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20 juin 2014

Michel Bussi: interview pour N'oublier jamais

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(Photo : Bruno Charoy-Pasco)

Michel Bussi est professeur de géographie et directeur du laboratoire de modélisation et traitements graphiques en géographie. Il fait partie du Top 10 des écrivains français les plus lus (près de 480 000 livres vendus en 2013). Son avant-dernier livre Un avion sans elle a été  récompensé par de nombreux prix, dont celui de « meilleur polar francophone 2012 ». Cet expert en faux-semblants et en manipulation qui excelle dans l’intrigue psychologique  revient avec un nouveau roman N’oublier jamais.

Le 28 mars dernier, je suis allé l’interviewer dans un bar parisien pour un des journaux pour lequel je travaille (Contact) et donc, aussi, pour le site correspondant.

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Interview :

Vous avez l’art du retournement de situation. Prenez-vous un malin plaisir à piéger le lecteur ?

Les gens croient que je piège le lecteur, mais en fait, c’est l’inverse. Je me suis piégé tout seul parce qu’en commençant avec cette marque de fabrique qui est de se dire qu’il faut un twist final, voire un double ou triple twist, finalement, je me condamne à écrire ça. Il faut que les gens sortent de mes romans avec l’impression d’avoir été mis dans une machine à laver.

Au bout d’un moment, ne faut-il pas aller à l’encontre de ce qu’attendent les lecteurs ?

À partir du moment où on rentre dans une convention ou un contrat avec le lecteur qui oblige à se situer dans un roman policier à rebondissement avec plein de faux-semblants, il faut s’y tenir. C’est la moindre des choses. Je veux que le lecteur soit scotché et que le livre lui tombe des mains d’étonnement. J’adore quand il se dit : « mais comment je n’ai pas vu ça ! ». Vous savez, quand on écrit un roman policier de ce type, on est toujours inquiet que le lecteur trouve la solution avant la fin.

michel bussi,n'oublier jamais,ne lâche pas ma main,interview,mandorDans « N’oublier jamais », vous racontez l’histoire de Jamal, un sportif de haut niveau unijambiste qui part s’entraîner sur la plus haute falaise d’Europe, en Normandie. Pendant sa course, il voit une femme seule prête à sauter dans le vide. Jamal lui tend une écharpe trouvée quelques secondes avant, mais la femme bascule. L’intrigue peut paraître mince, mais le roman est foisonnant.

Ce que j’aime, c’est qu’à la page une, la fille saute et meurt, et qu’à la page trente, la police suspecte Jamal de l’avoir poussée. Ensuite, on remonte le fil par du passé et du présent. J’inflige des accélérations, des évènements et de la pression constante. J’aime bien que le lecteur ressente un rythme haletant et qu’il ait la sensation de ne pas pouvoir reprendre son souffle.

Tous vos bouquins trouvent de plus en plus de lecteurs. Vous y pensez quand vous écrivez ?

Il ne faut pas se le cacher. Avoir eu du succès avec ses précédents bouquins met l’auteur dans une situation beaucoup plus confortable que s’il sortait d’un livre qui n’avait pas marché. Je prends le succès comme il vient et je ne boude pas mon plaisir.

Cette année, vous êtes dans le top 10 des auteurs les plus lus en France et pourtant, vous n’êtes pas encore très connu…

C’est le paradoxe. Quand on a sorti Un avion sans aile chez Pocket, on a tablé sur 100 000 michel bussi,n'oublier jamais,ne lâche pas ma main,interview,mandorexemplaires. Je ne croyais pas qu’on allait les atteindre. Puis, on est monté à 200 000, le livre continuait à se vendre. Ensuite, on est allé jusqu’à 300 000 et aujourd’hui, on va atteindre les 500 000. À un moment donné, on ne maîtrise plus le flux. J’imagine que je ne vais pas retomber de ce chiffre à 10 000 soudainement, c’est rassurant. Ce qui me fait presque plus plaisir que d’être dans le Top 10, c’est qu’un public nombreux et qui semble fidèle se constitue autour de mes livres.

michel bussi,n'oublier jamais,ne lâche pas ma main,interview,mandorVotre précédent roman Ne lâche pas ma main sort en même temps en version Pocket. Ce livre-là n’a pas la même mécanique que N’oublier jamais.

J’essaie toujours d’avoir des atmosphères et des mécaniques différentes. Le moteur de Ne lâche pas ma main était d’emmener les lecteurs à La Réunion. Je souhaitais que ce soit un vrai roman d’évasion. Il y a l’hôtel, la piscine, les palmiers, le lagon, une disparition, des faux semblants, des jeux de miroirs, le tout dans un endroit paradisiaque. Un couple de touristes avec leur fille passent des vacances dans l’île et tout va se détraquer. La femme disparait, le mari est accusé. Il part en cavale avec sa fille de six ans. Le lecteur pense qu’il a tué sa femme, mais a priori, ce n’est pas aussi clair que ça. Dans ce roman, tous les personnages sont très atypiques. J’ai voulu que ce livre soit un roman plaisir où les gens apprennent beaucoup de choses sur la Réunion. Au-delà du côté littéraire et intrigue, je voulais que le lecteur soit ailleurs que dans son quotidien.

Écrire pour vous, c’est quoi ?

J’ai ma particularité. Je suis encore enseignant à l’université, je suis prof de fac et je dirige un labo au CNRS. Mon métier de base, c’est l’évaluation scientifique et la recherche en science sociale. Je suis quelqu’un de sérieux au quotidien qui fait des choses sérieuses avec des chiffres et des statistiques. Dans mes romans, je n’éprouve donc pas le besoin de refaire le monde parce que ça, je le fais par mon métier. Quand je suis écrivain, ma première règle d’or est de ne surtout pas ennuyer le lecteur avec mes cours et mes recherches.

Les romans, c’est un peu votre récréation ?

Oui. Une récréation qui peut être sérieuse, émouvante ou drôle.  Et une récréation que je fais sérieusement.

Vous avez deux vies ?

Encore plus.

Si vous étiez libraire, quels auteurs de polars conseilleriez-vous ?

Il y a plein d’auteurs de polars francophones qui sont géniaux. Je dirais, dans ceux qui ne sont pas très connus, mais que j’adore, Bernard Minier, par exemple. Paul Colize, aussi. Un jour, il va faire le livre qui va le rendre très populaire, vous verrez. Un long moment de silence et Back Up sont déjà des chefs-d’œuvre. J’aime aussi beaucoup Élisa Vix. Elle écrit magnifiquement et elle est très caustique et décalée. Dans les connus, j’ai beaucoup d’admiration pour l’ensemble de l’œuvre de Nadine Monfils. Elle est complètement déjantée et j’aime les gens qui ont un grain de folie.

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Le 28 mars 2014, après l'interview.

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