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12 juin 2014

Fabien Martin : interview pour l'EP Littoral

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

C’est bien simple, pour moi, Fabien Martin est l’un des chanteurs les plus importants de la scène française. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. Avec sa douce révolte, ses chansons polies disent des choses lucides et intenses. Fabien Martin est un artiste délicieusement subversif.

Je suis fan de Fabien Martin. C’est une expression que je n’emploie que très rarement. Avant, j’étais fan de Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel et Alain Souchon, aujourd’hui je suis fan de Fabien Martin, Pierre Lapointe, Alexis HK et Babx.

Et Fabien Martin, après six ans de silence, sort un nouveau disque. Une merveilleuse mise en bouche. Un EP que tout amateur de bonne chanson française se doit de posséder.

Hier, à l’agence, il est passé m’en parler. Et ça m’a rendu heureux.

fabien martin,littoral,interview,mandorBiographie officielle (à peine raccourcie) :

Fabien Martin nous revient, après deux premiers disques, Ever Everest et Comme un seul homme, qui exploraient la chanson française sur des airs de poésie et de cinéma. Six ans qu’on n’avait pas entendu sa voix ni sa musique. Pendant ces quelques années, il a fait d’autres choses, il a gouté d’autres chemins. Il a voyagé, beaucoup, il a fait du cinéma, des rencontres, des enfants. Mais surtout, il a écrit des chansons.
Heureusement, parce que Fabien Martin écrit joli. Il possède sa propre grammaire, sa signature. Une écriture soignée, mais précise, ciselée, mais essentielle. Et heureusement, enfin, parce que Fabien Martin chante bien.

Littoral, l’EP qui vient de sortir, est une sélection, en instantané, de ses dernières productions.fabien martin,littoral,interview,mandor Six titres qui parlent de la vie qui passe, mais pas toujours comme on voudrait. Avec un humour un peu revêche, avec une distance un peu mélancolique, et une mélancolie généreuse, mais pas seulement. Derrière la pudeur se cache une joie fondamentale. Une force, un espoir. Si Fabien a enregistré un peu partout avec ses amis musiciens (dont Mathieu Boogaerts à la batterie), au gré de ses pérégrinations, entre vieux synthés dénichés sur le net, guitares folk et boîtes à rythmes triturées comme il faut, il a ensuite posé ses plates bandes une semaine au mythique studio Davout entre les mains d’Aymeric Letoquart, le mixeur de Murat.

Fabien Martin aime joindre les deux bouts de sa culture - la poésie de Jacques Prévert et les productions de Danger Mouse -, naviguer entre deux eaux, marier les inattendus. Et surtout varier les rythmes ; en effet, après la sortie de ce six titres et une série de concerts, Fabien proposera un prochain album inédit début 2015.

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

fabien martin,littoral,interview,mandorInterview :

Avant-hier, tu as fait ton premier concert en appartement. Ça s’est bien passé ?

C’était un moment très particulier. Les gens avaient l’air ému et plutôt content. Moi aussi j’étais content, car c’était le premier concert avec cette équipe et ce n’était pas simple.  On a joué dans un endroit intime, mais avec un vrai son et pas mal de matériel. Nous avions batterie, claviers, plein de guitares, une séquence, une sono, un ingénieur du son… bref, nous étions dans les mêmes conditions électriques d’un concert. Ce qui est bizarre, c’est la promiscuité avec le public. Il était à 20 cm de nous. C’était plus flippant que je ne me l’imaginais. J’ai mis deux chansons à me détendre, mais j’espère que personne ne l’a remarqué. On a fait des chansons de l’EP, des anciens albums et même du prochain album. On va récidiver dans les mêmes conditions, tellement c’était bien.

Note de Mandor : Prochain concert appartement, le 2 juillet prochain dans un loft du 17e arrondissement de Paris à 20h. Tous les renseignements sur le site de l'artiste : http://www.fabienmartin.fr/ Mais, je vous le dis, il faut réserver obligatoirement, il donne l'adresse exacte + le code dès qu'il reçoit la résa. Tarif : 10€ ou pack place + EP à 15€.

Les nouvelles chansons ont-elles été bien accueillies ?

Je pense qu’il y avait pas mal de personnes du public qui avaient déjà l’EP. J’ai l’impression qu’ils ont saisi ce que j’ai voulu dire dans mes chansons.  Ils ont compris la légèreté et l’humour que je peux apporter à des choses qui peuvent me heurter, m’affecter ou m’énerver. J’aime bien quand les gens qui m’écoutent relèvent la deuxième couche que j’essaie d’intégrer dans mes chansons.

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Le 10 juin 2014, concert privé en appartement (photo : Annaïk Debono)

Dans ce nouvel EP, il y a six titres qui évoquent, notamment, la vie qui passe. Il y a toujours une distance mélancolique dans tes chansons et une certaine ironie. Te sens-tu désabusé dans ce monde ?

« Désabusé » n’est pas du tout un mot que j’aime. Je ne suis pas un vieux qui a tout vécu et qui n’attend plus rien de la vie. Hier, je parlais avec un copain. Il me disait qu’il était un optimiste malheureux. Moi, c’est l’inverse. Je suis un pessimiste heureux. J’ai beaucoup de joies dans ma vie. Ces dernières années, j’ai vécu beaucoup d’évènements forts. J’ai perdu des gens que j’aimais et j’ai vu des petits bouts naitre et arriver dans ma vie. Je suis passé par plein d’extrêmes comme ça. Cela m’a éveillé totalement. Je suis dans la pleine présence et conscience des choses que je traverse dans ma vie. J’essaie toujours d’avoir l’émerveillement dans les yeux et dans l’âme en regardant les choses autour de moi. Vraiment, je suis tout sauf désabusé.

Extrait de "La croisière s'emmerde".

Je me fais volontairement l’avocat du diable, mais dans «La croisière s’emmerde » etfabien martin,littoral,interview,mandor « J’aime pas », il y a de l’ironie, voire du cynisme, non ?

Je suis désolé de te contredire, mais il faudrait trouver le mot juste. L’époque est cynique et moi, j’essaie de ne pas l’être. Je tente juste d’être sincère et frontal. Je suis premier degré, mais avec des images. Cela dit, je ne vis pas tout ce que je raconte en permanence. Je peux être traversé par des moments que je n’aime pas et ça donne une chanson qui s’appelle « J’aime pas ». Parfois, j’ai la sensation que la vie me dépasse ou qu’elle me laisse un peu de côté, mais ça ne veut pas dire que je passe toute ma journée à ne pas aimer la vie.

Tu chantes l’ironie de l’histoire, de la société et de la vie.

Ce qui m’intéresse ce sont les choses dont on rêvait quand on était enfant, adolescent et finalement la réalité qui s’installe. Des choses belles ou moins belles qu’on n’attendait pas forcément. Dans mes chansons, il faut percer à jour la mélancolie des êtres et les choses qui nous échappent. Je chante le rapport aux autres. Dans la chanson de Trenet, « Y a de la joie », il n’y a justement pas que de la joie.

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Tu manies à la perfection l’humour noir. Là, j’espère que tu es d’accord.

Oui. Autant rire des choses dures et tragiques. C’est de famille, ça. Cela doit venir de mes origines slaves.

Dans « J’aime pas », tu dis : « non, je n’aime pas mon histoire, je ne sais plus où m’assoir ».

C’est le cas de plein de gens. C’est difficile de trouver sa place, dans la relation avec ses amis, ses parents, ses enfants, son amoureux ou son amoureuse.

Clip de "Le phare".

Tu parles de toi, pour mieux parler des autres ?

J’espère. Je n’ai pas une vie exceptionnelle, j’ai une vie comme tout le monde. En allant au plus profond de moi, j’espère toucher les gens de manière universelle. Je crois que les gens, quand ils sont tristes, les chansons tristes leur font du bien. Ils se disent : « Ça va, je ne suis pas tout seul. C’est cool. »

Justement, quand tu écris une chanson, penses-tu aux gens qui vont l’écouter ?

Ce serait l’idéal. Mais se demander si une chanson peut devenir universelle, se demander comment faire pour que sa chanson touche tout le monde, c’est le meilleur moyen pour qu’elle ne touche personne. Cela dit, je n’ai pas de tubes ou de chansons immortelles à mon actif, je me sens donc mal placé pour donner des conseils ou ériger des règles.

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Tu dis que tu fais de la « variété mal rasée ».

C’est une musique et des textes qui se veulent accessibles et populaires si possible, mais avec des déstructurations, des éléments inattendus  ou des choses qui ne tournent pas forcément rond. Je fais comme ça et je ne sais pas faire autrement. Mon centre d’intérêt reste la mélodie et ça depuis mon premier album. J’aime quand mes chansons restent dans la tête des gens.

Cela faisait six ans que tu n’avais pas sorti de disque. As-tu l’impression d’avoir évolué depuis ?

En fait, je n’ai jamais arrêté d’écrire et de composer. Juste, je ne faisais rien écouter. Je n’étais pas forcément content du résultat. Entre le deuxième album et l’EP qui vient de sortir, tu as loupé l’évolution progressive.

Dans les textes, par exemple, il me semble que tu es plus dans l’économie des mots.

Tu as raison. Je deviens moins bavard, je synthétise un peu plus les choses.

Clip de "Pas une mouche".

Es-tu un solitaire dans la création ?

Pour l’écriture oui, mais pour la musique, de moins en moins. Il y aura irrémédiablement un moment où je vais vouloir partager. Le moment n’est jamais immédiat. Il faut que cela murisse.

Comment vis-tu la période de ton retour ?

Je suis content, mais je ne suis pas particulièrement rassuré. Je crois beaucoup en ces titres-là que j’ai créés il y a un an et demi. Je trouve que tous les morceaux tiennent la route. Certains titres passent en radio et les critiques semblent, pour le moment, positives. Pour un indépendant comme moi, ça fait chaud au cœur.

Pourquoi sortir un EP au lieu d’un album ?

Avec un EP, on peut très bien raconter une histoire. C’est un vrai support aujourd’hui. Six titres c’est bien, pour des gens qui écoutent ça dans leur voiture ou chez eux. Se taper quarante-cinq minutes d’un même chanteur, je ne sais pas si c’est encore ce qu’on a envie de faire. En vingt minutes, comme un court métrage, on peut bâtir une histoire, un état du lieu de l’histoire. C’est fini l’album de douze titres tous les deux ans. Il faut arrêter avec ça.

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