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12 avril 2014

Léonid : interview pour son premier album Léonid

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Léonid m’a été fortement suggéré par la chanteuse Yoanna (mandorisée là en 2007). Quand j’aime bien l’œuvre de quelqu’un et que ce quelqu’un me propose de découvrir l’œuvre d’un autre artiste, j’y jette un coup d’oreille soutenu. Et là, j’avoue, j’ai été conquis immédiatement. Un chanteur à texte comme on en fait de moins en moins. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. On écoute sans se méfier, pourtant Léonid est bien un chanteur engagé. Il ne le revendique pas, mais c’est pourtant clair. De toute la nouvelle génération de chanteur français dit « à texte », il est l’un des plus subversifs.

Léonid a passé 20 ans à travailler avec et pour les autres. Il était temps qu’il sorte le fruit de son travail. Pas grand monde n’est encore au courant, mais il est artiste important que l’on serait bien inspiré d’écouter. Léonid est passé me voir à l’agence le 20 janvier dernier (une semaine avant la sortie de l'album) pour une interview sans concession.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorBiographie officielle:

S'il vit dans la tête de Fafa Daïan depuis l'enfance, Léonid n'a vu le jour qu'en 2010. Une petite vingtaine d'années d'hésitation à venir au monde qui permettra à son géniteur de se forger une expérience.
Entre autres, 13 années de scène, de studio, de composition et d'écriture avec le groupe Sinsemilia, 4 années d'une collaboration passionnée avec la chanteuse suisse Yoanna (
co-écriture, réalisation scène et studio, arrangement), 3 autres années à travailler avec la chanteuse Djazia Satour au développement de son projet solo (réalisation scène et studio, arrangement).
Bien que comblé par des expériences aussi variées que passionnantes, Fafa Daïan reste fermement décidé́ à ne pas avorter le gamin qui lui répétait sans cesse : "quand j'sera grand, j'sera chanteur !"
Alors un beau matin, il se botte le cul, se chauffe la voix entre 2 clopes, enfile son costume de chanteur et dépoussière pour l'occasion son surnom de petit garçon : Léonid !
Au départ, sur scène ils entaient 4 et maintenant ils sont 2.
Multi-instrumentiste autodidacte, sur scène en famille depuis l'âge de 9 ans, Rémi d'Aversa joue l'homme-orchestre pour Léonid avec une humilité et une aisance déconcertantes.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorInterview :

Tu as commencé avec Sinsemilia en tant que trompettiste. Un départ en fanfare, non ?

Oui, un peu par défaut parce que c’est un instrument que j’ai commencé petit, mais qui ne m’a pas vraiment fasciné. J’ai fait dix ans de trompette avec Sinsemilia. Un jour, j’ai prévenu le groupe que soit il me changeait d’instrument, soit je quittais le groupe. Les six dernières années, j’ai été clavier et guitariste.

Tu es resté treize ans au sein de cette formation. C’est quand même énorme !

Oui. J’ai connu la grande époque de Sinsemilia. On a fait les plus grandes scènes de France et d’ailleurs. Cette aventure humaine a été riche et incroyable pour moi. On était une bande de copains qui prenait la route. Nous n’étions pas super bons musiciens au départ, mais il y avait une fureur incroyable quand on montait sur scène. On avait l’impression de jouer nos vies.  En plus, il n’y avait pas une personne mise plus en valeur qu’une autre. C’était très sain.

Et un jour, tu as quitté Sinsemilia. Pourquoi ?léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandor

Au bout de treize ans, je me suis un petit peu lassé. Je ne défendais plus souvent ce que l’on faisait. Je ne veux pas cracher dans la soupe parce que ce passé, pour moi, est extraordinaire. Juste, à un moment, je ne me suis plus reconnu. Je ne prenais plus vraiment de plaisir à monter sur scène. Je trouvais aberrant de jouer dans des salles complètement hystériques. J’avais l’impression qu’on pouvait faire tout et n’importe quoi, de toute façon, les gens allaient hurler. Je regardais ça du haut de la scène et je me faisais la réflexion que je ne comprenais pas et j’avais la sensation que tout ça me correspondait de moins en moins.

Certains auraient été grisés par cela. Toi, ça a été le contraire.

Tant qu’il y avait l’excitation de conquérir le public à la force de notre travail et de notre enthousiasme, c’était bien, mais une fois que c’était installé, que l’on était dans une certaine routine, ça ne m’a pas plu. J’ai commencé à monter des petits projets, à rejouer dans des bars ou des petites salles devant cinquante personnes, à présenter un travail dont j’étais extrêmement fier. J’ai retrouvé ma flamme de départ et ça m’a procuré des sensations incroyables.

Tu chantais déjà ?

Pas tout de suite. J’ai énormément travaillé pour les autres. J’ai envie de chanter depuis que j’ai l’âge de dix ans, mais j’avais une pudeur et un manque de confiance qui ont fait que j’ai mis du temps à me lancer. Là, ça fait quatre ans que j’ose avec Léonid. Petit à petit, j’ose de plus en plus, avec de moins en moins de pudeur. Je commence à trouver ma place.

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Tu as travaillé avec une chanteuse que j’apprécie beaucoup, Yoanna.

J’ai même beaucoup travaillé pour elle. Pendant cinq ans, ça a été toute ma vie. J’ai aidé au développement de ce projet, j’ai réalisé son premier album, j’ai monté son équipe autour d’elle. J’aimais me fondre dans quelqu’un d’autre. J’étais l’ombre de Yoanna.

Cette artiste a une sacrée personnalité.

Une sacrée personnalité et une bête de scène. Je l’ai rencontrée dans les rues à Aurillac, elle faisait des reprises avec son accordéon, je suis resté scotché. Elle avait beaucoup de charisme et dégageait quelque chose de fascinant. Je me suis démerdé pour avoir son numéro et au bout de quatre mois, on est rentré en contact. Et l’histoire musicale entre nous a commencé… et a continué longtemps.

Et puis ça s’est arrêté.

Oui, de manière assez nette. Ça devenait un peu trop passionnel. Ensuite, j’ai repris ma collaboration avec elle comme éclairagiste. Je suis revenu par la petite porte histoire de dire « je ne suis pas loin », mais on s’est quitté musicalement en très bon terme.

J’ai l’impression que quand tu collabores avec quelqu’un, Yoanna ou Djazia Satour, tu ne fais pas les choses à moitié. As-tu besoin de tout régir ?

Exactement, mais j’ai du mal à faire plusieurs choses. C’est pour ça que je suis monomaniaque. J’ai envie de ne pas regretter. Quitte à se lancer dans un projet, il faut donner les moyens pour que ça ait de la gueule. Pour moi, un projet musical qui ait de la gueule, ça ne se résume pas qu’à un bon disque et une série de bonnes chansons. C’est un tout. Il faut aussi un spectacle avec du fond et de la forme, une com’ qui soit cohérente avec l’idée qui est défendue dans les chansons. J’aime bien avoir une vision globale.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorAujourd’hui, il y a Léonid. C’est qui Léonid ?

C’est moi. Il s’agit de mon surnom de petit garçon. Mon enfance est un moment de ma vie qui n’est pas encore digérée.

Au début de ce « projet », vous étiez quatre, je crois.

Oui. C’était une formation de quatre instrumentistes chanteurs énormément basée sur les harmonies vocales. Pour moi, les mélanges de voix, c’est ce qu’il y a de plus magique. Cette formule a duré trois ans. On a eu des retours dithyrambiques sur nos concerts, mais c’est une histoire qui ne s’est pas du tout développée parce que je suis l’anti commerce incarné. Je suis incapable de me vendre.

Tu te cachais encore beaucoup derrière les autres avec cette première formation.

C’était une machine de guerre quand on montait sur scène. Et effectivement, je me cachais toujours derrière, je n’arrive pas à expliquer pourquoi. C’est un travail que je revendique, mais je ne voulais pas me mettre en avant. J’y allais sans vraiment y aller.

C’est fou ce paradoxe. Tu veux réussir dans la chanson, tu fais tout pour et au final, tu détestes que l’on te voie.

C’est fou, je ne te le fais pas dire. Il y a un côté schizophrène. Mais, je vais te dire la vérité : j’ai des problèmes de crises d’angoisse par rapport à plein de choses, mais notamment, le fait d’avoir la responsabilité d’un spectacle, d’être celui qui est mis en avant. A chaque concert, je me dis que je devrais être partout sauf ici.

Mais sur scène, tu sembles très à l’aise. Tu communiques beaucoup avec ton public.

C’est incroyable. Quand je suis sur scène, il y a un truc en moi qui se réveille et qui sort de ne je ne sais où. Avant c’est l’horreur, pendant, c’est le bonheur.

Teaser 2014 Léonid (duo). Images tirées des concerts à la Bobine de Grenoble les 3 et 4 octobre 2013.

Aujourd’hui, pourquoi as-tu réduit la formation ?

Pour que ce soit plus fluide, au niveau des déplacements, de la logistique et aussi, parce qu’il y avait des soucis de disponibilités des uns et des autres. Mais, au final, le fait de se retrouver à deux avec Rémi, a été un révélateur incroyable.

Rémi, c’est ton cousin germain. Léonid devient une histoire de famille.

Oui, et on a monté un spectacle complètement hybride. Rémi est un musicien génial. Il joue de tout, on l’appelle « la pieuvre ». Il fait l’orchestre. Il a un clavier dans chaque main, une grosse caisse, un pad, il fait les chœurs en même temps. Le tout avec une humilité, une simplicité et une sensibilité qui sont rares et essentielles pour moi. Notre complicité est sans aucune faille.

J’adore tes textes… ils sont un peu cyniques et jamais méchants.

Comme j’ai beaucoup de pudeur, je ne veux surtout pas tomber dans le pathos et le larmoyant. J’ai au fond de moi des peurs et des préoccupations qui sont assez lourdes, j’ai donc trouvé le moyen de les exprimer à travers l’ironie, la légèreté et le cynisme. Je veux que les gens ne sachent pas s’ils doivent sourire ou partir en courant.

Léonid et ses invité(e)s dans "La révolution d'octobre". Images tirées des concerts d'octobre 2013 à la Bobine de Grenoble.

Tu joues beaucoup avec les mots.

Je suis un très grand amateur de textes et de chansons. Brassens par exemple, son travail est fascinant. Après, j’ai grandi avec Renaud. Ce qu’il faisait entre 1975 et 1985 était purement génial. Je suis fou aussi de Gainsbourg et d’Higelin. J’ai grandi avec tous ces gens-là. Du coup, quand je prends mon stylo pour écrire, je pense à eux et je ne veux pas rendre une copie médiocre. Je n’écris jamais à la légère. Je veux de la forme et du fond.

Ca représente quoi pour toi de sortir ton premier album ?

Un énorme bonheur. Ce que j’avais fait jusqu’à présent dans mon métier, je sentais que ça ne touchait pas mes proches. S’ils étaient contents de me voir à la télé avec Sinsemilia, je sentais qu’il n’y avait pas un réel intérêt pour le fond. Ils n’allaient pas me voir en concert, ni n’écoutaient mes disques. Je sentais qu’il y a avait un décalage entre le monde dans lequel j’évoluais dans ma vie personnelle et le monde dans lequel j’évoluais musicalement. Avec cet album, j’ai l’impression qu’il y a un truc qui en en train de se passer. Les deux se retrouvent enfin. Quand je vois ma grande sœur, qui est pour moi une référence, me faire des remarques sur mes chansons, ça me touche beaucoup. Quand j’apprends que ma meilleure amie, qui est une grande amatrice de chanson française, écoute mon disque régulièrement, pour moi, c’est énorme.

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Léonid: "Quand j'entends les questions de Mandor, je m'endors".

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorQuand elle a su que je te recevais, Yoanna m’a demandé de te poser deux questions. Voici la première : pourquoi as-tu si peur des silences ?

Long silence…

J’ai arrangé beaucoup de chansons pour elle. J’aime quand il y en a partout. Quand il y a une petite mélodie là, s’il y a un blanc, j’ajoute un truc rythmique qui relance… bref, je n’aime pas quand il n’y a rien. Yoanna m’a toujours dit qu’elle aimait mon travail, mais que ça manquait de silence.

J’ai cru qu’il y a avait une référence à ton attitude dans la vie.

Elle fait peut-être aussi référence à comment je suis dans la vie. J’ai tellement peur de tout dans la vraie vie qu’elle aurait pu simplement poser la question « pourquoi as-tu si peur ? ».

Tu aurais répondu quoi ?

Que je n’en sais rien.

Deuxième question de Yoanna : qu’est-ce que ça fait de commencer sa carrière à l’Olympia en étant disque d’or et aujourd’hui, de devoir jouer devant vingt vieilles, vendre trente albums, le tout produit par un label à chier ? 

(Rires) La réponse est simple. Je redécouvre le bonheur de pratiquer mon métier.

"Instant culture". Une fausse interview qui fait déclencher plus qu'un sourire et quelques extraits de l'album.

Pourquoi es-tu anti-sytème ?

J’ai de qui tenir. Je suis issu d’une famille extrêmement militante. Les membres de ma famille sont tous communistes. Moi, je ne suis pas du tout militant, mais j’ai hérité de toutes les valeurs de ce parti. Je ne suis pas militant, car je suis pessimiste. Dans l’espèce humaine, je ne pense pas que l’homme soit foncièrement bon. Je pense qu’il va droit dans un mur qu’il a construit lui-même. Je vois difficilement comment l’humanité pourrait s’en sortir autrement. En tout cas, je ne veux pas faire comme mon père, du porte-à-porte pour sensibiliser les gens.

Mais, c’est du militantisme de dire des choses importantes dans des chansons, non ?

En tout cas, je dis ce que j’ai dans le bide. Vu que dans mon bide il y a un héritage politique, des messages sortent certainement, mais forcément tournés en dérision.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je me pose la question tout le temps. Quand j’étais petit, on m’a offert un disque de Renaud. Je me suis juste dire que je voulais faire pareil. Je suis fasciné par ça depuis mon enfance. Être chanteur, aujourd’hui, pour moi, c’est aussi être aux commandes de ma propre vie. Je n’ai aucun intermédiaire. Je mène ma barque comme je l’entends.

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Après l'interview, le 20 janvier 2014.

Commentaires

Bravo Leonid. Je suis aussi de la generation Renaud et je suis admirative de tes textes et de la chaleur de tes concerts. Tu es toi, tu es nous et tu nous fais du bien !! Reviens vite en concert tu nous manques ! Colette....

Écrit par : lespagnol | 22 novembre 2014

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