Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Eric Briones : interview pour La génération Y et le luxe | Page d'accueil | Julien Jouanneau : interview pour L'effet postillon et autres poisons quotidiens »

20 juillet 2014

Ernest : interview pour Les Contes Défaits

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandor

(Photo : Henri Gander)

Le Strasbourgeois Ernest vient de sortir Les Contes défaits, un premier album envoûtant et plaisant qui nous embarque dans un monde fantasmé où se croisent Andersen, Jules Verne et Tim Burton. Le personnage Ernest incarne le romantisme d’antan, chantre de l’évasion pour mieux s’exprimer dans le rêve et le sublime. Il exalte le mystère et le fantastique.

Le 12 juin dernier, j’ai reçu à l’agence celui qui incarne le personnage : Julien Grayer.

Explication officielle de qui est/sont Ernest ?ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandor

Ernest et ses complices n’ont pas la prétention d’inventer. C’est sûrement parce que leurs influences majeures sont Andersen et Gainsbourg qu’ils se plaisent à faire cohabiter cynisme et onirisme dans une « chanson française d’autrefois » remise au goût du jour.

Un vieux banjo, un piano désaccordé, quelques instruments de bois sombres, des percussions et des samples se font les ambassadeurs d’un bastringue groovy, grinçant, grincheux, mais aussi raffiné. Tantôt tendre et râleur, tantôt cynique hurleur, Ernest cherche à établir dans ses chansons un dialogue entre les doux épouvantails d’antan et ceux qui hantent les histoires d’aujourd’hui.

Ernest est avant tout le projet musical de deux musiciens-compositeurs strasbourgeois, Patrick Wetterer et Julien Grayer, qui, régulièrement amenés à travailler ensemble ont décidé d’élaborer un répertoire de chansons destiné à leur propre interprétation.

(Note de Mandor: toutes les photos publiées dans cette chronique sont signées Henri Gander, sauf celles prises à l'agence. Merci à lui!)

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandorInterview :

Est-ce vrai que tu as commencé la musique à l’âge de 10 ans?

Suite à une histoire un peu rigolote, j’ai monté mon premier groupe. Quand j’étais gamin, j’avais les cheveux longs et ça ne plaisait pas aux gens du village. Un jour, en 1991, chez mon voisin, j’ai piqué un disque de Guns N’ Roses, Use Your Illusion 1. Je ne connaissais pas du tout, mais je me suis aperçu que ces types avaient également les cheveux longs. Je me suis donc dit que c’était de là que je venais. J’ai appelé mon ami d’enfance, Henri, qui est aujourd’hui le réalisateur de mes clips, et je lui ai annoncé que nous allions créer un groupe de hard rock.

C’est curieux comme transition, parce que tu as été aussi chef de chœurs dans des chorales alsaciennes.

Ca, c’était dix ans plus tard. J’avais vingt ans. Entre temps, je suis passé du hard au rock plus classique, puis au grunge en jouant du Nirvana, Pearl Jam, enfin, les groupes des années 90. Après, au lycée, je suis passé directement au reggae. J’étais très fan de Bob Marley. C’est à vingt-trois ans que je me suis retrouvé à faire de la chanson française.

Toutes ces musiques sont « populaires » et simples à jouer.ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandor

Ce sont des musiques qui fonctionnent en très peu d’accord. Je pense qu’en général, quand on est adolescent et qu’on débute la musique, on est intrigué, intéressé et très réceptif aux sonorités et aux harmonies que l’on entend dans les constructions des mélodies des groupes de rock. Après, on commence à faire le tour de la question, donc on développe le côté rythme. Ensuite, on en vient à considérer le texte et le champ devient alors beaucoup plus large. Pour ma part, dès que j’ai compris ce que la mélodie pouvait me procurer, je me suis intéressé aux paroles. Là, je suis passé de l’anglais que je ne maitrisais pas du tout, au français, que je maitrise un peu plus.

Tu es fils d’un père pianiste, ça aide ?

Oui, parce qu’il y avait un piano qui trainait chez nous. Très tôt, j’ai donc appris les rudiments. Quand, à douze ans, je suis rentré dans une école de musique, j’ai demandé à mon père quel instrument il fallait que j’apprenne, il m’a répondu qu’il avait besoin d’un saxophoniste. J’ai donc appris sérieusement cet instrument. Et puis après, je suis devenu chanteur un peu par la force des choses. Il n’y en avait pas dans les groupes dans lesquels je jouais.

Avec le groupe Color, tu jouais de la chanson française dite « impressionniste ». Là, tu commençais à te rapprocher de ce que fait aujourd’hui Ernest.

C’est en tout cas le projet que j’ai eu qui ressemble le plus à Ernest. Entre Color et Ernest, j’ai fait des groupes de chansons françaises plus satiriques, délurées et amusantes.

Clip officiel de "L'épouvantail".

Avec Ernest, on sent bien que l’harmonie est primordiale pour toi.

Je travaille souvent avec des jazzeux. Ces musiciens ont bouffé de l’harmonie et du solfège toute leur vie. Cela explique que nos chansons soient arrangées correctement, avec des petites surprises, des trouvailles qui interpellent l’oreille. Les musiciens qui jouent avec Patrick et moi sont pour la plupart de vieux amis. Ce sont des gens de la musique strasbourgeoise.

Ernest est-il ton double schizophrénique ?

Ernest est mon vrai troisième prénom. Je ne suis pas un artiste qui fait cavalier seul. Je travaille avec une bande de potes avec lesquels je suis tout le temps. C’est une vraie équipe, chacun bosse. Ernest, c’est donc un groupe et le nom du personnage.

Personnage que tu incarnes toi. Donc, Ernest, c’est toi.

C’est une partie de moi. C’est moi fantasmé.

Mais, en règle générale, un artiste est de toute manière schizophrène, non ?

Monter sur scène est un métier. Donc déjà, on joue un rôle. Je me permets de faire ou de dire des choses que je ne me permettrais pas dans la vie. Sur scène, je suis capable de me moquer gentiment et de provoquer. Dans la vie, je suis très pudique et respectueux. Ernest, lui, a un côté fleur bleue contrebalancé par une dose de cynisme et d’agressivité.

Ernest en live à l'Illiade en 2012.

(La chanson "Ernest" dans laquelle Julien Grayer explique qui est le personnage qu'il incarne. Lui, donc.)

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandorDans les chansons d’Ernest, on ressent évidemment le cynisme et l’ironie dont tu me parles, mais jamais de la méchanceté.

Non, la méchanceté, c’est une volonté de nuire. Moi, je veux juste heurter le public, le provoquer, pas le faire fuir en le blessant.

Tu t’inspires des contes de Hans Christian Andersen pour écrire tes chansons. As-tu tout lu de lui ?

Oui, dans La Pléiade, s’il te plait. Ses histoires, mais aussi ça vie m’intéressent. Il avait l’air étourdi et mystérieux, un peu comme Érik Satie qui trimballait ses biens dans tout Paris dans une brouette.

Tu te sers de ces contes et tu les transposes dans la réalité d’aujourd’hui, c’est ça ?

C’est ça pour certains titres comme « La petite aux allumettes » et « Les cygnes sauvages ». Curieusement, ces histoires font référence à quelques éléments de ma vie. Mais ils sont bien dissimulés, bien masqués dans le texte.

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandor

(Photo : Henri Gander)

Il y a différentes strates dans tes chansons. Il faut gratter un peu pour te découvrir ?

Il y a toujours une base de vérité, quelque chose de personnel, dans mes chansons. Des évènements qui me sont arrivés ou des faits qui me turlupinent. Après, je colle des couches dessus. J’ajoute une histoire qui n’a rien à voir avec moi, agrémenté d’humour et de cynisme.

Je vais te poser une question très clichée, mais fais-tu revivre la part d’enfance qui est en toi, voire même en nous tous ?

Ce n’est pas un but, mais une nécessité. On cherche tous l’enfant que l’on était. Quand on est jeune, on cherche à tout découvrir et on considère que tout est magique. L’onirisme, ça va bien avec l’enfance, parce que la féérie est en nous à cette période-là.

Un artiste, un chanteur, c’est souvent un grand enfant, non ?

Un chanteur reste un enfant, parce qu’il n’a pas compris qu’on ne pouvait pas vivre de la musique (rires). Les chanteurs mettent leur tête sur leurs albums, ils sont égoïstes, mégalos… de vrais gamins quoi !

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandorAutre question clichée. Être dans l’imaginaire à un tel niveau, n’est-ce pas une fuite de la réalité ?

Tu as raison. Je fuis souvent la réalité. Je passe beaucoup de temps dans ma tête. Je passe même beaucoup temps à refaire la réalité. Étant notoirement à moitié autiste, je pense que je retranscris ce qu’il passe par ma tête pour en faire des chansons.

Quand tu dis que tu es à moitié autiste, tu parles au premier degré ?

Je parle au premier degré virgule cinq. La chanson, c’est idéal pour que j’en parle, pour soigner certaines choses, pour traduire des éléments qu’on ne comprend pas soi-même, pour prendre le dessus sur certaines situations.

Quand  tu écris, est-ce de l’écriture automatique ?

Non, c’est exactement l’inverse. Tout est très travaillé. C’est difficile de fixer une idée. Une idée, ce n’est pas quelque chose de précis, c’est même souvent quelque chose de très vaste. Chez moi, c’est souvent un sentiment, et il n’y a pas de mot pour décrire un sentiment. J’essaie de construire des histoires en tentant de ne pas trop perdre ce que j’avais dans le ventre quand j’ai ressenti ces choses. Je ne sais pas comment t’expliquer, c’est assez compliqué.

Quand un texte est terminé, le sais-tu immédiatement ?

J’ai l’impression qu’ils ne sont jamais terminés. Il y en a qui sortent d’un coup et je n’ai pas trop envie d’y toucher. Il y en a aussi dont je changerais bien un quatrain toutes les semaines.

Coup de cœur de BFM TV.

Comment travaillez-vous avec Patrick Wetterer ?

Notre fonctionnement est assez sain et cadré. Moi, j’écris des chansons guitare-voix. J’écris une mélodie et des brides de textes. Une fois que j’ai fait deux ou trois chansons, je vais au studio chez Patrick. On commence par maquetter, puis tout enregistrer et après, on retravaille les arrangements et tout ce qui fourmille autour du squelette de la chanson.

Ernest est-il un projet et un personnage fait pour durer ?

Oui, parce que c’est mon projet le plus personnel. J’y raconte des choses qui me touchent profondément. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Je ne pourrais pas faire un autre métier. Aujourd’hui, il faut que je mange avec la musique. Je vais continuer à m’exprimer en tant qu’artiste.et à écrire des chansons. Ernest, c’est un peu moi. C’est comme ça que mes copains m’appelaient quand j’étais petit. Donc Ernest va continuer à écrire des chansons et à les chanter.

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandor

A l'issue de l'interview, le 12 juin 2014, à l'agence.

Les commentaires sont fermés.