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20 avril 2014

Tony Melvil : interview pour l'EP La cavale

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« Tony Melvil est un mec paumé dans ce monde où tout va à toute vitesse, où chacun a ses certitudes, glisse ce dernier en décrivant son personnage. Il n'a pas forcément d'avis sur ce qui se passe autour de lui. Il se débat juste contre quelque chose qui l'agace sans trop savoir quoi, ni sans trouver de solution. » C’est ainsi qu’Étienne Villeminot présente Tony Melvil, le personnage qu’il s’est inventé et avec lequel il commence à petit bout de chemin fort honorable dans le petit monde de la chanson française.

Ce « pessimiste qui se soigne » épanche sur disque et sur scène son désarroi, à la recherche d'une identité qui sans cesse lui échappe. J’ai découvert cet artiste original et touchant grâce à son premier EP Tentative d'évasion. On y découvre un être torturé, mais surtout « à l'ouest » et décalé. Le voici qui revient avec un deuxième EP, encore plus abouti, La cavale (chez At(h)ome)

Je l’adore. Il fallait à tout prix que nous nous croisions. Notre rendez-vous n’a pas été simple à organiser, l’homme habite à Lille, mais Tony Melvil a fini par venir me voir à l’agence. C’était le 18 décembre 2013. J’attendais la sortie de ce deuxième disque pour publier enfin le fruit de notre entretien. Voilà qui est fait.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorBiographie officielle (mais écourtée) :

Né en 1982 à Dijon, Étienne Villeminot, démarre une carrière de musicien en 2002 dans différentes formations lilloises, notamment auprès du chanteur Lulu (mandorisé là) et du groupe de rue Tchobello. Violoniste classique de formation, il se met rapidement à la guitare et au chant et enchaîne de nombreuses expériences de spectacle dans lesquelles il est tour à tour violoniste, guitariste, comédien, choriste, compositeur, figurant, roadie, mais aussi chargé d’administration ou comptable.

En 2009, poussé par Thibaud Defever (Presque Oui) et Romain Delebarre (Delbi), il se lance en solo sous l’anagramme Tony Melvil et teste ses propres chansons sur scène. Repéré par Tour de Chauffe en 2010, puis par Domaine Musiques en 2011, il enregistre à l’automne 2011 Tentative d’évasion, premier EP 7 titres, arrangé et réalisé par Delbi.

Sorti en février 2012, « Tentative d’évasion » fait sortir Tony Melvil de l’anonymat, grâce à des chroniques élogieuses, notamment dans Télérama et Francofans, mais aussi grâce à des concerts de plus en plus nombreux.

En 2013, Tony Melvil se fait remarquer lors de plusieurs rendez-vous du réseau chanson tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandornational. Ainsi, il obtient des premiers prix lors des concours de la Manufacture Chanson à Paris, de l’AMJA à Angers, et enfin lors du Concours Jeunes Talents du Festival Jacques Brel de Vesoul. Dans le Nord-Pas-de-Calais, Tony Melvil est soutenu par le dispositif de la région « Résidence Musiques Actuelles » aux Arcades de Fâches-Thumesnil et par la Marmite.

Parallèlement, Tony Melvil développe son goût pour les mélanges et a monté en 2012 sa Compagnie Illimitée, dont le but est de créer des spectacles pluridisciplinaires à base de chansons. Son premier spectacle Quand je serai petit, destiné au jeune public, sera mis en scène par Marie Levavasseur (Cie Tourneboulé). Il s’agit d’un duo avec le musicien / producteur lillois Usmar, prévu pour l’automne 2014.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorArgumentaire de l’EP :

Deux ans après sa remarquée « Tentative d’évasion », Tony Melvil revient avec un nouvel EP intitulé La Cavale. La métaphore est filée, la quête de liberté affirmée. Le chanteur lillois ajoute ici au blues introspectif et rugueux du musicien/arrangeur Delbi la chaleur de son violon, baignant de lumière des textes souvent ombrageux. Mixé par Dominique Ledudal (Fersen, Higelin, JP Nataf, Les Innocents) au studio Garage à Paris, La Cavale assoit Tony Melvil et sa personnalité singulière dans le paysage musical français, un personnage aux multiples facettes ayant pour terrain de jeu le second degré et le non-dit.

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tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la chanson ton métier ?

Quand il a fallu se projeter professionnellement et qu’il a fallu que je me pose la question de ce que j’allais faire dans ma vie. Vers 22 ans. J’en ai aujourd’hui 31.

Au départ, tu as une formation de violon classique.

J’ai commencé à 4 ans et demi. Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs. Mon père est organiste. La musique a toujours eu une place très centrale, mais jusqu’à Bach. Pas plus loin. On n’entendait jamais de la chanson, ni de la musique dite « moderne ».

Tu aimais la musique classique à cette époque ?

Je ne me posais pas la question. C’est à partir du moment où je suis devenu ado que j’ai découvert d’autres musiques. A 13 ans, j’ai écouté Brassens en boucle. Ça devenait tellement obsessionnel que j’ai inquiété mes parents. Ensuite, il y a eu Brel. Puis, j’ai beaucoup écouté des groupes comme Les Têtes Raides ou Noir Désir. Mon goût pour la chanson n’est pas arrivé par hasard...

Et les fondamentaux de la culture rock ?

Seulement à l’âge de 20 ans. Led Zep ou les Beatles, je savais qu’ils existaient, mais je ne savais pas trop ce qu’ils faisaient. Je n’avais entendu que des brides de morceaux, mais j’ai découvert tout ça sérieusement sur le tard.

Les miroirs à l'envers - Clip officiel.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorTu es un autodidacte. Un jour, tu as décidé d’acheter une guitare et d’apprendre seul.

J’ai utilisé la guitare comme un son d’accompagnement et c’est à ce moment que tout a démarré dans ma tête. A 18 ans, je me suis aperçu que j’avais goût à ça. Cinq ans plus tard, ça s’est mis en place.

Tu fais de la chanson française, mais pas si traditionnelle que ça. Tes textes sont très « pince-sans-rire ».

Ce qui m’amuse beaucoup, c’est le décalage. Tu peux tout traiter sans te prendre au sérieux et en restant très léger. A partir du moment où tu es dans le second, voire le troisième degré, tu peux finalement te permettre d’aller beaucoup plus dans le fond des choses.

Tu as beaucoup parlé d’enfermement dans ton premier EP. Dans le second, le thème central est plutôt la liberté, la tentative d’évasion, mais surtout les catastrophes.

Il y a deux chansons qui partent d’un paysage presque post apocalyptique et je m’interroge sur ce qu’il se passe après. On essaie de nettoyer, de faire table rase, mais il reste plein de résidus sous le tapis, derrière les cloisons et même sous la peau. C’est une métaphore sur la société. Ce sont des textes un peu noirs, mais qui se prêtent à une musique un peu plus mordante, un peu plus rock.

Pourtant, tes chansons me font sourire à chaque fois… surtout quand je te vois les interpréter sur scène. Ton attitude va à l’encontre de ce que tu racontes.

J’ai appris la technique du clown un peu moderne. Aujourd’hui, les clowns tristes et les clowns sérieux travaillent beaucoup plus sur le sourire que sur le rire. Moi je travaille sur une atmosphère toujours second degré, une atmosphère où ça peut déraper à chaque instant, chaque phrase.

Du coup, tout ce que tu dis peut-être pris à double sens.

J’aime bien que l’on m’attende quelque part et, soudain, surprendre en renversant la situation.

"Sans langue, sans visage" en live.

Il y a énormément de sorties françaises. Ce n’est pas un peu décourageant ?

Ce qui m’étonne, c’est le nombre de projets de qualité qui sortent. Je trouve épatant la qualité de visions professionnelles des artistes. Parfois, tant de talents, ça décourage, parfois, tu te dis que tu es costaud et que tu vas te battre pour réussir. C’est presque un combat contre soi-même tant c’est une question de motivation. Il faut que je trouve le courage de tenir le temps qu’il faut pour que mon projet continue à se développer. Trouver aussi les moyens de continuer à faire des disques, des concerts… c’est un combat permanent, mais un combat noble.

As-tu une date butoir pour être satisfait de ton sort ?

Je me dis toujours qu’à 35 ans, il faudra que je fasse le point. Ça me laisse encore près de quatre ans.

Tony Melvil est un personnage qui n’est pas tout à fait toi. Est-ce quelqu’un qui te permet de dire et faire des choses que tu ne ferais pas sous ta propre identité ?

Oui, je reviens au parallèle que je faisais avec les clowns d’aujourd’hui tout à l’heure. Tony Melvil, c’est un clown dans le sens de la définition qu’ils en font dans le cirque : sa propre facette, mais dans la maladresse. Je suis en caricature permanente et certains traits de ma personnalité sont gommés parce qu’ils n’ont pas d’intérêt à être mis en spectacle. Tout vient de soi dans le clown.

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Tony Melvil est-il un peu cynique ?

Prendre les choses avec une grosse louche et ne pas être que dans la subtilité, c’est intéressant. Quand on exagère le trait, ça peut très bien passer pour du cynisme. Le prisme de la scène incite à faire les choses en beaucoup plus grand.

Ta voix se libère dans ce deuxième EP, La Cavale.

En effet, je suis moins dans le raconté, moins dans le posé, plus dans le chanté.

Quels sont tes projets immédiats?

En parallèle du projet Tony Melvil, je m’intéresse beaucoup à la danse contemporaine, au théâtre, bref aux autres disciplines du spectacle vivant et à leur manière de travailler. Parfois, on doit aller très vite et on survole certains aspects. La lumière, la mise en scène, le décor… parce qu’on doit être sur des formes très simples et souples. J’ai donc monté une compagnie : La Compagnie Illimitée. Elle a pour vocation de partir de la base de la matière chanson et d’en faire des spectacles qui mélangent d’autres disciplines. Là, on s’est lancé dans un spectacle pour jeune public à partir de six ans, mais qui est avant tout un spectacle pour tous dans lequel il y a plusieurs degrés de lectures. Ça s’appelle « Quand je serai petit ». C’est le regard et l’interrogation d’hommes de trente ans sur leurs souvenirs d’enfance. Qu’aurait pensé l’enfant qu’on était à dix ans de ce qu’on est devenu,  jeune adulte ? Quel rapport a-t-on avec ça ? Est-ce qu’on réalise réellement nos rêves d’artistes ? On bosse beaucoup là-dessus. Les premières sont prévues en octobre 2014.

Les artistes, ne sont-ils pas de grands enfants ?

On grandit, mais on essaie de ne pas vieillir. C’est important d’arriver avec un regard neuf, sans certitude, sans règle, sans marche à suivre. Il faut garder son âme et son regard d’enfant et surtout… savoir se renouveler constamment.

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Tony Melvil et la chanteuse Dyne, mandorisée le même jour. Après les interviews, nous avons discuté chansons et musique.

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