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20 mai 2014

Gilles Paris : interview pour L'été des lucioles

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(® David Ignaszewski)

Comme je l’ai expliqué lors de la première mandorisation de Gilles Paris, en tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur cette personne incontournable du milieu littéraire. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels ou même rendez-vous avec un auteur. Gilles Paris écrivain, c'est un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Dans chacun de ses romans, il fait parler un enfant de neuf ans. Ce n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière les propos d’un bambin… mine de rien.

Notre relation a d’abord été professionnelle, puis elle est devenue amicale au fil du temps. J’ai décidé de défendre chacun de ses nouveaux romans (la précédente mandorisation), parce qu’à chaque fois, ma part d’enfance est touchée en plein cœur.

Le 26 mars dernier, Gilles Paris est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer L’été des lucioles, son premier livre aux éditions Héloïse d'Ormesson.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor4e de couverture :

Du haut de ses neuf ans, Victor a quelques certitudes : c’est parce que François, son père, n’ouvre pas son courrier qui s’amoncelle dans un placard que ses parents ne vivent plus ensemble ; c’est parce que Claire et Pilar, ses mamans, adorent regarder des mélos tout en mangeant du pop-corn qu’elles sont heureuses ensemble. Et c’est parce que les adultes n’aiment pas descendre les poubelles au local peint en vert qu’il a rencontré son meilleur ami Gaspard.

En vacances à la résidence du Grand Hôtel du Cap-Martin, Victor partira à l’aventure sur l’étroit chemin des douaniers qui surplombe la côte en compagnie de Gaspard. L’été sera placé sous le signe de l’étrange avec une invasion de lucioles, des pluies sèches et des orages aussi soudains que violents. En guidant les garçons jusqu’aux passages secrets menant aux villas qui bordent le rivage, papillons, baronne et jumeaux feront bien plus que de leur ouvrir la porte des jardins enchantés.

Un voyage au pays de l’enfance qui déborde d’émotion et de tendresse.

L’auteur :

Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris travaille depuis plus de vingt ans dans le monde de la communication et de l’événementiel. Il a publié son premier roman, Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette en 2002. Au pays des kangourous, paru en 2012, a remporté de nombreux prix littéraires, notamment le Prix cœur de France, le Prix roman de la ville d’Aumale, le Prix des lecteurs de la bibliothèque Goncourt, le Prix Folire et en 2013 le Prix plume d’or.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorInterview :

Je reçois un Gilles Paris qui écrit un livre à la limite du fantastique.

J’avais envie de quelque chose de différent. J’ai peur de me dire un jour qu’on pourrait se lasser que je rentre dans la peau d’un enfant de 9 ans.  Du coup, j’essaie à chaque fois de surprendre, avec des histoires qui sont très différentes les unes des autres, avec des univers qui changent, des narrateurs qui ne se ressemblent pas, même si, en 20 ans, il y a une passerelle entre mes quatre romans.

C’est une langue dans laquelle tu te sens bien ?

Je ne te cache pas que j’ai envie d’y rester. Je trouve que l’époque dans laquelle on vit au quotidien est difficile pour beaucoup de gens, j’avais donc envie d’un livre « bulle », une espèce de parenthèse dans laquelle on puisse s’enfermer le temps d’une lecture. Pour moi, ça l’a été le temps de l’écriture. Ça m’a fait un bien fou. J’ai eu l’impression de m’isoler totalement du monde extérieur qui me paraissait rude. Après avoir traité des thèmes comme la dépression et les maisons d’accueils, je voulais souffler un peu de tout ça. Je souhaitais aller vers quelque chose de plus lumineux. Tous mes romans ont une empreinte à la fois grave et légère. Pour une fois, je voulais qu’avec L’été des lucioles, ce soit plus léger que grave et qu’il y ait plus de lumière que d’ombre.

Il y a la trame habituelle des conflits parentaux et de la séparation.

Des parents qui se séparent et divorcent, c’est d’une banalité totale aujourd’hui dans les familles, mais on ne se rend pas compte ce que cela peut faire sur des enfants, qu’ils soient petits, adolescents ou majeurs. Des parents qui se séparent, c’est comme une vision de l’amour qui se scinde en deux. D’une manière ou d’une autre, même si c’est très banal, l’enfant en ressent quelque chose de très fort.

C’est un roman très moderne. Le petit Victor qui passe ses vacances à Cap Martin les gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorpasse avec ses deux mamans.

J’ai écrit ce roman bien avant que les lois soient votées et qu’on en parle autant. Je rappelle qu’un enfant de 9 ans ne juge pas, il essaie simplement de comprendre. Il a complètement intégré ses deux mamans comme un soleil dans un ciel bleu. C’est naturel, point final.

Non seulement il accepte sa deuxième « maman », mais, même, il l’adore parce qu’elle s’occupe bien de sa vraie maman, Claire.

Il fallait qu’un adulte veille sur leur mère. Il se trouve que c’est Pilar. De plus, cette dernière fait attention à Victor, mais aussi à sa sœur Alicia. Il lui retourne cet amour qu’elle lui prodigue.

Mine de rien, c’est un livre aussi sur la tolérance.

Dans mes romans, je ne veux jamais imposer quoi que ce soit, rien asséner, ni glisser des messages subliminaux. Laissons-nous le choix de choisir ou d’accepter ce qu’on a envie de faire ou de ne pas faire !

Tu es comme tes narrateurs. Tu as beaucoup de mal à juger les gens.

Je suis comme tout le monde, j’ai des aprioris, mais je suis toujours prêt à trouver des circonstances atténuantes à tout le monde. Mais derrière ces narrateurs de 9 ans, je m’abrite. Je suis très pudique et je me dévoile personnellement très peu. Ça me permet de parler de choses assez importantes et qui me touchent, mais avec la distance nécessaire.

Et plutôt dans un sens positif.

Dans la vie, je suis comme ça. Je ne suis pas rancunier par exemple, mais je n’oublie rien. C’est très rare que je me fâche et que j’en veuille à quelqu’un. Je trouve des excuses aux gens et je passe à autre chose.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorIl y a un peu de magie dans ton roman.

Victor dit à la fin : « la vie sans magie, c’est juste la vie ». Moi, je trouve qu’il faut ajouter de la magie à la vie. On a chacun une manière très précise d’en mettre. Qu’elle soit fantastique ou qu’elle ne le soit pas, qu’elle soit imaginaire ou qu’elle ne le soit pas. Ce qui arrive à Victor à un moment donné va être extra ordinaire. C’était assez difficile, mais à la fin du livre, je voulais qu’on puisse s’imaginer brièvement qu’au fond, tout cela était de l’ordre du possible.

Victor est un petit garçon courageux.

Il est courageux et pétochard à la fois. Par rapport à Justine, la fille qu’il aime depuis deux étés, il n’a jamais osé lui parler, encore moins lui déclarer sa flamme. Et par ailleurs, il est le plus futé et plus malin que tous mes narrateurs réunis, puisqu’il écrit lui-même le roman qui s’appelle L’été des lucioles. Il a une observation de la vie très différente qu’avait Simon dans Au pays des kangourous ou qu’avait Icare dans Autobiographie d’une courgette. Il absorbe les leçons de la vie en se servant des interrogations et des réponses qu’il se donne à lui-même.

Sa mère est libraire. Elle passe sa vie à lire des romans, c’est peut-être aussi un peu pour ça qu’il écrit ?

Oui, ainsi il veut que sa mère le tienne entre ses mains. Écrire, c’est aussi l’idée de passer encore plus de temps avec sa mère qu’il adore.

Tout cela est bien symbolique.

Oui, mais toujours avec des points de suspension. La symbolique est aussi dans les papillons qui hantent le roman et qui sont le symbole de la métamorphose. Dans le roman, tous les personnages vont se transformer plus ou moins discrètement.

Que représentent pour toi les lucioles ?gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor

Ça représente quelque chose de magique. Elles rejoignent mes thèmes principaux. Une luciole c’est une lumière dans la nuit. On retombe sur l’ombre et la lumière. Il y a quelque chose derrière l’animal d’un peu magique… cette petite lumière qui scintille dans la nuit.

Dans tous tes livres, il y a toujours un peu d’espoir, mais dans celui-là, un peu plus. Est-ce que Gilles Paris va mieux ?

Je ne sais pas si je vais mieux. Quand j’écris, je ne suis plus tout à fait moi. Je ne pense à rien d’autre que mon narrateur. Je deviens lui. C’est un exercice difficile, périlleux et excitant d’entrer dans la peau d’un enfant de 9 ans pendant toute l’écriture d’un roman.

Ton public s’élargit de livre en livre, je trouve.

Peut-être parce que j’écris plus et que je laisse passer moins de temps entre deux livres. C’est compliqué quand tu as publié quatre romans en vingt ans de fidéliser un lectorat. Là, je travaille déjà sur le suivant. Mon rythme d’écriture s’accélère sensiblement. J’espère le publier en janvier 2016.

Il parlera de quoi ?

Mon nouveau héros de 9 ans s’appelle Maxime. C’est un garçon qui va régulièrement faire des lectures dans une maison de retraite. Il égaie la vie des personnes âgées. L’action se passe entièrement à Paris. Je ne t’en dis pas plus.

Le père de Victor s’appelle François. Tu m’as dit que c’était en mon « hommage ». C’est vrai ?

Je te promets que c’est toi. Tu sais, depuis longtemps, en fait, mes romans sont truffés de remerciements à des gens que j’aime. Il y a plusieurs manières de remercier les gens qu’on apprécie pour toutes sortes de raisons. Écrire une note à la fin du livre et remercier les gens, ce que je fais depuis deux livres, ou utiliser des noms et des prénoms des gens que j’aime pour mes personnages. J’ai beaucoup d’affection et d’amitié pour toi depuis notre premier entretien. Évidemment que tu n’es pas la caractéristique du personnage, mais c’était une façon de te remercier.

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 Le 26 mars 2014, après l'interview.

Commentaires

l été des Lucioles.un merveilleux livre,que j ai pris un réel plaisirs à lire.

Écrit par : LEYMARIE | 27 octobre 2014

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