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30 mai 2014

Marcel et son Orchestre : pourquoi le groupe s'arrête!

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Marcel et son Orchestre mêle un punk rock aux mélodies entrainantes. Alliant des chansons revendicatives, des chansons à textes festifs, voire des chansons politiques, leur volonté artistique s'exprime dans le triptyque « danse, déconne et dénonce ». Pendant plus de 20 ans, sans se soucier des modes, des codes et des façons, Marcel a trimballé son mauvais esprit, ses riffs et ses refrains convulsifs sur toutes les scènes, de la plus modeste à la plus prestigieuse.

Le groupe emblématique du Nord-Pas-de-Calais, originaire de Boulogne-sur-Mer, a décidé récemment de raccrocher les micros et les instruments.
Les Marcel, ambassadeurs de leur région, restent l'un des groupes les plus populaires de la région.

Franck Vandecasteele, dit Mouloud, le chanteur du groupe est passé à l’agence le 17 février dernier pour m’expliquer, notamment, pourquoi le groupe arrêtait sa carrière en pleine gloire.

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 marcelqmq.jpgInterview :

Doit-on croire à la fin de vie de Marcel et son orchestre ?

La fin de vie est un complot international, ça n’existe pas (rires). Sérieusement, nous nous sommes toujours dit que le jour où on allait se fatiguer, où on allait sentir une lassitude, on arrêterait sans regret. On ne se doit rien, il n’y a aucune obligation. Nous n’étions pas liés contractuellement avec une maison de disque, on ne devait pas d’album à personne, bref, nous avions l’absolue liberté de nous arrêter quand nous le souhaitions.

Il y a peu de groupes français qui ont perduré pendant 20 ans.

Magma ou Ange ont fait davantage, mais pas avec le même line-up. Quand tu regardes Marcel et son orchestre, tu as cinq des sept membres qui ont enregistré tous les albums.

Au niveau des chanteurs, ça a un peu bougé, non ?

Oui, parce que je ne voulais pas être chant lead. On était en binôme devant, j’aimais beaucoup ça et puis un jour, on est revenu à la formule moi en « front ». Si je résume un peu, sur les trois premiers disques, on est deux à chanter, sur les 4 derniers, c’est moi seul.

Le chanteur d’un groupe est toujours considéré comme le leader. Est-ce que cela t’a gêné ?

On en jouait un peu. On disait toujours que Marcel et son Orchestre n’avait pas de leader, mais un Lidl… un leader pas cher (rires). Mais, on a toujours été un collectif, on partageait vraiment les tâches et chacun avait une place aussi importante que celle des autres.

Cela dit, ce ne doit pas être toujours simple…

Justement, c’est ce qui peut précipiter la fin d’un groupe. Dans le milieu artistique, on a tous un certain ego et l’idée de consensus est compliquée. Je pense qu’on a arrêté aussi parce qu’on a remarqué qu’on était plus d’accord. On avait envie de dire la même chose, mais on n’avait plus envie de le dire de la même façon. On y mettait plus le même enthousiasme. Je pense aussi qu’on se connaissait trop. Nous commencions à devenir prévisibles. Pour se protéger, pour ne pas gâcher cette belle histoire, je pense qu’il fallait y mettre un terme.

Teaser du double CD DVD, C'est ma dernière surprise party!!!

Tu regardes souvent le passé ?

Avec Marcel et son Orchestre, on n’a jamais regardé dans le rétroviseur. On a mené cette aventure un peu à la va comme ça vient. Quand on se rappelle qu’on a fait sept albums en vingt ans, deux fois la scène principale des Francos, 3 fois celle des Solidays, 2 fois celles des Vieilles Charrues et que certaines tournées étaient sold out, on se dit que c’était pas mal à vivre. Sauf qu’on a vécu tout ça dans l’instant. On ne s’est jamais posé de questions. Il y a faire et faire savoir… nous, ce qui nous plaisait, c’était de faire et partager.

J’ai l’impression que vous n’aviez rien à faire du star-system. Je me trompe ?

Disons que nous nous sommes construits autour d’une carrière qui nous semblait plus pertinente que le punk rock ou le rock’n’roll.

À Boulogne-sur-Mer, Fabrice et toi, les deux créateurs du groupe, vous avez grandi dans la maison des jeunes de votre quartier.

Je pense que c’est ce qui nous a sauvé la vie. Honnêtement, je suis passé des Rubettes et de Michel Sardou aux textes d’Henri Tachan, de Pierre Vassiliu, de Jean-Roger Caussimon et de Font et Val. Ce sont nos éducateurs qui nous ont fait découvrir tout ça. Leurs textes étaient des textes de rebelles. On s’est dit : « les voilà nos modèles ! »

Tu cites Font et Val qui disaient : « Quand on voit la gueule de la réussite, ça nous donne envie d’échouer. »

Ça nous a fait réfléchir. Quand on a décidé de monter un groupe, on a fait le contraire de ce qu’il fallait faire. On a pris le nom le plus baltringue et handicapant possible. On voulait voir jusqu’ou on pouvait pousser ce handicap dans ce monde du paraître et de la frime. C’est une attitude assez punk au départ, mais nous on ne calculait rien.

Marcel et son Orchestre avec Skip The Use et Mamatth (La Familya) dans "Body Building".

Marcel et son Orchestre a fabriqué son look en prenant le parfait contre-pied de la rock’n’roll attitude, en accumulant les fautes de goût avec une joie jamais dissimulée.

On a voulu voir si on pouvait être considérés comme de grands rockeurs en pantoufles, comme des rebelles en sandalettes… On a joué de ça. Ça nous amusait de travailler là-dessus. 

Tu penses que le public a compris ce que vous souhaitiez prouver ?

Oui, même si une partie du public nous a aussi pris pour des clowns, ce que nous étions aussi un peu, d’ailleurs. Dans notre région, le Pas-de-Calais, il y a une grande tradition de carnaval. Le carnaval, c’est le moment de l’année où tu peux mettre à mal les codes de bonne conduite. Tu vas rire de l’autorité, de l’institution, de la religion, des attitudes vestimentaires, aussi. C’est un exutoire. Je pense que les gens savaient, en venant nous voir, que l’on pouvait sortir du cadre, du rang et qu’on pouvait se libérer. C’était l'une des clés de notre succès.

Quand on a pour référence Caussimon ou Tachan, on n’a pas l’impression, avec un groupe tel que le tien, de faire le contraire de ce qu’on aime ?

On s’est questionné sur le fond et la forme. Fallait-il avoir une forme sérieuse pour dire des choses déconnantes ? Quand un clown veut montrer qu’il n’est pas con, doit-il prendre une forme académique ? Est-ce que pour faire intelligent, il faut faire chiant ?

Vous avez revendiqué le droit d’être multiple, en tout cas.

C’est exactement ça. Nous avons des chansons qui sont exutoires contre la bêtise avec des messages clairs, compulsifs, frontaux et d’autres, plus écrites,  jolies, soignées. Ces dernières sont prises comme des morceaux mous de Marcel et son Orchestre et non pas comme de belles chansons. Parfois, ça fait un peu chier.

franck vandecasteele,mouloud,marcel et son orchestre,interview,'est ma dernière surprise party!!Vous avez décidé d’arrêter le groupe après la sortie de votre précédent album, Tous les coups sont permis. Tout le monde était d’accord ?

Non, mais c’est de ma faute. J’ai été maladroit sur cette affaire. Je n’ai pas réussi la concertation. J’étais sur la création d’une pièce de théâtre, ensuite nous devions participer à une fête des indignations en soutien aux Roms. Un journaliste qui avait entendu dire que c’était la tournée d’adieu de Marcel m’a fait parler et comme j’avais un peu picolé, j’ai lâché l’affaire devant tout le monde, de manière informelle. Sauf que le lendemain, il a fait la une de La Voix du Nord avec ça. J’étais fou de rage et les copains me sont tombés dessus… et ils avaient raison. On avait émis cette décision, mais on ne l’avait pas acté.

Vous tous, vous avez réfléchi à l’après Marcel ?

Non, personne n’a anticipé, personne n’avait de meilleures opportunités. Nous sommes arrivés au bord de la falaise et nous nous sommes jetés dans l’inconnu. Je ne dis pas qu’on ne va pas se casser la gueule et qu’on ne va pas descendre plusieurs marches, mais en même temps, on aura été honnête jusqu’au bout. Marcel et son Orchestre n’aura jamais triché.

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Pour « fêter » cette fin d’aventure musicale, il y a un double DVD+CD qui est sorti, C’est ma dernière surprise-party. Un best of en public.

C’est tiré de nos deux derniers concerts. On a composé pas loin de cent cinquante chansons et on a joué cinquante titres par soir. Quatre heures de concert à chaque fois. Un marathon hallucinant pour remercier tous les gens qui nous ont soutenus pendant toutes ces années et qui ont porté notre histoire. On l’a dit mille fois, mais c’est le public qui a fait l’histoire de Marcel.

Quand on décide de partir, on est vite regretté, même par des gens qui ne vous suivaient pas particulièrement, non ?

Lors de la dernière tournée, les gens savaient qu’on n’allait pas revenir sur notre décision.  C’est un groupe qui a donné sans compter, particulièrement généreux, intègre dans les combats et les attitudes. Tu ne peux pas lutter contre la société de consommation et être un homme-sandwich de ce système. Pour moi, c’est le point de rupture avec le rock’n’roll. Des mecs qui se disaient engagés, mais étaient habillés par une marque de fringues, je ne comprenais pas. Je voyais tellement de contradictions que je trouvais que notre projet prenait tout son sens. Ça nous permettait de rire de tout ça. Je crois que le rock’n’roll est une musique de droite. Le rock’n’roll, c’est extrêmement conservateur. Il y a les dix commandements du rockeur. Ne pas rire, les lunettes noires, l’attitude, les perfectos… etc. Il y a l’uniforme, tu ne joues pas des codes. On ne rigole pas beaucoup dans le rock’n’roll, on ne rigole pas de soi-même. Nous, on a débarqué en disant que tout ça, c’est du flan. On a donc été reçu comme un chien dans un jeu de quilles.

"Megafun" en live.

Vous avez été heureux pendant toutes ces années ?

Quoi qu’on ait dit de la scène du rock français, on a fait partie d’un mouvement qui a aussi conscientisé une partie des gamins. Moi, la chanson m’a conscientisé. Je dois à Renaud et Lavilliers de m’avoir expliqué ce qu’était l’Apartheid par exemple. Je dois à Pierre Perret de m’avoir éveillé à beaucoup de choses. Je me dis qu’avec cette scène-là, on a fait gueuler des slogans anti fascistes à des jeunes.

969694_578134842219712_1968893327_n.jpgParle-moi du projet Lenine Renaud.

Avec Cyril Delmote, le guitariste des VRP, on avait envie de travailler ensemble. On chante et joue tous les deux. Sur des airs de pas y toucher, nos chansons taillent de tendres ou féroces portraits, racontent la grande aventure du quotidien, la revanche des causes perdues, ricanent des marchands de certitudes, ou encore des fous de Dieu.

Tu ne veux pas sortir quelque chose sous ton vrai nom ?

Je n’y arrive pas. J’ai trop le sens du collectif.  

Et le sens du partage.

Je suis travailleur social de formation. J’ai le défaut de ce métier. J’ai besoin d’être un passeur. Quand je découvre quelque chose, une belle idée, une belle image,  j’ai besoin de faire circuler.

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Avec Franck Vandecasteele, dit Mouloud, après l'interview, le 17 février 2014. 

27 mai 2014

Cantinero : interview pour la sortie de leur premier EP

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Un jour, j’ai reçu un single d’un groupe inconnu (de moi en tout cas), Cantinero, « La roue tourne ». La radio et la télé jouent ce premier titre régulièrement, mais je ne suis jamais chaud pour recevoir un artiste dont je n’ai écouté qu’un morceau. Comme j’ai beaucoup aimé ce titre, je me suis laissé influencer par leur attaché de presse, le redoutable Pierre-Henri Janiec (oui, j’aime citer les attachés de presse.) Leur premier album est prévu pour l’automne 2014, mais leur premier EP sort le 9 juin 2014.

Le 26 février dernier, Karim et Brice sont venus se présenter à l’agence.

cantinero,interview,la roue tourne,je suis ton hommeBiographie officielle (un peu raccourcie) :

C'est dans la moiteur des salles de boxe et sur les champs de battle de la scène hip hop que Karim Ebel (chant, textes), a appris l'art de l'esquive et de la remise qui fait mouche.
Sa rencontre avec Brice Chandler (composition, guitares) va donner naissance à Cantinero.

L’histoire du groupe a débuté comme dans un bon Sergio Leone, sous un ciel sans nuage.
Les deux gringos ont longtemps chevauché, depuis leur base dans le désert de l’Est parisien, à la recherche d’une nouvelle frontière musicale où le folk, la country et le rock indé défient en duel la musique du Mexique.

Repéré et produit par David Salsedo (Silmarils, Superbus, Run Fast Records), et signé sur le label Jo &Co, Cantinero mélange poésie urbaine et ambiances cinématiques, où l'on traverse villes fantômes, western moderne, suivant le road trip d'un homme désabusé.

Le tout servi par une voix grave et chaude, reconnaissable entre mille, qui n'est pas sans rappeler la profondeur d'un Everlast et qui deviendra sans doute le signe distinctif de Cantinero dans les années à venir.

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Interview :

Vous venez chacun d’un univers différent. Tu viens d’où Karim ?

Karim : J’ai fait du rap avant de connaître Brice, notamment dans un groupe qui s’appelle Neochrome. C’était un groupe du genre Les sages poètes de la rue. Ce n’était pas revendicatif, mais nous faisions très attention aux textes. Je suis allé vers le rap parce que c’était plus simple pour moi. À la base, je ne suis pas musicien.

Et toi, Brice?

Brice : Je viens du folk. Mais j’ai fait beaucoup de musique classique. Sur certains de nos titres, ça s’entend un tout petit peu.

L’idée de vous allier est venue comment ?

Brice : Nous avions des amis communs qui faisaient de la musique. À force de discuter « son » ensemble, on nous a conseillé de nous rencontrer, comme ça, tout à fait naturellement.

Karim : Nous nous sommes tout de suite bien entendus. On  s’est vu un an avant de travailler ensemble. On écoutait plein de musique ensemble.

Et un jour, vous avez décidé de monter un projet sérieux ?

Karim : C’est arrivé comme ça. On a fait une chanson, Sad Mariachi, un morceau assez épique avec des trompettes mexicaines. Et ça nous a donné envie d’aller plus loin.

Venir de deux univers différents permet des échanges fructueux ?

Brice : Oui, c’est très intéressant. Parfois, on fait aussi quelques concessions.

Karim : Brice prodigue de bons conseils. Quand je lui propose un texte, il me donne toujours son avis. J’écris l’intégralité des paroles, mais si Brice n’est pas d’accord, on ne le fait pas. Pareil pour la musique. Si je ne sens pas un truc, on l’arrête tout de suite.

Comment vous vivez ce projet ? J’ai l’impression que vous êtes zen…

Karim : C’est tout à fait ça. Enfin du stress, il nous arrive d’en avoir. Là, on est bien reçu, c’est pour ça que l’on te parait à l’aise.

Brice : On fait nos chansons et on essaie de se faire plaisir.

Clip officiel de "La roue tourne".

Votre premier single « La roue tourne » commence à bien fonctionner. On l’entend pas mal en radio et on voit le clip à la télé. Comment vit-on un début de carrière ?

Brice : Avec plein d’espoir. Nous sommes contents que notre musique arrive aux oreilles d’un plus large public.

Karim : C’est vrai que de s’entendre à la radio, c’est très bizarre.

Brice : J’imagine que ça l’est plus pour toi parce que c’est ta voix qu’on entend.

Le clip de « La roue tourne » à été conçu en Californie.

Karim : On a eu beaucoup de chance. Brice connaissait bien la région, moi, je l’ai découverte. Pour un premier clip, tourner dans le désert, c’était une sacrée chance.

Nous vous découvrons, mais quelle va être la suite de vos aventures ?

Brice : On veut jouer le plus possible. Ce n’est pas facile de trouver des dates. Nous n’avons pas encore de tourneur. On ne veut pas aller trop vite. Nous voulons faire des petites scènes pour débuter. Des endroits intimistes pour apprendre à sentir les gens. Nous ne sommes pas contre les premières parties d’artistes.

Nouveau single (sorti aujourd'hui), "Je suis ton homme".

cantinero,interview,la roue tourne,je suis ton hommeIl y a dans votre musique des influences « americana ».

Karim : Il y aura dans notre album, des titres à la Tom Waits, des morceaux un peu épiques à la Morricone. Il y a aura aussi un peu de rocks. On n’a pas de cahier des charges. Nous allons toujours là où l’inspiration nous porte.

Tes textes parleront de quoi Karim ?

Karim : En tant qu’ancien rappeur, je n’ai pas pu m’empêcher de faire de l’ego trip. Il y aura des chansons sur le temps qui passe. J’aime bien les gens comme Everlast ou Johnny Cash. Ils viennent de la rue et ont des trucs à dire. J’ai du mal à écrire des textes joyeux. C’est toujours un peu désabusé.

Brice : « La roue tourne », on a l’impression que c’est notre chanson la plus positive de l’album, bien qu’elle soit finalement assez mélancolique.

Ce que tu écris est-il au premier degré ?

Karim : Non, j’utilise beaucoup la métaphore. Je regarde énormément de DVD, c’est donc souvent le ciné qui me donne envie d’écrire et qui m’influence beaucoup. Je prends l’écriture très au sérieux. Je ne me sentirais pas de chanter des textes qui n’ont pas vraiment de sens.

Cover de la chanson des Brigitte, "Battez-vous".

Quand on forme un duo, veut-on impressionner l’autre ?

Karim : Bien sûr. Si je sens un doute sur un texte venant de Brice, ça me blesse un peu. Mon amour propre est touché.

Brice : Moi pareil, quand Karim n’aime pas une de mes compos, il y a 24 heures de « bouderie ». Et puis après on finit toujours par comprendre et constater que l’autre a raison.

Karim : On essaie mutuellement de tirer l’autre vers le haut.

Vous avez été repérés par David Salsedo, d’ailleurs l’ambiance générale de vos chansons n’est pas aux antipodes de son univers.

Karim : Il a découvert Cantinero par MySpace, il y a quelques années. Il est venu nous voir plusieurs fois en concert au Réservoir. Il nous a proposé une première partie au Nouveau Casino à l’époque de la sortie de son disque Wine & Pasta. Ensuite, on lui a fait écouter des maquettes, puis des morceaux plus aboutis. Il a fini par nous proposer de produire le disque. Ça s’est fait vraiment par étape et il s’est beaucoup investi. Ce grand artiste est une référence majeure pour moi.

Vous vous retrouvez sur certains artistes français ?

Brice : Je crois qu’on a en commun Thomas Fersen. Ce que j’aime chez lui c’est qu’il ne te raconte jamais une histoire standard. L’instrumentation derrière part vraiment dans tous les sens. On se rejoint aussi sur MC Solaar et NTM.

Vous allez bientôt sortir un EP ?

Oui, le 9 juin prochain et un album à l’automne 2014.

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Le 26 février 2014, après l'interview...

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20 mai 2014

Arthur H : Interview pour L'or d'Eros

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(Photo : Franck Loriou)

Ce soir et demain, Arthur H (déjà mandorisé là) et le compositeur Nicolas Repac se produisent au 104 (à Paris).  D’abord, ils ont conçu ensemble L'Or Noir, superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine, d'Aimé Césaire, chantre de la négritude, au contemporain Dany Laferrière en passant par le regretté Édouard Glissant. L'occasion de sonder la part noire de deux musiciens assumant allègrement des identités métisses. Pour L'Or d'Éros, le second volet qui vient de paraître, tous deux rendent hommage aux auteurs les plus libres et les plus sulfureux du XXe siècle. Pour parler de ce projet, Arthur H m’a reçu dans une chambre d’un hôtel de la capitale, le 25 mars dernier.

Argumentaire officiel de ce deuxième volet de la collection Poetika Musika :

Un superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine. Après « L’Or Noir » consacré à la poésie de la Caraïbe francophone, Arthur H & Nicolas Repac se penchent sur la poésie érotique. Lu, interprété, par Arthur H. Musique Nicolas REPAC.

arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacL'Or d'Éros c'est l'émotion du sexe, quand le sexe rentre en résonance avec le coeur et produit de la poésie. Une poésie totalement dégagée des carcans du conditionnement social, un vrai espace de liberté, d'invention et de dévoilement de soi; plus les délices, l'excitation et les labyrinthes d'un jeu sans fin. Nicolas Repac a conçu la musique comme un long film, déchirant parfois, ou tendu, ou tendre, mais toujours voluptueux, oscillant entre les largesses symphoniques et les grooves sexuels-mathématiques. Arthur H, habite chaque mot comme si les écrivains étaient tous des musiciens. Sa voix effleure le chant pour produire une hypnose sensuelle. Tous les deux rendent hommage aux auteurs du 20e siècle les plus libres et les plus sulfureux.

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arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacInterview :

Présentez-nous cette collection, Poétika Musika, dont vous êtes à l’origine.

C’est une collection qui se propose de colorer les grands classiques de la poésie du XXe siècle avec un filtre musical, spatial et cinématographique. Sans l'aide du chant, il s'agit de retrouver l'ADN musical qui repose dans la cellule poétique, afin de faciliter l'accès à des textes difficiles et de redonner le goût de lire.

Quel est le but de cette collection ?

C’est de mélanger totalement la musique et la poésie et d’avoir une approche musicale de la poésie, mais sans la chanter. Quand on commence, je pose mes voix et Nicolas construit des musiques autour. Lorsque les musiques sont créées, je me recale un peu sur lui.

Vous qui êtes musicien, mettez-vous votre grain de sel dans les compositions de Nicolas Repac ?

Il est totalement maître de la situation, mais je donne souvent mon avis. Mon oreille traîne sans cesse et avec Nicolas, nous conversons.

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(Photo : Yaël Hirsch)

Est-ce votre amour de la littérature qui vous a incité à vous lancer dans ce projet ?

Non, c’est l’amour du cinéma. Je trouve que la poésie, c’est un cinéma pour pauvre. Ce sont des images à l’état brut et sauvage avec le moins de moyens possible et imaginable. Un poème, c’est l’expression la plus dépouillée et la plus désossée possible. Pour tout vous dire, je ne suis pas un grand lecteur, mais je constate que la poésie est très efficace pour créer de la manière la plus directe possible un monde.

C’est quoi la poésie pour vous ?

La poésie, c’est comme le sexe finalement. C’est un monde avec lequel on a une grande intimité et en même temps, qui sera toujours inconnaissable. Je n’ai jamais vu la poésie comme une espèce de fantasmagorie onirique, ni de doux délire pour les gens qui ne sont pas vraiment sur Terre et qui ont besoin de s’échapper de la réalité. Pour moi, c’est absolument le contraire. C’est un outil extrêmement précis pour observer des choses intimes de soi qu’on ne peut pas voir de manière frontale. Souvent, on est obligé d’avoir un regard oblique pour les remarquer, du coup, la poésie peut être pris comme un moyen très technologique pour percer la carapace et aller de l’autre côté. Ça permet de se rendre compte ce qu’est notre vraie présence au monde et notre vraie intimité.

C’est quoi être poète quand on écrit ?

C‘est tout simplement prendre de la liberté avec la langue, avec l’idée de voir l’envers du décor. Ca peut être aussi écrire un texte très cru et très simple sur le réel. En réfléchissant, je peux dire que la poésie est un moyen de faire face au réel, de manière détournée ou très frontale, le plus honnêtement possible.

Comment avez-vous choisi les textes qui figurent sur L’Or d’Éros ?arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repac

J’ai choisi des textes qui génèrent une émotion très immédiate, qui tout de suite délivrent des images et qui sonnent. Il faut qu’il y ait une musicalité du texte et un rythme évident. La poésie, c’est de la musique visuelle.

Est-ce que parler demande plus de concentration que de chanter ?

On doit tenir son énergie, mais on doit se laisser traverser par elle. C’est plus nourrissant de chanter que de parler, mais finalement, c’est un peu la même chose à la base. Je ne ressens aucune frustration en tout cas. Dans cet exercice de style, j’ai été très influencé par Jean-Louis Trintignant. Je l’ai vu sur scène et j’ai même écrit un poème sur mon album Baba Love pour qu’on le récite ensemble. Il a une prononciation et une articulation démoniaque. J’essaie de lui arriver au moins à la cheville en le copiant au maximum.

Il y a des textes très sexuels et d’autres plus sensuels. L’élaboration de cet album a-t-elle été une question de dosage ?

J’ai pris les textes qui avaient l’émotion, des images et du son, comme je vous le disais précédemment. Des textes très crus, en poésie, je n’en ai pas lu et vu beaucoup. Des textes trop sentimentaux, ça ne m’intéressait pas. Mes deux textes préférés sont pourtant ceux qui mélangent les deux. « La lettre à Nora » de James Joyce et « Mademoiselle mon cœur » de Georges Bataille. Je trouve que le sexe est l’émotion est reliée à une forme de vérité. Quand on fait l’amour, on éprouve une émotion en même temps. Cela me paraît indissociable.

"Lettre à Nora" de James Joyce.

Faire un disque de chansons, c’est plus simple ?

Non, au contraire. On doit inventer un monde, cela implique beaucoup de gens, il y a toujours des choix déments à faire. Moi, quand j’enregistre un disque, je me sens souvent dans une sorte de labyrinthe. Il y a toujours un moment où je me tape la tête contre les murs. Là, on n’a pas à écrire des paroles… en plus elles sont sublimes. Nicolas prend son pied à les accompagner… bref, c’est le projet plaisir ! Il n’y a aucune contrainte artistique et ça devient rare de nos jours.

Lou Doillon interprète avec vous « L’amour » d’André Breton et Paul Eluard.

Sur ce texte, une participation féminine me paraissait naturelle.

Il n’y a pas de textes de femmes. Pourquoi ?

Je n’en ai pas trouvé. Il y avait bien du Duras, mais c’était un peu trop cérébral. Sinon, j’ai trouvé des textes de femmes, mais trop cash par rapport aux aspects positifs et de beauté que nous cherchions.

Avant votre prochain album plus personnel, ce genre de projet vous fait-il du bien ? Est-ce une respiration ?

C’est un vrai ressourcement. Se frotter à ces grands auteurs est toujours positif. C’est une expérience qui m’enrichit beaucoup. Ça me donne envie d’être plus exigeant avec mes propres textes.

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Après l'interview, le 25 mars 2014.

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(Photo : Franck Loriou)

Gilles Paris : interview pour L'été des lucioles

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(® David Ignaszewski)

Comme je l’ai expliqué lors de la première mandorisation de Gilles Paris, en tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur cette personne incontournable du milieu littéraire. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels ou même rendez-vous avec un auteur. Gilles Paris écrivain, c'est un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Dans chacun de ses romans, il fait parler un enfant de neuf ans. Ce n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière les propos d’un bambin… mine de rien.

Notre relation a d’abord été professionnelle, puis elle est devenue amicale au fil du temps. J’ai décidé de défendre chacun de ses nouveaux romans (la précédente mandorisation), parce qu’à chaque fois, ma part d’enfance est touchée en plein cœur.

Le 26 mars dernier, Gilles Paris est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer L’été des lucioles, son premier livre aux éditions Héloïse d'Ormesson.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor4e de couverture :

Du haut de ses neuf ans, Victor a quelques certitudes : c’est parce que François, son père, n’ouvre pas son courrier qui s’amoncelle dans un placard que ses parents ne vivent plus ensemble ; c’est parce que Claire et Pilar, ses mamans, adorent regarder des mélos tout en mangeant du pop-corn qu’elles sont heureuses ensemble. Et c’est parce que les adultes n’aiment pas descendre les poubelles au local peint en vert qu’il a rencontré son meilleur ami Gaspard.

En vacances à la résidence du Grand Hôtel du Cap-Martin, Victor partira à l’aventure sur l’étroit chemin des douaniers qui surplombe la côte en compagnie de Gaspard. L’été sera placé sous le signe de l’étrange avec une invasion de lucioles, des pluies sèches et des orages aussi soudains que violents. En guidant les garçons jusqu’aux passages secrets menant aux villas qui bordent le rivage, papillons, baronne et jumeaux feront bien plus que de leur ouvrir la porte des jardins enchantés.

Un voyage au pays de l’enfance qui déborde d’émotion et de tendresse.

L’auteur :

Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris travaille depuis plus de vingt ans dans le monde de la communication et de l’événementiel. Il a publié son premier roman, Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette en 2002. Au pays des kangourous, paru en 2012, a remporté de nombreux prix littéraires, notamment le Prix cœur de France, le Prix roman de la ville d’Aumale, le Prix des lecteurs de la bibliothèque Goncourt, le Prix Folire et en 2013 le Prix plume d’or.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorInterview :

Je reçois un Gilles Paris qui écrit un livre à la limite du fantastique.

J’avais envie de quelque chose de différent. J’ai peur de me dire un jour qu’on pourrait se lasser que je rentre dans la peau d’un enfant de 9 ans.  Du coup, j’essaie à chaque fois de surprendre, avec des histoires qui sont très différentes les unes des autres, avec des univers qui changent, des narrateurs qui ne se ressemblent pas, même si, en 20 ans, il y a une passerelle entre mes quatre romans.

C’est une langue dans laquelle tu te sens bien ?

Je ne te cache pas que j’ai envie d’y rester. Je trouve que l’époque dans laquelle on vit au quotidien est difficile pour beaucoup de gens, j’avais donc envie d’un livre « bulle », une espèce de parenthèse dans laquelle on puisse s’enfermer le temps d’une lecture. Pour moi, ça l’a été le temps de l’écriture. Ça m’a fait un bien fou. J’ai eu l’impression de m’isoler totalement du monde extérieur qui me paraissait rude. Après avoir traité des thèmes comme la dépression et les maisons d’accueils, je voulais souffler un peu de tout ça. Je souhaitais aller vers quelque chose de plus lumineux. Tous mes romans ont une empreinte à la fois grave et légère. Pour une fois, je voulais qu’avec L’été des lucioles, ce soit plus léger que grave et qu’il y ait plus de lumière que d’ombre.

Il y a la trame habituelle des conflits parentaux et de la séparation.

Des parents qui se séparent et divorcent, c’est d’une banalité totale aujourd’hui dans les familles, mais on ne se rend pas compte ce que cela peut faire sur des enfants, qu’ils soient petits, adolescents ou majeurs. Des parents qui se séparent, c’est comme une vision de l’amour qui se scinde en deux. D’une manière ou d’une autre, même si c’est très banal, l’enfant en ressent quelque chose de très fort.

C’est un roman très moderne. Le petit Victor qui passe ses vacances à Cap Martin les gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorpasse avec ses deux mamans.

J’ai écrit ce roman bien avant que les lois soient votées et qu’on en parle autant. Je rappelle qu’un enfant de 9 ans ne juge pas, il essaie simplement de comprendre. Il a complètement intégré ses deux mamans comme un soleil dans un ciel bleu. C’est naturel, point final.

Non seulement il accepte sa deuxième « maman », mais, même, il l’adore parce qu’elle s’occupe bien de sa vraie maman, Claire.

Il fallait qu’un adulte veille sur leur mère. Il se trouve que c’est Pilar. De plus, cette dernière fait attention à Victor, mais aussi à sa sœur Alicia. Il lui retourne cet amour qu’elle lui prodigue.

Mine de rien, c’est un livre aussi sur la tolérance.

Dans mes romans, je ne veux jamais imposer quoi que ce soit, rien asséner, ni glisser des messages subliminaux. Laissons-nous le choix de choisir ou d’accepter ce qu’on a envie de faire ou de ne pas faire !

Tu es comme tes narrateurs. Tu as beaucoup de mal à juger les gens.

Je suis comme tout le monde, j’ai des aprioris, mais je suis toujours prêt à trouver des circonstances atténuantes à tout le monde. Mais derrière ces narrateurs de 9 ans, je m’abrite. Je suis très pudique et je me dévoile personnellement très peu. Ça me permet de parler de choses assez importantes et qui me touchent, mais avec la distance nécessaire.

Et plutôt dans un sens positif.

Dans la vie, je suis comme ça. Je ne suis pas rancunier par exemple, mais je n’oublie rien. C’est très rare que je me fâche et que j’en veuille à quelqu’un. Je trouve des excuses aux gens et je passe à autre chose.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorIl y a un peu de magie dans ton roman.

Victor dit à la fin : « la vie sans magie, c’est juste la vie ». Moi, je trouve qu’il faut ajouter de la magie à la vie. On a chacun une manière très précise d’en mettre. Qu’elle soit fantastique ou qu’elle ne le soit pas, qu’elle soit imaginaire ou qu’elle ne le soit pas. Ce qui arrive à Victor à un moment donné va être extra ordinaire. C’était assez difficile, mais à la fin du livre, je voulais qu’on puisse s’imaginer brièvement qu’au fond, tout cela était de l’ordre du possible.

Victor est un petit garçon courageux.

Il est courageux et pétochard à la fois. Par rapport à Justine, la fille qu’il aime depuis deux étés, il n’a jamais osé lui parler, encore moins lui déclarer sa flamme. Et par ailleurs, il est le plus futé et plus malin que tous mes narrateurs réunis, puisqu’il écrit lui-même le roman qui s’appelle L’été des lucioles. Il a une observation de la vie très différente qu’avait Simon dans Au pays des kangourous ou qu’avait Icare dans Autobiographie d’une courgette. Il absorbe les leçons de la vie en se servant des interrogations et des réponses qu’il se donne à lui-même.

Sa mère est libraire. Elle passe sa vie à lire des romans, c’est peut-être aussi un peu pour ça qu’il écrit ?

Oui, ainsi il veut que sa mère le tienne entre ses mains. Écrire, c’est aussi l’idée de passer encore plus de temps avec sa mère qu’il adore.

Tout cela est bien symbolique.

Oui, mais toujours avec des points de suspension. La symbolique est aussi dans les papillons qui hantent le roman et qui sont le symbole de la métamorphose. Dans le roman, tous les personnages vont se transformer plus ou moins discrètement.

Que représentent pour toi les lucioles ?gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor

Ça représente quelque chose de magique. Elles rejoignent mes thèmes principaux. Une luciole c’est une lumière dans la nuit. On retombe sur l’ombre et la lumière. Il y a quelque chose derrière l’animal d’un peu magique… cette petite lumière qui scintille dans la nuit.

Dans tous tes livres, il y a toujours un peu d’espoir, mais dans celui-là, un peu plus. Est-ce que Gilles Paris va mieux ?

Je ne sais pas si je vais mieux. Quand j’écris, je ne suis plus tout à fait moi. Je ne pense à rien d’autre que mon narrateur. Je deviens lui. C’est un exercice difficile, périlleux et excitant d’entrer dans la peau d’un enfant de 9 ans pendant toute l’écriture d’un roman.

Ton public s’élargit de livre en livre, je trouve.

Peut-être parce que j’écris plus et que je laisse passer moins de temps entre deux livres. C’est compliqué quand tu as publié quatre romans en vingt ans de fidéliser un lectorat. Là, je travaille déjà sur le suivant. Mon rythme d’écriture s’accélère sensiblement. J’espère le publier en janvier 2016.

Il parlera de quoi ?

Mon nouveau héros de 9 ans s’appelle Maxime. C’est un garçon qui va régulièrement faire des lectures dans une maison de retraite. Il égaie la vie des personnes âgées. L’action se passe entièrement à Paris. Je ne t’en dis pas plus.

Le père de Victor s’appelle François. Tu m’as dit que c’était en mon « hommage ». C’est vrai ?

Je te promets que c’est toi. Tu sais, depuis longtemps, en fait, mes romans sont truffés de remerciements à des gens que j’aime. Il y a plusieurs manières de remercier les gens qu’on apprécie pour toutes sortes de raisons. Écrire une note à la fin du livre et remercier les gens, ce que je fais depuis deux livres, ou utiliser des noms et des prénoms des gens que j’aime pour mes personnages. J’ai beaucoup d’affection et d’amitié pour toi depuis notre premier entretien. Évidemment que tu n’es pas la caractéristique du personnage, mais c’était une façon de te remercier.

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 Le 26 mars 2014, après l'interview.

15 mai 2014

Olivier Py : interview à propos du Festival d'Avignon 2014

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(Photo: Bertrand Langlois/AFP)

La jeunesse, la pensée, la littérature, la poésie, la fête, des créateurs venus de 17  pays, dont beaucoup du sud : ce sont les grandes couleurs du prochain Festival d’Avignon, dont le nouveau directeur, Olivier Py a présenté la 68e édition, qui se déroulera du 4 au 27 juillet

Olivier Py est le directeur du Festival d'Avignon depuis septembre 2013, mais aussi auteur, metteur en scène et acteur. L’ancien directeur du Centre dramatique national d’Orléans de 1998 à 2007, puis de l’Odéon Théâtre de l’Europe de 2007 à 2012 est le premier artiste à la tête de cette manifestation culturelle mondialement réputée depuis Jean Vilar.

Il répond à mes questions sur notamment le renouvellement des artistes, les tarifs réduits pour les jeunes et la délocalisation proche.

Cette interview filmée a été réalisée le 21 mars dernier dans un bureau du Théâtre de la Ville de Paris.

Pour voir l’interview, dans son contexte, c’est ici !

py-tt-width-604-height-398.jpgC’est par un clin d’œil à Jean Vilar que débutera cette 68e édition le 4 juillet avec Le Prince de Hombourg de Kleist dans la mise en scène de Georgio Barberio Corsetti, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes ; là aussi qu’elle se clôturera en musique avec Les Têtes raides le 27 juillet. On se réjouit d’y retrouver Claude Régy, Ivo Van Hove, Alain Platel ou Emma Dante et l’on est curieux d’y découvrir des artistes venus du Chili, du Brésil, de Grèce ou des mondes arabes, à travers le programme musical Cinq chants. Fidèle à ses passions, Olivier Py accorde une large place à la poésie, à la littérature et à un axe Nord-Sud pour interroger le politique, l’intime et la place de l’art et de l’artiste.

Enfin, les Ateliers de la pensée se dérouleront chaque jour de 10 h du matin jusqu’à la nuit dans un nouveau lieu, la cour de la Faculté des sciences, et l’on verra s’y succéder des rencontres, débats et conférences. Tout simplement parce que “la pensée est un programme en soi”…

Le programme complet est à voir ici.

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Après l'interview, le 21 mars 2014.

13 mai 2014

Pascal Boniface : interview pour Géopolitique du sport

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Pascal Boniface est Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l'Institut d'Études européennes de l'Université de Paris 8.

Il dirige également La revue internationale et stratégique et L'Année stratégique. Il a écrit ou dirigé la publication d'une cinquantaine d'ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, la politique étrangère française ou l'impact du sport dans les relations internationales, ou encore le conflit du Proche-Orient et ses répercussions en France.

Pascal Boniface publie de nombreux articles dans des revues internationales de géopolitique, intervient régulièrement dans les médias, qu'ils soient nationaux ou internationaux, écrits ou audiovisuels et fait de nombreuses conférences et débats en France et à l’étranger.

Il est éditorialiste pour les quotidiens La Croix (France), La Vanguardia (Espagne), et Al Ittihad (Émirats arabes unis).

Pascal Boniface est membre du Conseil national de l’éthique de la Fédération française de football.

Pour Le Magazine des Espaces Culturelles Leclerc (daté du mois de mai 2014), je l’ai rencontré dans son bureau de l’IRIS, le 16 avril dernier pour évoquer son nouveau livre, La géopolitique du sport.

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Après l'interview, le 16 avril 2014, dans son bureau de l'Iris.

12 mai 2014

Talisco : interview pour la sortie de Run

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De Talisco, alias Jérôme Amandi, on ne connait pas grand chose. L'homme reste très mystérieux. Le single Your Wish avait déjà fait parler de lui en fin d’année 2013 dans un EP aux influences folk, pop et électro. Dans une semaine (le 19 mai 2014), Talisco sort son premier album, Run, soit onze morceaux d’évasion à la découverte des plaines californiennes. Pour essayer d’en savoir plus sur ce personnage mystérieux et fortement talentueux, je suis allé à sa rencontre, le 17 février 2014, chez Paul Beuscher Paris Bastille.

talisco,jérôme amandi,run,interviewBiographie officielle (mais raccourcie) :

Talisco s’aventure dans de nouvelles contrées musicales. S’enfonçant toujours plus loin dans ses expérimentations électro-folk, toujours ailleurs. Nous l’avions découvert dans les plaines americana et le folk-rock downtown, via son premier EP My Home. Depuis, le brun ténébreux à la voix d’ange a rajouté quelques cartouches à sa six-cordes et pas mal de bornes au compteur. Son premier album s’intitule Run… la course folle d’un écorché́ vif.
Dans ce nouveau road-trip, le songwriter parisien s’est baladé dans des décors somptueux, ces étendues vierges à perte de vue qu’il se plait à mettre en musique. C’est dans son home studio que Talisco s’est enfermé pour accoucher de ce recueil de contes imaginaires. C’est là, sur son établi multi- pistes, qu’il a façonné́ ses pépites, loin des recettes toutes faites et des discours formatés.
Run pourrait être un livre d’images. Talisco chemine dans les grands espaces, ses silences et ses mid-tempo hypnotiques, avant de laisser exploser cordes, beats et chants chorales quand percent enfin les lumières de la ville. Il court, Talisco, traversant les plaines westerns aux dentelles acoustiques et les déserts californiens qu’il troue de lézardes électriques et de réverbes vintage. Les titres défilent, les plans-séquences s’enchainent. L’écriture emprunte au 7ème art, l’auteur noircit des storyboards. Et, en filigrane de ces étonnants courts métrages musicaux, cette impression de chevauchée sauvage.

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talisco,jérôme amandi,run,interviewInterview :

J’ai cherché des choses sur vous sur Internet et je n’ai rien trouvé qui explique comment vous avez commencé la musique.

C’est normal que vous ne trouviez rien sur Internet. Je suis monsieur tout le monde qui fait juste de la musique. En vrai, j’ai commencé très sérieusement la musique à l’âge de 11 ans. J’ai pris notamment des cours de guitare. J’ai monté mon groupe à l’âge de 13 ans alors que j’étais encore au collège. C’était un groupe de rock et j’étais déjà très à fond. On a arrêté à l’âge de 19 ans. Très honnêtement, ce n’était pas génialissime ce que l’on faisait.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

J’ai bossé pour manger. J’étais dans la stratégie de communication pendant quelques années.

Vous qui avez bossé dans l’événementiel et le marketing, ça doit vous servir pour vous faire repérer dans la musique, non ?

Au contraire, c’est un peu déstabilisant. J’étais dans un milieu professionnel où je me devais d’être très carré, alors que dans la musique, il faut au contraire tout lâcher. J’ai été obligé de me détacher de certaines règles commerciales ou marketing qui étaient en moi, bien en place depuis plusieurs années. Vous savez, la seule chose qui compte quand on va voir une maison de disque, c’est d’arriver avec de bons morceaux. Mon personnage n’est absolument pas mis en avant, c’est d’abord ma musique.

"Lovely" (Live @ Microbe studios).

Ne pas montrer sa tête dans les clips et rester un peu mystérieux, c’est aussi une talisco,jérôme amandi,run,interviewméthode pour qu’on s’interroge sur la personne qui est derrière la musique qu’on entend.

Pour moi, c’est juste une direction artistique. Je n’ai pas envie de faire de la pop caricaturale où le personnage est mis en avant. J’existe, certes, mais je veux que ce soit la musique et l’univers musical qui priment.

Avant votre album, vous avez sorti un EP. Avant lui, aviez-vous sorti des disques plus confidentiels ?

Quand je vous dis que j’ai arrêté la musique à l’âge de 19 ans, ce n’est pas vrai. J’ai continué en dilettante. J’ai fait beaucoup d’electro. Je suis un peu bidouilleur, un peu artisanal, et je n’ai jamais cessé de travailler ma musique pour m’amuser. Il y a eu des projets et des collaborations par plaisir. Pour tout vous dire, j’ai repris sérieusement la musique, il n’y a que trois ans.

"Your wish" est la musique de la pub Balzamik.fr

"Your wish" est aussi la musique du teaser du Disquaire Day 2014 qui s'est tenu le samedi 19 avril 2014. Le Disquaire Day vient célébrer les disquaires indépendants de France. C'est plus de 230 boutiques qui ont été, durant une journée, à l'honneur.

C’est fou parce qu’aujourd’hui, c’est quasiment l’explosion pour vous. Merci la pub Balzamik.fr qui a mis en avant « Your wish » ?

Cette pub me permet d’avoir une reconnaissance énorme et subitement. C’est une sorte de conte de fée que je vis en ce moment. Je m’éclate. Après, méfiance, méfiance. L’industrie du disque réserve bien des surprises et rien n’est jamais gagné.

On peut dire qu’il se passe des choses autour de vous… et même à l’international.

J’étais confiant quand j’ai signé dans la maison de disques, parce qu’il n’y avait encore rien de prévu, à part la sortie de l’EP. On était sur une base zéro, alors il n’y avait pas de pression. Avoir une reconnaissance auprès d’un label, pour moi, c’était déjà parfait. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’attente auprès du disque qui va sortir dans quelques jours. Ça me fait un peu flipper.  

Vous restez très lucide, dites donc.

J’ai pas mal de potes qui sont dans la musique et qui ont pris des gadins monumentaux. On ne peut pas s’exciter parce qu’on peut tomber de la falaise. Par contre, je profite de la situation. Ce serait con de passer à côté. Il faut jongler entre l’exaltation et la prudence.

Clip de "Your Wish".

talisco,jérôme amandi,run,interviewComment peut-on définir votre musique ?

Il y a un côté song writer parce que j’écris ma musique à la guitare. Sur l’EP, il y a une énergie un peu pop, folk et même électro. Il y a vraiment trois identités. Sur l’album, j’emmène la musique encore ailleurs. Il y a un côté plus rock et très dense. Puisque vous voulez une définition, je dirais que mon album est un peu rock-électro-indé.

C’est ce que vous écoutez comme musique ?

La musique que je joue n’est pas nécessairement celle que j’écoute. Juste, j’aime ce type d’énergie, dense et positif. J’écoute du rock très indé, de l’electro un peu pointu en passant par de la pop très commerciale. À partir du moment où c’est bon et que ça me parle, je prends.

Si votre musique est qualitative, elle est aussi commerciale. Tous vos titres sont des tubes potentiels, je trouve.

L’album a un côté « efficace ». Il est frontal. Ça démarre, ça s’arrête. Introduction, conclusion. Je n’ai surtout pas la prétention de dire que tous mes morceaux sont des singles, c’est aux autres de le dire ou pas. Pour être honnête, cet album je l’ai composé le plus rapidement possible. C’est presque une technique. Je ne voulais surtout pas réfléchir à ce que je faisais. Peut-être que dans mes prochains albums, je conceptualiserai, mais là, je ne le souhaitais pas. Dès que je passais trop de temps sur un morceau… poubelle ! Cet album s’appelle Run. C’est une métaphore. Dans « run », il y a action, il y a courir, il y a l’évasion, il y a l’aventure. J’ai composé ce disque le plus spontanément possible pour faire passer les émotions les plus sincères.

Trois titres accompagnent ce court métrage d'une dizaine de minutes. Sorrow, Follow me et My Home.

Vous avez un sens de la mélodie assez évident.

Un morceau qui me plait passe d’abord par une mélodie. D’accord, il y a l’énergie et la mélodie. Mais les paroles aussi sont importantes. Elles font partie de l’énergie de la chanson. Tout est très cohérent dans cet album. Quand je dis que je l’ai fait dans l’urgence, ce n’est pas dans l’urgence bâclée. Je bosse, je suis quelqu’un de perfectionniste et j’ai besoin d’aller au bout des choses.

Talisco figure aussi dans la BO du film 3 Days To Kill (sorti le 19 mars dernier). On entend sa chanson au début de cette bande annonce.

Vous me parliez tout à l’heure du côté bidouilleur qui vous caractérise. Ça se ressent surtalisco,jérôme amandi,run,interview l’album… comment allez-vous le reproduire sur scène ?

Je ne retranscrirai pas la même chose. J’aime les concerts qui transpirent, où les choses ne sont pas calculées, où rien n’est figé. Je peux même dire que j’aime l’erreur. Mes concerts ont une tendance rock. C’est indéniablement plus rock et brut que l’album.

Si un jour Talisco a la même notoriété que Daft Punk, par exemple, resterez-vous l’homme que vous êtes aujourd’hui ?

Je ne peux pas penser à ce genre de choses. Ça reste de l’ordre du phantasme… moi, déjà, si ce disque me permet de continuer à jouer de la musique tous les jours, ce sera déjà pas mal.

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Le 17 février, après l'interview, au milieu des pianos de chez Paul Beuscher Paris Bastille.

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10 mai 2014

Romain Lateltin (et un peu Théophile Ardy) : interview pour Pas de chichi entre nous

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Dans ma première mandorisation de Romain Lateltin (en juillet 2012 pour Le râleur made in France), j’expliquais pourquoi j’aimais cet artiste. Il avait un côté irrévérencieux, ironique, drôle et classe assez impressionnant. L’artiste vient de sortir un nouvel album, Pas de chichi entre nous, dans lequel il se présente sous un autre jour. Tendre, émouvant, nostalgique et profond. Un album très fort, autant mélodiquement que textuellement, qui rend honneur à la belle chanson française.

Le 14 février dernier, Romain Lateltin est venu à l’agence avec sa team presque au complet, dont l’auteur-compositeur-interprète Théophile Ardy (à qui j’ai aussi posé des questions).

Romain Lateltin.jpgArgumentaire officiel de Pas de chichi entre nous:

À contre-courant d'une époque qui associe exigence avec performance, Romain Lateltin préfère application et sincérité. Il nous propose une parenthèse douce et sucrée, un moment de délectation sans chichi, une pause bien méritée pour qui veut retrouver son âme d'enfant.
Le râleur de l'album précédent laisse désormais place au rêveur apaisé qui retrouve, dans le souvenir d'une jeunesse candide, la joie des bonheurs partagés, de la tendresse et des plaisirs simples.
Pas de chichi entre nous vous rappelle qui vous étiez, vous fait aimer qui vous êtes et vous donne le sourire d'être là, à savourer l'existence comme on dévore des bonbons. Un régal, tout bonnement.

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Interview :

Tu as financé ton troisième album par le biais d’un site participatif. Au début, il me semble que tu étais un peu réfractaire à ce système.

Je n’osais pas. C’est toujours gênant de demander de l’argent aux amis, à la famille, aux collègues, aux connaissances… Mais, il faut bien l’avouer, c’est très pratique et surtout, j’ai eu de belles surprises. Des gens que je ne connaissais pas ou des gens que je connaissais très peu ont participé aussi. Parfois de manière conséquence.

C’est réconfortant, rassurant et motivant, non ?

Cela permet d’être serein financièrement et ce n’est pas un détail. Mais, ça te force aussi à proposer autre chose. J’ai sorti par exemple des clés USB, un coffret collector en format vinyle avec des cartes grand-formats…

Tu as gardé la même équipe que d’habitude.

Je travaille quasiment avec les mêmes personnes depuis le début. Notamment Christian Morfin qui réalise tous mes albums. Il évolue, j’évolue, ma voix évolue. Fred Gayot, avec qui j’écris les textes, a lui aussi beaucoup évolué. Je veux dire par là que nous avons tous avancé et progressé depuis le précédent album Râleur made in France.

Clip de "Pas de chichi entre nous".

97da97c82c0ca0ccd52eb2f99d41b1e4.jpgCe nouvel album est plus poétique, moins premier degré.

Je suis content que tu me dises cela. Il est plus poétique, mais aussi plus nostalgique et plus gourmand, il me semble.

Pourquoi fais-tu à chaque fois des albums conceptuels ?

J’aime bien quand il se passe quelque chose du début à la fin.

Pourquoi y a-t-il des instrus ?

Pour créer l’imagination chez ceux qui écoutent. Ce sont des pauses pour qu’ils réfléchissent sur ce qui a été dit entre deux titres. Pour moi, un album, c’est comme un livre, une série, un film, une nouvelle. Je ne conçois pas un disque sans un fil conducteur, sans un début et une fin qui se tiennent.

Ce virage vers l’enfance, ça vient de quoi ?

Je suis devenu papa. Cet album-là en est la conséquence. À force de regarder son enfant, on se rappelle de sa propre enfance. Je me suis projeté de nouveau dans ma jeunesse, dans les relations que j’ai eues avec mes parents. Beaucoup de souvenirs sont remontés à la surface.

As-tu décidé d’aborder le thème de l’enfance très vite ?

Le premier titre que j’ai trouvé pour cet album est « Principes et bienséance ». J’y raconte que je viens d’une famille plutôt traditionnelle dans laquelle on ne disait pas trop « je t’aime ». Tout est parti de cette chanson. Malgré le fait que tous mes albums soient conceptuels, au départ, rien n’est réfléchi. Je me laisse porter par l’inspiration et finalement, les chansons se relient entre elles. 

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Tu n’es pas un solitaire dans la création.

Musicalement, si. Pour les textes, je ne le suis plus depuis Le râleur made in France. Par contre, pour les arrangements, j’aime bien laisser la place aux autres musiciens, tout en sachant ce que je veux quand même.

Je sais que tu as beaucoup d’attachement envers ton album précédent, Le râleur made in France. Cela dit, je trouve Pas de chichi entre nous beaucoup mieux produit, beaucoup plus professionnel.

Tout le monde me le dit, à commencer par mon entourage musical qui est plutôt franc avec moi. Pour le moment, je n’ai eu aucun retour négatif. Peut-être que ceux qui n’aiment pas ne me le disent pas, mais je suis épargné des mauvaises critiques. Je suis mal placé pour dire que cet album est bon, mais je suis fier de lui. On a passé un an à le faire parce que nous sommes des perfectionnistes et des éternels insatisfaits.

Beaucoup d’artistes, entre deux albums, sortent des EP. Pas toi.

Nous, on voulait sortir un vrai album directement. À l’ancienne. En prenant le temps de faire les choses. La chanson « L’art du travail bien fait » semble marquer les gens qui ont écouté cet album… c’est vraiment la philosophie de ce que nous sommes maintenant et de ce que nous faisons avec le label que nous avons monté. Nous essayons d’être le plus en accord avec nous même.  

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Cet album est une autre facette de toi. Le râleur laisse la place à l’homme tendre.

L’homme tendre était déjà là sur mon tout premier album, A l’intérieur de soi-même. Sur Pas de chichi entre nous, le côté plus tendre, poétique, profond et nostalgique est particulièrement présent, je te l’accorde. En fait, ce nouveau disque, c’est juste l’enfance du râleur. J’ai un côté râleur en vrai, mais j’ai été aussi l’enfant de ce nouvel album.

Une chanson comme « Les dollars » est faussement naïve. En fait, tu dis beaucoup de choses importantes et sociétales dans tes chansons, mine de rien.

Pour faire passer un message, de temps en temps, il faut parvenir à faire croire qu’on est un peu futile ou naïf. Tu as le choix avec mes textes. Soit tu prends tout au premier degré, soit tu grattes un peu et tu vas plus loin. Tous les sujets ont été évoqués dans les chansons. L’enfance, l’amour, la paternité… je n’ai rien inventé. Il faut juste trouver l’angle original pour en parler.

Parle-moi de Théophile Ardy qui est venu avec toi aujourd’hui.

C’est un artiste avec lequel j’ai monté un label, Amstar Prod. On se connait depuis longtemps, on s’est dit qu’on allait se mutualiser, se structurer professionnellement. Du coup, en ce moment, on fait des co-plateaux sur Paris et on envisage de produire d’autres artistes plus tard si le label se porte bien. Pour le moment, nous semons, nous arrosons, mais nous ne savons pas quand ça va pousser. C’est la nature qui fait le reste.

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Théophile, raconte-moi comment tu as décidé de t’allier avec Romain.DSC08813.JPG

On se connait depuis 10 ans. Nous nous sommes croisés dans des concours, des tremplins, des concerts. Bref, nous nous sommes toujours suivis. Nous prenions souvent l’autre en première partie de nos concerts. Un échange de bon procédé, ou plutôt, une forme d’entraide qui nous plaisait beaucoup. Romain et moi, c’est presque un Pacs artistique. Dernièrement, on a voulu aller un peu plus loin en montant ce label, parce que nous avons la sensation de multiplier le fruit de nos efforts par dix. Tout va beaucoup plus vite. On se complète et on complète nos forces. À la base, j’ai plus de sensibilité scénique et Romain m’a beaucoup apporté de sensibilité à la musique enregistrée. Nous nous sommes échangés nos spécificités.

Théophile, comme Romain est mon invité principal aujourd’hui, peux-tu me dire ce que tu penses de lui professionnellement.

Quand il a enregistré ce dernier album, parfois je passais en studio. Je suis tombé amoureux de ce que j’ai entendu. C’était magique. Il y a un titre qui me tire la larme à chaque écoute, à chaque refrain, c’est la chanson dont il a parlé tout à l’heure, « L’art du travail bien fait ». C’est tout ce que je recherche dans une chanson. L’émotion captée, emprisonnée, qui se libère à chaque fois que tu appuies sur "play". En écoutant cet album, je me suis dit que Romain avait franchi un cran au-dessus. C’est un travail d’orfèvre vraiment très rare.

Théophile, avec votre structure, finalement, vous êtes producteurs  l’un de l’autre.

Oui, du coup, il y a beaucoup d’émulations entre nous. Et tout cela est basé sur l’humain. Romain est un garçon tout à fait charmant et, du coup, c’est facile de travailler avec lui.

Quelles sont vos différences, Théophile ?

On est complémentaire. Moi, je suis un peu rentre-dedans et lui, il est hyper diplomate. On n’a pas la même approche du métier, mais nous convergeons.

ulule.jpgEs-tu d’accord Romain ?

Oui, complètement. J’ai du mal à m’engueuler avec les gens. Les caractères des uns et des autres sont différents, il faut parvenir à s’adapter. Moi, j’aime les gens un peu barjots. Ceux qui m’entourent aujourd’hui le sont tous pour diverses raisons et différemment. Si moi, je suis un peu fade, je n’aime pas traîner avec des gens qui sont ainsi. J’aime bien être bousculé.

Je suis impressionné par ta pochette de disque.

C’est en partie grâce à toi, tu le sais. La dernière fois que je suis venu te voir, tu m’as dit que ce qui t’avait rebuté dans mon précédent disque, c’était la pochette… et tu m’avais incité à faire des efforts de ce côté-là. Ton conseil était constructif et je savais que c’était pour mon bien. Je me rends compte que lorsque les gens achètent le disque, ils sont heureux d’avoir ce bel objet. Je ne me rendais pas compte de cela avant. Tout est important. Le fond et la forme.

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Chrystèle Lacombe (voir ci-dessous), Théophile Ardy et Romain Lateltin. pendant l'interview.

Booking pour Romain et Théophile:
DES ROULETTES
Contacter Chrystèle Lascombes
clascombes@wanadoo.fr
T : 01 48 99 17 76 / 06 85 83 87 02

09 mai 2014

Miossec : interview pour l'album Ici-bas, ici même

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Miossec, je suis très amateur. Nous sommes nombreux dans ce cas. C’est ma deuxième mandorisation du monsieur. C’est dans le même hôtel que la maison de disque me donne rendez-vous, le 11 mars dernier. Toujours aussi souriant, disponible et sincère. C’est un vrai plaisir d’interviewer cet artiste-là.

Avant de lire l’entretien, je vous propose ma chronique de son nouvel album, Ici-bas, ici-même, publié dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2014).

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miossec,ici-bas,ici même,interview,mandorInterview:

L’année prochaine, vous allez fêter vos vingt ans de carrière. Avez-vous vu le temps passer ?

Non, ça passe à une allure extraordinaire, c’est dingue. Malheureusement, plus tu vieillis, plus ça s’accélère. On a tous un temps imparti, c’est la règle du jeu et je l’accepte.

Êtes-vous inquiet du succès ou non d’un album ?

Ça dépend de la situation dans laquelle on est. Si financièrement on dépend de cet album, il en découle votre vie entière. Si le disque se retrouve rejeté et que personne n’en veut, il faut changer de métier. Je connais plein d'artistes qui vivent ce cas de figure et là, c’est terrible. Pour le moment, moi, j’ai la chance de pouvoir concevoir un disque sans penser au succès commercial et aux radios.

Ici-bas, Ici même est une phrase tirée de la chanson Qui nous aime. Pourquoi l’avoir choisie comme titre de l’album ?

Pour souligner que ce disque est quelque chose de profondément athée et qu’il n’y a absolument rien de spirituel dans ces propos. Il n’y a pas à chercher Dieu, ni le paradis, encore moins le pardon.

Vous avez conçu cet album à trois, avec Albin de la Simone et Jean-Baptiste Brunhes. Étiez-vous le chef de la bande ?

On était tous les trois les chefs de la bande, sans distinction. On avait la possibilité d’intervenir dans le domaine de l’autre. Nous nous sommes bien emmêlés. Rien n’était hiérarchisé et chaque parole entre nous avait son importance.

Vous avez travaillé tous les trois dans l’humanité la plus totale.

Je suis à la recherche de ça dans mon métier de musicien. Quand on m’a proposé de travailler avec Albin, je ne voyais pas ce qu’il pouvait m’apporter. Nous n’avions pas les mêmes goûts musicaux, à priori, mais finalement, on s’est rendu compte que si. Le jazz et la musique black des années 70 par exemple nous ont rapprochés. Quelque chose entre nous est passé.

Clip de "On vient à peine de commencer".

Tout le monde s’accorde à dire qu’Ici-bas, ici même rappelle vos premiers albums.miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor Êtes-vous d’accord ?

Je ne sais jamais quoi répondre à ce genre d’affirmation. J’avais juste envie de tout composer dans mon coin avec une guitare. Je souhaitais que tout se tienne debout. Je suis moins allé dans la virtuosité des choses. Je pense que la simplicité et l’épure permettent d’aller plus droit au cœur. J’avais mon cadre bien déterminé qui imposait l’interdiction de faire des couches, des arrangements superposés. On était peu nombreux à faire cet album, mais j’ai l’impression que tout le monde a donné tout son cœur et ses tripes. C’était beau à voir. La notion d’effort et de travail est très importante. Quand je vois Albin de la Simone travailler, je suis très impressionné. Et il est l’un des rares artistes à se mettre complètement au service de la personne pour laquelle il collabore.

Cet album a été conçu et réalisé très rapidement.

On a fait des stages de trois fois trois journées et trois nuits. Entre les différentes sessions, chacun a fait un chemin. Nous nous sommes aperçu que lorsque les choses se reposent, c’est idéal. A la base, on a procédé ainsi parce que l’agenda d’Albin était très chargé. Ce qui était au départ une contrainte s’est avéré un avantage. Cet artiste, au sens large du terme, est vraiment bluffant.

La chanson  Répondez par oui ou par non  a été coécrit par Sophie Calle et l’écrivain Grégoire Bouillier. Pourquoi cette collaboration ?

On avait travaillé ensemble sur cette chanson avec Sophie et finalement, j’ai trouvé que ce que j’avais écrit n’était pas bon. Parfois, ça me fait du bien de ne pas me retrouver en position d’auteur. Du coup, on devient uniquement musicien et interprète. C’est agréable.

Est-ce qu’au bout de neuf albums, on ne vient pas à bout de ce qu’on a envie de dire ?

Je ne me pose pas ce genre de question tant que l’inspiration est toujours là. D’ailleurs, j’aimerais bien savoir comment une chanson arrive. C’est un mystère…


Miossec - Nos morts en live dans le Grand... par rtl-fr

« Les touristes » et « Nos morts » parlent du même sujet. La mort…

J’ai 50 ans et je vois autour de mois des cancers partout. J’ai perdu dans l’année deux copains de 51 ans. Je suis marqué par ces disparitions.

Si on vous dit que vous avez du talent, vous dites quoi ?

A mon goût, je n’ai rien de suffisamment solide sur mes neuf disques. Je suis toujours en train de travailler dans le but de me prouver que je fais de la qualité. Mais, je ne parviens jamais à me satisfaire.

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Vous écrivez aussi pour Juliette Gréco, Melody Gardot, Johnny Hallyday ou Nolwenn Leroy, qui sont de formidables interprètes. Vous ne vous interdisez aucune collaboration ?

J’ai aussi travaillé avec Baptiste Trotignon sur son disque de jazz, Song, song, song. On n’est pas là pour s’emmerder. J’adore devoir me confronter à l’écriture quand je dois écrire pour quelqu’un d’autre. C’est une sorte d’obligation d’aller au combat et de devoir se battre avec mes propres armes : des registres de vocabulaire différents. Quand on écrit pour Gréco ou pour Hallyday, on n’utilise pas les mêmes dictionnaires. Il ne faut pas être raide et ne pas avoir un ego trop fort.

Vous habitez dans le Finistère, ça vous aide à ne pas donner trop d’importance à ce métier ?

En tout cas, je ne sais pas si c’est normal de rester chez soi à regarder l’océan (rires). C’était mon fantasme quand j’étais adolescent. Le fait que via la musique, j’arrive à être là sur cette falaise est ma plus grande réussite. Si je ne fais pas de bon boulot avec tout ça, c’est que, vraiment, je suis le roi des cons.

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Après l'interview, le 11 mars 2014.

06 mai 2014

Patrick Fiori : interview pour ses 20 ans de carrière et l'album Choisir

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Première rencontre avec Patrick Fiori, pur et bon chanteur de variété. À l’occasion de ses 20 ans de carrière, je suis allé l’interviewer dans les locaux de sa maison de disque, le 11 avril dernier. C’était son premier jour de promo, il était donc fort enthousiaste et motivé pour parler de son album, Choisir. Voici le fruit de cet entretien pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2014).

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Clip de "Elles" (Jean-Jacques Goldman).

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Après l'interview, le 11 avril 2014, chez Sony Music.