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13 septembre 2014

Gaëlle Vignaux : interview pour J'aime tes ex

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(Photo : Sand Mulas)

Gaëlle Vignaux observe le quotidien du haut de son mètre 54. Elle cueille les peurs, les bonheurs et les banalités, puis en fait des chansons. Drôles ou acerbes ou poétiques, parfois tout ça à la fois. Cela fait deux ans que je la croise. En concert ou dans des tremplins. Ce charmant petit bout de femme a beaucoup de talent.

Elle sera du 17 au 27 septembre aux Rencontres d’Astaffort (parrain: Alexis HK) et le 03 octobre à l’Espace Christian Dente  (ACP – La Manufacture Chanson – 75) en trio. (Première partie : Cyril Adda).

Son troisième album, J’aime tes ex, est sorti en mai dernier, une mandorisation s’imposait…

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorBiographie officielle:

Le jour ou Gaëlle peut enfin s’acheter ses propres disques, au revoir Michel Jonasz ou Piaf qui l’ont bercée, elle se jette sur Slayer et Metallica. A ses 1m54, elle cesse de grandir mais laisse pousser ses cheveux.

Et puis, le drame se produit. Lors d’un concert de Sépultura, elle balance sa tête d’arrière en avant, comme tout le monde dans la salle, et se cogne à  son voisin d’en face qui faisait la même chose. Le lendemain, on lui découvre un pou. Le surlendemain, elle a les cheveux courts. Sa veste en jean dégueux (des années de travail !!!) recouverte d’écussons ne la sauvera pas de l’exclusion, lente mais certaine, de ce qui était devenue sa famille musicale d’adoption. S’en suit une boulimie de découvertes. Des chants Inuits à  Allain Leprest, en passant par les Pixies, Bowie ou Dvorjak…leurs disques cohabitent dans une harmonie confuse et délicieuse.

Afin de constater ce qui subsiste de ces multiples aventures musicales, elle entre aux Ateliers Chansons de Paris. Au cours de ces deux années, elle abandonne l’idée d’appartenir à  un style en particulier, se fabrique une plume, et fait de belles rencontres dont Gaspard Lanuit qui compose sur ses premiers textes (Gaëlle…avec 2 L – premier album autoproduit en partenariat avec la SACEM).

En 2006, Clément Petit (violoncelliste) intègre le projet en tant que musicien, puis arrangeur (Cité Thorez – second album). Leur complicité les mènera à co-composer “J’aime tes ex”, qui sortira en mai 2014.

Argumentaire de J’aime tes ex :

De ses deux ailes, Gaëlle a gardé sa plus belle plume pour ce troisième album.gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor
Et c’est portée par ses musiciens qu’elle explore une chanson plus dense, moins minimaliste.
Clément Petit, violoncelliste, co-compositeur, arrangeur et réalisateur de l’album l’a invitée à oser…

Oser des chansons qui, pour la plupart, ont pris vie à l’écoute des compositions.
Des musiques qui, à elles seules, ont parfois suggéré l’idée même de textes « cousus sur les mesures ».
On peut, face à une page blanche, s’interdire mille et un sujets. Mais quand une musique
vous le suggère violemment, l’exercice n’en est que plus délicieux.

A oser des arrangements plus étoffés tout en préservant  l’intimité des mots.
Des partitions ciselées, mais toujours au service de la dérision, de l’humour, du doux chagrin.
Des cuivres aux sonorités second line, comme un pied de nez à la thanatophobie, comme on danse aux funérailles à la Nouvelle Orléans.
Une batterie aux airs de cuisine, préparée par le chef du Tremens Delirium.
Un quatuor à cordes très masculin sous les talons d’une Mini miss ratée.

Et puis, à oser inviter d’autres artistes…Nicolas Jules et Presque Oui.

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorInterview :

Es-tu issue d’une famille d’artistes ?

Pas du tout. Mon papa de cœur, avec lequel j’ai vécu, travaillait à la SACEM. Il écoutait tellement de musique à son travail que, du coup, à la maison, il n’en mettait pas beaucoup. Et s’il en écoutait, c’était de la variété de cette époque. Julien Clerc, Michel Jonasz… des gens comme ça. Sinon, dans ma famille, il n’y a qu’une personne qui chantait, c’était mon papi. Il chantait pour lui, mais tout le temps. C’était son moyen d’expression.  Dès qu’il se passait quelque chose dans la vie, il trouvait une chanson qui illustrait le propos. Parfois, c’était énervant.

Tu es une chanteuse dont l’importance des textes est primordiale. Ecoutais-tu des chanteurs dits « à texte » justement.

J’ai découvert des textes profonds et intéressants quand je suis rentré aux ACP la Manufacture Chanson. Nous avions des ateliers d’écriture dans lesquels nous nous retrouvions confrontés à des textes superbes. C’est ainsi que j’ai découvert par exemple Allain Leprest.

C’est lui qui t’a donné envie d’écrire de beaux textes ?

Lui et d’autres. Mais, je n’ai jamais eu envie de l’imiter. Allain Leprest à une écriture particulière et incomparable. C’est difficile de le copier, c’est même impossible. Il y a des choses que j’adore manger, mais que je n’ai pas envie de cuisiner. Il parvient à mettre aux mots des sensations ou des émotions d’une forte intensité. Il a une facilité extraordinaire.

Quand tu écris, penses-tu à tel ou tel artiste en te demandant : « Qu’aurait-il écris à ma place ? », « est-ce que je suis de son niveau ? »gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor

Non, surtout pas. J’essaie de trouver l’image, la métaphore la plus juste et naturelle qui soit, avec mon langage. J’essaie que ce ne soit pas trop éloigné de la façon dont je parle et que ce soit assez lisible pour tout le monde.

Finalement, tu estimes faire de la chanson « populaire » ?

Je veux surtout que mes chansons soient comprises par un grand nombre, sans pour autant céder à la facilité.

Dans ton répertoire, il y a des chansons qui se comprennent au premier degré et parfois, il faut un peu gratter la première couche pour découvrir toutes les subtilités.

Oui, c’est le jeu.  Au lycée, j’adorais les interprétations de textes qu’on nous donnait à faire. Je trouvais génial cette liberté de pouvoir interpréter à notre façon ce qu’écrivait quelqu’un d’autre.  Dans un texte, on peut dire beaucoup de choses, mais c’est mieux quand on garde un peu de pudeur. Je laisse pas mal de portes ouvertes pour permettre à celui qui écoute de ressentir ce que je chante avec son propre vécu.

Tu écris soit des chansons drôles, soit des chansons un peu mélancoliques ou  émouvantes. J’imagine que ce sont deux aspects importants de ta personnalité ?

J’ai l’impression d’être comme ça. Je peux pleurer vite, mais de joie ou de tristesse. Vraiment pour un rien. Je suis une chialeuse. Paradoxalement, parfois, j’écris une chanson triste et, finalement, on la trouve drôle. C’est le cas de « La moche » par exemple. En général, les gens rient quand je la chante.

Gaëlle Vignaux en live (Pic d'Or 2014) chante "La moche".

« La moche », c’est du vécu. Quand on te regarde, tout porte à croire que non.

Oui, c’était moi quand j’étais plus jeune. J’étais bouboule jusqu’à la fac. Il y a des situations que je chante dans la chanson que j’ai effleurée dans ma propre vie.

Tu ne racontes que des histoires vécues ou vues dans ton entourage ?

Je crois que mon activité préférée, c’est d’être dans un endroit où il y a énormément de monde et d’observer. Puis, éventuellement, de raconter dans des chansons.

Le monde que tu racontes n’est pas un monde toujours joli…

Je ne suis pas très optimiste. J’adore la vie, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai super peur de la mort. J’ai un peu de mal à me laisser aller au bonheur et cela se ressent dans les chansons que j’écris. Je crois au bonheur, il est bien là, mais il est souvent au bout d’un chemin difficile. Il n’est pas donné comme ça.

J’ai l’impression que tu aimes bien mettre des coups de pied dans la fourmilière.

J’ai du mal à réagir du tac au tac dans une conversation. Dans un débat, j’ai toujours peur de dire des choses que je pourrais regretter. La chanson me permet de me poser et de dire ce que je pense après réflexions, de façon assumée, une bonne fois pour toute.

Gaëlle Vignaux en dui avec Nicolas Jules, "Notre ombre".

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorIl y a un duo avec Nicolas Jules, « Notre ombre ». Je n’ai jamais su si c’était une chanson négative ou positive sur le couple.

Les deux. Ce n’est pas du vécu chez moi, mais c’est de l’observation de couples d’amis. Je les trouvais fusionnels et ça me paraissait génial. En vérité, il en découlait qu’ils n’étaient plus eux-mêmes. Ils se sont oubliés. Je crois, moi, qu’il faut garder une part d’indépendance.

A la fin de cette chanson, tu dis « nous ne sommes plus que l’ombre de nous-même ».

Disons qu’il faut faire attention quand on est en couple. Moi, le jour où on tentera d’écraser ma personnalité, ça se passera moyennement (rires).

A ce propos, il me semble que tu as une sacrée personnalité.

Je fais vraiment tout pour être une personne agréable, mais je crois que je suis un peu une chieuse quand même.

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(Photo : Sand Mulas)

Il y a un duo avec Presque Oui. Tu aimes chanter en duo, dis donc.

Sur les deux précédents albums, il n’y a aucun duo, alors que j’avais très envie d’en faire. Mais, je suis trop timide. Là, j’ai osé, parce qu’on s’est dit, avec Clément Petit, qu’il fallait qu’on se fasse plaisir sur cet album. J’aime l’univers des deux personnes qui chantent avec moi sur mon disque et en plus, ils sont très humains.

Tu as reçu quelques prix pour cet album. C’est important, ce genre d’encouragement ?

Oui, j’ai besoin d’encouragement. Je suis passé d’un album guitare-violoncelle-voix à un album où nous sommes douze, avec des cuivres, un quatuor à cordes… j’avais hâte d’avoir le retour des gens qui avaient écouté les précédents. L’encouragement, pour moi, c’est plus par rapport à la programmation en concert. C’est ça que j’attends et là, ça devient plus compliqué.

As-tu l’impression que d’album en album, tu fais des progrès ?

Je sens que je gagne en maturité et en écriture. Mais comme c’est toujours moi qui raconte, le caractère et la façon de voir les choses restent les mêmes. Il y aura toujours ce petit côté, « je vais vous raconter un truc qui pique un peu, mais en mettant de l’humour dedans » ou «  je vais vous raconter un truc drôle, mais on ne va pas se marrer tout le temps ». La vie est faite ainsi, de toute façon.

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Après l'interview...

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