Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Sarah Olivier : interview pour Pink Galina | Page d'accueil | Manon Tanguy : interview pour Somniloque »

26 août 2014

Annabelle et Grégory Mouloudji : 20e anniversaire de la disparition de Marcel Mouloudji

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

Marcel Mouloudji n’est plus de ce monde depuis vingt ans.

Quelle place occupe-t-il dans la mémoire collective?

On se souvient de lui comme de l'interprète de « Comme un p’tit coquelicot ».  Mais ce grand artiste ne peut pas se résumer à cette chanson. Nous devrions nous souvenir de ses talents d’acteur Les disparus de Saint-Agil de Christian-JaqueNous sommes tous des assassinsd’André Cayatte…), de ses tours de chant consacrés à Boris Vian ou Jacques Prévert au Vieux-Colombier…

Mais il est vrai qu’on avait oublié le peintre, le producteur et éditeur qui lança notamment la carrière de Graeme Allwright, l’homme de convictions qui chantait dans les usines et participa notamment à un gala de soutien à la gauche chilienne, l’auteur d’Enrico, un ouvrage de mémoire, écrit alors qu’il avait tout juste 20 ans, couronné par le Prix de la Pléiade ou encore le pacifiste qui interpréta pour la première fois « Le déserteur » en 1954, le jour même de la chute de Diên Biên Phu.

Deux actualités viennent de sortir pour se remémorer l’homme important que fut Marcel Mouloudji. Un disque, Hommage à Mouloudji – En souvenir des souvenirs et un livre, Mouloudji, athée ô grâce à Dieu. Un travail auquel s’est attelé ses deux enfants, Annabelle et Grégory (avec la complicité artistique précieuse de Laurent Balandras).

Le 26 juin dernier, j’ai eu la chance de les recevoir tous les deux (résidant désormais aux États-Unis, Grégory était de passage éclair en France).

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorLe livre : Mouloudji, athée ô grâce à Dieu  (Editions Carpentier).

Deux enfants, deux familles, qui portent le nom d’un absent dont ils entendent parler bien plus qu’ils ne le voient.
Annabelle et Grégory racontent dans cet ouvrage leur Mouloudji, leur papa.
Annabelle s’adresse à lui pour trouver des réponses aux questions qu’elle était trop jeune pour lui poser.
Grégory, à l’image de son père, nous fait revivre des séquences du film de sa vie.
À travers des documents exclusifs, ils tracent un portrait intime de leur père, loin de la biographie officielle que le lecteur pourra trouver dans d’autres ouvrages.
Suivons-les dans ce livre atypique dont le personnage central tutoie la poésie et se révèle
comme l’une des figures majeures des arts du XXe.

Le disque : Hommage à Mouloudji - En souvenir des souvenirs... (Discograph)

Si le 14 juin 2014 marque les 20 ans de la disparition de Marcel Mouloudji, il demeure à annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorjamais présent dans l’inconscient collectif grâce à tous les standards qu’il a créés de sa voix de velours, de sa gouaille révoltée et de son jeu d’interprète passionné. Ses enfants, Annabelle et Grégory Mouloudji, nous font redécouvrir la qualité de son répertoire à travers, chose inédite, un album hommage.

Sous la direction artistique de Laurent Balandras et avec Fréderic Lo à la réalisation et aux arrangements, une poignée d’artistes fascinés par Mouloudji (comme Louis Chedid, Christian Olivier (des Têtes Raides), Alain Chamfort, Daphné ou encore Jil Caplan) donnent une nouvelle vie à ses grands succès incontournables que sont "Comme un p'tit coquelicot", "un jour tu verras" et "Le déserteur", ou à des titres des années 68/72 tels que "L'un à l'autre étranger" ou "Enfin tu me viendras" dont la relecture souligne leur caractère intemporel.

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorInterview :

Votre père est parti il y a vingt ans. Le temps est-il passé vite ?

Annabelle : Oui. Je n’en reviens pas. C’est passé à la vitesse de la lumière. J’ai complètement perdu la notion du temps par rapport à cet évènement.

Grégory : Moi, j’ai un assez bon rapport au temps, me semble-t-il. Évidemment, quand on se retourne, on se dit que ça fait déjà longtemps que notre père n’est plus là.

Pour fêter cette date anniversaire, un livre et un disque viennent de sortir. C’était primordial pour vous de marquer le coup ?

Annabelle : J’avoue que j’en avais très envie. On en a parlé tous les deux et (regardant son frère), tu n’étais pas contre.

"Comme un p'tit coquelicot". (1951)

Laurent Balandras vous a aidé à mettre en forme ces deux projets.

Grégory : En fait, c’est presque lui qui est l’initiateur de tout ça. Qu’Annabelle et moi, nous en ayons parlé, c’est une chose, mais lui nous a aidés à concrétiser tout ça.

Je vous expliquais en off que j’ai entendu toute ma jeunesse votre papa, parce que ma maman en était très fan. Il fait donc partie de ma vie depuis toujours. Mais, j’ai remarqué que beaucoup ne savent pas qui il est et principalement les jeunes d’aujourd’hui.

Annabelle : Comme vous, je me suis aperçue que le nom de mon père ne faisait écho à rien à pas mal de monde. Les trentenaires ne le connaissent pas, c’est donc la fin d’un cycle. Ça fait partie de l’autre siècle. C’est pour cela que ces deux projets m’ont excitée. Je voulais faire en sorte que les gens le découvrent ou le redécouvrent.

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

Quand il a fallu se replonger dans les archives pour préparer le livre, vous avez vécu cela de manière différente tous les deux ?

Annabelle : Moi, j’ai très bien vécu la chose. Si cela avait été douloureux,  je ne l’aurais pas fait. C’était même plutôt agréable de me replonger dans les archives familiales, d’effectuer toutes ses recherches, de rencontrer des gens qui l’ont bien connu et qui m’en ont parlé avec beaucoup de tendresse… Quand on croise des personnes qui nous racontent des anecdotes sur lui  qu’on ne connaissait pas, c’est toujours intéressant. Moi, je n’ai jamais été très proche de lui, dans le sens où ce n’est pas quelqu’un qui parlait beaucoup. De plus, j’étais trop jeune pour discuter de choses sérieuses et importantes de la vie avec lui… En fait, on n’a parlé de rien. Donc, entendre les autres parler de lui, j’adore.

Vous, Grégory, vous le connaissiez un peu mieux. Vous êtes même partie en tournée ensemble.

Grégory : Par rapport à ce que vient de dire Annabelle, j’ai l’avantage d’avoir sept ans de plus qu’elle. Quand j’avais quinze ans, elle en avait huit, forcément, on ne vit pas les mêmes choses. Comme j’ai grandi au Portugal, j’avais soif de connaître mon père que je voyais une fois ou deux par an. Quand je suis revenu en France, je ne me suis pas posé la question de savoir si je pouvais le connaître ou non, je me suis imposé sans lui laisser le choix. J’avais les clefs de son appartement à Paris, j’allais et venais comme je le souhaitais. Il ne faisait pas d’effort pour me recevoir, mais en même temps, il ne me fermait pas la porte.

"La complainte de la butte" (1955).

Laurent Baladras dit de votre père qu’il « engendrait des chansons, des livres, des films, des tableaux et deux enfants avec la même inconscience ». Vous n’émettez aucun bémol avec cette affirmation ?

Annabelle : C’est plutôt juste. Il était spontané dans ses choix et ses démarches. Il ne se prenait pas vraiment la tête.

Grégory : Il faut resituer le contexte. C’est un homme qui s’est marié très jeune. Il n’a plus vécu avec sa femme au bout de douze ans, mais il est resté marié avec elle vingt-cinq ans. C’est un homme qui n’a pas fait d’enfant avec sa femme légitime, mais qui en a fait avec des jeunes femmes.

Précisons que vous n’avez pas la même maman. D’ailleurs, j’aime bien le fait que vous rendiez hommage à vos mères respectives au début du livre.

Grégory : On écrit un livre sur un personnage qui se trouve être notre père. Mais ce n’était qu’un homme, il a bien fallu qu’il y ait des femmes pour faire les enfants que nous sommes. Nous trouvions normal de restituer leur part de réalité. Pas seulement par rapport à la célébrité et à la gloire d’un homme.

"Un jour tu verras" (1967).

Grégory, vous n’êtes pas toujours tendre avec lui. Vous dites qu’il était narcissique, qu’il avait des oursins dans les poches quand il s’agissait de vous aider financièrement, qu’il n’avait pas peur de vous laisser être le témoin de quelques-unes de ses liaisons…

Grégory : Ce dernier point m’était réservé. Je crois qu’il a épargné Annabelle de ça. Je dois avouer que j’ai connu une succession de maîtresses. Je ne savais pas qui elles étaient réellement. Si j’étais en sa présence, il ne me cachait pas sa vie intime. annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

Annabelle, il me semble que vous êtes plus indulgente avec lui ?

Annabelle : Non, je ne crois pas. Cela dit, j’avais écrit un livre il y a quelques années, La p’tite coquelicot. Je racontais les choses un peu différemment et je réglais mes comptes. Le temps a passé, je n’ai plus envie de m’épancher de nouveau sur ce que j’ai déjà dit.

Grégory : Pour ma part, quand je décris certains aspects de la personnalité de mon père, c’est parce que je décris le personnage le plus exactement possible. Je ne vais pas raconter qu’il était pécuniairement généreux, alors qu’il manquait toujours un franc pour faire dix francs, sauf si c’était pour son bon plaisir. Je n’ai pas voulu l’agrandir, ni l’amoindrir, j’ai juste voulu le décrire tel qu’il était. Et puis, sincèrement, il y a des choses dont j’ai été témoin et que  je n’évoque pas dans un livre.

Marcel Mouloudji interprète Boris Vian : "Le Conscrit" (Allons enfants) (1952).

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorVotre père a connu Jacques Prévert, Boris Vian, Charles Dullin, Jean-Louis Barrault, Louis Jouvet,Sartre, Colette, les surréalistes André Breton, Raymond Queneau, Robert Desnos, Marcel Duhamel (le fondateur de la Série Noire de Gallimard). Il a fait parti de la vie artistique du 20e siècle. Vous étiez impressionné par cela, ou pas ?

Annabelle : Moi je suis toujours très impressionnée par tout ce qu’il a fait et par les gens qu’il a connus. Quand je regarde ce qu’il a réalisé, j’ai l’impression de n’avoir rien fait moi-même. Depuis que je me suis replongée dans sa vie artistique pour les besoins de ce livre, il m’impressionne encore plus.

Grégory : Avec son frère André, dès leur adolescence, ils ont été acceptés et adoptés par les plus grands. Cette part de sa vie est absolument miraculeuse.

Vous êtes fière de lui Annabelle?

Annabelle : Fière n’est pas le mot. Je me dis juste que j’ai de la chance d’avoir eu un papa comme lui. Un homme qui a créé beaucoup de belles choses. En plus, tous les enfants n’ont pas l’occasion de connaître le passé de leur père. C’est génial d’avoir un papa qui a écrit sa vie. Mes racines sont à ma disposition, finalement. C’est un luxe.

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

Le 14 juin 1989, ma première rencontre professionnelle avec Annabelle Mouloudji.

Vous deux, Annabelle et Grégory, quand vous vous voyiez, vous parlez de votre père ?

Annabelle : Oui, tout le temps.

Grégory : Vous savez, avec tout l’amour qu’on peut lui porter, il était quand même problématique. C’est normal qu’on passe notre temps à essayer de le décrypter.

Annabelle : C’est marrant que vous posiez cette question, je n’avais pas remarqué que l’on parlait de lui constamment depuis que Grégory et moi nous connaissons.

Grégory : En dehors du fait que cet homme est notre père, il y a un phénomène auquel il a été difficile d’échapper, c’est la célébrité. La célébrité, ce n’est pas lui, c’est la célébrité. La célébrité, c’est très particulier quand ce n’est pas la sienne propre. Nous, c’est par ricochet.

Annabelle, la première fois que je vous ai interviewée, c’était en 1989, pour la sortie de votre single qui a plutôt bien marché, « Fuis Lawrence d’Arabie » (voir photo plus haut). Vous avez eu votre heure de gloire personnelle.

Annabelle : Oui, il a fallu que je trouve ma place en tant que fille de. Mais, ce n’est pas pour cela que j’ai tenté une incursion dans la musique. J’aimais vraiment cela.

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandorParlons de l’album à présent. Ce qui est bien, c’est que vous participez tous les deux. Annabelle en chantant et Grégory en lisant un texte. Comment avez-vous décidé du casting ?

Annabelle : C’est Frédéric Lo qui réalise l’album. J’avais beaucoup aimé ses productions avec Daniel Darc. Il a tout de suite compris les impératifs budgétaires et de planning. Avec Grégory et Frédéric, nous avions envie d’artistes confirmés comme Chédid et Chamfort, mais aussi d’artistes venant d’autres univers, peut-être plus « underground », tels que Christian Olivier des Têtes Raides et Melissmell. On voulait un disque inattendu. Il y a aussi Jil Caplan que j’ai toujours appréciée. Je suis très fière que Daphné soit également dans ce projet. J’avais craqué sur son disque Bleu Venise. Pour moi, c’est une Melody Gardot française. Enfin, il fallait qu’humainement parlant tout se passe bien, que les ego soient au repos et que tout soit fluide et naturel.

De nombreux extraits de l'album hommage à Mouloudji.

Pourquoi avez-vous monté Les productions Mouloudji tous les deux?

Annabelle : Pour ne pas nous contenter de ce livre et de ce disque. On veut faire renaitre les chansons de notre père en travaillant sur d’autres projets.

Qu’est-ce que vous avez pris de votre papa et l’un et l’autre ?

Annabelle : J’ai beaucoup de mal à répondre à cette question. Ce qui est sûr, c’est que j’ai son côté angoissé, voire tourmenté parfois.

Grégory : La nature m’a donné un grain de voix proche de la sienne. Sans le vouloir, mon père m’a donné une curiosité de son histoire. C’était un homme simple, humble et émouvant. S’il avait des défauts, il avait surtout de grandes qualités humaines. Il passait aussi bien à l’Olympia que dans un champ à Trifouilly-Les-Oies en se donnant le même mal pour chanter. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vu aussi bon sur scène que quand il était en danger. Je suis très admiratif de mon père, mais pas pour son côté gloriole… pour son humilité.

annabelle mouloudji,grégory mouloudji,marcel mouloudji,athée!ô grâce à dieux,hommage à mouloudji - en souvenir des souvenirs...,interview,mandor

Avec Grégory et Annabelle Mouloudji, après l'interview, le 26 juin 2014.

Commentaires

Mouloudji c'était mon idole ! maintenant j'en ai 80 et il en est toujours ainsi. C'est ma jeunesse et à chaque fois que je peux le revoir soit au ciné soit sur un magazine, je suis alors très heureuse et regrette qu'il soit parti si jeune. Il fait partie des meilleurs de mon époque.....
Michèle

Écrit par : Michèle MALAVAL | 23 décembre 2014

Enfin on rappellé le souvenir de çet immence artiste ,modeste et tres sýmpatique avec qui j ai eu le plaisir d echanger quelques mots agreable,,,

Écrit par : constantin john | 29 décembre 2014

J'ai eu le bonheur de rencontrer Mouloudji dans le Lot où il était en vacances. Ayant, à cette époque, un théâtre à Aix en Provence, je lui ai demandé de venir y donner son récital. C'était en 1991. Après avoir dîné ensemble nous avons fait une ballade dans les rues d'Aix et là...Formidable. Les gens venaient vers lui, heureux de le rencontrer. Puis ce furent 3 soirées exceptionnelles au Théâtre de la Fonderie où il fallut pousser les murs. J'ai 76 balais et il a été depuis ma plus tendre enfance mon "idole". Nous sommes restés en contact jusqu'à son départ. Je suis ému de le retrouver dans ce magnifique livre que nous ont donné Grégory et Annabelle...Non, on ne l'a pas oublié et ceux qui ne le connaissaient vont le découvrir.

Écrit par : Roure | 02 janvier 2015

Le livre est magnifique à tous points de vue, ainsi que le coffret récemment sorti.
Merci à Annabel et Grégory : continuez !
Est-il possible de rééditer l'introuvable DVD du récital de 1975 ?

Écrit par : Chantal Minet | 05 février 2015

jais pour annabelle et gregory un livre nous sommes tous des assassins dédicacer mes par qui??? mai par mouloudji c sur et aimerais le remette en main propre s possible

Écrit par : debuchy | 27 février 2015

Les commentaires sont fermés.