque avec Charlotte. Il s’est inspiré de l’autobiographie de Charlotte Salomon, née en 1917 à Berlin et morte à Auschwitz en 1943. J’ai interviewé l’auteur (que je fréquente un peu, professionnellement, voir , , et ) pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de septembre 2014.

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04 septembre 2014

Archimède : interview pour Arcadie

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(Photo : Valérie Archeno)

archimède,arcadie,interviewLes deux premiers albums d’Archimède ont largement été plébiscités : deux nominations aux Victoires de la Musique, des clips totalisant 2 millions de vues ; plus de 200 dates de concerts... Il faut dire que ce groupe est très doué. Des textes français servis de mélodies à l'anglaise, le duo ne s'interdit rien. Nico (chant) et Fred Boisnard (guitares) se sont isolés pour construire ce troisième projet. De la trentaine de maquettes qui en a résulté, onze titres seulement ont été retenus. Le meilleur du meilleur. Cette nouvelle aventure est marquée par la collaboration avec A.L.B.E.R.T, trois musiciens et réalisateurs connus pour leur travail avec Arthur H, Jean Louis Aubert ou encore Alain Souchon. Leur collaboration a permis d’élargir la palette des sons et des thèmes abordés. Archimède 2014 devrait conquérir un public encore plus large. C’est tout le bien (mérité) qu’on leur souhaite.

Le 26 juin dernier, je suis allé à la rencontre de Fred et Nico Boisnard dans les locaux de leur maison de disque, Sony.

Interview :archimède,arcadie,interview

Après votre précédent album Trafalgar, je trouve qu’Arcadie est, lui aussi, très bien reçu par la presse musicale et généraliste.

Nico : Nous aimons les mélodies, mais nous avons un attachement très fort aux textes. Quand les journaux disent que l’on raconte vraiment des choses fortes et que ça les touche, ce sont des retours sur le travail que l’on a fourni qui sont importants.

Avez-vous l’impression de faire des progrès d’album en album ?

Fred : Musicalement, oui. Moi, j’ai beaucoup appris entre le premier disque de 2009 et celui-ci, principalement dans le jeu de guitare et dans ce que l’on peut insuffler dans certaines mélodies. On apprend et on se pose des questions que l’on ne se posait pas forcément avant. Nous tentons d’abandonner ce que l’on a l’impression de faire depuis toujours.

Il faut éliminer les réflexes ?

Fred : Oui, sans perdre la spontanéité et la naïveté non plus. C’est hyper important de sortir une mélodie et de se dire que le premier jet est réussi. Sans intellectualiser, il faut faire en sorte que ce premier jet soit magnifié.

Nico : C’est la même chose pour les textes. Je n’aurais pas réussi à écrire un « Dis-le nous » ou « Le grand jour » sur les deux premiers albums. Quand on évoque des sujets douloureux, il faut avoir un peu de pratique et avoir progressé dans le cheminement de la langue. Il faut savoir évoquer un sujet sans que ce soit de manière frontale. C’est bien d’utiliser les chemins de traverse.

Premier clip tiré de l'album Arcadie, "Julia".

Pour « Le grand jour » qui parle d’un enfant malade à Necker, c’est pourtant frontal.

Fred : Non, c’est juste la dernière phrase qui est frontale. Sans elle, on ne saisit pas le sens de la chanson.

Nico : Dans le texte, je joue avec un champ lexical et tout passe par des images. Il fallait trouver un angle fort pour parler des enfants malades. L’angle en question, c’est le jour où le clown leur rend visite. Il s’agit de leur lueur hebdomadaire.

Pourquoi avoir écrit cette chanson ?

Fred : Cette chanson a été écrite quand on a perdu un pote de notre âge, il y a presque deux ans. Ça a fait resurgir des émotions relatives à notre adolescence où mon frère avait perdu un copain. J’avais 13 ans et je me souviens que je trouvais horrible d’être hospitalisé en long séjour.

Nico : J’exorcise aussi peut-être la hantise de vivre la chose. Mes enfants ont eu des petits ennuis de santé à leur naissance. Ça me touche donc beaucoup.

Dans « Dis-le-nous », vous racontez l’annonce de l’homosexualité en milieu rural.

Nico : C’est une chanson hyper sincère qui s’adresse à un proche qui est homosexuel et qui ne le dit pas. On vient d’un département, la Mayenne, où ce n’est pas aisé de s’annoncer comme tel.

Mine de rien, il y a beaucoup de chansons où on se fait piéger. On croit écouter une histoire et on comprend sur un mot que ce n’est pas du tout ça.

Nico : On donne souvent les clefs du thème de la chanson aux deux tiers. Une bonne chanson, c’est aussi créer un suspens. Il ne faut pas être bas de plafonds. A ce niveau-là, dans cet album, je trouve qu’on a muri.

Chez vous, la création doit-elle être ludique ?

Fred : Dans cet album, on a mis beaucoup de nos émotions dans les musiques et dans les textes. On se sent concernés dans tout ce qui est dit. Mais, il faut aussi s’amuser pour ne pas tout dévoiler à la première écoute. On aime que l’auditeur soit concentré à la première écoute pour comprendre le thème de la chanson. Les fois suivantes, il peut se laisser aller à une écoute plus intuitive.

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Beaucoup d'articles très positifs pour cet album...

Tous les deux, vous travaillez indépendamment. Vous n’êtes jamais ensemble.

Fred : J’ai besoin de m’enfermer. Je suis dans une petite pièce, huit heures par jour avec un ordinateur, un clavier et une guitare. C’est de l’acharnement.

Nico : Moi non. Les idées viennent quand je me promène. Je ne peux pas me mettre derrière un bureau pour écrire un texte. Je suis tout le contraire de mon frère. Soit ça vient, soit ça ne vient pas.

Parlons de la chanson la plus rock « Allons enfants ». Nico, ça te gène si je dis que tu chantes un peu comme Bertrand Cantat époque Noir Désir ?

Nico : J’ai la même scansion. En écrivant la chanson, je me suis rendu compte qu’elle devenait efficace en terme de sens à partir du moment où je hachais la langue et où on se plaçait dans un registre de rythmique et de métrique très saccadé.

Fred : On a essayé de contrebalancer dans la prod avec des guitares un peu « japonaises » avec des effets un peu « plastiques ». On n’a pas voulu la grosse guitare distordue.

Nico : Nous ne sommes pas issus de ce genre-là musical. On est plus dans une pop mélodique. Les Français qu’on aime, c’est Renaud, Dutronc, Polnareff ou Nino Ferrer. Si on ne nomme pas Noir Désir dans nos influences, il n’empêche qu’on les a beaucoup écoutés et qu’on les admire.

Ça Fly Away (live at RTL2)

Abordons le thème de la chanson « Ça fly away ». Même s’il y a beaucoup de seconds degrés, vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère. Vous critiquez les artistes français qui chantent en anglais.

Nico : C’est une chanson à charge, je l’avoue. On ne peut pas faire dans la demi-mesure quand on écrit sur ce thème-là.

Fred : On rencontre beaucoup de groupes français qui chantent en anglais dans les festivals.

Nico : Je le répète, une chanson doit être à charge. Il faut qu’elle aille au fond du sujet. Après, en interview, on modère le propos. Nous ne sommes pas des patriotes écervelés. Nous ne sommes pas contre les groupes français qui chantent en anglais. On surligne la chose, c’est tout. Il ne faut pas prendre cette chanson comme quelque chose de revanchard. C’est un tacle sur le mode de la joke.

Fred : Ce qui est amusant, c’est qu’on pourrait nous reprocher de faire une production complètement anglaise sur cette chanson. Il y a de nombreux clins d’œil à la musique anglaise. On contrebalance ainsi sur ce que l’on balance. Il faut se calmer, ce n’est qu’une chanson ironique.

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Vous avez travaillé avec le collectif A.L.B.E.R.T. Il faut parfois changer d’équipe ?

Fred : Il faut surtout parfois se poser des questions. Les deux premiers albums ont été très bien réalisés par Philippe Paradis. Dans ce troisième album, on a juste ouvert les oreilles sur ce qui peut se faire ailleurs. On a un style bien à nous. Il faut chercher des sonorités différentes. J’ai tapé à la porte de ces gens-là parce que je me suis dit que c’était bien de glaner vers des claviers un peu à l’ancienne. On a fait des essais et ça a été concluant immédiatement. Ils ont apporté autre chose à Archimède.

Nico : Ce sont des magiciens du son. Nous sommes arrivés avec les compositions et l’écriture terminées. Ils ont filé une grosse claque à certaines de nos maquettes,  sur les arrangements et la production, mais nous restions les seuls maîtres à bord de l’œuvre.

Chez vous, il n’y a jamais de chansons anodines. C’est à la fois gai dans les musiques et sombre dans les textes.

Nico : Comme Dutronc et Ferrer, on parle de la société avec un petit rictus au bord des lèvres. Dans nos chansons, il y a plus de fond qu’il n’y parait.

Fred : On est dans cette filiation-là. On aime bien le télescopage entre le fond et la forme.

Nico : L’illustration parfaite de cette idée-là étant la chanson « Toi qui peines au bureau ». On a une chanson hawaïenne, chaloupée, à base de ukulélé et en même temps, c’est une carte postale d’un actionnaire à ses ouailles. Nous avons donc une chanson engagée dans le fond et très dégagée pour la forme. Quand nous trouvons un équilibre comme ça, nous sommes ravis.

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Avec les Archimède à l'issue de l'interview... selfie (avec perche discrète) le 26 juin 2014.