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29 août 2014

Manon Tanguy : interview pour Somniloque

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La délicate Manon Tanguy est une artiste à part. Ce qu’elle chante, personne ne le chante. Son timbre de voix unique, un peu fragile, qui interprète des chansons graves, intenses, drôles, impertinentes, voire licencieuses, parfois. Un visage de gamine, des chansons d’adultes. J’adore. Je la suis depuis trois ans maintenant (lire ici, sa précédente mandorisation).

Elle vient de sortir un premier album, Somniloque qui aligne des chansons qui n’épargnent personne et qui m’incitent à penser qu’il faut se méfier des visages angéliques…

J’espère que la jeune femme ne tardera pas à trouver son public.

manon tanguy,somniloque,interview,mandorBiographie officielle :

Manon, auteure-compositrice, raconte ses histoires, à sa manière... Toute une galerie de personnages souvent décalés.

Une rencontre improbable un jour de décembre 2009 et le charme fait le reste... Elle enregistre 2 titres avec Laurent Duflanc, bassiste et guitariste pour l’occasion, sur une compil locale. Puis les choses s'accélèrent.

Manon  livre le 14 février 2011 un CD 6 titres prometteur Untel a dit ça, enregistré chez Philippe Henry (Liz et Jeanne Cherhal, Orange Blossom...).

En mai 2011, elle sera récompensée par le Prix de la Sacem aux Beaux débuts, organisé par l'association Chant' Appart, avec le soutien du chanteur Jehan.

La formation s'étoffera pendant l'été avec l'arrivée d'une violoniste.

Retour en studio, pour enregistrer 6 titres qui sortiront en février 2012, Faux semblants. Manon est en finale des tremplins de Face & Si, Couvre Feu, Eté Cigale, Poupet, France Ô Folies 2012. Deux concerts complets à Paris (Sentier des Halles et ACP Manufacture Chanson).

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En janvier 2013, Manon devient Manon Tanguy.

Repérage du Chantier des Francos, demi-finaliste du Prix Georges Moustaki, Prix Mozaïc Le Mans Cité Chanson, Prix ACP Manufacture Chanson et Prix de la Musique et de la Sacem au Pic d'Or de Tarbes, Prix Pause Guitare et 1er Prix du Jury aux Rencontres Matthieu-Côte en 2013 !

Dans le courant de l'été, Yannis Quillaud, multi-instrumentiste, remplace Jenny Galvao. manon tanguy,somniloque,interview,mandorDésormais trio avec guitare, piano, ukulélé, basse, métallophone...

1ères parties de Mina Tindle, Amélie les Crayons, Laurent Voulzy, Sansévérino, Dominique A, Thomas Fersen, Nicolas Jules, Olivia Ruiz, Mathilde Forget, Ben Mazué, C2C, Jeanne Plante...

Après une tournée de 20 dates en Italie (du Nord à la Sicile) du 24 janvier au 15 février 2014, Manon Tanguy sort son 1er album Somniloque le 17 mars 2014, 11 titres dont un duo avec Askehoug.

(Pour contacter Manon Tanguy, il faut s’adresser au Comptoir Musical (Eddy Bonin) : 09.50.64.22.07/06.81.14.19.77 ou lecomptoirmusical@gmail.com).

manon tanguy,somniloque,interview,mandorInterview :

Je t’avais reçu pour le premier EP Faux semblants. Que s’est-il passé entre cette sortie et ce premier album ?

J’ai grandi depuis et je sais plus vers quoi je veux aller. J’ai fait aussi pas mal de premières parties, ce qui a contribué à me donner encore plus de goût à ce métier. L’arrivée de Yannis a ajouté quelque chose de supplémentaire à l’atmosphère de mes chansons.

Dans cet album, on retrouve certains morceaux issus des EP précédents tels Les improbables, Trois petits points ou encore Faux semblants, agrémentés de plus d'instruments et avec des arrangements plus travaillés. Tu me disais que dans un premier EP on se cherche. T’es-tu trouvée avec cet album ?

Disons qu’il y a des choses qui deviennent plus automatiques pour moi qu’avant, du coup je peux mieux me concentrer et maîtriser plus intensément l’expérience du studio et de la scène. Maintenant, te dire comment je sens que j’évolue, c’est un peu compliqué.

Morceau acoustique de Manon Tanguy, "Les Improbables", enregistré dans les locaux de la radio SUN à Nantes, le jeudi 10 Avril 2014.
© Avril 2014 www.lesonunique.com (Vidéo)

Tu as fait beaucoup de concerts et de tremplins depuis ton EP Faux semblants, as-tu l’impression de progresser ?manon tanguy,somniloque,interview,mandor

Ça dépend des jours. Il y a des jours où je suis malade, comme aujourd’hui, où je vois tout en noir et d’autres jours où je m’aperçois du chemin parcouru. En tout cas, je sais qu’il y a encore beaucoup de travail et je devine sur quel point il faut que j’insiste. J’ai manqué pas mal d’occasions à cause de différentes choses, mais l’année prochaine, on va essayer d’améliorer tout ça. Je suis persuadée que l’on va avancer plus rapidement. Je suis très optimiste sur l’avenir.

Quand on me parle de toi, c’est toujours de manière positive. Tu sens qu’il se passe quelque chose autour de ta personne ?

Je ne sais pas. Parfois, j’ai peur que l’on me mente. Que l’on me dise que ce que je fais est bien juste pour me faire plaisir, du coup, je passe peut-être à côté de critiques qui me permettraient éventuellement de progresser. En fait, pour être sincère, je ne sais pas trop comment je suis perçue.

"Somniloque", 1er clip extrait du 1er album, Somniloque (2014)
Production : Le Comptoir Musical / Réalisation : Yannis Quillaud

Somniloquer, c’est parler quand on dort. C’est ton cas. Est-ce le fruit de tes paroles nocturnes qui deviennent des chansons ?

Somniloque, c’est exactement ça. Après, c’est plus une approche psychanalytique qui permet de répondre à deux questions. Que se cache-t-il derrière chaque rêve ? Où est-ce que je veux en venir ? En fait, la lecture d’un rêve, je la retrouve beaucoup dans la lecture d’une chanson. Avec le recul et les années qui passent, je regarde mes textes différemment. Le rêve, c’est quelque chose qui m’attire beaucoup, j’ai l’impression que c’est comme un exutoire, mais finalement, une chanson pourrait l’être tout autant.

Toutes tes chansons proviennent de tes rêves ?

Non, mais sur le moment, j’ai l’impression qu’elles s’écrivent malgré moi. C’est moins vrai aujourd’hui, mais ça l’a beaucoup été. Avec le recul, je me rends compte que c’est vraiment l’inconscient qui s’exprime. C’est assez impressionnant. Aujourd’hui, j’ai une lecture très différente de textes que j’ai écrits il y a un ou deux ans. C’est assez bluffant de constater que je suis passée à côté de choses très évidentes.

Manon Tanguy "L'incendiaire" extrait de l'album "Somniloque".
Clip : Production Le Comptoir Musical et Smac

As-tu envie parfois que le conscient corrige un peu l’inconscient ?

Je ne corrige pas souvent. Il m’arrive de revenir sur des termes que je trouve maladroits, mais rarement. J’estime qu’il y a un peu de potentiel dans chaque phrase et après, je vois ce qu’on en fera avec l’équipe qui travaille avec moi.

Tes histoires sont souvent surréalistes. Il n’y a pas beaucoup de gens normaux dans tes chansons, il me semble?

Tu trouves ? Je crois que tu te trompes. Je chante un peu le quotidien. Juste, les personnages sont contrastés, mais rien de plus. Ce que je raconte est très réaliste, mais c’est du réalisme déguisé. Ça permet de ne pas réfléchir sur certains aspects…

Les histoires sont parfois cruelles, tu ne peux pas dire le contraire.

Elles sont un peu cyniques, pas cruelles. Dans la vie, moi, je suis juste un peu  moqueuse. L’humour permet de dire certaines de choses.

Les 2 premières semaines de la tournée italienne...
Musique : Manon Tanguy "Les eaux claires" extrait de l'album "Somniloque" (Le Comptoir Musical 2014)

Tu es partie en tournée en Italie. Vingt dates en l’espace de vingt-quatre jours.

C’était génial comme expérience. J’ai trouvé assez magique de rencontrer une culture différente de la nôtre dans un contexte économique assez troublant. Il y a là-bas une générosité magnifique. Ce qui était amusant, c’était de tester la musicalité de mes chansons, que ce soit instrumentalement ou textuellement. On a eu un super accueil. J’en suis revenue beaucoup plus riche.

Tu fais quoi en ce moment artistiquement ?

Nous sommes en création de nouveaux morceaux, donc ça fait du bien. On essaie de jouer le plus possible. On aimerait bien s’exporter au Canada. Nous voulons faire vivre le projet au maximum et s’exprimer le plus et le mieux possible.

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Manon Tanguy avec ses deux musiciens, Laurent et Yannis, le 21 mars 2014.

26 août 2014

Annabelle et Grégory Mouloudji : 20e anniversaire de la disparition de Marcel Mouloudji

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Marcel Mouloudji n’est plus de ce monde depuis vingt ans.

Quelle place occupe-t-il dans la mémoire collective?

On se souvient de lui comme de l'interprète de « Comme un p’tit coquelicot ».  Mais ce grand artiste ne peut pas se résumer à cette chanson. Nous devrions nous souvenir de ses talents d’acteur Les disparus de Saint-Agil de Christian-JaqueNous sommes tous des assassinsd’André Cayatte…), de ses tours de chant consacrés à Boris Vian ou Jacques Prévert au Vieux-Colombier…

Mais il est vrai qu’on avait oublié le peintre, le producteur et éditeur qui lança notamment la carrière de Graeme Allwright, l’homme de convictions qui chantait dans les usines et participa notamment à un gala de soutien à la gauche chilienne, l’auteur d’Enrico, un ouvrage de mémoire, écrit alors qu’il avait tout juste 20 ans, couronné par le Prix de la Pléiade ou encore le pacifiste qui interpréta pour la première fois « Le déserteur » en 1954, le jour même de la chute de Diên Biên Phu.

Deux actualités viennent de sortir pour se remémorer l’homme important que fut Marcel Mouloudji. Un disque, Hommage à Mouloudji – En souvenir des souvenirs et un livre, Mouloudji, athée ô grâce à Dieu. Un travail auquel s’est attelé ses deux enfants, Annabelle et Grégory (avec la complicité artistique précieuse de Laurent Balandras).

Le 26 juin dernier, j’ai eu la chance de les recevoir tous les deux (résidant désormais aux États-Unis, Grégory était de passage éclair en France).

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annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorLe livre : Mouloudji, athée ô grâce à Dieu  (Editions Carpentier).

Deux enfants, deux familles, qui portent le nom d’un absent dont ils entendent parler bien plus qu’ils ne le voient.
Annabelle et Grégory racontent dans cet ouvrage leur Mouloudji, leur papa.
Annabelle s’adresse à lui pour trouver des réponses aux questions qu’elle était trop jeune pour lui poser.
Grégory, à l’image de son père, nous fait revivre des séquences du film de sa vie.
À travers des documents exclusifs, ils tracent un portrait intime de leur père, loin de la biographie officielle que le lecteur pourra trouver dans d’autres ouvrages.
Suivons-les dans ce livre atypique dont le personnage central tutoie la poésie et se révèle
comme l’une des figures majeures des arts du XXe.

Le disque : Hommage à Mouloudji - En souvenir des souvenirs... (Discograph)

Si le 14 juin 2014 marque les 20 ans de la disparition de Marcel Mouloudji, il demeure à annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorjamais présent dans l’inconscient collectif grâce à tous les standards qu’il a créés de sa voix de velours, de sa gouaille révoltée et de son jeu d’interprète passionné. Ses enfants, Annabelle et Grégory Mouloudji, nous font redécouvrir la qualité de son répertoire à travers, chose inédite, un album hommage.

Sous la direction artistique de Laurent Balandras et avec Fréderic Lo à la réalisation et aux arrangements, une poignée d’artistes fascinés par Mouloudji (comme Louis Chedid, Christian Olivier (des Têtes Raides), Alain Chamfort, Daphné ou encore Jil Caplan) donnent une nouvelle vie à ses grands succès incontournables que sont "Comme un p'tit coquelicot", "un jour tu verras" et "Le déserteur", ou à des titres des années 68/72 tels que "L'un à l'autre étranger" ou "Enfin tu me viendras" dont la relecture souligne leur caractère intemporel.

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorInterview :

Votre père est parti il y a vingt ans. Le temps est-il passé vite ?

Annabelle : Oui. Je n’en reviens pas. C’est passé à la vitesse de la lumière. J’ai complètement perdu la notion du temps par rapport à cet évènement.

Grégory : Moi, j’ai un assez bon rapport au temps, me semble-t-il. Évidemment, quand on se retourne, on se dit que ça fait déjà longtemps que notre père n’est plus là.

Pour fêter cette date anniversaire, un livre et un disque viennent de sortir. C’était primordial pour vous de marquer le coup ?

Annabelle : J’avoue que j’en avais très envie. On en a parlé tous les deux et (regardant son frère), tu n’étais pas contre.

"Comme un p'tit coquelicot". (1951)

Laurent Balandras vous a aidé à mettre en forme ces deux projets.

Grégory : En fait, c’est presque lui qui est l’initiateur de tout ça. Qu’Annabelle et moi, nous en ayons parlé, c’est une chose, mais lui nous a aidés à concrétiser tout ça.

Je vous expliquais en off que j’ai entendu toute ma jeunesse votre papa, parce que ma maman en était très fan. Il fait donc partie de ma vie depuis toujours. Mais, j’ai remarqué que beaucoup ne savent pas qui il est et principalement les jeunes d’aujourd’hui.

Annabelle : Comme vous, je me suis aperçue que le nom de mon père ne faisait écho à rien à pas mal de monde. Les trentenaires ne le connaissent pas, c’est donc la fin d’un cycle. Ça fait partie de l’autre siècle. C’est pour cela que ces deux projets m’ont excitée. Je voulais faire en sorte que les gens le découvrent ou le redécouvrent.

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Quand il a fallu se replonger dans les archives pour préparer le livre, vous avez vécu cela de manière différente tous les deux ?

Annabelle : Moi, j’ai très bien vécu la chose. Si cela avait été douloureux,  je ne l’aurais pas fait. C’était même plutôt agréable de me replonger dans les archives familiales, d’effectuer toutes ses recherches, de rencontrer des gens qui l’ont bien connu et qui m’en ont parlé avec beaucoup de tendresse… Quand on croise des personnes qui nous racontent des anecdotes sur lui  qu’on ne connaissait pas, c’est toujours intéressant. Moi, je n’ai jamais été très proche de lui, dans le sens où ce n’est pas quelqu’un qui parlait beaucoup. De plus, j’étais trop jeune pour discuter de choses sérieuses et importantes de la vie avec lui… En fait, on n’a parlé de rien. Donc, entendre les autres parler de lui, j’adore.

Vous, Grégory, vous le connaissiez un peu mieux. Vous êtes même partie en tournée ensemble.

Grégory : Par rapport à ce que vient de dire Annabelle, j’ai l’avantage d’avoir sept ans de plus qu’elle. Quand j’avais quinze ans, elle en avait huit, forcément, on ne vit pas les mêmes choses. Comme j’ai grandi au Portugal, j’avais soif de connaître mon père que je voyais une fois ou deux par an. Quand je suis revenu en France, je ne me suis pas posé la question de savoir si je pouvais le connaître ou non, je me suis imposé sans lui laisser le choix. J’avais les clefs de son appartement à Paris, j’allais et venais comme je le souhaitais. Il ne faisait pas d’effort pour me recevoir, mais en même temps, il ne me fermait pas la porte.

"La complainte de la butte" (1955).

Laurent Baladras dit de votre père qu’il « engendrait des chansons, des livres, des films, des tableaux et deux enfants avec la même inconscience ». Vous n’émettez aucun bémol avec cette affirmation ?

Annabelle : C’est plutôt juste. Il était spontané dans ses choix et ses démarches. Il ne se prenait pas vraiment la tête.

Grégory : Il faut resituer le contexte. C’est un homme qui s’est marié très jeune. Il n’a plus vécu avec sa femme au bout de douze ans, mais il est resté marié avec elle vingt-cinq ans. C’est un homme qui n’a pas fait d’enfant avec sa femme légitime, mais qui en a fait avec des jeunes femmes.

Précisons que vous n’avez pas la même maman. D’ailleurs, j’aime bien le fait que vous rendiez hommage à vos mères respectives au début du livre.

Grégory : On écrit un livre sur un personnage qui se trouve être notre père. Mais ce n’était qu’un homme, il a bien fallu qu’il y ait des femmes pour faire les enfants que nous sommes. Nous trouvions normal de restituer leur part de réalité. Pas seulement par rapport à la célébrité et à la gloire d’un homme.

"Un jour tu verras" (1967).

Grégory, vous n’êtes pas toujours tendre avec lui. Vous dites qu’il était narcissique, qu’il avait des oursins dans les poches quand il s’agissait de vous aider financièrement, qu’il n’avait pas peur de vous laisser être le témoin de quelques-unes de ses liaisons…

Grégory : Ce dernier point m’était réservé. Je crois qu’il a épargné Annabelle de ça. Je dois avouer que j’ai connu une succession de maîtresses. Je ne savais pas qui elles étaient réellement. Si j’étais en sa présence, il ne me cachait pas sa vie intime. annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

Annabelle, il me semble que vous êtes plus indulgente avec lui ?

Annabelle : Non, je ne crois pas. Cela dit, j’avais écrit un livre il y a quelques années, La p’tite coquelicot. Je racontais les choses un peu différemment et je réglais mes comptes. Le temps a passé, je n’ai plus envie de m’épancher de nouveau sur ce que j’ai déjà dit.

Grégory : Pour ma part, quand je décris certains aspects de la personnalité de mon père, c’est parce que je décris le personnage le plus exactement possible. Je ne vais pas raconter qu’il était pécuniairement généreux, alors qu’il manquait toujours un franc pour faire dix francs, sauf si c’était pour son bon plaisir. Je n’ai pas voulu l’agrandir, ni l’amoindrir, j’ai juste voulu le décrire tel qu’il était. Et puis, sincèrement, il y a des choses dont j’ai été témoin et que  je n’évoque pas dans un livre.

Marcel Mouloudji interprète Boris Vian : "Le Conscrit" (Allons enfants) (1952).

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorVotre père a connu Jacques Prévert, Boris Vian, Charles Dullin, Jean-Louis Barrault, Louis Jouvet,Sartre, Colette, les surréalistes André Breton, Raymond Queneau, Robert Desnos, Marcel Duhamel (le fondateur de la Série Noire de Gallimard). Il a fait parti de la vie artistique du 20e siècle. Vous étiez impressionné par cela, ou pas ?

Annabelle : Moi je suis toujours très impressionnée par tout ce qu’il a fait et par les gens qu’il a connus. Quand je regarde ce qu’il a réalisé, j’ai l’impression de n’avoir rien fait moi-même. Depuis que je me suis replongée dans sa vie artistique pour les besoins de ce livre, il m’impressionne encore plus.

Grégory : Avec son frère André, dès leur adolescence, ils ont été acceptés et adoptés par les plus grands. Cette part de sa vie est absolument miraculeuse.

Vous êtes fière de lui Annabelle?

Annabelle : Fière n’est pas le mot. Je me dis juste que j’ai de la chance d’avoir eu un papa comme lui. Un homme qui a créé beaucoup de belles choses. En plus, tous les enfants n’ont pas l’occasion de connaître le passé de leur père. C’est génial d’avoir un papa qui a écrit sa vie. Mes racines sont à ma disposition, finalement. C’est un luxe.

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Le 14 juin 1989, ma première rencontre professionnelle avec Annabelle Mouloudji.

Vous deux, Annabelle et Grégory, quand vous vous voyiez, vous parlez de votre père ?

Annabelle : Oui, tout le temps.

Grégory : Vous savez, avec tout l’amour qu’on peut lui porter, il était quand même problématique. C’est normal qu’on passe notre temps à essayer de le décrypter.

Annabelle : C’est marrant que vous posiez cette question, je n’avais pas remarqué que l’on parlait de lui constamment depuis que Grégory et moi nous connaissons.

Grégory : En dehors du fait que cet homme est notre père, il y a un phénomène auquel il a été difficile d’échapper, c’est la célébrité. La célébrité, ce n’est pas lui, c’est la célébrité. La célébrité, c’est très particulier quand ce n’est pas la sienne propre. Nous, c’est par ricochet.

Annabelle, la première fois que je vous ai interviewée, c’était en 1989, pour la sortie de votre single qui a plutôt bien marché, « Fuis Lawrence d’Arabie » (voir photo plus haut). Vous avez eu votre heure de gloire personnelle.

Annabelle : Oui, il a fallu que je trouve ma place en tant que fille de. Mais, ce n’est pas pour cela que j’ai tenté une incursion dans la musique. J’aimais vraiment cela.

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annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorParlons de l’album à présent. Ce qui est bien, c’est que vous participez tous les deux. Annabelle en chantant et Grégory en lisant un texte. Comment avez-vous décidé du casting ?

Annabelle : C’est Frédéric Lo qui réalise l’album. J’avais beaucoup aimé ses productions avec Daniel Darc. Il a tout de suite compris les impératifs budgétaires et de planning. Avec Grégory et Frédéric, nous avions envie d’artistes confirmés comme Chédid et Chamfort, mais aussi d’artistes venant d’autres univers, peut-être plus « underground », tels que Christian Olivier des Têtes Raides et Melissmell. On voulait un disque inattendu. Il y a aussi Jil Caplan que j’ai toujours appréciée. Je suis très fière que Daphné soit également dans ce projet. J’avais craqué sur son disque Bleu Venise. Pour moi, c’est une Melody Gardot française. Enfin, il fallait qu’humainement parlant tout se passe bien, que les ego soient au repos et que tout soit fluide et naturel.

De nombreux extraits de l'album hommage à Mouloudji.

Pourquoi avez-vous monté Les productions Mouloudji tous les deux?

Annabelle : Pour ne pas nous contenter de ce livre et de ce disque. On veut faire renaitre les chansons de notre père en travaillant sur d’autres projets.

Qu’est-ce que vous avez pris de votre papa et l’un et l’autre ?

Annabelle : J’ai beaucoup de mal à répondre à cette question. Ce qui est sûr, c’est que j’ai son côté angoissé, voire tourmenté parfois.

Grégory : La nature m’a donné un grain de voix proche de la sienne. Sans le vouloir, mon père m’a donné une curiosité de son histoire. C’était un homme simple, humble et émouvant. S’il avait des défauts, il avait surtout de grandes qualités humaines. Il passait aussi bien à l’Olympia que dans un champ à Trifouilly-Les-Oies en se donnant le même mal pour chanter. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vu aussi bon sur scène que quand il était en danger. Je suis très admiratif de mon père, mais pas pour son côté gloriole… pour son humilité.

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Avec Grégory et Annabelle Mouloudji, après l'interview, le 26 juin 2014.

24 août 2014

Sarah Olivier : interview pour Pink Galina

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sarah olivier,pink galina,interview,mandor« Sarah Olivier est une diva, une diva excentrique, une pin'up baudelairienne. C'est une tornade de voix, une giboulée de folie, un incendie sur scène... une nature, un feu bouillonnant! » N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Voilà, en tout cas, quelques exemples d'articles de presse. Quand on lit ça, c’est sûr, on a envie de s’intéresser à son travail… et de faire sa connaissance.

C’est ce que j’ai fait. Dans ses chansons, elle parle de prostitution, de suicide, d'amour, de lycanthropie, d'alcool, de mélancolie, de sexe toujours avec une autodérision étonnante, un humour décapant et une sensualité envoûtante.

J’apprends aussi qu’elle « s'inspire autant de jeux respiratoires Inuits que de la chanson à gouaille, que du vieux blues ou du punk des années 80 ». D'une rare liberté, sa voix est puissante et maîtrisée, elle couvre plusieurs octaves et passe de graves inquiétants aux aigus purs et mystiques du chant grégorien.

Le 3 juin dernier, la chanteuse est venue à l’agence évoquer son album Pink Galina… et bien d’autres choses.

Argumentaire de l’album :

Pink Galina est le premier opus de Sarah Olivier. Elle compose, écrit, et interprète avec la sarah olivier,pink galina,interview,mandorparticipation de ses amis de toujours: Babx au piano et Roland Topor pour le texte de « Bloody Mary ». Stephen Harrison et Brad Scott à la contrebasse, la voix de Fantazio sur « Panique »,  Nico Duportal à la guitare, Jo Doherty et Michel Schick aux saxophones, Relu Merisan au cymbalum, Élisabeth Keledjian à la batterie. Sarah navigue entre rock, blues, punk, indus et chanson réaliste.

L’écriture de Sarah Olivier est une fantaisie absolue et délicieuse où la vie et la mort se mêlent dans une sorte de transe. Quant à sa voix, elle se fait tour à tour hypnotique sur « Ophélie », tendrement mélancolique dans « Matin d’été »,  canaille pour « Voleuse » et rageusement drôle sur « Miss Coquette ». La poésie est partout, même dans ses mots les plus crus. Les paroles reflètent un monde merveilleux où se dessine une vision pourtant très réelle, bestiaire fantastique entre loups qui s’entrechoquent, mollusques volants, ailes de visons et poulette en perdition. Mais tout à ses divagations, cet album n’en dégage pas moins une étonnante sérénité. Et si sur scène Sarah Olivier force le respect tout en assumant un sex-appeal déluré, elle défend sur cet album les mêmes valeurs qui l’ont toujours accompagnée: féminité, indépendance et liberté. 

Elle a collaboré à la réalisation de l’album auprès de Bob Coke, producteur et ingénieur du son pour Ben Harper, Noir Désir, Bashung, Black Crows... Pink Galina est un bijou à écouter et à voir. Olivier.O.Oliver a dessiné de très belles encres de chine pour chacun des morceaux, juste avant sa disparition.

sarah olivier,pink galina,interview,mandorInterview :

Tu as vécu dans un environnement particulièrement propice à un épanouissement artistique.

Mon père, Olivier O. Olivier, était artiste peintre. Il faisait partie du groupe « Panique » avec notamment Topor, mon parrain, et Fernando Arrabal, qui m’a offert mon premier nounours. Toute cette clique-là était tout le temps fourrée à la maison. Je les considérais comme mes tontons.

Et ta maman, elle faisait quoi ?

Elle était galeriste dans ce milieu de l’art contemporain.

Donc chez toi, tout était lié à l’art.

On écoutait beaucoup de musique, on sortait au théâtre. Nos amis étaient des poètes, des comédiens, des musiciens, des metteurs en scène, des illustrateurs, des chroniqueurs et j’en passe. On peut dire que j’ai baigné là-dedans. J’aurais pu me destiner à une carrière d’art graphique ou d’art plastique, mais ce n’était pas mon truc. Depuis toute petite, j’ai été attirée par le chant, la musique et le théâtre.

J’ai lu que tu avais commencée à chanter à l’âge de quatre ans.

J’ai fait le conservatoire. J’ai joué dans des spectacles avec des troupes de toutes sortes. J’ai l’impression que j’ai toujours été sur scène. D’une manière ou d’une autre, je me démerdais toujours pour trouver une place quelque part.

Tu te cherchais ?

Non, c’était une curiosité et une dévoration de tout. Je voulais tout faire et être partout. Je ne voulais pas me cantonner à la musique, je suis allée dans tous les sens.

Extrait du concert du 12 février 2014 à L'Atelier à Spectacle de Vernouillet (28). Avec Sarah Olivier, Stephen Harrison, Joseph Doherty et Elisabeth Keledjian.

J’imagine que tes parents t’ont soutenu ?

De toute façon, je ne crois pas qu’ils auraient pu m’imaginer en rat de laboratoire (rires). Je pense qu’ils n’auraient pas compris que je ne parte pas dans une direction artistique.

sarah olivier,pink galina,interview,mandorTu étais proche de ton père ?

Beaucoup. J’étais aussi très proche de son univers et de la façon dont il créait. J’ai d’ailleurs beaucoup posé pour lui.

Est-ce que, quand on a des parents dans l’art, cela met une pression dans son propre cheminement et développement artistique ?

Un petit peu. On veut leur faire plaisir parce que ce sont des êtres qui sont dans l’excellence et qui sont eux-mêmes entourés de gens extraordinaires. Il faut être quand même un peu à la hauteur parce que, dès qu’on est médiocre, on nous le fait sentir. Un jour, j’avais fait un dessin dont j’étais super fière. Je l’ai montré à mon père et il m’a dit avec beaucoup de tendresse et de franchise : « non, il ne faut pas que tu poursuives dans cette voie-là ». Ça ne m’a pas traumatisé, mais ça a calmé mes ardeurs aux dessins. Dans ma famille, il faut être bon dans ce que l’on fait.

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Parle-nous de ta rencontre avec ton contrebassiste, Stephan Harrison.

Si je ne l’avais pas rencontré, je n’aurais pas fait cet album. Il est l’élément déclencheur de mon retour à la musique après dix ans d’absence. Les textes étaient déjà écrits et l’univers commençait à se mettre en place, mais lui est quand même le déclic qui m’a permis d’aller au bout de ce projet. Il y a entre nous une circulation d’énergie et une complicité incroyable. C’est jubilatoire de rencontrer son alter ego  professionnel. On nous compare souvent à Laurel et Hardy parce que sur scène, on a un rapport un peu comique de dominant dominé qui s’inverse.

Tes spectacles sont de vrais shows.

Je mouille ma chemise. Sur scène, je ne m’imagine pas du tout comme je peux être dans la vie. Je ne suis pas assez intéressante pour ça. Et puis, je n’ai pas envie de chanter ma vie, d’interpréter des chroniques de la petite Parisienne trentenaire. J’ai envie de transcender un personnage et d’être dans une expression surréaliste et onirique. Je travaille donc mon personnage de diva très excentrique.

J’adore rencontrer des artistes parce qu’ils sont différents de ce que l’on voit d’eux sur scène. C’est bizarre, parfois.

Heureusement, sinon, tu n’auras pas pu faire l’interview. Ça aurait été insupportable pour toi (rires).

Au New Morning à Paris le 5 juin 2013 pour la sortie de l'album Pink Galina. Réalisation: Extermitent Production.

Quand tu montes sur scène, tu te métamorphoses en diva immédiatement ou il te faut une préparation psychologique un peu avant ?

Un peu des deux. Il y a quelque chose de très naturel et spontané qui m’envahit, mais en même temps, il y a toujours un petit moment où je souhaite être seule pour « m’en(lady)r ». Ça se passe, notamment, quand je me maquille, que je prépare les accessoires ou que je mets mes costumes de scène.

Monter sur scène te provoque quoi ?

C’est le rêve absolu. Sans prétention, j’ai vraiment l’impression d’être née pour ça. Quand on arrive à faire ce pour quoi on pense qu’on est missionné sur Terre, on rentre dans une grande plénitude intérieure.

Tu te sens missionnée sur Terre pour divertir les gens?

Je suis plein de démons et de brèches, alors si je me sens investie d’une mission, elle n’est pas du tout divine. Je me sens vraiment un tube d’air traversé par des ondes.

Cette mission viendrait d’où, alors ?

Je ne sais pas. Du cosmos ? Plus sérieusement, c’est une image pour dire que je me sens « passeuse » de quelque chose. Ma carcasse a le don de transmettre, par ma voix et mon jeu, l’émotion. Je me sens l’héritière de plein de gens qui étaient là avant. Je tente de m’inscrire dans une certaine continuité.

"Miss coquette", extrait du concert de Sarah Olivier en duo avec Stephen Harrison le 19 mars 2013 à la Maroquinerie (Paris) en première partie de Sanseverino.

Tu te sens héritière de qui ?

De Nina Hagen par exemple, ou de cette mouvance de femmes punk rock. Mais ça peut être de la poésie médiévale de Hildegarde de Bingen. Je me sens proche aussi de Diamanda Galás et même de Simone de Beauvoir, voire George Sand, Anaïs Nin ou Colette. J’aime les femmes qui expriment des choses qui peuvent déranger.

Il y a des thèmes plutôt graves dans tes chansons : la prostitution, l’alcool, la drogue, le suicide…

On est tous les jours confronté à la vie, la mort, la joie, la peine, le deuil, la naissance. J’ai un peu l’âme slave. Dès qu’il se passe quelque chose dans ma vie, je vais faire la fête, m’arsouiller à la vodka. Quand je vis un truc très fort, j’ai besoin de le transcender, de le sortir de moi. J’ai des rituels pour cela. Je suis aussi touchée par les choses euphoriques de la vie que par les choses sordides et macabres, parce que je les ressens très fortement. Je ne me voile jamais la face, je sais bien que la vie n’est pas toute rose, mais encore une fois, je transcende ce qui me bouleverse.

Dans la chanson française, as-tu l’impression d’appartenir à une famille ?

Non, mais par contre, je me sens des liens très forts avec certains artistes comme Babx ou Fantazio.

Babx, tu le connais depuis longtemps ?

Oui, je l’ai connu quand il était jeunot. Je faisais partie de l’école de sa maman, Martina Catella. Elle était ma prof de chant. Babx est comme moi, il a baigné dans l’art toute sa vie. Je me sens très proche de lui.

Et si je compare ton travail à celui de Claire Diterzi ou de Camille ?

J’aime beaucoup ce qu’elles font, mais je ne me sens pas du tout de la même famille. On a toujours tendance à comparer les uns avec les autres, ça rassure un peu les gens. Moi plus on me met dans les bacs d’objet musical non identifié, mieux je me sens.  

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Tu écris de quelle manière ? Travaillée ou à l’instinct ?

Les deux. Certains textes sont très instinctifs, spontanés, voire automatiques. D’autres sont très travaillés. Je peux mettre des milliards d’années à me prendre la tête pour trouver la bonne phrase ou simplement le bon mot.

Tu n’aimes pas la facilité ?

C’est exactement ça. Je n’aime pas le confort dans ce métier. Généralement, quand tu sens qu’il y a un truc qui marche, tu as tendance à l’étirer. Moi, j’évite. Sur scène, c’est pareil. Dès que je suis dans quelque chose qui est agréable, « paf »,  je casse et j’essaie d’aller ailleurs.

À la sortie de ton album, il y a plus d’un an maintenant, tu n’as reçu que des critiques dithyrambiques.

Je suis très heureuse. Il ne m’est arrivé que de belles choses. J’ai reçu pas mal de prix, les salles, même si elles ne sont pas très grandes, sont toujours remplies, les critiques sont très bonnes... Je gravis les échelons bien tranquillement et ça, ça me plait. Le deuxième album est quasiment prêt. Nous l’enregistrons en décembre. Tout cela est très euphorisant pour moi, tout en restant lucide et calme.

Peux-tu nous en dire plus sur ce prochain album ?

Je pense qu’il sera différent de Pink Galina, mais dans une certaine continuité. Ce qui est sûr, c’est que ce sera plus rock et qu’il y aura un son de groupe beaucoup plus tenu, du début à la fin. Mais il y aura quand même des surprises, des cassures, des choses qui perturbent. Je ne peux pas m’empêcher de surprendre.

Le 10octobre 2013 @ Canal 93 Bobigny (avec David Lafore, Sarah Olivier et Fantazio)
Sarah Olivier en quartet avec Stephen Harrison, Élisabeth Keledjian et Joseph Doherty.

Comment est ton rapport avec le public?

Je pense qu’un public doit se dompter. Et chaque public est un étalon particulier. Parfois j’arrive à le maîtriser, parfois non. Parfois, j’ai envie que ce soit eux qui me maîtrisent. Chaque soir est différent. Tout dépend dans quelle énergie tu es et dans quel état d’esprit sont les gens qui viennent te voir. J’aime être dans  l’instinct quand j’arrive sur scène et agir en conséquence.

Cette année, tu as fait partie des dix artistes qui ont reçu « le coup de cœur de l’Académie Charles Cros ».

J’en suis flattée, c’est une sorte d’encouragement, mais ça ne change pas grand-chose au succès d’un artiste. Ce qui ne m’empêche pas d’être ravie.

J’ai l’impression que tu n’as pas un ego surdimensionné.

Je pense que j’en ai un parce que je suis totalement exhibitionniste. Avec mon disque et mon spectacle, je suis au contraire dans un egotrip total. En même temps, je ne me prends pas au sérieux, j’ai envie de rigoler. J’essaie de canaliser cet ego surdimensionné pour l’emmener à quelque chose de drôle et le métamorphoser en autodérision.

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Avec Sarah Olivier, après l'interview, le 3 juin 2014.

22 août 2014

Mountain Men : interview pour Mountain Men chante Georges Brassens

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Le duo Mountain Men est composé de l'harmoniciste Ian Giddey dit « Barefoot Iano » et du guitariste Mathieu Guillou dit « Mr. Mat ».

Ces deux performeurs atypiques jouent, ou se jouent du blues, pour en faire une matière musicale surréaliste. Ils se sont imposés comme un groupe de scène incontournable lors de spectacles où le groove répond à l’humour, où la virtuosité côtoie la simplicité, où la puissance se marie à la finesse, pour le plaisir de tous.

De passage à Paris, le 3 juin dernier, le duo est passé par l’agence pour une mandorisation en règle. Je n’ai pas été déçu du voyage. Mr. Mat et Mr. Iano sont deux trublions qui savent se raconter… à leur manière.

Biographie officielle (mais légèrement raccourcie) :

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorEn 2009, la sortie de Spring Time Coming avait fait sensation dans le monde du blues international. Avec ce premier album, le duo est nominé 2 fois aux Awards de la Blues Foundation de Memphis, reçoit le prix spécial du célèbre Cognac Blues Passion Festival et promène son spectacle aux quatre coins du globe.

En France, aussi, le succès est spectaculaire. Vendre plus de 15 000 albums de nos jours  est déjà une performance, mais le faire sans soutien médiatique relève de l’exploit. Un exploit réalisé grâce à la vox populi et construit au fil de plus de 300 concerts donnés par le duo. Il faut dire qu’en concert la communion entre les Mountain Men et leur public est impressionnante.

Portés par la voix enivrante de Mr Mat ou par les envolées de l’harmonica de Mr Iano,  le groove et l’émotion vont de pair pendant tout le concert. Le charisme tout aussi décalé qu’incontestable de ces deux personnages nous guide tout au long du spectacle, entre rires et frissons, énergie festive et ferveur communicative.mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandor

Hope est le deuxième album du groupe. Si les racines blues du duo sont indiscutablement présentes à chaque instant c’est bien au-delà que nous transportent les 13 titres de l’album. Blues ? Rock ? Pop folk ? Peu importe les étiquettes, ici on parle de musique, de vraie bonne musique!

En attendant la sortie de leur nouvel album studio début 2015, Mountain Men s’offre une parenthèse et un hommage à Georges Brassens à travers un album live Mountain Men chante Brassens enregistré lors de leur concert à Saint-Malo.

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes connus dans un bar où Ian se produisait, c’est ça ?

Ian : Oui, à la fin de la soirée, j’ai demandé si quelqu’un voulait jouer avec moi.

Mat : C’était dans le bar situé à 500 mètres de chez moi. Il y a un morceau du zinc qui est à moi, tellement je suis un habitué (rires). Pas mal de potes présents ce soir-là m’ont incité à monter sur scène avec lui. Nous étions si bien qu’on a joué près de deux heures. On a compris qu’il se passait un vrai truc entre nous. On a eu un vrai coup de foudre musical. Nous ne nous sommes pas revus pendant quelques semaines et un jour, on s’est enfermé dans un home studio d’un ami à Ian et on a enregistré notre tout premier CD, aujourd’hui introuvable.

Vous habitiez loin l’un de l’autre ?

Ian : Non, à trente bornes. Et un jour, j’ai revu Mat par hasard, parce qu’il est venu faire un boulot d’artisan chez mon voisin. C’est le destin.

Mat : Oui, c’est vrai. À l’époque, à Grenoble, mon métier consistait à laver des poubelles au karcher. Un jour, j’ai bossé à côté de chez Ian, nous nous sommes donc revus. C’est à ce moment qu’on a repris contact.

La reprise de la chanson de Nirvana, "Smells Like Teen Spirit. Un extrait de Hope (clip vidéo réalisé par Balkan).

Vous cherchiez l’un et l’autre un alter ego musical?

Mat : Pour ma part, avant Mountain Men, j’ai toujours eu en moi le désir secret de faire de la musique et d’en vivre. À 17 ans, j’ai eu un premier groupe dans lequel nous faisions du rock. Et puis, il m’arrivait aussi de faire des soirées Brassens dans des bars. Quand j’ai rencontré Ian, tout s’est réalisé naturellement, sans qu’on y réfléchisse vraiment.

Ian : Quand j’ai emmené Mat en studio, j’ai immédiatement compris qu’il fallait que l’on bosse ensemble sérieusement. Moi, j’ai mon histoire de duo avec des chanteurs guitaristes, j’ai appartenu à des groupes, j’ai joué aussi en solo… et je sais reconnaître les vrais chanteurs. Et Mat en est un.

Mat : Pour moi, le vrai déclic, c’est quand on a participé au tremplin, « Blues sur Seine ». On a fait un super concert, on a eu des retours élogieux et on a pratiquement remporté tous les prix.

Extraits "live" de quelques titres de l'album Hope.

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorÇa doit donner confiance. On doit se dire qu’on est sur le bon chemin, non ?

Mat : Oui, mais au même moment, en 2007, Ian a appris qu’il partait en tournée pour cent dates avec Riké, de Sinsemilia. Ca s’est mal goupillé parce que, du coup, en 2007, nous n’avons quasiment pas joué ensemble. Juste six dates. En 2008, on a enregistré Springt Time Coming. Il est sorti en 2009 et sans aucune promo, on s’est retrouvé « meilleure vente blues jazz en France ». À la fin de cette année, nous avons participé au festival de blues de Cognac et on apprend là-bas que nous sommes la révélation française de l’année dans le blues. Ensuite, on nous annonce que nous sommes sélectionnés pour représenter la France à un grand festival de blues à Memphis. Là, le projet commençait vraiment à prendre sens.

Vous n’avez pas évolué avec le même son dans les oreilles. Ian est plutôt Folk, Mat plutôt rock, voire hard rock.

Ian : De plus, on n’a pas la même façon d’écouter la musique. Mat, a une espèce de mémoire auditive extraordinaire. On peut lui jouer un air une fois, il est capable de le reproduire immédiatement à la guitare et de chanter les textes sans se tromper. Je n’ai jamais vu ça.

Mat : Ma mémoire ne marche jamais aussi bien que pour ça. Moi, je suis un vrai boulimique de musique. J’ingurgite tout et je peux le ressortir sans difficulté.

Ian : Moi, j’écoute de moins en moins de musique. Je ne me sens jamais aussi bien que dans le silence. Dans le silence, il y a toutes les musiques.

"Egotistical", extrait de l'album Hope.

J’ai l’impression en vous voyant qu’il y a une fusion entre vous.

Mat : Oui, par exemple, on a de moins en moins besoin de parler pour se comprendre. Sur scène, nous avons les mêmes idées en même temps. On est toujours très exactement sur la même longueur d’onde. Pour en arriver là, il y a le travail et la rigueur, mais aussi une part de magie.

Ian : En français, on m’a dit que ça s’appelait « complémentarité ». Nous sommes plus complémentaires que complices.

Il faut une dose d’amitié pour former un duo qui tient et qui se tient ? 

Mat : Oui, même s’il nous arrive d’avoir quelques prises de bec. On a tous les deux de forts caractères.

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorParlons de cet album Mountain Men chante Georges Brassens. Pour Mat, c’est un retour aux sources de chanter cet artiste, mais pour toi Ian, que signifiait Georges Brassens ?

Ian : Je ne le connaissais pas, à part de nom. Je n’avais aucune idée de ce qu’il pouvait chanter. Le soir où on a enregistré cet album en live, j’ai juste suivi mon chanteur guitariste. Je découvrais presque les chansons et c’est la première fois que je jouais les morceaux.

Mat : On était en plein milieu de la tournée Hope et on a fait cette soirée Brassens, chez des potes à Saint-Malo, un peu de manière impromptue. Et pourtant ce soir-là, on a joué trois heures dix, sous un chapiteau devant 450 personnes au taquet du début à la fin. On a décidé d’enregistrer ce live, deux heures avant le concert. Le lendemain, Yann, le patron de Radio Sing Sing nous a appelés presque en pleurant d’émotion parce qu’il venait de réécouter l’enregistrement. On a donc décidé de le sortir en disque.

"Les copains d'abord" par Mountain Men (vidéo réalisée par Balkan. Enregistrée le 19 Mars 2014 à l'Odyssée à Eybens - 38).

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorCe qui est « dangereux » quand on s’attaque à ce genre de projet, c’est que les puristes de l’artiste repris sont parfois des acharnés intolérants.

Mat : Moi, la seule crainte que j’ai eue, c’est que l’on considère que je l’ai massacré, alors que j’ai voulu être à la hauteur du personnage. Ce n’est peut-être pas parfait, mais on a fait ce concert comme on avait envie de le faire, avec notre sensibilité et notre façon de jouer de la musique. Mais, je te jure qu’on a vécu un moment très fort émotionnellement. Brassens, c’est un pan entier de ma vie. Comme je te le disais tout à l’heure, j’ai commencé les concerts en jouant son répertoire. C’est un pilier pour moi et son ombre plane toujours au-dessus de  ma tête, quoi que je fasse musicalement. Sans faire de la psychologie de comptoir, chez Brassens, je suis allé chercher la tendresse que je n’ai pas eue dans ma jeunesse.

Ian, comme tu es australien, comprends-tu toutes les subtilités de la langue de Brassens ?

Ian : Ce n’est pas si subtil que ça. Je trouve qu’il est quand même assez brut. Pourtant Georges est une légende en Australie. On en parle tout le temps.

OK ! Tu te fous de ma gueule.

Ian : Bon, en vrai, je suis moins touché que Mat. Je ne comprends pas toutes les subtilités dans tu parles, parce que c’est justement trop subtil pour moi. Mais Mat m’en a expliqué certaines.

Mat : Je lui ai expliqué le sens de chaque chanson.

En tout cas, vous donnez à ces chansons beaucoup de pêche et c’est sacrément agréable.mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandor Vous vous êtes vraiment approprié son répertoire.

Mat : Il y a beaucoup de gens qui m’ont dit qu’il redécouvrait Brassens grâce à nous et il n’y a rien qui puisse me faire plus plaisir. Il y a même des gens qui estiment que Brassens est assez monocorde et monotone quand il chante et que c’est ennuyeux. Je ne suis pas d’accord avec ça, mais on a voulu rendre sa musique plus « festive », avec de gros guillemets. Nous, on veut faire découvrir l’œuvre de Brassens d’une autre manière.

Le prochain album est en route. En quelle langue sera-t-il ?

Mat : En français et en anglais. Un peu plus en anglais parce que la racine de Mountain Men reste l’anglais.

Pourquoi d’ailleurs ?

Mat : D’abord parce que c’est la langue de Ian et aussi que chanter en français m’impressionne. J’ai écouté toute ma vie Brel, Ferré, Brassens, Piaf, Fréhel, ça a de quoi te donner des complexes. L’écriture des chansons qu’ils interprètent est une telle broderie que lorsque tu passes derrière, tu te dis très vite que c’est nul.

Mat, est-ce qu’il y a des chanteurs français encore vivants qui trouvent grâce à tes yeux aujourd’hui ?

Mat : Oui, ils ne sont pas nombreux, mais il y a Maxime Le Forestier, Renaud, Batlik, Loïc Lantoine… et j’ai envie de citer un artiste récemment disparu, Allain Leprest.

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Avec les Mountain Men, après l'interview, le 3 juin dernier.

18 août 2014

Pic d'or 2014 : la recette du succès !

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Membre du jury du Pic d’Or depuis maintenant 3 ans, je suis obligé de constater que ce tremplin tarbais est sans nul doute le plus important et le plus exigeant qu’il m’ait été donné de fréquenter. Par rapport aux artistes sélectionnés et par son organisation sans faille. En tant que professionnel du monde de la musique depuis des lustres, j’ai trainé mes guêtres un peu partout et j’avoue être très impressionné par ce concours musical-là.

Dans ce bilan 2014, que je dresse avec beaucoup de retard (pardon à tous!), je vais faire comme les deux années précédentes (voir là et ).

Pas de compte rendu stricto sensu (mais de nombreuses photos légendées et quelques vidéos).

En parlant, de photo, toutes celles du concert sont signées par l'excellentissime Nöt Pixbynot (aussi humble que performant, c'est assez rare pour être signalé). Et vous pouvez voir une très large sélection de photos de la finale, ici.

Quant aux vidéos des lauréats, nous les devons à Via communication Tarbes.

Ne vous étonnez pas que je ne donne pas mon opinion personnelle sur les artistes qui ont participé pic d'or 2014,bilan,mandorà ce tremplin. Je ne sais pas critiquer négativement et, surtout, je n'en ai pas envie. Je crois que mes collègues jury, à droite, Thierry Cadet et Stéphanie Berrebi, sont comme moi. J'ai aimé la plupart des chanteurs et chanteuses présents (dont certains ont été mandorisés), mais pas tous à la même échelle (évidemment). Mandor défend les artistes, il déteste les allumer. On peut me le reprocher, je m'en fous... d'autres s'y emploient très bien ailleurs. Le Pic d'Or est une manifestation musicale dont les valeurs sont positives, restons donc positif.

J'ai décidé cette année de vous donner la recette pour fabriquer un bon Pic d’Or (ou, comment tenter d'être original).

Il faut d’abord une bonne poignée d'éclats d’artistes à placer délicatement dans un beau récipient (un théâtre somptueux, par exemple. Le théâtre des Nouveautés me parait idéal).

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Qu'il est beau ce théâtre... qui allie décor somptueux et acoustique idéal.

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Les artistes, donc. En voici quelques uns...

Les BachibouSouk.

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(Photo : mairie de Tarbes)

Le duo From & Ziel (mais, là, on en voit qu'un.)

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Le Coz.

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Marius.

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K!

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Simon Autain.

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Quessada, le premier régional de l'étape.

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Roocky, l'autre régional de l'étape.

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Cyril Adda.

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Virgule.

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Gaëlle Vigneaux.

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Radio Elvis.

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Davy Kilembé.

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Quentin Bécogné.

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Les Cahiers d'Auré.

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Orlando.

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L'idéal serait d'envelopper tout ce beau monde dans un papier pour le garder intact.

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Il faut ensuite, une pincée de juré. Mélangez avec harmonie artistes, musiciens, journalistes, professeur agrégée de musique, organisateur de festival et directeurs de salle.

IMG_4769.JPGCette année, le jury, est présidé par Arnold Turboust (compositeur, auteur, chanteur, musicien, producteur de disques) et parrainé par Michael Jones (guitariste-chanteur gallois et ex membre du trio Frédericks-Goldman-Jones). Il est composé de Stéphanie Berrebi (journaliste pour le magazine FrancoFans), Alain Navarro (créateur et directeur artistique de l'association Arpèges et Trémolos, organisateur du festival Pause Guitare à Albi), Thierry Cadet (animateur à Melody TV, rédacteur presse écrite, biographe, interprète, co-fondateur du Prix Moustaki), Jean-Pierre Pasqualini (rédacteur en chef du magazine Platine, Directeur des programmes sur Mélody TV, écrivain), Pierre Domengès (directeur artistique de La Gespe et romancier), Stéphane Rigot (directeur de "Tarbes En Scènes" et du Théâtre des Nouveautés), Anne Toujas-Marchand (Responsable du jury de préselection, professeur agrégée d'éducation musicale, 1er prix de solfège spécialisé au Conservatoire national de Musique de Paris, prix d'écriture, 1er prix d'analyse, prix de piano du Conservatoire de Bayonne) et moi.

Une petite séance photo avant de commencer les délibérations...

Sur cette photo, il y a tous les membres du jury masculins. Stéphanie Berrebi prend la photo (et Anne Toujas-Marchand était excusée).

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Sur celle-ci, manque Jean-Pierre Pasqualini qui prend la photo pour que Stéphanie soit sur la photo. Classe le monsieur!

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Plan serré sur (de gauche à droite) Alain Navarro, Michaël Jones, moi, Thierry Cadet et, au premier rang, Jean-Pierre Pasqualini.

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Quand les juges délibèrent,
Si j'fais mal ou j'fais bien,
Si j'suis vraiment sincère,
Moi j'sais même plus très bien...

("Peur de rien blues" par Frédéricks, Goldman, Jones)

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Le parrain de cette année, Michaël Jones.

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Le président du jury, le dandy classieux, Arnold Turboust (que j'affectionne beaucoup).

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Stéphanie Berrebi, la petite nouvelle de cette année, en pleine réflexion.

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Alain Navarro, l'humilité et l'efficacité dans toute sa splendeur. J'ai beaucoup de respect pour ce monsieur.

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Nous écoutons Michaël Jones qui, comme Arnold Turboust, a une sacrée belle carrière de musicien.

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D'autres photos des délibérations...

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Non, mais pour parler, il faut lever le doigt. Ça ne déconne pas, quoi! (En vrai, nous votons.)

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Corinne Labat et Pierre Domengès.

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Anne Toujas-Marchand, c'est elle (puisqu'elle n'était pas sur les photos de groupe, je voulais vous la présenter).

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Alain Navarro est parfois vindicatif.

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Après les délibérations, les membres du jury sont évidemment éreintés d'avoir tout donné, d'avoir défendu leurs artistes préférés, d'avoir argumenté et de s'être battus à mains nues pour arriver à imposer leurs préférences. (Quoi, j'exagère?)

Laissez les reposer quelques minutes, entre eux... ils n'en seront que plus tendres à la dégustation.

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C'est l'histoire d'un col de chemise qui est très attiré par une veste de chanteur guitariste.

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-Je vous jure! J'ai connu Gloria Lasso en vrai!

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Bon, à l'issu de ce temps de repos (qui ne doit pas excéder le quart d'heure), il faut donc mélanger les artistes et les jurés avec délicatesse.

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Arnold Turboust et Michaël Jones annoncent ceux et celles qui ont été sélectionnés. (Des carrières se jouent et eux, ils sont là, tranquillos, comme si de rien n'était...Pfff...)

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(Ouais, Jean-Pierre Pasqualini, fais pas le malin!)

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Quand Arnold Turboust fait parler Stéphanie Berrebi, Pierre Domengès, bibi et Michaël Jones applaudissent la performance.

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Les membres du jury et l'animateur du Pic d'Or, le truculent Eric Bentahar.

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Interlude: Je me permets de préciser que lorsqu'un être humain à de telles responsabilités professionnelles et humaines (décider si un artiste est meilleur qu'un autre, décider qui renvoyer au bercail et qui continue l'aventure... etc.) il faut évidemment reprendre des forces. Donc, oui, les membres du jury se sustentent et boivent un peu. Il faut donc les imbiber quelques heures dans les produits locaux.

A ce niveau là, l'organisation du Pic d'Or sait nous gâter...

N'est ce pas Jean-Pierre, Thierry (qui fait semblant de bosser même à table) et Stéphanie?

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Tandis que nous, nous sommes sérieux. A l'eau quoi! (Et un peu au rosé et au rouge).

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Et quand les membres du jury ont fait trop d'excès, on les emmène derechef prendre l'air en altitude. A la montagne, à Cauterets et à la Fruitière (1371 mètres).

(C'est à ce moment là que je remercie Florence Cortes et Eric Kieser.)

Pour faire du sport? Euh... oui, oui, faire du sport. Hum...

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Selfie with Stéphanie and Thierry.

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Le seul qui fait réellement du sport, c'est Alain Navarro.

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Et nous l'accueillons en star. L'homme est impressionnant.

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Ce restaurant n'est pas du tout un endroit où nous sommes venus pour nous en mettre plein la panse. Pas du tout.

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Parmi les membres du jury non tarbais en villégiature, manque Michaël Jones qui, lui, donnait une master class de guitare ouverte au public (nombreux, en plus).

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Puisqu'on en parle, voici un moment de la master class guitare de Michaël Jones...

Michaël Jones - Master class guitare (filmé par Via communication Tarbes)

J'aimerais préciser qu'il y a eu également un atelier de coaching vocal dirigé par le remarquable Henri Gonzales. Parce que, disons le tout net, le Pic d'Or n'est pas juste un concours ou un tremplin, c'est aussi un lieu qui permet à des artistes ou des anonymes de rencontrer des professionnels compétents dans un domaine précis (atelier d'écriture, Masterclass, coaching vocal...) afin de se perfectionner et d'être conseillés. Sacré valeur ajouté!

Atelier de coaching vocal avec Henri Gonzalez au lycée Marie Curie de Tarbes.

Revenons aux artistes participants au Pic d'Or (ce sont eux les plus importants dans cette histoire, quand même!) Quelques heures plus tard, eux aussi, doivent se reposer avant la finale. Mais, certains mijotent en coulisse quelques heures...

Orlando.

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Radio Elvis.

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Radio Elvis (bis).

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Simon Autain.

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From & Ziel.

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Orlando (bis).

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Gaëlle Vigneaux.

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K!

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Selfie entre Cyril Adda, K! et Gaëlle Vignaux.

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Askehoug, le Pic d'Or 2013 était de retour cette année pour chanter pendant les délibérations du jury lors de la finale.

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 Bon, il est temps de passer au plat principal. La finale (et tous ses résultats). Fort digeste, vous allez voir! Corinne Labat, la présidente de ce tremplin, ouvre les festivités finales.

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(Photo : Mairie de Tarbes).

 Thierry Cadet et Stéphane Rigot annonce le prix d'interprétation...

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...et il est attribué à From &Ziel.

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From & Ziel - Prix d'interprétation (filmé par Via communication Tarbes).

Pierre Domengès et Anne Toujas-Marchand annoncent le Prix SACEM pour la musique...

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...que le groupe Orlando remporte (avec joie, visiblement).

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Orlando - Prix SACEM pour la musique (filmé par Via communication Tarbes)

Stéphanie Berrebi et moi même annonçons le prix du texte...

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...et c'est Simon Autain (dont vous savez ici tout le bien que je pense de lui depuis deux ans) qui l'emporte.

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-Hé ho! Tu me le donnes ce papier et tu arrêtes de parler!

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(Photo : mairie de Tarbes)

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Simon Autain - Prix du texte (filmé par Via communication Tarbes)

Monsieur le maire, Gérard Trémège, est venu nous saluer...

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...et remettre, avec la présidente du Pic d'Or, Corinne Labat, le prix du jury à...

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...Orlando (dont les membres du groupe sont très démonstratifs).

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Orlando - Prix du public (filmé par Via communication Tarbes).

Quant à Alain Navarro et Jean-Pierre Pasqualini, ils remettent le Pic d'Argent à...

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...celle qui, pour moi, a été l'artiste féminine la plus intéressante de cette édition, K!

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K! - Pic d'Argent (Filmée par Via communication Tarbes)

Enfin, Michaël Jones et Arnold Turboust vont attribuer le prix le plus important de la soirée: le Pic d'Or 2014.

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...et c'est l'excellent et charismatique Radio Elvis qui reçoit la récompense suprême.

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(Mairie de Tarbes).

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(Mairie de Tarbes).

Radio Elvis, coïncidence, je l'avais mandorisé quelques jours avant.

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Radio Elvis - Pic d'Or 2014 (filmé par Via communication Tarbes).

Le final...

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(Mairie de Tarbes).

...et rideau.

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Puis buffet d'adieu...

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...et petite photo souvenir avec Stéphanie Berrebi et deux de mes chouchous, Simon Autain et le grand gagnant, Pierre Guénard, leader et chanteur de Radio Elvis.

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Avec les gagnants de cette édition. Radio Elvis

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La présidente du Pic d'Or, Corinne Labat et un membre du jury, Thierry Cadet.

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Et la nounou des concurrents... Florence Cortes. Je me prosterne devant elle. Son boulot n'est pas simple. Gérer les envies, les ego, les demandes de toutes sortes. Je n'aurais pas la patience. Elle l'a.

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Pour presque conclure ce bilan 2014 du Pic d'Or, voici celui de Michaël Jones, le parrain de cette année. Il répond à Thierry Cadet pour HorScène.

Je tiens ici à remercier toute l'équipe du Pic d'Or, de sa présidente, Corinne Labat, à TOUS les bénévoles aussi sympathiques qu'efficaces.

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Comme l'année dernière, en guise de conclusion, je vous propose l'article d'un autre membre du jury, Jean-Pierre Pasqualini. Il a été publié dans le n°200 de son journal, Platine.

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16 août 2014

André Fernandez : interview pour l'album Les doutes

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(Photo: Nathalie Tiennot)

André Fernandez est un peu ovniesque dans le paysage musical français. Il vient de sortir un premier album, Les doutes, mélange de pop rock des 70's et de textes souvent magnifiques et... malins. Le premier degré de ses chansons se métamorphose en subtil second degré. Je suis très étonné, car aucun confrère ne parle de ce disque pourtant très original. Il n’y a encore aucune critique, positive ou négative, un peu comme si ce disque n’existait pas. Or, il existe bel et bien. Je trouve très injuste que cet album soit ignoré de tous, car il est très original et intéressant sur bien des points (bien plus que certains albums de certains artistes qui ont pignon sur rue). J’ai donc décidé de recevoir cet artiste généreux à l’agence. C’était le 8 juillet dernier.

Photo 2 Nathalie Tiennot.jpgBiographie officielle :

Auteur-compositeur-interprète, ancien élève du cours Florent à Paris, batteur puis guitariste-chanteur de plusieurs groupes de rock. (Big Baang, Colère in Corti, Superstars).

En 2004 il écrit et compose « Voici mon pays » pour le 1er album de Jean-Sébastien Lavoie, Je me souviendrai (SonyBMG 2004).

Dès lors, il collabore à différents projets pour les éditions VK Production avec les paroliers Éric Chemouny, Sophie Gascon, Varda Kakon, puis à partir de 2006 avec les éditions Passport Songs Music et les paroliers Julien Melville, Hakan Lindgren, Axenn Raeyan et le compositeur Richard Jullien ?

En 2007 il cosigne avec Richard Jullien la musique de « Garder le feu », le 1er single inédit1383838_10151735985635835_593197720_n.jpg du double Best of de Roch Voisine, sur un texte de Julien Melville et Roch Voisine (SonyBMG-RV International 2007)

Parallèlement, André Fernandez planche sur des projets entre pop, rock et chanson française et se produit régulièrement sur la scène des bars parisiens.

En février 2013 débute l'enregistrement de son 1er album intitulé Les doutes en collaboration avec le guitariste Norbert Galo (Deep Forest, Jean-Louis Murat, Josh Groban...)

Le cd est disponible sur www.andre-fernandez.com

Je remercie Nathalie Tiennot pour toutes les superbes photos d'André Fernandez en concert.

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Interview :

Ton parcours est curieux. Plus jeune, tu te destinais à devenir comédien…

Oui, j’étais dans ce trip-là. Ou comédien ou metteur en scène. Cela m’intéressait beaucoup. Avant de faire les Cours Florent à Paris, je faisais déjà du théâtre à Marseille, mais c’était plus du théâtre de rue et du théâtre d’impro. Arrivé à Paris, j’ai découvert les grands classiques. Mais les textes de ces grands auteurs, avec mon accent, ça posait quelques problèmes. Pour jouer du Racine, ce n’était pas évident. Un peu comme dans Madame sans gène, on m’a fait faire des exercices pour que je perde cet accent, mais rien n’y a fait.

Cela dit, avoir lu beaucoup de « classiques » enrichis toujours, surtout quand on écrit soi-même des textes, non ?

Je n’ai jamais pensé que j’avais perdu du temps. Il y a les classiques, en effet, qui m’ont appris beaucoup de choses, mais aussi la belle chanson française, celle qui est bien écrite et engagée, comme savait bien le faire Georges Moustaki ou Jean Ferrat. Toutes ces lectures et ces écoutes m’ont donné envie d’écrire moi-même.

Photo 3 Nathalie Tiennot .jpgQuand la musique est-elle arrivée dans ta vie sérieusement ?

Tout petit déjà, je chantais sur les 45 tours des artistes que j’écoutais. À cette époque-là, c’était surtout de la variété, comme Mireille Mathieu, Claude François et Patrick Juvet.

Tu reviens de loin dis donc ! C’était assez « paillettes » ce que tu écoutais.

Ce sont mes sœurs qui m’ont remis dans le droit chemin musical. Sans renier mes premiers amours musicaux, elles sont revenues de colo avec des chansons de Moustaki et Fugain, par exemple, et je me suis dit qu’il y avait autre chose.

Tu as réalisé qu’il y avait des chansons qui avaient du sens ?

Absolument !  Mais, je ne me suis jamais dit qu’il fallait que je choisisse entre la variété et la chanson à texte. J’ai toujours aimé l’un et l’autre et je l’assume parfaitement.

Le rock s’est pointé quand dans ton existence ?

Dans les années 80. J’ai découvert Kiss. Ça a été une révélation. Avec ce groupe, c’était le spectacle total. Des flammes et des explosions partout… ça me fascinait. On ne les appelait pas les Las Vegas du rock pour rien. Ils étaient les seuls à faire des shows si explosifs.

Ensuite, tu t’es intéressé au rock progressif.

J’ai découvert les Pink Floyd, Ange, Genesis, Magma, Gong… tout à un tas de groupe expérimental. Ça m’a ouvert un nouvel horizon et d’autres perspectives musicales.

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(Photo: Nathalie Tiennot)

Ton album Les doutes, musicalement,  c’est quel genre ? Moi, je dirais pop rock seventies. Es-tu d’accord ?

Ce premier album est sûrement la synthèse de tout ce que j’ai aimé et écouté dans ma vie. J’ai mélangé le rock des années 70 avec des chansons à texte.  Les doutes m’a permis de boucler la boucle. Peut-être que je vais passer à autre chose à présent. M’ouvrir à d’autres styles musicaux.

Quand as-tu décidé de faire de la musique ton métier ?

À la fin des années 90. J’ai passé trois ans au Cours Florent. Pour le spectacle de fin d’année, je me suis lancé. Une copine m’a fortement incité à chanter avec ma guitare. J’ai donc interprété « Retiens la nuit », initialement interprété par Johnny Hallyday. Ce soir-là, j’ai compris que chanter était la meilleure chose que j’avais à faire.

Ensuite, qu’as-tu fait ?andré fernandez,les doutes,interview

J’ai commencé à écrire des chansons et j’ai poussé un peu mon apprentissage de la guitare. J’ai joué du Cabrel, des choses comme ça, et puis rapidement, je me suis dit qu’il fallait que je fasse mes propres chansons. J’ai décidé de m’occuper de moi. Je me suis perfectionné. Je me suis acheté du matériel pour pouvoir m’enregistrer. De fil en aiguille, j’ai commencé à avoir quelques chansons qui tenaient la route.

Tu en as fait quoi de ces chansons ?

Je les ai gardées pour moi. J’ai envoyé quelques maquettes à des maisons de disque. En gros, tout le monde me répondait que ce n’était pas encore prêt… et c’était vrai. Il fallait que je perfectionne le chant et la construction des morceaux. Pour devenir un chanteur crédible, l’apprentissage est long.

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(Photo: Nathalie Tiennot)

Ton premier « coup », c’est un texte pour le québécois Jean-Sébastien LaVoie.

Oui, j’ai écrit paroles et musique de « Voici mon pays ». Je connaissais Jean-Sébastien depuis le début des années 2000, bien avant sa participation remarquée dans A la recherche de la Nouvelle Star. On s’est connu sur un forum de musiciens, lui au Québec, moi à Paris. De mail en mail, ça a collé entre nous.

Ça fait quoi d’entendre une de ses chansons chantées par un autre artiste ?

C’est très étrange. Quand on écrit une chanson, on a une vision personnelle de son interprétation. C’était différent de ce que j’imaginais, mais franchement, c’était une bonne surprise. J’étais même très content du résultat.

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(Photo: Nathalie Tiennot)

Après, il y a la rencontre avec Varda Kakon.

C’est à ce moment que les collaborations vont commencer sérieusement. Varda m’a proposé de mettre en musique des textes qu’elle avait dans ses tiroirs. J’ai très vite travaillé sur des textes de Varda elle-même, d’Éric Chemouny et d’autres auteurs. C’est à partir de là que j’ai appris à construire une chanson carrée et efficace. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres éditeurs, notamment Thierry Perrier de Passport Songs Music. Là, avec Richard Jullien, on a écrit une chanson, « Garder le feu ». Roch Voisine l’a écouté. Il a flashé et l’a mise sur son best of. On peut dire que c’est la Québec Connection qui m’a fait démarrer (rires).

Tu as pris ton temps pour enregistrer ton premier album.

Je pense qu’il fallait que je me libère de ce côté « standard » que j’avais acquis. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des chansons « traditionnelles » ou « formatées », mais j’ai essayé de m’en éloigner le plus possible. Je ne voulais pas d’un disque trop conventionnel. Je voulais faire appel à mes convictions musicales, à mes envies et à mes goûts plus qu’à mes habitudes de création pour les autres.

Clip de "Mater les gonzesses".

Ce que j’aime beaucoup dans tes textes, ce sont les doubles sens. « Mater les gonzesses » est une chanson sur l’homosexualité, comme le titre ne l’indique pas, par exemple.

J’ai failli changer de titre à un moment. J’avais peur qu’il rebute pas mal de gens. Je craignais qu’on la prenne pour une chanson légère, fun, rigolote et qu’on n’écoute pas le texte.

Je trouve que la chanson « Des mots pour des maux » est une des chansons les plus importantes de ton disque. Elle explique pourquoi tu écris. C’est vraiment une forme de thérapie ?

Oui, un peu. J’écris rarement quand je suis super content, j’ai autre chose à faire (rires). J’écris toujours quand j’ai des doutes, quand j’ai besoin de mettre à plat ma vie, de dresser un ou des bilans. Je trouve que cette chanson allait parfaitement bien pour introduire l’album.

1559428_647455041984952_670602198_o.jpgIl est beaucoup question de doutes dans ton disque, comme le titre en témoigne d’ailleurs.

Moi, je suis quelqu’un qui doute beaucoup. Est-ce qu’on est vraiment fait pour vivre la vie que l’on vit ? Est-ce que l’on est vraiment fait pour vivre avec la personne avec qui on vit ? Est-on vraiment hétéro ou homo ? Est-on bien là où on est ? Est-on vraiment qui on voudrait être ? Est-on mieux dans l’ombre que dans la lumière ? Personnellement, je me cherche en permanence. À mon avis, les gens qui n’ont que des certitudes doivent s’ennuyer un peu.

Qu’attends-tu de ce métier ?

Je souhaiterais pouvoir en vivre, tout simplement. J’aimerais ne pouvoir faire que ça. La scène et les disques.

Serais-tu à l’aise avec le vedettariat ?

Je ne suis pas certain. J’aime la discrétion.

Ah bon ? Pourtant ton clip de « Mater les gonzesses » est très kitsch.

Oui, c’est vrai. Mais, les êtres humains sont tous paradoxaux.

"Hispanie", extrait de l'album Les doutes.

Tu t’appelles Fernandez. Tu es donc d’origine hispanique.

Oui, d’origine andalouse par mon papa et d’origine corse par ma maman. Je suis né dans le sud de la France, donc, je peux dire que je suis méditerranéen. Avec le mauvais caractère qui va avec. J'ai écrit une chanson qui est une sorte de clin d’œil à mes origines, "Hispanie"...

Concernant cet album, je suppose que tu es déçu du silence qu’il y a autour.

Disons que je trouve, en effet, que les choses ne vont pas vite. Je n’ai ni les codes, ni les clefs pour débloquer certains rouages. Mais, je suis patient et je continue d’y croire.

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Avec André Fernandez, après l'interview, le 8 juillet 2014.

15 août 2014

Mascarade : interview de JNEB pour l'EP "Rien n'à foot"

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Mascarade est un groupe autoproclamé "Hip-hop de Rockers" réunissant  JNEB ("artisan" pluridisciplinaire: musique, écriture, animation 2D) et JB (guitariste de Marcel et son orchestre). Leur "hip-hop de rockers" penche sérieusement du côté rock, voire hard et punk/rock...

J’ai lu quelque part que Mascarade était « le mariage contre nature de Trust et NTM avec comme témoins Les Inconnus et comme prêtre Lemmy Kilmister... ». Pas faux.

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorCe qui m’a attiré chez eux, c’est d’abord la qualité des textes, signés JNEB. Une vraie "plume", pleine d'humour et d'une totale autodérision. Ensuite, le son. Gratte saturée en avant, lourds riffs heavy, avec des touches electro, mais raisonnablement.

Juste avant la Coupe de Monde les deux compères de Mascarade ont sorti un Ep dédié au football et à ses travers, Rien n'à foot. Et le résultat n’est pas du tout politiquement correct. JNEB chante des chroniques décalées sur les faits et gestes des adeptes du foot.

J’ai rencontré l’artiste lillois, JNEB, en terrasse d’un bar parisien, alors qu’il était de passage dans la capitale, autant dire que j’ai rencontré un phénomène.

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Interview :

Nous sommes dans un pays où on ne peut pas mélanger les genres, or, toi, tu as plusieurs activités artistiques…

Pour Mascarade, je compose tous les titres, j’appréhende tous les instruments, je fais les arrangements et les textes. Ensuite, je réalise les clips entièrement seul. Je prends la caméra, je fais les plans, les éclairages, je joue dedans et, quand je rentre chez moi, je m’attelle au montage. Je me débrouille aussi en animation 2D. Pour le groupe, je fais aussi le boulot d’attaché de presse, je m’occupe des réseaux sociaux et des comptes. Il n’y a que le booking que je ne fais pas.

Quand as-tu commencé la musique ?

A l’âge de 14 ans. Je suis autodidacte en tout, je n’ai jamais pris un cours en rien. J’ai toujours voulu apprendre moi-même, même si j‘ai quelques amis qui m’ont donné quelques coups de main et conseils. Je viens des Ardennes, je suis originaire de Charleville-Mézières. J’ai travaillé pendant neuf ans dans un groupe de rock « hétérocklite », Guerka, avec plein de gens qui se sont succédé. Il aura fallu 35 ans pour que je trouve une sorte d’alter ego. J’ai toujours fait de la musique avec un grand M. J’aime tout. La musique du monde, le rock, le punk, le ska, la variété, la musique classique…

Clip de "L'envers du décor".

Pourtant, Mascarade est estampillé groupe de hip-hop.

Nous nous sommes autoétiquetés « hip-hop de rockers ». On s’est filé une étiquette avant qu’on nous en file une qui ne nous corresponde pas vraiment. On s’est tiré une balle dans le pied parce qu’on vient du rock. C’est pour ça qu’on s’appelle Mascarade, parce que les gens qui viennent du rock pourront se dire « c’est quoi cette mascarade ? »

Tu as évidemment fait des projets solos avant Mascarade.

Oui, en 2007, j’ai élaboré un projet qui m’a pris 4 ans. Il s’appelait Idéaux et ébats. C’était un triptyque multimédia (un film, un roman et la BO du film) qui a été diffusé jusqu’en Amérique latine et en Espagne. C’était un projet qui prônait le port du préservatif. La base, c’était religion et sexe. Un an après, je suis revenu avec un album qui s’appelait Tout n’est pas rose, en 2008, sous le pseudo de JNEB, qui est le diminutif de Benjamin, mon prénom.

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Tu es quelqu’un qui aime le « conceptuel ».

C’est ce qui m’a toujours causé du tort quelque part. Mon leitmotiv a toujours été d’être là où on ne m’attend pas.

Qu’est-ce qui t’anime ?

Créer et composer. J’aime bien être chez moi,  je suis assez casanier. Aujourd’hui, j’ai envie que ça marche un peu, c’est pour ça que je suis retourné faire un peu de scène. Et puis ça m’a resociabilisé. Je suis un peu autiste.

En 2010, tu as sorti un album qui était l’antithèse de celui de 2008.

En 2008, c’était un album très arrangé et plus chiadé. En 2010, l’album était beaucoup plus minimaliste. Même dans la composition, il y a des morceaux que j’ai écrits et composés en trente minutes. L’objectif était de composer dans l’urgence et de ne pas y revenir.

Clip de "Allumez la télé ou j'tue l'chien"

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorTa rencontre avec JB s’est passée comment ?

On se connait depuis plus de quinze ans maintenant. J’ai failli être chanteur de Marcel et son Orchestre à l’époque où ils auditionnaient des gens. Avec JB, j’avais de grandes affinités humaines et musicales.

Votre nouveau disque est sorti avant la Coupe du Monde 2014… forcément, je me suis dit que c’était un disque opportuniste. Et j’ai découvert vos clips qui étaient très second degré et intelligents, ce qui m’a donné envie d’écouter l’EP en intégralité.

C’est une bonne chose, alors. Pour moi, les clips ne doivent pas être un pâle succédané des textes. Il faut que ça donne du supplément, voire une complémentarité. Les clips servent à donner une autre vision des choses, d’appuyer ton propos et même de l’étoffer.

Quand tu chantes, on ne peut pas prendre trois mots à la volée, il faut t’écouter en intégralité, sinon, il peut se créer quelques confusions de sens.

Par rapport aux textes, si les gens ne vont pas plus loin que le premier degré, ils pourraient même envisager la possibilité que l’on soit racistes et/ou misogynes, alors que c’est exactement le contraire.

Clip de "Le football c'est violand (feat Ribéry)

Excuse-moi, je reviens sur ce que je te disais tout à l’heure. Est-ce que sortir ce disque mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandoravant la Coupe du Monde n’était pas un brin opportuniste ?

Si, c’est clair. On a voulu surfer sur le ballon, je ne te le cache pas. On s’est donné un coup de main, parce que personne ne nous a aidés. Par contre, nous n’avons pas été opportunistes complètement, sinon, nous aurions sorti juste un one-shot, un hymne pour les bleus, pas un EP avec sept titres. Notre disque n’est ni pro, ni anti foot, c’est les deux parce que les deux ouvertures nous permettaient de prendre des pans humoristiques. On en a trouvé sept.

Tu te situes où dans ce métier ?

J’ai du mal à répondre à ça. Je suis multi-instrumentiste, je compose, j’écris, je réalise, je suis cadreur, monteur, dessinateur…Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds artisan multidisciplinaire en essayant d’être là où on ne m’attend pas.

J’ai l’impression que tu as envie de foutre un gros coup de pied dans la fourmilière.

C’est un peu ça. D’ailleurs, je suis content parce que les chroniques que je lis sur nos disques vont dans ce sens. Les journalistes disent que l’on veut sortir des codes et que nous ne sommes surtout pas dans les paillettes. On est dans l’antithèse de la hype. Je vais même plus loin, je veux fournir de la contre-culture.

Clip de "J'aime bien le foot".

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorIl y a trois ans, je sais que vous avez été contacté par une grosse maison de disque et que vous n’avez pas voulu vous plier à leurs souhaits. Pourquoi ?

Parce qu’une fois dans leurs locaux, le directeur artistique se disait intéressé, mais nous reprochait de dire beaucoup de gros mots, nous expliquait qu’il y avait trop de grumeaux et que les guitares étaient trop saturées. Il nous demandait de nous calmer et de rentrer un peu dans les rangs. Je n’ai pas envie de porter une barbe, ni de chanter en anglais parce qu’en ce moment, c’est ça qui marche. Nous avons refusé. Je lui ai dit qu’il était hors de question que l’on change. Il cherchait du mainstream, alors que nous sommes alternatifs.

Tu as un avantage, tu as un métier et tu n’attends pas la musique pour vivre.

C’est ce qui fait ma force. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu faire, même si je suis rarement content de ce que je fais. Avec JB, c’est la première fois que je suis à peu près satisfait de ce que je produis. L’objectif est de me surprendre moi-même. Si ça plait aux gens, tant mieux ! Je ne te cache pas que je préfèrerais que ça plaise, sinon, je ne serais pas là avec toi pour avoir un peu plus d’expositions (rires).

La Coupe du Monde est terminée, le soufflé est retombé. Qu’advient-il de cet EP footballistique de Mascarade ?

Mais tu n’es pas sans savoir que le football existe toujours. Les différents championnats recommencent. Le foot, il y en a tout le temps.  

"Il paraitrait" en live (juillet 2014).

Vous allez continuer les concerts ?

Tant qu’on nous le demande, bien sûr. Sinon, je t’annonce que l’on a quasiment un album de bouclé. Celui-ci, on va essayer de travailler différemment. Le premier album et l’EP, on les a enregistrés dans l’urgence. Cette fois-ci, on laisse reposer des titres déjà composés il y a quelques mois. On y reviendra plus tard. Avec JB, pour le moment, on a la chance d’être prolifique et de ne pas tourner en rond. Musicalement, il y aura du reggae dance hall, du punk-rock,  du disco… des musiques comme ça. On va essayer de s’entourer un peu plus, parce que l’on sait que nous sommes arrivés à nos limites. Il faut que nous montions d’un cran. Même si je n’attends pas la musique pour vivre, j’aimerais bien que ça marche un peu.

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Avec JNEB, après l'interview, le 7 juillet 2014.

09 août 2014

Guillaume Jan : interview pour Traîne-savane, vingt jours avec David Livingstone

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(© Gwenn Dubourthoumieu) 

Cela faisait des années que mes amis Bertrand Guillot et François Perrin me demandaient si je connaissais Guillaume Jan, sous le prétexte que nous avions transité tous les deux, un moment, en Guyane. Moi, six ans, lui, un peu moins. Mais bref, je ne connaissais pas cet écrivain que l’on me qualifiait d’« aventurier » ou, au minimum, de « voyageur ». Et donc, un jour, j’ai reçu de sa part Le Cartographe. J’avais parcouru avec passion ce livre de Guillaume Jan, mais comme il était sorti il y avait un moment, j’avais reporté la mandorisation au prochain roman.

Trois ans plus tard, Traîne-Savane est arrivé (publié, lui aussi, dans la très séduisante maison d'édition Intervalles). Joie. L’occasion était belle, le 8 juillet dernier, de le recevoir à l’agence.

J’adore ce genre de type « bourlingueur » avec l’air de ne pas y toucher. À 41 ans, l’homme a déjà cherché de l’or en Guyane (voilà donc ce qu’il faisait là-bas !) et, d’après ce que j’ai lu sur le site de Nova Planet.com, « a essayé d’apprendre la boxe à Cuba ou fut éjecté à coups de pied aux fesses d'un camp d'entraînement pour enfants soldats en Côte d'Ivoire. Un Breton qui a traversé l’Afrique d’est en ouest, en claquettes, en moto ou en pirogue, descendant seul le fleuve Congo (sujet de son premier livre. Qui s'est beaucoup promené en Europe de l’Est. »

Traîne-Savane, est le récit de deux déclarations d’amour à l’Afrique. D’abord la sienne, au fil d’un périple épique qui va l'amener à se marier au Congo, chez les Pygmées, avec une Kinoise rencontrée lors d’un précédent reportage. En parallèle, il retrace l’histoire du Docteur Livingstone, cet explorateur victorien qui cherchait les sources du Nil et s’engageait dans la jungle de manière aléatoire, tout en rêvant à l’émancipation du peuple noir. Un livre exaltant, passionnant et superbement écrit. Chapeau bas !

guillaume jan,traîne-savane,interview mandor4e de couverture :

Deux amoureux se perdent dans la jungle et rêvent de se marier au prochain village pygmée : Traîne-Savane raconte l’histoire (vraie) de ce mariage romanesque décidé sur un coup de tête, au bout d’une longue errance au cœur de la forêt congolaise. Cent cinquante ans plus tôt, le zélé missionnaire David Livingstone déambulait le long des fleuves d’Afrique centrale, à la recherche d’une terre promise, d’une autoroute du commerce ou de sources miraculeuses. Fantasque et têtu, rêveur et maladroit, l’explorateur menait vaillamment ses combats impossibles jusqu’à ce que Stanley le retrouve sur les berges du lac Tanganyika et lui lance son mythique : « Doctor Livingstone, I presume... » En tressant ces deux parcours picaresques, Guillaume Jan relie le destin de ces Don Quichotte qui, chacun à leur manière, donnent leur cœur au continent noir. Curieusement, aucune biographie solide du Docteur Livingstone n’avait été jusqu’ici établie en langue française.

L’auteur :guillaume jan,traîne-savane,interview mandor

Guillaume Jan est né en 1973. Il a été palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter. Il vit aujourd’hui à Paris. Il a publié le récit d’un aventureux vagabondage sur le fleuve Congo (Le Baobab de Stanley, éditions François Bourin, 2009) et un roman de flâneries chaotiques à travers les Balkans (Le Cartographe, Intervalles, 2011). Le 23 avril 2014 : Traîne-Savane figure parmi les finalistes du Prix Nicolas Bouvier 2014.

Quelques critiques :

Jean-Claude Perrier (Livres Hebdo) : « Un roman hélicoïdal, plein d’humour et de fraternité... par l’un des plus brillants écrivains de son genre et de sa génération. »

David Fontaine (Le Canard enchaîné) : « Éclairé par des descriptions souvent enchanteresses, émaillé de scènes drôles qui résument si justement le pays, un récit qui est à la démesure du Congo. »

Julien Blanc-Gras (Magazine A/R) : « Ce livre musarde sur les chemins de la passion et éclaire ce Congo déglingué et envoûtant, drôle et désespérant. Le tout est porté par une plume tendre et ciselée, précise sans être précieuse, dénuée de misérabilisme comme de condescendance. Ce n’est pas un ouvrage sur l’Afrique terni par les habituels clichés du genre. C’est une pépite polie en Afrique par quelqu’un qui lui a donné son cœur. »

François Perrin (TGV Magazine) : « Deux retours pour un aller simple. Deux histoires d’aventures contrariées et de cœurs offerts, nattées, ici, l’une à l’autre dans une alternance de chapitres d’une tendresse revendiquée. »

Grégoire Delacourt : « Dans un style à la fois riche et simple, Guillaume Jan nous embarque dans sa quête. On en ressort plus fort, émerveillé d’avoir essayé d’attraper, le temps d’un livre, un peu de l’ivresse du voyage, de cette troublante nostalgie qui nous fait regretter une époque que l’on n’a pas connue, un peu de cette passion, enfin, qui anime l’écrivain-voyageur. »

Grégoire Leménager (Le Nouvel Observateur) : « Le récit de cette noce insolite aurait suffi à faire un livre sympathique, d’autant que son auteur a l’humour qu’il faut... Mais son Traîne-Savane est aussi une terrible photo du Congo postcolonial... C’est enfin... l’épopée grandiose et pathétique de David Livingstone, le "missionnaire aux semelles de vent" qui arpenta le continent noir en zigzags avec l’espoir d’abolir l’esclavage. Un Don Quichotte en bras de chemise comme on en croise chez Patrick Deville. »

guillaume jan,traîne-savane,interview mandorInterview :

Tous tes voyages se transforment quasiment en livre…

Comme je suis journaliste, la plupart de mes voyages, je les ai faits pour bosser. Mes premiers, ils ne se transformaient pas en livre, mais en reportage écrit pour des magazines.

Tu fais un peu comme Julien Blanc-Gras, finalement (voir sa dernière mandorisation ici) ?

Il a commencé plus tôt que moi. On aime tous les deux voyager, écrire et on n’en revient toujours pas de pouvoir concilier les deux en même temps. Être payé pour le faire et sortir des livres, c’est aussi inattendu que jubilatoire. Le problème des livres, c’est qu’il faut trouver le temps de les écrire.

Vous n’écrivez pas tout à fait de la même façon, Julien et toi. Lui s’amuse un peu plus de ses « aventures ». On est plus dans l’anecdotique.

Julien a un point de vue assez ironique, mais ce qui est impressionnant chez lui, c’est qu’il sait le faire avec douceur. J’aimerais bien faire ça, mais, pour le moment,  j’en suis incapable. J’ai plutôt tendance à avoir tout de suite beaucoup d’empathie envers les gens avec lesquels je traîne.

J’ai quand même l’impression que tu ne t’embarques pas dans des aventures qui ne t’intéressent pas, encore moins avec des gens que tu ne « sens » pas.

Absolument. Du coup, j’ai du mal à avoir de la moquerie parce que je vais vers des gens qui m’attirent. Je ne m’étais jamais formulé la chose comme ça, mais c’est vrai, j’ai tendance à faire uniquement ce qui me plait. Bon, ce n’est pas totalement vrai parce que pour gagner ma  vie, je fais des choses qui ne me plaisent pas forcément. Cela dit, après réflexion,  pas tant que ça. Là, je sors d’un hiver où j’ai galéré financièrement, mais visiblement, j’ai préféré galérer financièrement plutôt que de faire des boulots qui ne me plaisaient pas. C’est risqué parce que j’ai une fille et j’ai l’honneur de t’annoncer que Belange est de nouveau enceinte. Bon, autant te dire que maintenant, c’est fini la rigolade !

Tu parles de Belange. C’est elle l’héroïne de Traîne-Savane puisque tu racontes ton mariage avec elle dans la forêt congolaise, chez les pygmées. C’est un livre d’amour pour ta femme et pour le Congo. Pourquoi avoir pris la décision de vous marier là, alors que ce n’était pas prévu à la base.

À l’origine, je suis parti pour les Inrockuptibles faire un reportage sur un orchestre symphonique à Kinshasa et je suis rentré marié. Le trajet dans la forêt était si compliqué, il y avait tellement d’obstacles à surmonter qu’on a estimé que ça devenait de plus en plus absurde d’aller simplement saluer les pygmées, les prendre en photo et repartir. Il fallait que l’on justifie notre arrivée d’une manière forte et originale. On était deux jeunes gens qui s’aimaient et, comme je le dis dans le livre, je crois que je ne sais pas faire grand-chose d’autre que d’aimer. On n’a donc pas su faire autre chose qu’une preuve d’amour.

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Guillaume Jan et Belange... et un militaire congolais.

Il y a beaucoup de détails passionnants sur le Congo dans ton livre. Quand tu voyages, prends-tu des notes systématiquement ?

Oui,  parce que depuis que je suis journaliste, j’ai pris ce travers. Et puis le Congo est tellement riche en histoires et en anecdotes que je n’ai pas pu m’empêcher de prendre des notes. Certaines choses écrites dans le livre n’ont pas été trouvées sur cette route là, mais elles ont été vécues ou vues à d’autres moments. J’ai voulu les insérer parce que c’était très représentatif de l’inventivité, de l’énergie et de la créativité du Congo.

guillaume jan,traîne-savane,interview mandorTraîne-Savane raconte une deuxième histoire, celle de David Livingstone. Je me suis rendu compte en lisant ton livre que je ne connaissais rien de sa vie.

Comme la plupart des Français. Même moi, je le connaissais mal. Stanley en a fait un héros de la recherche des sources du Nil quand il est rentré de sa rencontre avec Livingstone. À la mort de Livingstone, pas mal de missionnaires ont utilisé sa biographie pour en faire un modèle de l’homme blanc victorieux. Ils ont gommé tout ce qui ne leur convenait pas chez lui dans sa biographie. J’ai l’impression que c’est cette image qui a perduré. Mais, en vrai, comme tout le monde, il avait une face sombre. Il était plein de contradictions.

Du coup, tu as découvert sa vraie face de quelle manière ?

Lors d’un précédent voyage en Afrique, j’étais parti avec une vraie biographie de Livingstone. Je lisais des choses que j’avais du mal à croire, donc j’ai fait quelques recherches plus sérieuses pour découvrir qu’effectivement, il était sans doute mal à l’aise avec la vie. Il n’était bien qu’en Afrique. Il ne savait pas trouver sa place avec les autres blancs, par contre il a su assez bien la trouver avec les indigènes. En fait, il est admirable, mais pas pour les choses auxquelles on pense.

Il avait notamment de gros soucis relationnels avec sa famille proche.

Sa femme meurt alcoolique, il n’a pas vu ses enfants grandir… on ne peut pas dire qu’il était un mari et un père exemplaire.

Tu ne le rends pas très sympathique quand même.guillaume jan,traîne-savane,interview mandor

Je ne voulais pas le rendre antipathique, mais je ne voulais pas faire une biographie où je l’admirais trop. J’ai essayé d’être entre la critique négative et le respect. Je croyais y parvenir à 50 – 50. Toi, tu as l’impression qu’il n’était qu’antipathique ?

Il a été très dur avec sa famille et avec les gens avec lesquels il partait explorer.

Oui, c’est ça. Sinon, il était assez lunaire. Mais, tu sais, il était très dur avec lui aussi. Les blancs qui l’accompagnaient dans ses explorations ne courraient pas derrière la gloire, comme Livingstone. Ils n’avaient pas envie d’endurer les mêmes choses, ils se sont donc parfois révoltés pour le ramener à une certaine réalité. Livingstone, c’était un perfectionniste à l’extrême.

Revenons à toi. Comment as-tu fait le parallèle entre ta vie et celle de Livingstone ?

C’était une lubie. Il n’y a pas de raison précise, si ce n’est qu’on a donné notre cœur à l’Afrique et que nous sommes un peu des Don Quichotte. Si j’ai mis Livingstone dans mon histoire, c’est que j’avais peur d’ennuyer tout le monde en ne parlant que de moi. Je me disais que si la vie de Livingstone me passionnait, elle pouvait passionner d’autres personnes. 

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En quoi es-tu un Don Quichotte ?

Je suis un idéaliste. Encore à 41 ans, j’ai une certaine forme de naïveté et je suis prêt à continuer à faire beaucoup de choses inutiles du moment que cela m’intéresse.

Et Livingstone ?

Livingstone résistait contre la pensée de son époque. Lui, par exemple, il a cru qu’il pouvait s’opposer à la traite négrière. De son vivant il n’a pas fait grand-chose, mais il a posé des fondations énormes, notamment pour la suppression de cette traite.

Dans tous tes livres, tu racontes ta vie, tes aventures. Est-ce pour laisser une trace écrite de ton passage sur Terre ?

Je pense que dans 200 ans, ce que j’ai écrit n’existera plus. Je crois que je ne sais pas faire autrement et comme ça me plait d’écrire, je le fais. Pour Traîne-Savane, je me suis beaucoup amusé à l’écrire. Je crois que ce qui m’a permis de tenir un rythme assez soutenu, c’est que j’ai alterné un chapitre sur deux mon aventure personnelle et la vie de Livingstone. J’ai écrit dans l’ordre du livre. J’arrivais plus ou moins à tenir le rythme d’une semaine par chapitre. Une semaine je parlais de moi, une semaine je parlais de Livingstone.

Il occupe encore ta pensée ?

Oui. J’ai passé deux mois à enquêter avant l’écriture du livre, parce que je voulais être sûr qu’il y ait de la matière. En cours d’écriture, j’ai continué à apprendre beaucoup de choses. J’ai vraiment appris à l’aimer ce Livingstone.

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De gauche à droite : François Perrin, Bertrand Guillot, Richard Gaitet, Julien Blanc-Gras et Guillaume Jan. (© Marie Planeille).

Tu as beaucoup de potes écrivains, Julien Blanc-Gras, François Perrin, Bertrand Guillot, Richard Gaitet (voir photo ci-dessus), qui forment d’ailleurs une nouvelle école d’écriture, je trouve. Je ne parle même pas de mon idole, Philippe Jaenada, que tu fréquentes aussi. Ils ont lu le livre, j’imagine. Cela te met-il une pression de côtoyer de si brillants auteurs ?

Cette question tombe à point nommé parce que je viens de lire les nouveaux livres de Bertrand Guillot, Sous les couvertures, et de Richard Gaitet, Découvrez Mykonos hors saison, et je les trouve réellement exceptionnels. Le livre de François Perrin, Bois sans soif, m’a aussi épaté. Philippe Jaenada et Julien Blanc-Gras, c’est déjà un cran au-dessus parce que, non seulement on aime leurs livres, mais ils ont une reconnaissance médiatique et populaire qui n’est plus à prouver. Je n’en reviens pas d’avoir ses amis que j’aime en tant qu’amis, mais que j’admire de plus en plus en tant qu’écrivains. Leurs œuvres me placent la barre très haute. C’est une super émulation en fait. Je suis convaincu que l’on va garder cette amitié et que l’on va continuer à s’entraîner les uns les autres à aller vers le mieux.

As-tu une ambition littéraire ?

Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir en vivre, étant donné que c’est beaucoup de travail. J’aimerais bien pouvoir rendre à ma famille le temps que je passe à écrire en leur permettant d’avoir une vie normale. Encore une fois, je préfère aimer ce que je fais qu’avoir du succès, que les choses soient claires. Sinon, ma vraie ambition littéraire est affligeante de banalité : faire passer un bon moment à ceux qui me lisent.

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Avec Guillaume Jan, à l'issue de l'interview, le 8 juillet 2014.

06 août 2014

Julien Jouanneau : interview pour L'effet postillon et autres poisons quotidiens

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Dans son nouveau livre, L'effet postillon et autres poisons quotidiens (chez Rivages), Julien Jouanneau liste les (petits) tracas et autres poisons qui gangrènent son quotidien. Et la liste est très longue (voir plus bas, dans l’interview).
Vous l'aurez compris, Julien Jouanneau est un râleur. Un vrai de vrai. Je connais cet énergumène depuis des années, je ne suis donc pas surpris qu’il écrive un tel ouvrage.

Et en bon râleur, il force le trait à la moindre occasion, considérant que la source de ses emmerdements vient forcément d'autrui. Si on se dit que certains des « enfers ordinaires » présentés sont observés avec justesse, on ne peut s'empêcher de déceler (souvent) beaucoup de mauvaise foi dans les arguments avancés. Et la mauvaise foi, nous sommes nombreux à la pratiquer et à l’apprécier à sa juste valeur. N’est-ce pas ?

julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandor4e de couverture :

La vie est belle. Enfin ça, c'était avant. Avant que le Diable ne déclenche l'effet postillon sur Terre. Qui n'a jamais reçu en pleine assiette cette satanée gouttelette de salive, projetée par un voisin de table ? Qui n'a jamais vu ses narines crispées par l'haleine gaz moutarde d'un collègue de bureau ? Qui n'a jamais essayé de retenir le gargouillis inconvenant né d'un repas trop nourri ? Difficile alors pour Dieu de faire avaler au commun des mortels la possibilité du bonheur, tant le chaos habite les détails du quotidien. L'heure est venue de crucifier tous les bâtons mis dans les roues, tous les tracas et poisons du jour, qui ont depuis des lustres réussi à faire en sorte que plus personne ne les remarque. Les repérer et les démasquer, à travers des récits singuliers de désillusions cocasses, s'avère la meilleure manière de les combattre. Pour au final se rassurer : que celui qui n'a jamais été ennuyé, agacé, désabusé, jette la première pierre. Voici l'Évangile selon Saint-Râleur, pèlerinage au royaume des gênes éternelles.

L’auteur :julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandor

Julien Jouanneau est né en 1980. Passionné de cinéma et télévision, il est actuellement chef des infos du site de L'Express. Il a publié quatre livres, dont son premier roman aux éditions du Cygne en 2008, Confessions d'un pigiste.

La revue de presse :

Marine de Tilly - Le Point du 26 juin 2014

Chacun ses tocs, ses manies, ses petits et gros sujets d'énervement et/ou d'écœurement. Dans un réjouissant "emmerdarium" littéraire, Julien Jouanneau lâche les chevaux, c'est le grand déballage. Avec grâce, philosophie, et une sophistication jouissive, il les liste et les dissèque, tous ces trucs qui nous rendent nerveux, pour ne pas dire hystériques, il s'énerve à notre place. Son livre, c'est du Delerm renversé. Après La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, voici "Le premier pas pied nu dans le bac de la piscine et autres poisons majuscules". Tout y est. Tout...
À qui l'offrir ? Aux maniaques, aux psychopathes, aux hypocondriaques. Et aux fans de Stéphane De Groodt, Jouanneau en est un digne disciple.

Roger-Pol Droit - Le Monde du 29 mai 2014

Il y dissèque les catastrophes intimes que déclenchent, dans son quotidien, les négligences foisonnantes des autres, leurs goujateries répétées, leurs kyrielles de sécrétions crasses et d'effluves offensants. À table, il y a toujours un autre pour balancer un postillon dans son Tartare. Dans le métro, quantité d'autres ont mauvaise haleine, fortes aisselles et cheveux gras...
Cette irritation est entretenue par quantité de pièges, habilement dissimulés un peu partout dans le quotidien le plus banal. Cet apéritif paraît innocent et paisible, ce n'est qu'un leurre : les olives dissimulent des noyaux dont on ne sait que faire, une fois évité, de justesse, de s'y casser les dents. Les tomates cerises giclent au-delà de toute attente...
Bref, le monde, selon Jouanneau, est une cascade d'emmerdements dont les autres, et eux seuls sont la cause. Cet enfer des détails qui tuent est assez loin de Dante, on s'en doute. Il fait plutôt songer à quelque ronchonnement schopenhauerien, revu par Groucho Marx et mâtiné de Supercondriaque.

Christophe Barbier - L'Express, mai 2014

Le livre de Julien Jouanneau part avec humour, philosophie et exigence littéraire, à la rencontre des tracas de la vie quotidienne, qui nous énervent tous...
L'enfer, on le sait, c'est les autres. Mais on est toujours l'autre de quelqu'un et, parfois, de soi-même. Ainsi, ceux qui ont "une haleine de caribou ivrogne" ne s'en rendent jamais compte. Ne reculant devant aucune expérience extrême, Julien Jouanneau part à la rencontre des tracas et fracas de la vie en société, jusqu'à en débusquer la forge infernale : le centre de recherches sur l'énervement maximal.

julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandorInterview :

L’effet postillon et autres poisons quotidiens est déjà ton 5e livre. Cela commence à constituer une petite œuvre. Mais chaque livre et aux antipodes du précédent. Comment expliques-tu cela?

J’aime écrire des choses différentes à chaque fois. Je n’ai pas de ligne directrice. Pour moi, la littérature, c’est la variété. Je vais toujours vers là où on ne m’attend pas.

Moi qui te connais un peu, je trouve que ce livre te va comme un gant. J’ai l’image de toi d’un éternel bougon. Un vrai râleur même.

Je ne voulais pas faire un livre autobiographique, mais quelque part, il doit l’être pas mal. Des livres sur ce qui fait râler, je ne suis pas le premier à en écrire. En revanche, pour me dissocier des autres, je voulais qu’il soit très littéraire. Je voulais que ce soit de belles petites nouvelles, joliment écrites. Stylistiquement, je crois qu’il est d’un meilleur niveau que mes autres livres. Il y a des figures de styles, des jeux de mots, des textes qui pourraient se chanter… bref, je me suis amusé à l’écrire, mais en étant vigilant et exigeant sur ma prose.

Pour écrire ce livre, comment as-tu procédé ?

J’ai observé tout ce qui m’agaçait au quotidien. J’y ai passé de nombreuses heures. Et ça a continué après. Mais on ne sait jamais, il y aura peut-être un tome 2. À partir du moment où j’étais dans la conception du livre, j’ai eu un petit côté autiste. Je scrutais constamment chaque détail de ce qui m’ennuyait.

On se reconnait pas mal dans plein de situations parce que sont des agacements julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandoruniversels.

On vit tous plus ou moins la même chose, alors je suppose que nos agacements sont similaires. Les déjections flottantes  humaines qui voguent paisiblement, la photocopieuse qui ne se laisse pas maîtriser, les olives non dénoyautées, la fragrance de sandwich au poulet industriel dans la climatisation du TGV… j’en passe et des meilleurs. Non, j’en passe et des moins bons.

Tu évoques aussi la pendaison de crémaillère (« un gang bang d'emmerdements »), la bronzette à la plage, les notices de médicament, le convive assis en face de vous au restaurant qui postillonne dans votre assiette, les toilettes publiques, les jours de pluie où il faut éviter les baleines de parapluie pour ne pas finir éborgné, les cheveux gras, les gargouillis gastriques, les supermarchés, les livres de bibliothèque crades et bourrés de bactéries, les mouches, les chocolats visuellement engageants qui cachent en leur sein un alcool au goût immonde… et la piscine.

Oui, parlons en de la piscine, ses vestiaires saturés de l'odeur froide et mouillée de Moon Boots fraîchement retirées, ses types body-buildés plus "luisants que du parquet poncé, bronzé et garni d'un slip léopard interdit de port depuis les années 1980", et qui nagent le crawl, alors que, vous, vous nagez une brasse approximative, ces maîtres-nageurs qui font toujours des gestes indéchiffrables à on ne sait qui dans le bassin… tu vois, la liste est longue.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que tu n’es pas un homme très zen.

C’est le moins que l’on puisse dire, mais j’étais pire avant. Aujourd’hui, je me dis qu’il y a des cas plus désespérés que le mien.

Roger-Pol Droit dit dans Le monde des Livres en évoquant ton livre « le monde est une cascade d’emmerdements dont les autres et eux seuls sont la cause ».

Les autres, ce sont les êtres humains et les objets. Je suis un citoyen de l’emmerde.

Tu ne vois que ça toute la journée ?

Oui. Je vois le verre, même pas à moitié vide, mais complètement vide. Ce qui est bien quand tu es comme ça, c’est que tu es toujours surpris de manière positive. Par contre, quand tout va bien, je me demande quand va arriver la prochaine emmerde. Chez moi, le bien-être n’est pas normal. J’admire les gens optimistes. Je suis plus à l’aise pour râler que pour être dans la positive attitude.

On te compare à Stéphane De Groodt. Ça te plait ou ça t’irrite ?

Je ne vois pas en quoi. Il y a quelques jeux de mots, certes, mais j'aimerais davantage arriver au petit orteil de Jean Yanne ou Desproges.

julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandorPatrice Leconte a fait la préface.

Je le connais parce que je l’ai interviewé souvent et le contact est bien passé. Il avait rigolé à mon premier livre, donc je lui ai soumis celui-là. Et très généreusement, gratuitement, il a accepté d’en faire la préface.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

Oui, j’écris un roman positif pour faire plaisir à ma fiancée. Elle trouve que je suis trop négatif. Et aussi, j’avoue que j’ai envie d’en vendre plein à un moment donné pour voir ce que cela fait. Écrire des livres confidentiels n’est pas ma vocation.

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Avec Julien Jouanneau, le 9 juillet 2014, après l'interview.