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23 mars 2014

Franck Monnet : interview pour Waimarama

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Franck Monnet a choisi de vivre aux antipodes de Paris, dans un petit bout de terre face à l'océan pacifique. Après huit ans de silence, cet orfèvre d'une pop raffinée, présente son nouveau disque, Waimarama. Réalisé par Edith Fambuena (Daho, Higelin, Bashung…), Waimarama frappe par la précision et l'intimité de ses climats, inscrivant Franck Monnet au coeur de la scène d'aujourd'hui ; libre, décomplexée, vagabonde et touchante.

Je l’ai rencontré à l’Hôtel du Nord pour une interview, le 28 février dernier. Je dois dire que j’étais ravi de rencontrer cet artiste majeur de la chanson française (d’autant plus que c’était la première fois).

franck monnet,waimarama,interview,mandorBiographie officielle (largement raccourcie) :

Après huit ans d’absence, celui qu’on a surnommé « le dentellier de la pop » brise le silence. Évidemment, il serait pratique de présenter ce nouvel album de Franck Monnet avec cette formule à l’emporte-pièce : « le meilleur chanteur français de Nouvelle-Zélande », puisqu’il a choisi d’y vivre. Franck Monnet est un auteur-compositeur-interprète accompli, il est un parolier adoubé, notamment par Vanessa Paradis ou Claire Diterzi. On les comprend. D’autant qu’avec le temps, son écriture ne cesse de gagner en limpidité. Waimarama, le titre du disque, est le nom d’un petit paradis face à l’océan pacifique. Musicalement, cet album s’inscrit sous le signe du dépouillement, qui n’a jamais été synonyme d’austérité : des cuivres et des cordes viennent ponctuellement habiller ses mélodies ciselées d’une main d’artisan. Orfèvre d’une pop raffinée, il est de ceux qui savent faire le pont entre le souci du texte et celui du son.

Les chansons qui composent Waimarama ont été écrites et pré-produites entre Paris etfranck monnet,waimarama,interview,mandor Paekakariki : une période de transition qui a vu le chanteur à la fois devenir père et sortir de son dandysme parisien pour s’établir en Nouvelle-Zélande. Elle a été endeuillée par la disparition de la chanteuse Lhasa, à laquelle le titre « Les Faons » est dédié. La suite de l’enregistrement a eu lieu en petit comité à Paris et au studio de la Fabrique, à Saint-Rémy de Provence, en 2013. Edith Fambuena l’a réalisé (Alain Bashung, Etienne Daho, Jacques Higelin...). Elle a eu la mission délicate de draper les chansons sans qu’elles aient l’air trop habillées. Elle est responsable du climat, des profondeurs de son, des samples discrets. Enfin, quatre chanteuses sont venues lui donner la réplique : Pauline Croze et Camelia Jordana pour deux duos, Jeanne Added aux choeurs, rejointe parfois par Lisa Tomlins, chanteuse māori. Franck Monnet est un chanteur discret. Trop, peut-être. Mais qui passe un cap avec Waimarama. Le cap d’une carrière singulière qui va forcément le mener dans la lumière.

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(Photo : Julien Mignot)

Interview :

S’exiler en Nouvelle Zélande tant de temps… Ressens-tu une attente de la part de ton public ?

Je ne me suis pas du tout posé la question de savoir si on m’attendait. J’ai fait mes trucs dans mon coin. J’espérais que ceux qui aimaient bien mes disques précédents seraient contents de me revoir.

Ce départ et cet arrêt brutal ont étonné tout le monde, en tout cas.

Il fallait que je m’arrête. Ca m’avait pris du temps de faire le répertoire de mes quatre premiers albums. Je n’ai jamais été rapide contrairement à ce qu’on aurait pu croire. Quand j’ai fini Malidor et le conte pour enfants, Quand on arrive à Malidor, un livre CD  sorti chez Actes-Sud, j’ai compris que j’étais à la fin d’un cycle et qu’il fallait que je recommence à zéro.

franck monnet,waimarama,interview,mandorIl s’est passé huit ans entre ton précédent album, Malidor et celui-ci, Waimarama. As-tu eu peur que plus personne ne se souvienne de toi ?

Non,  j’espérais juste que les gens qui m’avaient été fidèles jusqu’à présent allaient avoir la curiosité d’écouter mes nouvelles chansons. Ceux qui se sont approchés de moi lors de la première partie de ma carrière ne se sont pas approchés de moi parce que j’étais connu. Parce que, justement, je n’étais pas connu. Ils étaient là pour des raisons profondes, donc aujourd’hui ils sont toujours là. Je n’ai jamais eu de cour de toute façon. Je n’étais pas ce genre de chanteur-là.

Il y a un manque à un moment ?

Par rapport au métier, ça me manquait sans me manquer. Je faisais mes chansons pour les autres et puis voilà. C’est Paris et mes amis qui me manquaient beaucoup. Moi, j’aime bien la ville. Il y a une densité qui me plait. Je vis à Paekakariki, un village où tout le monde se connait. C’est très chaleureux et très agréable, vraiment. J’ai une vie très douce, mais je te le répète, la France me manque souvent.

Que fais-tu là-bas ?

Je me réfugie pas mal dans la lecture. Je lis beaucoup de littérature du 19e et du 20e siècle. Avec la femme qui partage ma vie, on aime bien aussi regarder les films français. Par exemple, on s’est refait un cycle Jacques Demy récemment. On se souvient qu’on est d’ici.

On se voit là pour la promo de ton nouveau disque. Aimes-tu parler de ton œuvre ?

J’aime bien. Parfois, j’en parle un peu trop d’ailleurs. C’est marrant, on me croit discret, alors que je suis bavard sur ce que je fais. J’aime bien discuter du contenu des chansons, par exemple.

Et bien, c’est tout à fait ce que je ne vais pas faire aujourd’hui, parce que personnellement, je considère qu’il est inutile de faire des explications de textes de chansons qui se suffisent à elles-mêmes.

Tu as raison. Mais moi je crois qu’il y a des chansons qui se prêtent à des discussions et d’autres qui ne s’y prêtent pas. Les chansons énigmatiques, je n’ai pas envie d’en parler, alors que celles qui sont explicites, il me semble que l’on peut avoir envie de développer le sujet évoqué.

Malidor était plus nerveux que Waimarama. C’était beaucoup guitare, basse, batterie…franck monnet,waimarama,interview,mandor

Oui, c’est vrai. J’aime beaucoup Malidor, même s’il était un peu morbide quand même. Le concept de Malidor est né en 2001. J’avais créé un monde gothique  et très urbain, où tu ne pouvais t’échapper que dans les rêves. Je sais que les chansons que j’avais rassemblées pour faire cet album étaient très noires.

Parlons de ce nouveau disque. J’adore « Sans John », la chanson hommage à John Lennon dans laquelle tu te présentes.

C’est une chanson sur un type qui raconte sa vie avec la perspective de la mort de son idole. Ca décrit aussi une génération. Je vois bien dans les chansons des gens de mon âge, même des gens comme Eminem ou Kurt Cobain, une empreinte considérable, avouée ou pas, de l’œuvre de John Lennon. Je vais te donner un scoop. Dans la première version, je disais John Lennon à chaque couplet. Un ami m’a dit que je devrais dire son nom seulement à la fin. Je l’ai écouté et effectivement, la chanson est plus forte ainsi.

John Lennon est-il ta référence absolue ?

Non. Les dernières années, j’ai plus écouté Radiohead que les Beatles. J’écoute aussi beaucoup de musique classique et baroque.

Et chez les français ?

Je ne vais pas être original. D’abord les « classiques » : Brassens, Brel, Barbara, dont je suis très gourmand encore aujourd’hui. Je suis aussi très attentif à ce que fait Souchon, Julien Clerc. Je suis également très fan de Michel Fugain quand il était avec son Big Bazar. En fait, j’aime bien écouter de la variété.

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Pendant l'interview.

Ta voix n’est pas aux antipodes de celles de Souchon et de Jipé des Innocents dans Waimarama.

Jipé, c’est un artiste important pour moi. Quand j’étais étudiant, les Innocents cartonnaient déjà. Je les écoutais en sachant parfaitement que c’était le genre de famille musicale dont je me sentais proche. Il y a aussi les Rita Mitsouko qui m’ont beaucoup marqué.

Pauline Croze participe à ton album sur « Quelqu’un ». Il y a aussi Camélia Jordana sur « Plus rien à me mettre ».

J’ai rencontré Pauline Croze en 2003, juste avant que ça n’explose pour elle. J’étais juré du Chorus des Hauts-de-Seine. J’ai vu arriver cette gamine avec sa guitare. Elle a chanté « T’es beau » et ça a été un choc. La gifle. Je suis allé la voir et on a beaucoup parlé. A l’époque, elle m’avait demandé des chansons, mais je ne suis jamais parvenu à lui en faire.

Tu es beaucoup demandé par les autres artistes.

Je suis toujours assez pessimiste sur l’intérêt que je peux susciter. Mais, je pense que c’est une bonne attitude. Quand on sort un disque, il y a plein de gens qui te disent que ce que tu fais est extraordinaire et tout le monde veut faire des trucs avec toi. En fait, il faut se méfier de ça. Il y a le buzz et il y a la réalité de ce que l’on peut réaliser avec d’autres artistes.

Clip de "Différents".

franck monnet,waimarama,interview,mandorC’est Edith Fambuena qui a réalisé ton album. Cette rencontre ne m’étonne pas.

Ca a été une vraie belle rencontre, en tout cas. Je lui ai dit que j’étais impressionné par sa carrière et les disques de références qu’elle a réalisées. Fantaisie Militaire de Bashung, c’est un monument, une merveille absolue. Edith est une immense artiste et je suis très content d’avoir fait ce disque avec elle. On s’est très bien entendu. Une fois que je suis en studio, je suis plutôt très docile avec le réalisateur du disque.

Tu es un peu aux ordres ?

Oui, limite. Quand j’arrive en studio, mes chansons sont déjà très structurées et posées. A moins que je tombe sur des gens qui me proposent des choses qui me paraissent incohérentes ou un peu trop « au petit bonheur », je peux aller assez loin. Avec Matthieu Chédid, j’étais allé assez loin pour le suivre. Avec Sébastien Martel et Vincent Segal aussi, cela dit.

Ca permet de sortir de ses propres chemins.

C’est l’intérêt de travailler avec d’autres personnes.

Avec Edith Fambuena, on reste proche de ton univers.

Parce que les chansons étaient déjà arrangées. La pré-production était très avancée. J’y ai passé pas mal de temps. Elle, elle a retravaillé le climat des chansons pour que tout cela soit homogène.

Dans ton album, il y a quelques chansons sur le pays dans lequel tu habites désormais.

Oui, par exemple « Anorak » est une chanson qui est inspirée du village où on est. Quand je dis « la maison est froide, les nuits d’hiver… », je parle du bois qu’il faut rentrer… je peux te montrer des photos. Le garage, il est plein de bois pour l’hiver et je peux te dire que c’est absolument indispensable. Les maisons ne sont pas isolées et la température descend à 4°. Dans « Paris », je parle aussi d’éloignement. Mais, « Waimarama » est évidemment la chanson la plus parlante sur ma vie en Nouvelle-Zélande. Mon disque n’est pas spécifiquement néo-zélandais. C’est un album sur un garçon qui est en train de faire le passage. J’ai encore mon passeport accroché.

Clip de "Waimarama".

franck monnet,waimarama,interview,mandorDans « Les faons », tu rends hommage à Lhasa. Son décès t’a remué. 

Bien sûr. C’est une chanson pas du tout larmoyante, mais il y a beaucoup de peine derrière. J’ai d’excellents souvenirs avec elle à Montréal. Et la chanson que nous avons chanté ensemble, « Fiancés », était très importante pour moi. Son décès a consterné tout le monde. Une fois, je l’ai rencontrée par hasard, dans la rue à Paris, elle avait manifesté beaucoup d’enthousiasme par rapport à ce que je faisais à l’époque. C’était, à chaque fois, très encourageant de la voir.

As-tu besoin que l’on t’encourage ?

Comme tout le monde. Ca m’a fait plaisir de retrouver tôt Ou tard pour ça. Tu es loin et tu es tout seul à juger tes chansons et puis un jour on te dit qu’elles sont intéressantes. Tu es content.

Tu t’étais séparé de tôt Ou tard…

Deux fois, même. (Il se met à chanter du Claude François) Ca s’en va et ça revient…

Waimarama est un album magique. Plus tu l’écoutes, plus tu l’aimes. 

C’est la preuve qu’il est très réussi (rires). Je déconne à peine. Il est plus léger que Malidor, il est aussi assez court, ramassé, mais dense. Il y a une première écoute qui incite à penser que ce nouveau disque est plus pop et joyeux, et une écoute plus approfondie où on comprend ce qu’il y a derrière tout ça. J’ai eu une nécessité de faire un auto portrait et de me présenter. L’individu que je suis dans la société et dans sa génération.

Les avis sur cet album sont dithyrambiques. Ca te rassure ?

Je ne sais pas si ça me rassure. (Un long silence). Je reste prudent. Ce métier est très instable et c’est ce qui fait sa beauté en fait. Je ne sais pas si j’ai envie d’être rassuré.

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Après l'interview, le 28 février 2014, à l'Hôtel du Nord.

(Merci à Patrick Swirc et Julien Mignot pour les photos professionnelles).

(Merci à Amélie Mousset pour les photos lors de l'interview).

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