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22 août 2014

Mountain Men : interview pour Mountain Men chante Georges Brassens

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Le duo Mountain Men est composé de l'harmoniciste Ian Giddey dit « Barefoot Iano » et du guitariste Mathieu Guillou dit « Mr. Mat ».

Ces deux performeurs atypiques jouent, ou se jouent du blues, pour en faire une matière musicale surréaliste. Ils se sont imposés comme un groupe de scène incontournable lors de spectacles où le groove répond à l’humour, où la virtuosité côtoie la simplicité, où la puissance se marie à la finesse, pour le plaisir de tous.

De passage à Paris, le 3 juin dernier, le duo est passé par l’agence pour une mandorisation en règle. Je n’ai pas été déçu du voyage. Mr. Mat et Mr. Iano sont deux trublions qui savent se raconter… à leur manière.

Biographie officielle (mais légèrement raccourcie) :

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorEn 2009, la sortie de Spring Time Coming avait fait sensation dans le monde du blues international. Avec ce premier album, le duo est nominé 2 fois aux Awards de la Blues Foundation de Memphis, reçoit le prix spécial du célèbre Cognac Blues Passion Festival et promène son spectacle aux quatre coins du globe.

En France, aussi, le succès est spectaculaire. Vendre plus de 15 000 albums de nos jours  est déjà une performance, mais le faire sans soutien médiatique relève de l’exploit. Un exploit réalisé grâce à la vox populi et construit au fil de plus de 300 concerts donnés par le duo. Il faut dire qu’en concert la communion entre les Mountain Men et leur public est impressionnante.

Portés par la voix enivrante de Mr Mat ou par les envolées de l’harmonica de Mr Iano,  le groove et l’émotion vont de pair pendant tout le concert. Le charisme tout aussi décalé qu’incontestable de ces deux personnages nous guide tout au long du spectacle, entre rires et frissons, énergie festive et ferveur communicative.mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandor

Hope est le deuxième album du groupe. Si les racines blues du duo sont indiscutablement présentes à chaque instant c’est bien au-delà que nous transportent les 13 titres de l’album. Blues ? Rock ? Pop folk ? Peu importe les étiquettes, ici on parle de musique, de vraie bonne musique!

En attendant la sortie de leur nouvel album studio début 2015, Mountain Men s’offre une parenthèse et un hommage à Georges Brassens à travers un album live Mountain Men chante Brassens enregistré lors de leur concert à Saint-Malo.

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes connus dans un bar où Ian se produisait, c’est ça ?

Ian : Oui, à la fin de la soirée, j’ai demandé si quelqu’un voulait jouer avec moi.

Mat : C’était dans le bar situé à 500 mètres de chez moi. Il y a un morceau du zinc qui est à moi, tellement je suis un habitué (rires). Pas mal de potes présents ce soir-là m’ont incité à monter sur scène avec lui. Nous étions si bien qu’on a joué près de deux heures. On a compris qu’il se passait un vrai truc entre nous. On a eu un vrai coup de foudre musical. Nous ne nous sommes pas revus pendant quelques semaines et un jour, on s’est enfermé dans un home studio d’un ami à Ian et on a enregistré notre tout premier CD, aujourd’hui introuvable.

Vous habitiez loin l’un de l’autre ?

Ian : Non, à trente bornes. Et un jour, j’ai revu Mat par hasard, parce qu’il est venu faire un boulot d’artisan chez mon voisin. C’est le destin.

Mat : Oui, c’est vrai. À l’époque, à Grenoble, mon métier consistait à laver des poubelles au karcher. Un jour, j’ai bossé à côté de chez Ian, nous nous sommes donc revus. C’est à ce moment qu’on a repris contact.

La reprise de la chanson de Nirvana, "Smells Like Teen Spirit. Un extrait de Hope (clip vidéo réalisé par Balkan).

Vous cherchiez l’un et l’autre un alter ego musical?

Mat : Pour ma part, avant Mountain Men, j’ai toujours eu en moi le désir secret de faire de la musique et d’en vivre. À 17 ans, j’ai eu un premier groupe dans lequel nous faisions du rock. Et puis, il m’arrivait aussi de faire des soirées Brassens dans des bars. Quand j’ai rencontré Ian, tout s’est réalisé naturellement, sans qu’on y réfléchisse vraiment.

Ian : Quand j’ai emmené Mat en studio, j’ai immédiatement compris qu’il fallait que l’on bosse ensemble sérieusement. Moi, j’ai mon histoire de duo avec des chanteurs guitaristes, j’ai appartenu à des groupes, j’ai joué aussi en solo… et je sais reconnaître les vrais chanteurs. Et Mat en est un.

Mat : Pour moi, le vrai déclic, c’est quand on a participé au tremplin, « Blues sur Seine ». On a fait un super concert, on a eu des retours élogieux et on a pratiquement remporté tous les prix.

Extraits "live" de quelques titres de l'album Hope.

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorÇa doit donner confiance. On doit se dire qu’on est sur le bon chemin, non ?

Mat : Oui, mais au même moment, en 2007, Ian a appris qu’il partait en tournée pour cent dates avec Riké, de Sinsemilia. Ca s’est mal goupillé parce que, du coup, en 2007, nous n’avons quasiment pas joué ensemble. Juste six dates. En 2008, on a enregistré Springt Time Coming. Il est sorti en 2009 et sans aucune promo, on s’est retrouvé « meilleure vente blues jazz en France ». À la fin de cette année, nous avons participé au festival de blues de Cognac et on apprend là-bas que nous sommes la révélation française de l’année dans le blues. Ensuite, on nous annonce que nous sommes sélectionnés pour représenter la France à un grand festival de blues à Memphis. Là, le projet commençait vraiment à prendre sens.

Vous n’avez pas évolué avec le même son dans les oreilles. Ian est plutôt Folk, Mat plutôt rock, voire hard rock.

Ian : De plus, on n’a pas la même façon d’écouter la musique. Mat, a une espèce de mémoire auditive extraordinaire. On peut lui jouer un air une fois, il est capable de le reproduire immédiatement à la guitare et de chanter les textes sans se tromper. Je n’ai jamais vu ça.

Mat : Ma mémoire ne marche jamais aussi bien que pour ça. Moi, je suis un vrai boulimique de musique. J’ingurgite tout et je peux le ressortir sans difficulté.

Ian : Moi, j’écoute de moins en moins de musique. Je ne me sens jamais aussi bien que dans le silence. Dans le silence, il y a toutes les musiques.

"Egotistical", extrait de l'album Hope.

J’ai l’impression en vous voyant qu’il y a une fusion entre vous.

Mat : Oui, par exemple, on a de moins en moins besoin de parler pour se comprendre. Sur scène, nous avons les mêmes idées en même temps. On est toujours très exactement sur la même longueur d’onde. Pour en arriver là, il y a le travail et la rigueur, mais aussi une part de magie.

Ian : En français, on m’a dit que ça s’appelait « complémentarité ». Nous sommes plus complémentaires que complices.

Il faut une dose d’amitié pour former un duo qui tient et qui se tient ? 

Mat : Oui, même s’il nous arrive d’avoir quelques prises de bec. On a tous les deux de forts caractères.

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorParlons de cet album Mountain Men chante Georges Brassens. Pour Mat, c’est un retour aux sources de chanter cet artiste, mais pour toi Ian, que signifiait Georges Brassens ?

Ian : Je ne le connaissais pas, à part de nom. Je n’avais aucune idée de ce qu’il pouvait chanter. Le soir où on a enregistré cet album en live, j’ai juste suivi mon chanteur guitariste. Je découvrais presque les chansons et c’est la première fois que je jouais les morceaux.

Mat : On était en plein milieu de la tournée Hope et on a fait cette soirée Brassens, chez des potes à Saint-Malo, un peu de manière impromptue. Et pourtant ce soir-là, on a joué trois heures dix, sous un chapiteau devant 450 personnes au taquet du début à la fin. On a décidé d’enregistrer ce live, deux heures avant le concert. Le lendemain, Yann, le patron de Radio Sing Sing nous a appelés presque en pleurant d’émotion parce qu’il venait de réécouter l’enregistrement. On a donc décidé de le sortir en disque.

"Les copains d'abord" par Mountain Men (vidéo réalisée par Balkan. Enregistrée le 19 Mars 2014 à l'Odyssée à Eybens - 38).

mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandorCe qui est « dangereux » quand on s’attaque à ce genre de projet, c’est que les puristes de l’artiste repris sont parfois des acharnés intolérants.

Mat : Moi, la seule crainte que j’ai eue, c’est que l’on considère que je l’ai massacré, alors que j’ai voulu être à la hauteur du personnage. Ce n’est peut-être pas parfait, mais on a fait ce concert comme on avait envie de le faire, avec notre sensibilité et notre façon de jouer de la musique. Mais, je te jure qu’on a vécu un moment très fort émotionnellement. Brassens, c’est un pan entier de ma vie. Comme je te le disais tout à l’heure, j’ai commencé les concerts en jouant son répertoire. C’est un pilier pour moi et son ombre plane toujours au-dessus de  ma tête, quoi que je fasse musicalement. Sans faire de la psychologie de comptoir, chez Brassens, je suis allé chercher la tendresse que je n’ai pas eue dans ma jeunesse.

Ian, comme tu es australien, comprends-tu toutes les subtilités de la langue de Brassens ?

Ian : Ce n’est pas si subtil que ça. Je trouve qu’il est quand même assez brut. Pourtant Georges est une légende en Australie. On en parle tout le temps.

OK ! Tu te fous de ma gueule.

Ian : Bon, en vrai, je suis moins touché que Mat. Je ne comprends pas toutes les subtilités dans tu parles, parce que c’est justement trop subtil pour moi. Mais Mat m’en a expliqué certaines.

Mat : Je lui ai expliqué le sens de chaque chanson.

En tout cas, vous donnez à ces chansons beaucoup de pêche et c’est sacrément agréable.mountain men,me mat,barefoot iano,mountain men chante georges brassens,interview,mandor Vous vous êtes vraiment approprié son répertoire.

Mat : Il y a beaucoup de gens qui m’ont dit qu’il redécouvrait Brassens grâce à nous et il n’y a rien qui puisse me faire plus plaisir. Il y a même des gens qui estiment que Brassens est assez monocorde et monotone quand il chante et que c’est ennuyeux. Je ne suis pas d’accord avec ça, mais on a voulu rendre sa musique plus « festive », avec de gros guillemets. Nous, on veut faire découvrir l’œuvre de Brassens d’une autre manière.

Le prochain album est en route. En quelle langue sera-t-il ?

Mat : En français et en anglais. Un peu plus en anglais parce que la racine de Mountain Men reste l’anglais.

Pourquoi d’ailleurs ?

Mat : D’abord parce que c’est la langue de Ian et aussi que chanter en français m’impressionne. J’ai écouté toute ma vie Brel, Ferré, Brassens, Piaf, Fréhel, ça a de quoi te donner des complexes. L’écriture des chansons qu’ils interprètent est une telle broderie que lorsque tu passes derrière, tu te dis très vite que c’est nul.

Mat, est-ce qu’il y a des chanteurs français encore vivants qui trouvent grâce à tes yeux aujourd’hui ?

Mat : Oui, ils ne sont pas nombreux, mais il y a Maxime Le Forestier, Renaud, Batlik, Loïc Lantoine… et j’ai envie de citer un artiste récemment disparu, Allain Leprest.

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Avec les Mountain Men, après l'interview, le 3 juin dernier.

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