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28 avril 2014

Gaëlle Perrin-Guillet : interview pour la sortie de Haut-le-choeur

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Gaëlle Perrin Guillet est une auteure de polars. Depuis 3 ans, nous nous rencontrons sur des salons du livre que j’anime. Et quand je commence à connaître quelqu’un, j’aime bien savoir ce qu’il écrit. Comme son premier livre à compte d’auteur est publié dans la maison d’édition d’un ami, Marc Louboutin (et Estelle Taburiaux), ma curiosité s’en est trouvée renforcée. J’ai lu Haut-le-chœur… et j’ai été réellement scotché par ce roman noir (et rouge sang).

Le 12 février dernier, la jeune femme (qui habite dans la région de Lyon) est venue me rendre visite à l’agence pour une conversation sur son œuvre et sur sa vie d’auteure.

gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandor4e de couverture :

Alix Flament, journaliste à Chambéry, travaille sans conviction sur un article relatant les mésaventures sexuelles d’un candidat à l’élection présidentielle française.

Six ans plus tôt, elle était une spécialiste reconnue des affaires criminelles. Jusqu’à ce qu’elle publie un livre d’entretiens avec la pire tueuse en série que le pays ait connu depuis le 19e siècle, ouvrage dont elle ne se remettra pas et qui marquera la fin de sa carrière dans le domaine des faits divers.

L’évasion sanglante d’Éloane Frezet redonne vie aux cauchemars qui la hantent depuis ses dialogues hallucinés avec la meurtrière. Mais seule Alix la connaît suffisamment pour tenter d’aider la police à la traquer.

C’est sans compter que la meurtrière, loin de se terrer, espère bien tenir sa promesse de terminer l’œuvre mortelle qu’elle a dû interrompre lorsqu’elle se trouvait derrière les barreaux…

Mini biographie :

Née en 1975, Gaëlle Perrin-Guillet est secrétaire de mairie le jour et auteure de thriller la nuit. Depuis toujours amatrice de romans noirs, elle s’essaie à l’écriture en 2000 avec un premier roman intitulé Meurtres en négatif que publie les Editions Bellier. Après deux romans auto-publiés (Le Sourire du diable  en 2010 et Au fil des morts en 2011), elle participe à deux recueils des Auteurs du noir face à la différence (en 2012 aux éditions JIGAL puis en 2013 à L’atelier Mosesu). Haut-le-Chœur est son premier roman publié aux Éditions Rouge Sang.

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gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorInterview :

Tes deux premiers livres étaient auto-édités. Ce n’est pas toujours bien vu des personnes éditées à compte d’auteur. As-tu un peu souffert de cela, dans les salons du livre par exemple?

Les lecteurs aussi, parfois, me demandaient avec une certaine condescendance dans quelle maison mes livres étaient publiés. C’est une étiquette pénible à porter et qui, en même temps, était super intéressante.

Pourquoi intéressante ?

Parce que ça a été très formateur. C’est le moyen de se confronter aux lecteurs, sinon, le manuscrit reste dans un tiroir. Quand tu es réellement confronté aux lecteurs, tu bénéficies de critiques constructives. Tu as aussi des auteurs qui sont très intelligents et qui viennent te voir pour t’aider. Même des auteurs assez réputés. S’éditer seule pour se faire connaître a été un pari gagné. C’est une expérience à double tranchant que je ne regrette absolument pas.

J’avoue que moi-même j’ai des aprioris sur les auteurs auto-édités, parfois, j’essaie de passer outre, mais c’est compliqué.

Je comprends. Il y a tout et n’importe quoi dans l’auto-édition. Le plus cancre du monde qui va écrire le texte le plus pourri du monde peut sortir son livre, alors, c’est sûr, on ne trouve pas que des chefs d’œuvre. L’auto-édition, finalement, c’est un grand fourre-tout dans lequel, de temps en temps, on peut trouver de belles choses.

Même auto-éditée, j’ai l’impression que tu as très vite fait partie de la « famille » du polar.

J’ai eu de la chance. Mon tout premier salon, je l’ai fait à Saint-Chef, dans l’Isère. J’étais en compagnie de Maxime Gillio, Alexi Aubenque, Marin Ledun, Ayerdhal, Gilles Caillot et Aurélien Molas, notamment. Des grands du polar qui m’ont acceptée tout de suite. Vraiment, j’ai l’impression que ce monde est une grande famille.

Depuis le temps que je fais ce métier, je n’ai pas toujours entendu ça. gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandor

Je parle de mon point de vue, je ne peux pas parler pour les autres. Dès la sortie il y a trois ans de mon premier roman en auto-édition, j’ai été acceptée, alors je ne peux pas penser autrement.

En trois ans, tu as sorti douze textes. Tu es prolifique.

Oui, mais ce sont pas mal de nouvelles de nouvelles dans des recueils. En trois ans, il est vrai que j’ai fait un chemin que je n’aurais jamais cru possible. Très étonnamment, je n’ai pas beaucoup galéré.

Comment une jeune femme qui travaille dans une mairie, en Province, qui ne connait personne dans le milieu de l’édition, se met à écrire et tout faire pour y trouver sa place ?

C’est parti d’un roman qui a été publié en 2000 aux éditions Bellier, une micro maison d’édition de Lyon. Ce livre, Meurtres en négatif, n’était pas bon du tout, mais il a été publié. J’ai écrit ça à vingt ans. Après, j’ai décidé de ne plus être publiée dans ces conditions, c’est très prétentieux de ma part, je sais. J’ai souhaité être publiée dans une grosse maison. J’ai essuyé pas mal de refus. Le manuscrit est resté dans le tiroir un long moment. C’est mon mari, un jour, qui m’a suggéré de l’auto-éditer. Au final, ça nous a permis de rembourser l’investissement de base et de décider d’en auto-éditer un second.

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Tu n’écris que des romans policiers. Tu lis ce genre depuis toujours ?

Je lis de tout, mais j’ai une préférence pour ce style-là. J’ai commencé à 14 ans avec les livres de Stephen King, comme beaucoup, et aussi ceux de Mary Higgins Clark. Je fais partie d’une génération qui a été et continue à être bercée par les séries américaines. J’ai l’impression qu’on baigne dans un milieu policier constamment.

Suis-tu les codes traditionnels du polar dans tes livres ?

Oui, sur les deux premiers, j’ai suivi les codes des romans policiers américains. D’ailleurs, ils mettaient en scène des personnages américains et l’action se situait aux États-Unis. Ça me paraissait plus facile de commencer ainsi. La mentalité des personnages de ce pays-là est complètement différente de celle d’ici. On peut leur faire faire plus de choses sans que ça ne choque personne. Dans les salons du livre, j’ai rencontré des auteurs français qui, eux, ont des codes complètement différents. Je me suis donc intéressé à leur travail. J’ai eu la confirmation que les lecteurs français voulaient des personnages français auxquels ils pouvaient s’identifier facilement. Je le savais depuis le début, mais je n’avais pas le recul nécessaire, ni la technique… et certainement pas le talent non plus. Il a fallu attendre deux bouquins pour que je me trouve au niveau du style.

Être chez Rouge Sang, une jeune maison, certes, mais belle et prometteuse, as-tu l’impression de changer de statut et que l’on te regarde autrement ?

Oui. C’est peut-être idiot, mais la reconnaissance d’un éditeur est super importante pour quelqu’un qui écrit. Avant, j’avais un problème de légitimité. Aujourd’hui, je peux enfin m’affirmer comme auteure. J’ai l’impression d’être montée d’un étage.

Teaser Haut-le-Cœur.

Tu mets en scène une serial killeuse. Des femmes tueuses en série, c’est rare. Or la tienne est particulièrement gratinée. 

C’est vrai, mais je lui trouve un côté humain. Dans la littérature policière, c’est souvent des hommes qui tuent, j’ai voulu montrer que les femmes sont aussi capables du pire.

Tu décris des scènes de crime très précises.

Je travaille beaucoup avec les livres de Stéphane Bourgoin, le spécialiste des serial-killers.

Dans les polars, généralement, on sait à la fin qui a tué. Dans Haut-le-chœur, on sait tout de suite qui est la méchante.

Oui, on sait qui, mais on ne sait pas pourquoi elle tue comme ça, avec acharnement. Toute l’intrigue réside là-dessus.

Pourquoi as-tu choisi Jean-Luc Bizien pour écrire la préface ?

Ca me tenait à cœur que ce soit lui. Je ne cherche pas le gros vendeur, ni la tête d’affiche, ni le bandeau, je cherche vraiment la relation. Jean-Luc est très important dans ma vie. Il a toujours été là pour moi. Je l’estime énormément en tant qu’homme et en tant qu’auteur. Le fait d’avoir deux trois mots de lui, en plus très originaux et touchants, était symboliquement essentiel.

Il écrit: « Voilà une fille qui vient grandir les rangs des auteurs de thrillers, une fille qui dans un grand éclat de rire va bousculer les règles de ce petit milieu. » Mazette !

Je ne peux pas commenter ça. Mais, ça me touche.

gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorQuand tu écris, as-tu la fin dès le départ ?

Je pensais savoir la fin, mais pas du tout. Elle a été différente de celle que j’ai imaginée au départ. Frédéric Dard disait souvent qu’il courait après ces personnages. Il a raison. Tu cours derrière eux, sans savoir trop où ils vont t’emmener. Alix, la journaliste, avait un certain caractère. Il a pris de l’ampleur sans que je n’y puisse rien. Et l’épilogue de mon livre n’existait pas au départ. Je l’ai ajouté, car il était nécessaire pour que le roman prenne tout son sens.

As-tu mis un peu de toi dans Alix ?

Bien sûr. Pas seulement dans Alix. Dans quasiment tous les personnages. Même chez les hommes… et aussi dans la serial killeuse, Éloane Frezet. À part ça, je ne suis pas du tout schizophrène.

Tu commences à me faire peur Gaëlle !

Oui, je sais. (Rires).

Dans quel état es-tu quand tu écris ?

Je suis coupée du monde et très concentrée. Je travaille dans la cuisine le soir et je n’entends plus rien. Selon la fatigue et l’inspiration, j’écris quatre à cinq heures. Gilles Legardinier m’avait conseillé de m’astreindre à écrire tous les jours, au moins un petit peu. Si on laisse du temps, ça se sent dans le récit au niveau du rythme et de l’écriture.

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A l'issue de l'interview, un autre écrivain de polar est venu nous rejoindre pour saluer Gaëlle Perrin-Guillet, l'excellent Dominique Maisons (mandorisé là).

Es-tu déjà sur le prochain roman ?

J’en ai deux en cours. J’en écris toujours un quand je finis le précédent. Quand je manque d’inspiration, ça me permet de basculer d’une histoire à l’autre sans me perdre.

Passes-tu facilement de l’un à l’autre ?

Oui, en tant que schizophrène, ce n’est pas trop compliqué.

Je sais que tu as écrit un « Embaumeur », la série de Sébastien Mousse.

Je me suis régalé, notamment dans les dialogues. C’est passionnant de partir d’un personnage déjà créé, avec sa propre personnalité, et d’en faire ce que tu veux, tout en respectant la bible imposée. Je n’aurais pas eu cette commande, je n’aurais jamais écrit ce genre de livre spontanément. C’était très intéressant à faire, en tout cas, et ça permet de s’améliorer dans l’écriture. C’est un exercice de style.

Tu as l’habitude des exercices de style. Tu as également écrit des histoires érotiques gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorpour La Musardine.

L’écriture, je la prends vraiment comme un plaisir. Tous les styles d’écriture sont sympas. Je trouve réducteur de se cantonner à un seul genre.

Sens-tu ton écriture évoluer de livre en livre ?

Bien sûr. Elle n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a trois ans. J’ai eu le droit à des critiques hyper constructives qui m’ont permis d’atténuer les défauts que j’avais.

As-tu le trac quand sort un nouveau livre ?

Je suis tétanisée. Surtout pour Haut-le-chœur. C’est mon premier roman édité dans une maison, j’aimerais ne pas décevoir mes éditeurs, Estelle Taburiaux et Marc Louboutin. De toute manière, dès que je sais que quelqu’un a mon livre entre les mains, je suis toujours flippée.

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Sais-tu pourquoi tu écris ?

Parce que j’adore ça. C’est un super moyen de véhiculer des idées, de faire travailler l’imaginaire des gens et même de les bousculer un peu. L’écriture est un échange. On n’écrit pas pour soi, on écrit pour être lu.

Écris-tu aussi pour fuir la réalité du quotidien ?

Ça me permet surtout d’exorciser certaines choses. Mais, effectivement, quand j’écris, je suis coupée du monde, c’est donc peut-être un moyen inconscient de me libérer de plein de choses.

Tu es secrétaire de mairie. Est-ce que les gens que tu croises dans le cadre de ce travail savent ce que tu fais ?

De plus en plus. Je suis dans un village de 4000 habitants, alors quand mon bouquin est en tête de gondole de la librairie, ça se remarque. Du coup, on m’attend un peu en tournant sur mes deux métiers. Je n’ai plus le droit à l’erreur ni d’un côté, ni de l’autre.

Es-tu confiante en ton avenir littéraire ?

Je ne le serai jamais. J’ai toujours un énorme doute sur tous mes textes. Mais il vaut mieux ça que le contraire. J’essaie de progresser à chaque roman.

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Commentaires

Bravo , belle interview d'une auteure que j'adore , une personne entière et schizophrène m'a fait mourir de rire , merci beaucoup

Écrit par : Sabine Remy | 28 avril 2014

j'ai beaucoup apprécié "Haut le coeur" et je pense que maintenant la porte lui est grande ouverte pour nous emmener dans de belles et dramatiques aventures , car à mon avis elle tient maintenant les "ficelles du métier" et compte tenu de toute l'énergie qu'elle a en elle je suis entièrement confiant pour la suite de son oeuvre.

Écrit par : MASSA | 29 avril 2014

j'ai oublié mon prénom (Athos) ....désolé !

Écrit par : MASSA athos | 29 avril 2014

Les commentaires sont fermés.