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07 mars 2014

Pierre Bellanger : interview pour La souveraineté numérique

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Dans La souveraineté numérique, Pierre Bellanger, fondateur et président de Skyrock, explique comment Internet est contrôlé par les Américains et pourquoi cela va mettre un terme à notre économie. Il explique que « la grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans n'est qu'un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s'annonce ». L’expert d’Internet donne ses alternatives pour éviter cela.

Je suis allé à sa rencontre, le 21 janvier dernier, dans son bureau de Skyrock, pour tenter d’en savoir plus.

1507-1.jpg4e de couverture :

« La mondialisation a dévasté nos classes populaires.
L’Internet va dévorer nos classes moyennes.

La grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans
n’est qu’un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s’annonce.
La France et l’Europe n’ont aucune maîtrise sur cette révolution.
L’Internet et ses services sont contrôlés par les Américains.
L’Internet siphonne nos emplois, nos données, nos vies privées, notre propriété intellectuelle, notre prospérité, notre fiscalité, notre souveraineté.

Nous allons donc subir ce bouleversement qui mettra un terme
à notre modèle social et économique.

Y a-t-il pour nous une alternative ?
Oui.

L’ambition de ce travail est de nous en donner la chance. »


La souveraineté numérique, de Pierre Bellanger par editionsstock

L’auteur :

Pierre Bellanger est le fondateur et président de Skyrock. Entrepreneur et expert d’Internet, il est à l’origine de skyrock.com, premier réseau social français.

DSC08761.JPG

DSC08763hh.JPGInterview :

Pourquoi pousser un cri d’alarme maintenant ?

Depuis des années, nous savons que des informations sont recueillies sur nos comportements et servent de contrepartie aux services gratuits que nous utilisons sur Internet. Quand un service est gratuit, c’est que son utilisateur est le produit. L’affaire Snowden (Edward Snowden, ancien employé du renseignement américain) a révélé au grand public l’espionnage massif dont sont victimes les particuliers comme les entreprises. Cette divulgation a mis en conscience du grand nombre notre vulnérabilité. Nous assistons actuellement à une prise de conscience collective comme il y a pu avoir jadis sur les virus informatiques, sur les OGM, sur les colorants alimentaires ou sur les ondes électromagnétiques des antennes de mobiles. Ce livre arrive au moment où ces questions demandent des réponses.

Vous, vous réfléchissez sur la question de la souveraineté numérique longtemps.

Avec Skyrock, je suis à la tête d’une des principales entreprises d’Internet en France, donc on est au cœur de ces préoccupations pour nos utilisateurs. C’est notre slogan « Ici T Libre ! », sur  skyrock.com, les utilisateurs sont propriétaires de leurs données, peuvent les effacer, peuvent avoir des identités choisies et multiples, bref ils sont libres. La valeur économique migre de la société vers les réseaux et des réseaux vers les réseaux de services qui en deviennent les nouveaux acteurs dominants.

Et principalement aux États-Unis. Ce pays est l’ennemi numéro un ?

L’ennemi numéro un, c’est nous-mêmes. Ce que je mets en avant dans le livre, ce n’est pas une critique des États-Unis. L’espionnage est pratiqué dans tous les pays, l’ambition industrielle concerne le monde entier. En revanche, ce sont nos carences que je mets en avant. Face à une dynamique extraordinaire, on ne peut pas rester sans réagir. Que ce soit les États-Unis ou n’importe quel autre pays à l’origine de cette dynamique, la problématique, elle est chez nous, pas chez eux.

Vous faites le constat suivant : confrontée à la révolution de l’Internet, la France a renoncé à maîtriser son destin sur les réseaux informatiques. La France a livré sa souveraineté numérique sans débat ni combat. Comment expliquer cette passivité ?

On a toujours eu vis-à-vis d’Internet une réaction affective. Au début, de peur, ensuite, de candeur. On a de la parano et de la naïveté, mais rarement de la raison. Raisonnons, ayons du bon sens et de la rigueur. Et regardons ce phénomène dans ce qu’il est dans la réalité et pas simplement d’un point de vue de l’affect.

Perd-on la notion de prudence ?

L’Internet, c’est un moyen de liberté pour nous tous, d’émancipation, d’accès à l’information, d’accès aux autres. Cette liberté-là, il ne faut absolument pas la perdre ni la remettre en question, simplement, il ne faut pas la payer de notre liberté.

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C’est un livre sur le monde tel que nous le connaissons et qui va bientôt disparaitre. On est tous en danger économique et donc, du coup, social, voire sociétal.

L’Internet ne vient pas à côté du monde que nous connaissons, il le remplace. Si Internet remplace le monde que nous connaissons, qu’est-ce que cela signifie pour nous, dans nos vies quotidiennes, pour nos enfants, pour notre métier ? Dans ce livre, je prends l’exemple de nombreux secteurs : l’automobile, la banque, l’agroalimentaire, l’assurance, le transport, l’industrie, etc. Et je m’interroge sur un point : si Internet remplace cela, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? 

Vous imaginez de nombreux petits scénarios de ce qu’il va se passer d’ici deux ou trois ans.

Je suis à la lisière de ce qu’il se passe aujourd’hui. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est notre réalité proche. Il y a un danger, mais le fait d’en prendre conscience est positif.  La dernière phrase du livre c’est : le réseau est notre chance. On est en danger si on ne se rend pas compte qu’il y a un danger. C’est cela la souveraineté numérique : une maitrise de nos vies, la maitrise de notre destin sur les réseaux informatiques.

Quelle était votre ambition en écrivant ce livre ? Que tout le monde se rallie à votre cause ?pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandor

L’ambition, c’est d’être un levier de conscience. J’ai été auditionné au Sénat récemment sur ce sujet et je propose des éléments de législation. Que ce soient des industriels ou de simples citoyens, chacun à son échelle peut réagir, peut se poser des questions, peut interroger ses élus. Je propose que l’on devienne propriétaire de ses données personnelles. Aujourd’hui, vous chantez une chanson, elle est protégée. Par contre, toutes les données numériques qui sont captées n’ont aucune protection. La trace numérique qu’on laisse sur le réseau doit être la propriété de la personne qui en est à l’origine, car c’est une extension de la personne, une extension de son être.

Donnez-moi un exemple.

L’ensemble des données recueillies sur vous constitue une sorte de double numérique dont vous n’avez ni la connaissance, ni la maîtrise, ni la propriété. Par ces informations,  il est possible de connaître vos habitudes, vos dépenses, vos ennuis de santé, votre vie tout court. On sait grâce à votre double numérique que vous avez un chien parce que vous avez échangé ou posté sa photo sur le réseau. Demain, vous voulez louer un appartement, sachez que le propriétaire peut faire appel à une société pour savoir quelles sont vos habitudes. S’il ne veut pas d’animal, vous n’aurez pas l’appartement. C’est valable pour la location d’appartement, pour un emprunt, un contrat d’assurance, un emploi. Le double numérique joue ainsi un rôle majeur dans votre vie. Et vous n’avez aucune maitrise sur ce processus parce que vous n’êtes pas propriétaire de vos données et que donc vous n’en contrôlez pas l’usage.

Et donc, il faut légiférer ?

Oui, il faut créer un nouveau droit de propriété : la propriété des données informatiques personnelles. Par ailleurs, toute captation, conservation et usage de données en provenance de citoyens européens doit avoir lieu sur le territoire européen. Cela implique la localisation des serveurs à la source des données. Enfin l’exportation de données informatiques personnelles hors de la communauté européenne doit être réglementée et taxée.

pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandorVous proposez dans votre livre 12 priorités plan Réseau. On ne va pas les donner ici, mais pouvez-vous nous donner quelques points importants ?

Outre le cadre législatif, il nous faut un réseau de services (moteur de recherche, commerce électronique, carnet d’adresses, calendrier, carte, navigateur, etc..) associé à un système d’exploitation (le logiciel qui pilote les machines) autour duquel s’organisera la mise en réseau des différents secteurs de notre économie. Une telle entreprise investie dans les logiciels, les réseaux et les terminaux s’appelle un résogiciel. Il faut un acteur majeur français et européen. Il ne s’agit pas bien entendu de remplacer les services américains que nous utilisons tous les jours, mais d’apporter un choix aux utilisateurs et de faire mieux respecter leurs droits et leurs libertés.

Qui vous écoute ?

Chacun est concerné. Il n’y a pas un plan social aujourd’hui que l’on ne puisse pas de près ou de loin rapprocher de notre retard numérique. La crise économique actuelle va apparaître de plus en plus comme une crise numérique. Quel programme politique peut-il encore s’ancrer dans le siècle précédent et faire l’impasse sur la révolution des réseaux numériques ? Notre vie quotidienne, nos emplois, l’éducation des enfants, notre santé, la garantie des retraites, tout cela est en cause. Celui qui lit « La souveraineté numérique » accroît ses chances de s’en sortir. Voilà qui m’écoute.

Est-ce qu’il faut faire la révolution ?

La révolution est en cours à nos dépens. À nous d’être lucides, de motiver nos élus et de reprendre collectivement notre souveraineté numérique.

Quelqu’un lit se livre et décide d’agir, que peut-il faire concrètement ?

Chacun a le pouvoir du réseau au bout de son clavier et de son écran. Et rien n’arrête les bonnes idées.

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Après l'interview, le 21 janvier 2014.

Commentaires

Ca m'a l'air passionnant comme sujet. Je m'en vais le pirater derechef (je blague...)

Écrit par : LA MACHINE A ECRIRE | 07 mars 2014

Je lis de plus en plus de chose sur le sujet "La souveraineté numérique"

Une raison particulière?

Écrit par : racha | 27 avril 2014

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